SOUVENIRS D'EXIL
de ses tirades antireligieuses contre toute orthodoxie1, l'impression amère de l'exil et de la transportation étant bien de nature à aigrir une âme dont l'éducation théologique sur le dogme de la Providence ne fut pas poussée très loin. Faisons semblant d'ignorer l'opposition de ce patriarche de la démocratie aux tendances spiritualistes qu'il ne pardonne chez les savants et les penseurs, que s'ils disent tout ce qu'ils pensent.
Il est vrai que M. Àmiel a souffert; mais on dirait que les souffrances glorieuses exhalent un baume qu'on aime ; car M. Amiel semble se complaire dans ces réminiscences de l'exil, dans ces détails rétrospectifs sur le séjour à l'étranger, et particulièrement sur ses rapports avec Victor Hugo. Il savoure l'arôme des souvenirs 2 et semble dire avec la Bible aux satisfaits : « Celui qui n'a pas souffert que sait-il ? »
Après être resté directeur politique de V Avenir de V Ariège depuis janvier 1883 jusqu'en février 1886, M. Amiel s'est retiré sur ces derniers mots : « Tout le monde va devenir maintenant radical à Foix, à Pamiers et même à Saint-Girons. Et voilà que nos idées vont triompher sur toute la ligne. Eh bien, je préfère, tout compte fait, assister de loin que de près à ce réjouissant spectacle. La joie me fait peur.
Ponat. Les écrits de M. de Ponat et l'adhésion à ces écrits ne rappellentils point à certains critiques l'existence du fameux verre colorant, ou l'étrange modification du sens de la vue, que produisent sur quelques cerveaux les questions d'un ordre spécial?
1. On lit avec peine quelques-uns de ses articles, comme celui sur le Monde des atonies de Wilfrid de Fonvielle.
2. Ainsi le mariage de la fdle de Victor Hugo avec un lieutenant de l'armée anglaise à Jersey... le riche emploi que trouva M. Amiel (par l'entremise de V. Hugo), à Rapho, au nord de l'Irlande, dans le comté de Donégal... la place qu'il eut, en juillet 1856, à Londres, dans la maison de \J. Moses Lévy, indiquée par un autre proscrit, M. Duché, etc., etc.
730 L'ARIÈGK, IVe PARTIE {mite et fin), CHAP. XI.
<( .le renonce donc, dès aujourd'hui, à La direction de ['Avenir, le calme me tuerait ici. Je vais l'aire une courte halte dans le repos pour aller ensuite jeter ailleurs l'outre à la tempête1. »
XVII. — Il reste encore six ou sept noms de puhlicistes, mais nous n'avons pas d'informations positives sur tous. Nous ignorons, nous l'avons dit, si MM. de Malroux et Henri Girard, qui écrivent dans un journal de Foix, sont de l'Ariège. Les articles du Réveil du Saint-Gironnais ne portent généralement pas de signature. Voici, toutefois, trois puhlicistes, dont nous possédons quelques morceaux.
M. Firmin Bauzy2 est tout à la fois un polémiste et un poète, il tient d'une main l'épée, de l'autre la lyre. Dans les poésies, il marque sa prédilection pour la langue de l'harmonie, et il s'en sert pour chanter des richesses ignorées, des beautés qui ont leur siège dans le monde de la nature, ou dans celui de l'histoire. Pour ses polémiques et ses divers morceaux confiés à la presse quotidienne, il attend l'heure de les réunir en faisceaux, de les coordonner comme œuvre philosophique et théologique. Toujours est-il que l'abbé Firmin Rauzy a été journaliste à son heure.
Ainsi, à côté des radicaux et des modérés séculiers, nous devons nommer deux ecclésiastiques devenus journalistes par occasion, comme pour démontrer qu'en Ariège le talent d'écrire court les rues; après J'abbé Rauzy il sera question de l'abbé Périsse. Il en est du journalisme comme de certaines professions, où Ton peut faire du mal ou du bien, où l'on peut avoir une bonne tenue, comme aussi faire triste figure. Toutefois, il faut le reconnaître, la place