Lu Héfonne sociale, 1. 1, chap. XV
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à l'erreur de circuler librement? Pourquoi ne pas opposer raisonnement à raisonnement, lumière à lumière? Quand même la cause du vrai souffrirait pour un jour de cette crédulité humaine qui embrasse l'erreur avec ardeur, et reste froide comme la glace devant la vérité, ne doutons pas cependant, ajoute lord John Russell, que le grand jour de la discussion ne finisse par dissiper les ténèbres des fausses opinions, et que, si lente qu'elle puisse être, lépreuve de l'examen ne sépare en son temps le bon grain de l'ivraie. » — Accordons-le, réplique M. Rauzy; mais tout cela suppose qu'on entend le pour et le contre. Or, que de gens qui ne veulent lire et penser que par leur journal! que de gens qui demandent à sommeiller dans une vieille opinion, dans un vieux préjugé, Orientaux de l'idée! combien qui, mollement étendus sur leur asiatique natte de flânerie intellectuelle, ne veulent absolument pas qu'on les change de position!
Disons enfin que M. Rauzy avait eu la pensée de réunir ses articles en brochure. Il aurait dû, pour cela, les compléter, en y mêlant des expositions doctrinales plus développées ; il aurait dû rechercher à quel degré la séparation de l'Eglise et de l'État peut nuire à la société, à la liberté, à l'égalité, au travail, au pouvoir l. Nous savons que, dans ces conditions, il eut châtié la forme en bannissant les personnalités et les termes trop vifs qui échappent dans le feu de la lutte 2; et il est probable qu'avec cette question
1. Voir la brochure de M. Laffineur, curé-doyen de Mou y. Paris, Beauvais, 1871.
2. On peut regretter que, dans cette controverse, la fougue méridionale Tait emporté, si les griefs eussent pu être dits avec des périphrases qui no blessent personne, « avec de l'esprit gaulois, des traits finement décochés ». .Mais les Ariégeois ne procèdent guère par euphémismes. Acrimonie, ironie, lazzis, injures, persiflage, expressions dures, les deux lutteurs les ont-ils évitées?
L'un des deux publicistes dit à son contradicteur et à sa brochure :
POÉSIES DE M. RAUZY. 737
ainsi traitée, il eût donné à la littérature politico-religieuse de l'Ariège une œuvre consistante, digne d'être appréciée à sa juste valeur.
XIX. — Quant, aux poésies, bien que leur recueil ait déjà été encouragé par de hautes sympathies1, elles sont encore la plupart inédites, et il est trop tôt, par conséquent, pour en parler. A quoi bon se livrer à des jugements prématurés? D'après quelques communications, nous entrevoyons que ces poésies s'inspireront des épisodes de l'histoire départementale, sans s'interdire la gamme des tons
« Beau grimoire..., « patois », flûte sacro- politique, aperçus borgnes, arguments boiteux... carabin, honoré cacographe. » « On voit que le vocabulaire de la voyoucratie vous est familier, vous m'obligez de vous rappeler aux convenances... M *** nous lance de fastidieuses rengaines, d'affreux rabâchages, il traite des choses respectables avec un cynisme de gavroche... Don Quichotte du rationalisme, ses ruades ne font tort qu'à sa dignité. »
Le contradicteur, répondant à celui qu'il combattait, le nommait à son tour « disciple de Torquemada, aigle de Mérens...; il disait : « Le christianisme a créé les sorcières; le cléricalisme infecte le pays... union sacrilège des deux pouvoirs politique et religieux... tout gouvernement qui a couleur de religion devient nécessairement intolérant... l'aménité dévote... Si ceux qui combattent sous la bannière de l' Univers sont attirés par l'égout, c'est leur affaire. . . les Loriquet du trône et de l'autel altèrent les textes ; mais jamais un adversaire du christianisme n'a falsifié une ligne... (et l'histoire? ne la dénature-t-il jamais?) tas d'ordures... grossières injures d'hommes mal élevés... vos prêtres deviennent des agents électoraux... »
Ainsi, que ce soit le disciple du libre examen et de la conscience affranchie qui parle, que ce soit le défenseur de l'alliance de l'Église et de l'État, ni l'un ni l'autre ne pèchent par trop de modération dans la forme et dans les procédés de discussion. Toutefois, reprocherons-nous son impatience à M. Rauzy, dans sa vie lettre au théologien du Journal de VAriège, quand il se plaint de la suffisance habituelle à quelques adversaires du catholicisme ? « La logique, c'est eux, la littérature, la science historique, c'est eux ! Il n'y a d'esprit et de savoir que dans leur clan politique. La république des lettres, comme celle des peuples, c'est leur domaine exclusif. Sans eux, le monde retomberait dans les ténèbres. »
Enfin, le contradicteur de M. Rauzy s'est-il bien rendu compte de cette grosse phrase pas trop humble : « Notre étude a toute la force voulue pour saper par la base cette vieille Église... »
1. Celles de Mgr Rougerie, évoque de Pamiers, et de Mgr Mermillod, évoque de Fribourg.
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divers, joyeux ou tristes, que comportent les perspectives de l'univers matériel et du monde spirituel. Il est toujours agréable de penser que La race des Ariégeois cultivant la poésie, cette fille du ciel, « àme de l'humanité, cette voix de ses courtes joies et de ses longues souffrances », ne s'éteint pas au milieu de nous. La poésie ne doit-elle pas se mêler aux espérances religieuses de l'homme privé, comme elle se mêle aux destinées passagères et à la liberté des peuples ?
Poésies et polémique, tel doit être le titre sous lequel paraîtront les écrits réunis de M. Firmin Rauzy, et qui formeront un volume dont présentement il nous est difficile de saisir l'unité. Sans doute le recueil sera moitié en prose, moitié en vers; et il faut croire qu'à travers la variété de la forme on sentira régner une unité d'idée, de but, de perspective. Tandis que la polémique propose aux esprits prévenus ou mal informés les affirmations et les vérités qu'ils ont ignorées, ou mal comprises, le poème empruntera à la harpe de David et à la lyre d'Orphée quelques-uns de leurs enchantements, un peu de leur puissance conciliante et initiatrice.
Le projet et sa réalisation paraissent bien avancés, puisque nous avons pu connaître le prologue du prochain volume sous cette invocation : A mes amis.
Vous dont le souvenir est si cher et si doux, Recounaîtrez-vous bien, dans ces modestes pages, Celui qu'ont tant flatté vos gracieux suffrages Pour ses premiers écrits, que vous connaissez tous?
Dès leur timide essor, elles s'en vont à vous, Comme les alcyons, visitant d'autres plages, Volent vers le navire, s'attachent aux cordages, Craignant des flots amers le facile courroux.
Votre accueil amical, c'est tout ce que j'envie
Et pour ma Polémique et pour ma Poésie;
C'est mon unique augure en faveur de leur sort.