LA FOLLE DES PYRENEES
Quel sera leur destin?... Voyageuses novices, Sous votre auguste égide et vos puissants auspices Elles vivront, du inoins, sans sombrer loin du port.
On trouvera, dans l'épisode intitulé la Folle des Pyrénées, de beaux vers sur Ténigmatique femme qu'on rencontra vers 1809, perdue et devenue sauvage dans les gorges des plus hautes montagnes. Ce sujet, dont nous avons rappelé les principaux traits au tome des Poêles, a inspiré deux Àriégeois1 qui Tout compris et exposé à deux points de vue différents, et y ont laissé chacun leur empreinte personnelle.
La Folle des Pyrénées est le seul morceau que nous connaissions du recueil promis, et les beautés de ce récit font déjà dire que le poète de Lassur et d'Albiès nous réserve de ces trésors de mélodie, de pensées et de sentiments qui, en lui méritant le titre de barde de l'Ariège, vaudront au lecteur des heures harmonieuses, des chants dignes de la terre et du ciel, prêtant une langue à la religion, à la philosophie, à l'amour des hommes, et soulevant les nobles enthousiasmes*2. Pour nous, il nous est impossible, à l'heure présente, de porter le scalpel dans une œuvre qui n'est pas encore soumise au public ; mais d'autres affirment, dès ce moment, que notre polémiste, ce brillant esprit, est un véritable poète, rompu aux difficultés de la versification, comprenant tour à tour la contemplation et la controverse, sachant passer des procédés froids, mathématiques du raisonnement , aux extases et aux hymnes dans lesquels se complaît l'âme humaine qu'échauffent et illuminent le beau et le vrai entrevus.
1. M. Raoul Lafagette, dans Pics et Vallées, et M. Rauzy. ■2. Si ftous sommes bien informé, deux des pièces poétiques de M. Rauzy devaient être lues au congrès eucharistique de Toulouse.
740 L'ARIBGB, IV» PARTIE {suite et fin), CHAP. XI.
\\. — Pour M. Périsse1 , il n'a fait que traverser le journalisme comme une étoile filante2. Dans ses articles insérés au Conservateur après 1871, on retrouverait la haute raison et le style nerveux et classique qui distinguent le savant archiprêtre de Saint-Girons 3. M. Périsse ne pouvait pas être un journaliste de métier, il fut un journaliste d'occasion, et prêta sa plume pour donner quelques conseils, au milieu des agitations et des orages qui suivirent les événements de 1870 et de 1871 . Investi du saint ministère dans un chef-lieu d'arrondissement, on comprend que l'enfant d'Oust fût absorbé par sa sollicitude de pasteur. Sa coopération dans la presse ne pouvait être que temporaire.
Franc et carré de caractère, M. Périsse ne dissimulait pas sa méfiance et ses mélancolies à l'endroit de la presse étudiée dans son rôle et dans ses résultats. Entendez les journalistes des capitales s'exalter sur la portée de leurs fonctions et affirmer qu'ils mènent le monde et le parlement, les politiciens, comme ceux qui ne font pas de politique. M. Périsse était choqué d'entendre les journalistes prétendre que « les hommes soi-disant politiques (députés, sénateurs, ministres) reçoivent d'eux, écrivains de la presse, l'opinion toute faite, et qu'ils sont tenus de s'y conformer». Etre obligé de convenir que lorsqu'on parle de l'opinion, reine du monde, on veut parler de la presse, cela rendait très rêveur ce penseur et publiciste saint-gironnais, qui fut
1. L'abbé Périsse, né àOusl en 1819, archiprêtre de Saint-Girons, a été professeur au séminaire de Pamiers. Dès sa jeunesse, il fut, sur les bancs du petit séminaire de l'Esquille, à Toulouse, l'émule souvenl heureux de l'illustre I*. Caussette, et du P. Chassaing, etc.
■2. M. Périsse publia, dans la Revue dessciences ecclésiastiques de M. Bouix, un article très remarqué sur la question de l'infaillibilité, longtemps avant le concile du Vatican.
3. La Semaine catholique de Pamiers rappelle les articles de doctrine qu'il fit après 1870, dans le Conservateur, « où la puissance de la logique étail servie par la vigueur el la netteté du style ».