L'ABBÉ PÉRISSE
journaliste un jour. Comment tant de puissance n'agacerait-elle pas? Car les journalistes sincères reconnaissent que ce n'est «ni toujours juste, ni toujours bon », et qu'ils ont un peu trop de pouvoir, eu égard à leur responsabilité.
Toutefois, si M. Périsse céda à la tentation d'écrire dans un journal, cela tint à la gravité des circonstances. 11 pensa qu'à certaine heure, tout le monde doit être soldat pour la cause du bien ; et comme le journal entre des mains vaillantes est « l'arme la plus puissante et de l'effet le plus immédiat ' », il crut se devoir à lui-même d'écrire quelques articles dans le sens conservateur. C'est surtout pour lui, véritable théologien, que « la littérature perdait tout son prix, si elle n'était un moyen de régénération morale et de relèvement politique ». De là, quelques articles inspirés par le fait du jour. Du reste, M. Périsse se serait montré compétent dans les divers ordres de connaissances philosophiques, politiques, théologiques et artistiques. A l'occasion il aurait alimenté la presse ariégeoise d'articles de critique musicale, étant lui-même musicien et compositeur de musique.
Nous avons entrevu les hautes facultés et l'instruction du pasteur de Saint-Girons, aussi variée que solide, et, si nous eussions désiré le voir collaborer plus longtemps aux journaux sérieux, c'eût été dans l'intérêt des lecteurs de tout le département. On savait que cet ecclésiastique aux modestes allures avait un jugement vif, perspicace autant que ferme, et il eût été utile de le voir traiter des points de l'histoire nationale, ou quelques-unes de ces questions qui touchent à la fois à la politique, à la philosophie et à la théologie. M. Périsse écrirait avec autorité, par exemple, sur la Renaissance en Italie et en France, ou sur
l. .M. Challemel-Lacour aux obsèques d'Eugène Pelletan.
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l'un des grands épisodes de la Révolution française. Il pourrait indiquer le programme d'une politique chrétienne. Il pourrait tenter une critique large et compréhensive des nombreuses histoires de la Révolution ; les une- Fatalistes, les autres jacobines, eelies-ei d'un royalisme étroit, celleslà burlesques, présentant les jacobins comme les successeurs des douze apôtres chargés de la réalisation politique de l'Évangile.
Quelqu'un disait : « S'il est naturel que tout le monde sepassionnepour la politique, jene comprends pas que tout le monde veuille en faire. » Pour nous, nous aurions compris que M. Périsse eût laissé plus souvent aller sa plume au journal, pour bien rétablir certaines thèses, pareilles à celles d'un professeur de Sorbonne, demandant qu'on fasse la juste part des époques des préoccupations de chaque siècle et des mérites relatifs, inhérents à des travaux divers. Or, nous nous occupions à comparer M. Périsse avec ce professeur, à prendre quelques passages des lettres de M. Périsse et à les placer à côte d'une étude sur la philosophie de l'histoire écrite avecélégance par l'éloquent professeur en question, quand la terrifiante nouvelle de la mort de l'archiprétre de Saint- Girons est venue' arrêter notre plume, notre paragraphe n'étant pas terminé. Si cette mort a été le signal d'unanimes regrets, ces regrets ne réparent point notre grande perte. Quel ensemble de qualités Dieu avait groupées dans ce serviteur des saintes causes! « Quelle force de conviction ! quelle initiative résolue qui savait triompher au besoin de la réserve presque timide de son extérieur, formant ainsi un contraste, double cachet de son caractère'2 ! »