‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 468 sur 498 · M. ARMAND SILVESTRE · texte numérisé non relu

M. ARMAND SILVESTRE

plume féconde, étincelante, qui se fait remarquer dans les grands journaux de la capitale. Penseur et artiste, en même temps qu'il insère dans plusieurs feuilles parisiennes une prose alerte et joviale, il est doublé d'un poète. Son nom est Armand Silvestre '.

XXI. — M. Armand Silvestre2, qui est déjà une célébrité du journalisme, une étoile de la littérature parisienne, nous impose tour cà tour la hardiesse et la réserve. Ce n'est plus un journaliste se jetant dans la mêlée des questions politiques, épousant les haines des partis, c'est' un poète qui porte dans le public, par des chroniques quotidiennes, les impressions d'une âme chercheuse, et qui parle au nom

1. Paul Forestier est un de ses noms de guerre. M. Silvestre, ayant deux prénoms, Paul et Armand, n'a fait que les dédoubler, et prendre le synonyme de Silvestre, qui est forestier (silvestre vient du mot latin silva, forèl).

2. Paul-Armand Silvestre est fils de Casimir Silvestre, de Tarascon. Son père naquit à Tarascon (Ariège), vers 1800, comme en témoignent quelques Tarasconnais, ses contemporains, très rares aujourd'hui, M. Ad. Garrigou, par exemple. La mère d'Armand Silvestre était de Paris, mademoiselle Houssaye, nous a-t-on dit. Casimir Silvestre, qui suivit la carrière de la magistrature, devint président du tribunal civil de Coulommiers (Seine-et-Marne). Quel siège occupait-il, lorsque naquit son fils Paul- Armand, qui est du 18 avril 1837? Nous l'ignorons. Le magistrat revenait de temps en temps à Tarascon avec son fils, né à Paris, mais, comme on voit, d'un père ariégeois. Armand Silvestre, entré à l'école polytechnique en 1857, en sortit en 1859 (matricule de l'école polytechnique). Après' sa sortie de l'École, il revint à Tarascon avec son père, qui passa en Ariège les vacances des tribunaux. Bientôt après, on le voit suivre la carrière des finances. A quelques années de là, un Tarasconnais, M. Félix Garrigou, rendit compte d'un opéra ou roman fait, est-il dit, par cet autre tarasconnais, Armand Silvestre.

M. Armand Silvestre est plus ariégeois que M. de Freycinet, né à Foix ; les parents de M. de Freycinet n'étaient pas de l' Ariège. M. Armand Silvestre est absolument dans la même situation que M. Julien Dumas (si ariégeois; né à Paris ou à Orléans, d'un père qui était de Lavelanet et, dans ses dernières années, devenu premier président de la cour d'appel d'Orléans.

Du reste, l'Ariégeois se trahirait dans ce cri méridional, qu'il met sur les lèvres d'un personnage de ses volumes : « Cap de dournol » (tête de cruche) ; apostrophe de Gabarrou à Peyralade (dans Madame Dandin et Mademoiselle Phryné, p. 240).

746 L'ARIKGK, [Ve PARTIE (suite et fin), OHAP. XI.

de tontes les âmes. C'est, comme dit un éminent critique, l'artiste enfonce dans l'éternel problème de l'homme travaillant à se comprendre et à se connaître; lui-même, dans l'éternel pourquoi des générations avides d'un idéal mal cherché et qui semble insoluble à la plupart des hommes.

On pourrait avoir la tentation de prendre notre publicistepoète pour un vrai païen, puisqu'il fait des sonnets païens. Cependant, là commence l'énigme, car on est à tout instant, avec Armand Silvestre, au milieu des antithèses, des contrastes. Ses poésies ne sont qu'un long culte de la beauté, et sa prose une raillerie sur la beauté. Néanmoins, son enivrement de la matière n'empêche pas de le qualifier « de spiritualiste quand même » , « de spiritualiste malgré lui i » ; en donnant l'encens, on remarque que le poète, livré aux pleurs, l'injurie presque, cette beauté physique qu'il idolâtre, et l'accuse de le tuer ; si bien que « ce rêve de poète, — on l'a dit aussi, — qui embrasse ardemment le règne de la chair, ne pénètre pas dans la vie réelle de l'homme qui vit dans le poète » . Nous sommes donc en présence d'une physionomie des plus originales, des plus problématiques, en présence d'un écrivain à la fois poète et journaliste. Comme poète, il faut chercher sa place un peu au-dessous d'Alfred de Musset, un peu au-dessus de François Coppée. Comme journaliste, il se montre chroniqueur de haut lignage, dans les colonnes du Matin, du Moniteur illustré et surtout du Gil Blas.

Nous avons déclaré d'abord la réserve qui s'impose à nous, et qui ne saurait venir de la difficulté de déterminer le pays natal d'Armand Silvestre et son lieu d'origine, aucun doute ne pouvant exister à cet égard , puisque le poète-journaliste a déclaré lui-même que le nid pri-

Page 1