Après vingt ans d'exil
-T'ai revu la maison lointaine et bien-aimèe Où je rêvais, enfant, de soleils sans déclin, Où je sentais mon âme à tous les maux fermée Et dont, un jour de deuil, je sortis orphelin.
{Les Ailes d'or, p. 171.)
Armand Silvestre parle-t-il de Coulommiers ou de Tarascon-sur-Ariège ? — 11 rappelle ailleurs les chaudes et vieilles amitiés qui, dans le voisinage de l'Ariège, à Toulouse, lui ont signé ses lettres de naturalisation. (Gil nias du 1er mai 1886.)
Dans ses chroniques du dimanche, au Matin, il parle sans cesse de Toulouse la Romaine (Le Matin du 10 janvier 1886).
748 L'ARIÈGE, IVe PARTIE (mite et fin), CHAP. XI.
du bien et du mal, froncerait les sourcils devant plus d'une des pages du Gil Blas, dues à la plume intarissable, mais singulièrement libre, du chroniqueur. Nous pensons, d'après les morceaux qu'on a fait passer sous nos yeux, que notre A. Silvestre peut être appelé le Rabelais de l'Ariège. Nous ne sommes pas le premier à lui appliquer cette qualification, pour son talent d'abord, ensuite pour les détails et les récits qui, sous sa plume sans gène, peuvent effaroucher. Or c'est là que naît pour nous une cause de réserve ; nous nous souvenons des scrupules qui se faisaient jour, en mars 1858, entre Edouard Orliac, Louis Yeuillotet Jîarbev d'Aurevilly, quand ils agitaient la question des responsabilités à propos des romans, de la littérature immorale et des romanciers qui font de la passion et de ses jouissances un droit et la religion de l'avenir. Si l'on feuillette les contes, récits, joyeux devis de M. Armand Silvestre sur les maris malheureux et les femmes trompées, n'y trouve-t-on pas, comme dans les auteurs du seizième siècle, dans Noël du Faill, Béroalde de Verville, Guillaume Boucher, « les choses les plus graves et les rencontres les plus gaillardes » ? Avec le scepticisme et la verve moqueuse, l'irrévérence licencieuse n'entre-t-elle pas tête levée dans les historiettes du chroniqueur ?
Quant à la hardiesse, nous voulons dire la hardiesse laudative que la critique historique peut se permettre en abordant le nom de M. Armand Silvestre, il est aisé d'en indiquer le fondement. C'est que l'auteur du Pays des roses, des Ailes d'or et du Chemin des étoiles a pris rang parmi les bons poètes français. Oui, nous l'appelons hardiment plus qu'un des premiers poètes de second ordre, non seulement de province, mais de la France entière, un poète de la force de Casimir Delavigne, de François f.oppée, de Théophile Gantier, d'André Chénier ; et Ton ne doit pas