‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 472 sur 498 · Si i ns le nom <lc Paul Foresl ier · texte numérisé non relu

Si i ns le nom <lc Paul Foresl ier

POESIES ET PROSK. 7.rvi

Sitôt qu'on rapproche les poésies et les volumes de prose de M. Armand Slvestre, on est frappé d'un contraste. Le poète moitié parisien, moitié tarasconnais est mélancolique dans ses poésies ; il est gai, gaulois, rabelaisien dans sa prose. Dans ses vers, il parle à tous du problème de l'infini, de l'éternel mystère du cœur, de la femme et de l'amour; quand on vient à ses feuilles en prose, sémillantes de verve joyeuse, on comprend bien vite qu'il s'adresse à un public spécial, réservé, qu'il veut inonder de gaieté .

Cette mélancolie et cette gaieté, cette révolte 'contre la fragilité de l'amour, contre les impuissances de la beauté et la fin inévitable de toute affection humaine, d'une part ; et de l'autre, ces transports de joie qui naissent de l'explosion des émotions terrestres, ne constituent-ils pas l'auteur en un état de contradiction avec lui-même? Le manque d'unité logique, personnelle, n'est-il pas flagrant? Tout ne trahit-il point une nature absolument illogique dans Armand Silvestre, en plein désaccord avec elle-même, d'après ses propres aveux ? Ne parle-t-il pas souvent d'âmes de poètes « très éprises du beau, très amoureuses d'infini, croyantes et sceptiques à la fois, aimant la vie et songeant déjà à la mort ' »? Le néant, après cette vie, apparaît dans ses vers, et tout à coup on l'entend dire que les poètes « ne vivent que d'au delà; que le rythme est comme une aile qui les emporte plus haut que la vie, ou mieux, vers la vie meilleure qui nous attend 2 » .

M. A. Silvestre s'est chargé de lever la difficulté, en affirmant, en sa personne, la coexistence des deux sentiments de mélancolie et de gaieté, répondant à deux faces de

1. Voir l'article nécrologique sur Jeanne Thilda, dans le Gil Blas du 18 mai 188G.

J. Ibid.

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l'âme humaine , dont elles ne détruisent pas l'unité. Cette unité d'ailleurs, ne pourrions-nous pas la sauvegarder, au nom des lois physiologiques du système nerveux? Ne voyons-nous pas tous les jours les gens d'un tempérament nerveux, impressionnable, se livrer à la joie jusqu'à l'exaltation quand elle vient, puis, après la surexcitation, retomber dans la tristesse et le marasme pendant des heures, des journées entières? Simple question de réaction du système nerveux sur lui-même, qui ne pourrait sans danger supporter d'une manière continue les mêmes émotions vives. Aussi M. Armand Silvestre proclame-t-il l'unité de l'âme humaine, à propos de l'œuvre d'un confrère ( Tragaldabas , par Auguste Yacquerie) , il écrit : « Quelle merveille de vrai lyrisme, j'entends celui qui descend aussi volontiers au plus profond de la bouffonnerie qu'il monte au plus sublime de l'amour! Yoilà bien enfin l'âme humaine flottant entre les deux abîmes, l'un céleste, l'autre infernal, mais aussi lointains l'un que l'autre de l'ignoble réalité. Lisez, lisez, pauvres gens à qui des fumistes de plume, des hommes masqués ont appris qu'en art tel était fait pour rire et l'autre pour pleurer, celui-là pour être impitoyablement sérieux, et celui-ci pour se chatouiller publiquement les côtes... Morbleu! nous avons tous deux faces, l'une plus noble, je le veux bien (os homini sublime dédit), mais l'autre plus large et, chez beaucoup, plus joyeuse '. »

L'écrivain humoristique revendique aussi la compatibilité de la gaieté et de la mélancolie dans le même personnage et, dans la question d'art, il signale entre Ronsard et Rabelais une vraie moisson de fleurs sur le fumier d'Ennius; mais notre publiciste maintient la persistance

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