Le Dessus du panier, préface, p
2. Les Farces de mon ami Jacques, préface. — Les Bêtises de mon oncle, préface*
ABSENCE DE FOI RELIGIEUSE 7o5
pour lesquelles le ciel n'a plus de rosée1. Mais si la note du doute et du scepticisme se trahit dans les vers du poète, si en cela il reflète un côté de notre époque, indirectement il ramène aux idées de L'infini 2. Qu'est-ce donc que ce néant, cette impuissance qu'il constate dans l'affection et l'amour de la terre? Qu'est-ce que ce mélancolique sentiment de la fragilité et de la brièveté des amours, qui revient presque à chaque page et à chaque morceau de son monument lyrique? Qu'est-ce que ce cri si triste : « Tout s'oublie3? » S'il dit à la femme qui revient :
- Puisque vous êtes revenue, Le soleil peut bien s'en aller, Sa douceur m'était moins connue Que la douceur de vous parler4,
il est bientôt repris par la tristesse des adieux :
1 . Devant le doux soleil où rayonnait l'hostie, J'ai prié tout enfant et j'ai baisé la croix.
Dans mon cœur, d'où la foi chrétienne est partie, J'ai gardé la fierté de servir qui je crois.
(Les Ailes d'or, p. 250.)
Voir aussi, dans sa Légende des lilas, sa manière plus que légère de s'exprimer sur la doctrine du Nazaréen. Il change, par une hypothèse humaine, les actes d'Hérode et de Pilate ; il ôte la mort sanglante du Christ, pour y substituer une mort banale, et, arrangeant ainsi l'histoire au gré de ses rêves, il demande où en seraient aujourd'hui les croyances chrétiennes. Étourderie de l'esprit de l'homme qui combine le monde historique en supprimant l'hypothèse divine. {Le Dessus du panier), p. 288.)
2. Au rebours de beaucoup d'esprits, il paraîtrait que le problème de la douleur en ce monde aurait fait sombrer la foi religieuse du poète. Il dit cependant à l'Église, dont les seuils ont oublié ses pas :
Si je ne crois pas à ton Dieu tutélaire. D'avoir rêvé du ciel je ne me repens pas.
Il ajoute, écrivant à une femme poète :
Ah ! vous avez raison d'aimer la poésie! Car une part des cieux par elle est ressaisie, Et le néant humain reprend quelque fierté.
(Les Ailes d'or, p. 216.) J. Le Pays des roses, p. 127.