Les Ailes d'or, p. 209; j
756 I/ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et Jin), CHAP. XI.
Chaque adieu nous emporte un lambeau de notre àme : Les plus durs ne sont pas ceux que mouillent des pleurs. Chaque adieu fait tomber un fil d'or de la trame Que l'amour va brodant de fugitives fleurs *.
Qu'est-ce enfin que cet accent de mélancolie sensuelle que le chroniqueur mêle à ses rêves sur les Morts, dans un morceau de prose poétique?
«Non! non! tous les morts ne sont pas dans les cimetières î
« Beaucoup restent dans nos cœurs, amours trépassés dont l'objet nous a fuis, cherchant le ciel de nouvelles tendresses. Oui de nous ne porte en soi, comme dans un reliquaire, des affections à la fois vivaces et mortes, des espérances trahies, le poids des serments violés, le parfum des fleurs autrefois elfeuiliées, tout ce que le souvenir fait revivre, tout ce qui nous reste cher, parce que nous y avions mis beaucoup de nous-mêmes? Car nous sommes comme les cercueils vivants de tout ce que nous fûmes autrefois, de tout ce qui s'appela notre orgueil viril, de notre jeunesse. Images fugitives des maîtresses jadis aimées et que la mémoire reflète, comme une source limpide et chantante cachée au plus profond de notre être, vous qui mettiez jadis sur nos lèvres comme un avant-goût du miel des baisers, illusions de gloire qu'un souffle emporta comme une fumée vers des horizons sans cesse reculant devant nous, beaux rêves dont nous avons vécu dans la lumière dorée de l'aurore, autant de morts dont nous sommes la sépulture obstinée.
« C'est vous, chers morts de L'âme, que je salue les derniers et que je pleurerai toujours 2 ! »