POESIE, PROSE
Dans tous les cas, nous tenons un vrai poète ; George Sand nous en donne l'assurance avec un véritable désintéressement. Elle dit que ses chants « sont remarquables, harmonieux et saisissants. Ils ont l'accent ému des impressions fortes, et le chantre qui les dit est un artiste éminent, on le voit et on le sent du reste ». George Sand ajoute : « Nous avons lu ses vers en épreuves, nous ne savions pas encore son nom (de M. A. Silvestre) ; notre admiration n'est donc pas un acte de complaisance '. »
XXIY. — Par ses poésies, M. Armand Silvestre appartient, bien qu'il n'y soit pas nommé, à notre premier volume consacré aux poètes ariégeois (où figure déjà un poète presque son homonyme, Théophile Silvestre) au milieu desquels il siégerait avec éclat, à côté de Gaston-Phœbus, Latour de Saint-Ybars, Raoul Lafagette, Frédéric Soulié. Par sa prose, il compte parmi nos publicistes.
Quant à la prose de M. Armand Silvestre, répandue dans des volumes et de nombreux articles de journaux et revues, on ne peut que s'étonner de la fécondité de plume de notre publiciste. Mais il n'est pas aisé de marcher à travers quelques-uns de ses récits et de ses scènes 2. Où est la limite où l'on doit s'arrêter? M. Silvestre la dépasse-t-il ? la respecte-t-il? — je ne vois pas la nécessité d'entamer ce procès. Ce qui est sûr, c'est que lorsque M. Charles Louandre poussera jusqu'à notre dix-neuvième siècle sa collection des chefs-d'œuvre des Conteurs français avant
1. Lignes écrites par George Sand en mars 1866, et qui servent de préface aux poésies de M. A. Silvestre.
2. Un personnage de l'un de ses volumes n'appelle-t-il pas Armand Silvestre, « un chroniqueur du Gil Blas, un gros qui aime beaucoup à raconter des cochonneries?... » (Les Veillées de Saint - Pantaléon , p. 116.)
758 L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et Jin), CHAP. XI.
La Fontaine et depuis La Fontaine, il devra une place à M. Armand Silvestre, ce peintre de mœurs, cet historien de La femme civilisée; et M. Alexandre Dumas fils ne sera pas exclusif de notre Ariégeois, bien qu'il ait le droit d'appeler l'auteur des Tribunaux comiques (M. Moineaux) un des conteurs les plus originaux et les plus désopilants qui aient jamais existé dans notre pays de France '. M. Armand Silvestre n'a-t-il pas, lui aussi, la tradition de la gaieté, « des grands et immortels apologues de Rabelais » ? N'at-il pas dit franchement son ambition?
De cet âge bégueule affrontant les courants, Soldat du large rire, ouvrier sans vergogne, Des vieux conteurs gaulois j'ai repris la besogne : De ceux que la Gaîté souveraine a faits grands - !
Notre Rabelais de l'Ariège est au moins l'égal de la plupart des écrivains de talent qui collaborent avec lui et soutiennent les grands journaux de Paris. Il écrit dans le Gil Blas avec Guy de Maupassant, Catulle Mendès, Santillane, Henry Fouquier , Nestor, etc. Il se trouve au Moniteur illustré avec Emile Zola, Alphonse Daudet, Xavier Marinier ; il alterne dans le Matin avec Jules Simon, Lafosse, Ranc, Aurélien Scholl, Paul de Gassagnac, etc. Certes, notre Ariégeois-Parisien est bien de la forte race des journalistes. Nous regrettons seulement qu'un homme qui a le droit de tenir une plume, puisqu'il a quelque chose dans la tête et dans le cœur, ait trop gardé jusqu'ici le silence à l'égard des Pyrénées ariégeoises, berceau de sa famille. Jamais un des frais vallons du Castillonnais, jamais
1. Préface écrite par Alexandre Dumas au nouveau volume de M. Jules Moineaux, le Bureau du commissaire.
%. Sonnet préliminaire dans le Dessus du panier.