Imprimé, croit-on, à Tournon, en Vivarais
5. On ne pouvait lui appliquer ce que Brantôme a dit de Thomas de Foix, d'après le proverbe espagnol, unletrado que no ténia muchas letras , un lettré qui n'avait pas beaucoup de lettres.
SES LIVRES D'EDUCATION. ,ri
droit au fait et exprimait, sur ce sujet important de l'éducation des princes, les conseils les plus judicieux et les maximes les plus salutaires. C'est ce qui fait que, de son temps, son livre n'en était que plus estimé ; il fut, a dit un critique, « plus sûrement utile. »
Combien Antoine de Foix aurait modifié ses idées et ses conseils, s'il avait vécu à la fin du dix-huitième siècle, et s'il eût pu observer la révolution radicale qui se préparait au fond des esprits ! Bossuet et Fénelon rédigèrent aussi des maximes sur l'éducation des princes. Mais prenaient-ils garde aux paysans et au peuple des petits bourgs? Pensaient-ils à foire remarquer aux princes ces redevances féodales qui ruinaient quelquefois le paysan ; cette corvée qui forçait à donner son temps sans salaire ; ces pigeons du seigneur qui dévoraient la semence avant qu'elle germât; ces lapins qui broutaient les blés en herbe, et toutes ces misères de mince importance pour le regard superficiel, dont la royauté ne se rendait pas compte, mais dont les seigneurs continuaient la tracassière exploitation au détriment de la monarchie?
Marc-Antoine de Foix avait reçu une riche organisation et beaucoup de ces dons qui rendent communicatif. Il n'avait point de philosophie particulière, et n'avait pas inventé de système ni de théorie dont il se fit le champion. Observateur prudent et sage, il réunissait en lui bien des avantages qui devaient lui attirer la popularité. A l'éclat d'un beau nom1 il joignait, disent les contemporains, « des talents supérieurs, de l'éloquence, du savoir, la connaissance des lettres et la théologie. » La nature, conti-
1. Il était fils de messire Nicolas de Foix et de dame Marie d'Encausse de Pouy. Il n'y avait eu jamais un doute chez ses aïeux, les comtes de Fabas, qu'ils ne descendissent de l'ancienne maison des comtes de Foix, dont ils ont toujours porté le nom et les armes.
f> L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. Ier.
nue Moreri, avait réuni dans le P. de Foix ce qui concourt à former les grands orateurs, le génie, l'expression, la connaissance du cœur humain ; elle y avait ajouté une très belle figure et une physionomie noble et agréable. Pourrait-on douter que le P. de Foix ne connut les beautés mâles et sans fard de l'éloquence évangélique1? Aussi les chroniques disent-elles que Marc-Antoine de Foix « fut un prédicateur en vogue 2. »
II. — Du reste, l'auteur ariégeois ne s'est pas fait faute d'accentuer son individualité. Marc-Antoine de Foix émet, à la page 6 de son Art de former V esprit et le cœur cCun prince, des réflexions qui ne seraient peut-être pas du goût d'un critique moderne, fort troublé à l'endroit des tyrans, à propos de Néron. « Le ciel, dit Antoine de Foix, prend soin de mettre dans les âmes destinées à être les maîtresses du monde, je ne sçay quelles semences de vertu qu'on ne voit pas dans le commun des hommes ; mais ces traits, si l'on n'y prend garde, sont bientôt effacés, et ces semences étouffées par l'orgueil, par la mollesse et par la flatterie. »
Ailleurs il signale des lacunes qui, depuis le dix-septième siècle, se sont perpétuées jusqu'à nous, en ce qui concerne l'éloquence chrétienne ; c'est dans son traité sur Y Art de prêcher. « On rendrait un service bien important, dit-il, aux prédicateurs et à l'Église, en donnant au public, sur toutes les matières de théologie et de philosophie, dont la connaissance peut être utile pour la chaire, des traitez où l'on ne vît que les seules belles et utiles questions démêlées de toutes les chicanes qui gâtent également l'une et l'autre, et dont le style approchât un peu de l'air animé et naturel que
1. L'abbé Goujet, dans le tome II de sa Bibliothèque française, étudie le talent et les œuvres du P. de Foix et proclame la beauté de ce talent 2. Le P. de Foix mourut en 1687, à Billom. en Auvergne.