Ibidem, p. ibid
8 I/ARIÈGE, IVe PARTIE (itt/rc et fin), CHAP. Ier.
est, dans nos notions intellectuelles et morales, la part qui est une réelle acquisition personnelle, et quelle est la portion que notre nature semble porter avec elle-même comme un dépôt du Créateur. Le moraliste ariégeois recommande surtout de se bien orienter, de se bien gouverner dans les importants rapports entre l'esprit et le cœur1. C'est ainsi qu'il complète sa théorie des belles-lettres, ses maximes sur l'art d'agir par la parole.
III. ■ — Un siècle après Antoine de Foix, l'Àriège fournit un autre éminent pédagogue dans la personne d'un Saint- Gironnais, Arnaud Labrunie, né à Saint-Girons2, en 1742, et entré d ns la docte et pieuse compagnie de Saint-Sulpice
1. Un autre écrivain, également de la compagnie de Jésus, qui vécut, presqu'à la même époque, un peu plus tard cependant, le P. Biaise Gisbert, se trouve avoir justement travaillé aux mêmes ouvrages que le P. Marc- Antoine de Foix-Fabas. Y a-t-il ici simple direction parallèle de deux auteurs qui ont travaillé sur les mômes sujets? Le P. B. Gisbert était né à Cahors en 1657, et mourut à Montpellier en 1731. 11 s'occupa de l'Éducation des princes, et il publia aussi, en 1715, un volume sous le titre de X Eloquence chrétienne, dans Vidée et dans la pratique, dont MM. Crampon et Boucher, du clergé d'Amiens, ont donné une nouvelle édition, en 1860, et auquel le P. Félix et M. le curé Hamon ont accordé leurs sympathiques suffrages.
2. Labrunie naquit le 9 février 1742. Un ancien capucin ou frère prêcheur, que nous avons vu nous-même à Saint-Girons, le P. Domenc, avait connu M. Arnaud Labrunie, ainsi que sa mère. C'était une famille peu aisée du côté de la fortune, et qui habitait à Saint-Girons dans la ruePujol. On voit, dans un registre manuscrit conservé aux archives municipales de Saint-Girons, le nom de Marie Labrunie, ménagère, née en 1732; elle devait être probablement la sœur d'Arnaud Labrunie. Il y a des Labrunie dans le Lot. En 1877, on trouvait, noyé dans le Lot, un M. Labrunie, prêtre retiré.
Un Joseph Labrunie a donné des Extraits des Essais historiques et critiques d'Argenton sur les annales de ÏAgenais. 11 était né à Agen en 1733, fut curé de Monbrun en 1769, et en sortit au commencement de 1791. Il disait plus tard, on parodiant des vers de Blondin :
J'étais curé, prieur, poète, historien, Et maintenant, je ne suis rien.
Notre Arnaud Labrunie avait fait ses études ecclésiastiques au séminaire
ARNAUD LABRUNIE. 0
en 1708. Labrunie se consacra pendant une trentaine d'années à des études didactiques sur les questions de morale, d'après les données évangéliques considérées dans leurs rapports avec le droit écrit de chaque nation. Le genre de vie de ce moraliste Saint-Gironnais rend témoignage du zèle que cette intelligence si cultivée déploya pour le rayonnement du vrai et du juste ; et, grâce à quelques manuscrits conservés par des mains filiales, on apprend que cet esprit était porté par ses préférences vers les enseignements moraux et pratiques. Sa place n'était ni parmi les dogmatiques, ni parmi les mystiques ; il se sentit entraîné à diriger ses investigations et la fine pénétration de ses facultés mentales vers ces labyrinthes emmêlés , dans lesquels il importe de guider la volonté humaine et la conscience.
Arnaud Labrunie , professeur de morale , atteignit un degré de mérite que, sans hésitation, proclamèrent les contemporains compétents. « Il remplit, dit M. Gosselin, la fonction de professeur de morale avec beaucoup de succès en France et en Irlande *. » « Il fut chargé de la morale, dans laquelle il acquit une grande réputation, » comme le rapportent des notices manuscrites de Saint-Sulpice. Il prépara des matériaux, dont les professeurs sulpiciens du dix-neuvième siècle devaient tirer un utile et glorieux profit, par exemple le célèbre et docte M. Carrière, connu par ses beaux travaux théologiques. Du reste, l'éminent théologien qu'on vient de nommer, parle avec éloge de M. Labrunie dans ses savants traités de théologie 2 ; il le
de Saint-Charles, à Toulouse, où il entra en 1761, et il prit le degré de docteur en théolo°ïe.
Les actes de Darassus, de 1672, citent un Jacques Labrunie, prêtre et recteur de Camarade en 1672.