‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 55 sur 498 · M. MOULIS, DE SAINT-GIRONS · texte numérisé non relu

M. MOULIS, DE SAINT-GIRONS

vertueuse, par laquelle l'homme sacrifie son repos, ses

biens et le séjour de sa patrie, pour conserver chez

l'étranger l'inviolabilité de ses convictions et de ses principes1.

IV. — Joseph Lakanal devait être la transition entre le système d'éducation employé dans le passé et les méthodes du dix-neuvième siècle. Ce n'est pas encore de Lakanal que nous nous entretiendrons, voulant réserver pour la fin du chapitre notre paragraphe relatif à ce célèbre pédagogue. Nous passons aux pédagogues ariégeois du dix-neuvième siècle ; et volontiers nous applaudirions si l'on faisait surgir des générations meilleures que celles des siècles passés, supérieures par la force physique, comme par les qualités de l'esprit ou les vertus du caractère. La prétention est connue. On nous parie du moyen «d'établir paria réflexion et la raison une éducation « plus conforme à notre destination; » on nous promet « une éducation plus large et plus complète, plus sévère et plus libérale ; où l'enfant apprendra davantage à compter sur lui-même ; où l'on n'encouragera plus sa paresse naturelle en l'habituant à invoquer mal à propos des secours surnaturels ; où la crainte de la conscience se substituera aux autres règles de conduite ; où l'on ne se défiera plus de la pensée et de la libre réflexion; » on nous promet « une éducation plus religieuse aussi, parce qu'on y aura de la nature divine une idée plus exacte et plus élevée, une éducation plus scientifique et plus ration-

1. Le vice-roi de Catalogne, le marquis de Vàlle-Centauro , confia au Père Rouaix, dont le nom était connu, l'éducation de ses enfants. Sous l'Empire, il rentra en France et refusa plusieurs positions élevées qui lui étaient offertes par le grand-maitre de l'Université; il ne voulut accepter d'autre fonction que celle de principal du collège de Pamiers. L'âge l'obligea de quitter l'enseignement. Il mourut le 31 décembre 1825. 11 avait atteint sa 81e année. (Paul de Casteras, Ilist. delà Révol. dans VArièrje, p. 190.)

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18 I/ARIÈGE, IVe PARTIE [suite et fin), CHAP. Ier.

nelle, parce que rien ne sera négligé de ce qui peut développer une âme humaine et la rapprocher de son idéal1. » Sans discuter ces assertions où nous entrevoyons bien des supposés, ainsi que le contemptor, au lieu du laudator, temporis acti, nous retournerons le mot du poète : « la promesse est aisée et l'art est difficile; » et entre promettre et tenir il y a quelque distance. La question des voies et moyens d'application fut toujours la grande difficulté. Apprendre à l'enfant à compter sur lui-même, lui faire accepter la conscience comme règle de conduite, les pédagogues du passé pensaient qu'on ne pouvait réussir en cette intime et profonde tâche qu'avec une idée religieuse concrète et familière. Les pédagogues modernes, qui ont une manière de voir opposée, seront-ils justifiés par l'expérience? C'est là un problème qui n'est pas résolu. Après le P. Rouaix, un autre membre du professorat, un lettré méridional, un Saint-Gironnais dont il faut parler, M. Moulis, qui pensait avoir une « psychologie de l'enfant déjà faite et bien faite,» était convaincu de l'impossibilité de séparer la pédagogie de l'idée théologique.

Remarquable professeur d'humanités2 « dont tous les élèves gardent un souvenir impérissable, et dont les restes reposent au cimetière de Saint-Girons 3, » M. Moulis était un littérateur 4 doublé d'un saint5. Quel homme modeste !

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