‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 61 sur 498 · M. LOUIS GARAUD · texte numérisé non relu

M. LOUIS GARAUD

langage populaire, patois, c'est-à-dire le dialecte ariégeois, n'est qu'une continuation peu altérée de la langue latine. Bien que notre auteur s'appuie sur de nombreux documents littéraires, et que son élude sur le dialecte ariégeois présente un travail « analogue à celui qu'un maître, M. Brachet, a donné sur la langue française !, » notre compatriote ne serait pas éloigné de conseiller de s'en tenir, pour guides, aux seules règles phonétiques, et de proposer aux habitants de Foix une étude de phonologie prise sur une langue parlée. Il est très instructif de suivre le docte M. Garaud, nous faisant assister aux transformations lentes, graduelles, du latin du peuple, du latin de la campagne, sur les bords de l'Ariège, comme dans tout le reste du territoire. Il se flatte de retrouver la prononciation probable des Latins « comme un écho lointain de la prononciation des Romains, » dans le patois actuel de Pamiers, dans le dialecte du pays appelé autrefois Aguarnaguez. IJ explique que le dialecte de Pamiers étant seulement parlé, ne possédant aucune œuvre littéraire d'une notoire valeur, consistant tout entier dans les souvenirs, a été moins sujet aux mutations. Il cite des passages de Joinville, de Froissart, de Yillehardouin, de la Chanson de Roland, pour montrer que beaucoup de leurs termes, disparus de la langue française, se retrouvent dans notre patois, avec leur forme et leur sens primitifs. Enfin il reproduit différents textes de notre dialecte, empruntés à nos vieilles archives communales (Mernoria de la, presa de Pamias, 1486), et, les comparant au dialecte actuel, il fait voir que nous parlons aujourd'hui presque absolument la même langue qu'au quinzième siècle.

1. Compte rendu de la 51e session des congrès archéologiques de France, |). Vo'3.

30 I/ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. [«'.

C'en est assez pour que nous soyons obligé d'accorder à cet enfant de TAriège, à cet érudit consciencieux, un haut rang parmi les philologues et les pédagogues. Le fond de cette œuvre linguistique, tour à tour ingénieuse et savante, est d'une incontestable valeur, et démontre une réelle sagacité et un vif esprit critique '. On reprochera à l'auteur d'avoir trop spécialisé son travail en ne l'appliquant qu'au langage parlé dans une petite ville, tandis qu'il regarde presque toute la contrée du Languedoc 2 ; on dira que « son ambition patriotique l'a trop entraîné à une hypothèse ingénieuse et souriante 3. » Nous comprenons ces scrupules des linguistes ; mais comment n'être pas touché de cette déclaration: « Cette langue patoise, nos pères nous l'ont transmise avec une scrupuleuse exactitude. Je voudrais la faire aimer, surtout aux jeunes gens de mon pays. Je voudrais la relever à leurs yeux, lui rendre ses titres de noblesse et les intéresser à l'étude de sa phonétique4?»

Si M. Garaud s'est trop complaisamment attaché à présenter les événements historiques pour expliquer la permanence de prononciation de la langue latine dans le pays de Pamiers — complaisance qu'on a relevée, — il n'a fait après tout que céder à la tendance qui domine, en général, tous les philologues, et qui les conduit quelquefois à de précieuses découvertes. N'est-ce point en se tenant au point de vue qui le mettait en contact avec les événements de l'histoire générale, et les faits qui ont marqué les principales phases de la civilisation dans la famille indo-européenne, n'est-ce point en se livrant à des études comparatives sur les affini-

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