DIALECTE DE PAMIERS
tés de l'idiome celtique avec le germanique, qu'un de nos savants1 est arrivé à cette conclusion patriotique : « 11 est plus que probable que les Francs ont rapporté de Germanie en Gaule nombre de mots que la conquête romaine en avait écartés. En sorte que ce ne sont pas les Allemands qui ont à revendiquer sur les Français, au nom de l'histoire et de la science philologique, les territoires de la rive gauche du Rhin, mais au contraire les Français, héritiers des Celtes, qui pourraient, à ce double point de vue, revendiquer les territoires situés sur la rive opposée. » Pourquoi donc M. Garaud, de son côté, n'insisterait-il pas sur la longue autonomie de Pamiers, après la conquête romaine, sur son isolement sous tous les régimes et sous tous les gouvernements, afin de justifier ses inductions sur les origines du dialecte de Pamiers? 11 subit un mirage, dit-on, une illusion, « l'illusion que les mêmes sons qui frappent uos oreilles retentissaient autrefois sur les bords du Tibre ou dans les assemblées du forum. » Illusion! Qui sait?
XII. — La section des pédagogues va se fermer par un nom qui les domine tous, Joseph Lakanal, que nous avons réservé pour le dernier, parce qu'on lui doit une attention plus prolongée. Décédé depuis 1845, cet Ariégeois est devenu, en 1882, une sorte d'actualité, un véritable événement, le pays venant de lui élever une statue.
Véritable gloire scientifique de l'Ariège, bien qu'il ne se soit fixé dans aucune science spéciale en particulier, mais qu'il ait en quelque sorte touché à toutes, Joseph Lakanal fut tour à tour populaire et inconnu, d'une réputation plus qu'européenne à l'état intermittent, vive et bruyante à la fin
1. M. d'Arbois de Jubainville, communication à l'Académie des inscriptions (9 octobre 1885).
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du dix-huitième siècle et pendant une certaine période du dix-neuvième siècle, et retombant ensuite dans une obscurité voisine de l'oubli total', pour renaître de nos jours. Rappelons tout de suite que, né en 17G22, Lakanal devait, dans sa jeunesse, assister à ces drames gigantesques de la Révolution qui agitèrent de fond en comble la Franco et l'Europe entière. Ajoutons que, dans la mesure et dans l'ordre des idées correspondant à ses goûts, il devait prendre une part considérable à ce grand mouvement de la Révolution française.
Lakanal adhéra en 179 1 à la constitution civile du clergé 3, et fut député de l'Àriège à la Convention en 1792. Il vota la mort de Louis XVI sans appel ni sursis. On a dit qu'il rédigea le rapport sur les honneurs à rendre à Marat, et proposa de démolir le Palais-Royal, souvenir de la monarchie, pour élever sur ses ruines la statue de la Liberté. Mais ces
1. Toutefois nos grands dictionnaires historiques ont consacré des articles biographiques à sa mémoire. On peut voir aussi Documents inédits sur Lakanal, par Lelut. — Exposé sommaire des travaux de J. Lakanal, in 8°; Paris, 1838. — Lakanal, sa vie, ses travaux à la Convention, etc., par M. Isidore-Geoffroy Saint-llilairc, Paris, 1819. — Lakanal, Quelques mots, par Carnot. — Paul de Casteras, Histoire de la Révolution dam VAriège. — Clamageran, Le conventionnel Lakanal; son administration dans la Dordogne.— Paul Le Gendre, Etude sur Lakanal. — Mario Proth. Variétés, Journal officiel, 24 janvier 1871. — M.-B. Lavigne, Notice biographique sur J. Lakanal, 1880. — Guillon, Lakanal et l'instruction publique sous la Convention, 1881. — Marcus (T. Nigoul), Lakanal, avec préface de Pascal Duprat, 1879. — Mignct, Notice sur Lakanal, lue à l'Institut, 2 mai 1857. — Emile Darnaud, Notice sur Lakanal.
2. Lakanal naquit le 14 juillet, à Serres, village situé au centre du département de rAriège. Sa famille appartenait à la bourgeoisie; un de ses oncles, Font, engagé dans les ordres, devint évoque constitutionnel de Pamiers au commencement de la Révolution.
S. Dès son jeune âge, Lakanal suivait la carrière de l'enseignement, L'Oratoire lui confia (à 18 ans), à Lectoure, une chaire de grammaire, et bientôt à Moissac, à Gimont, à Castelnaudary, des chaires d'un ordre plus élevé. On le nomma successivement régent de rhétorique à Périgueux et à Bourges, où il fit partie de la faculté des arts; il fut reçu docteur à Angers. Enfin, en 1785, il était passé professeur de philosophie à Moulins.