JOSEPH LAKANAL
allégations sont contestées, et il y a lieu de chercher leur degré d'exactitude. Après la journée du 13 vendémiaire, il demanda le désarmement de la milice parisienne, qui n'avait pas secondé la Convention ; il demanda également l'expulsion de ceux qui n'habitaient point Paris avant 1789, et la formation d'une garde pour l'Assemblée. En 179o, il entrait au conseil des Cinq-Cents et, deux ans après, il était envoyé par le Directoire comme commissaire dans plusieurs départements récemment réunis au territoire français, comme précédemment il avait eu, en d'autres endroits, des missions qui sont restées célèbres1. Mais, à l'avènement de Napoléon Ier, il cessa de compter dans le monde politique.
Ce qui distingue notre grand pédagogue2, ce que l'on doit dire pour sa glorification réelle, c'est qu'il s'attacha obstinément, héroïquement, à la diffusion de la lumière. Il eut la passion d'instruire les autres ; il voulut que la science fût, non un privilège, mais le patrimoine intellectuel de tous. S'il a dans sa vie des actes ou des formulaires d'opinions qui ne sauraient être ratifiés par tous, on sera unanime envers celui qui voulut, avec une indéniable compétence, l'avancement, le perfectionnement de l'éducation nationale. En tout cas, c'est un personnage que se sont plu à étudier des esprits déliés et profonds, comme MM. de Rémusat, Jules Simon, Paul Janet.
C'est par suite d'une crise nationale que le tempérament mystique et exalté de Lakanal s'était échauffé accidentellement, en politique, jusqu'à prendre feu et faire explosion. Si l'on supprimait, par hypothèse, l'avènement delà grande
1. D'abord en Seine-et-Oise et Seine-et-Marne, ensuite dans la Dordogne.
2. Au lieu de « géant de 93, » appelons plutôt Lakanal « un grand citoyen, » comme le désigne M. Edmond About. (Lettre du 21 avril 1879.)