Chaptal, Rapport de
2. L'abbé Sicard, vicaire de Saint-Philippe-du-Roule, a étudié ei critiqur savamment le plan d'études de la Révolution dans le Correspondant de septembre 18*3. On trouve aussi dans le Contemporain (février 1883)/le solide études sur les écoles centrales, par l'abbé Allait).
nomie, à Paris, nous avons rencontré le récit des rapports de Lakanal avec Cassini IV1, directeur de l'Observatoire. On était en 1793 et Lakanal était tout-puissaot. Lorsqu'on veut revoir, dans les manuscrits de Cassini, la relation des derniers jours que ce savant passa à l'Observatoire, et qu'on s'en rapporte totalement à la seule relation rédigée par lui, il y a un moment d'hésitation; l'attitude de Lakanal semble inexplicable, sinon fautive, en cette circonstance. Les apparences sont contre le président de la commission d'instruction publique.
Quatre élèves avaient demandé, sous le souffle du vent d'égalité de 1793, d'être mis sur le même pied que le maître. Qu'arriva-t-il? Tandis que, jusque-là, Cassini avait reçu de Lakanal des témoignages d'estime, mérités par sa valeur scientifique et par son honorabilité, témoignages réitérés dans une récente visite, tout était changé huit jours après; Lakanal, que Cassini n'avait pas revu, devint à son endroit rogue, altier, brutal.
Que s'était- il passé dans l'intervalle? Mystère. On sait que Cassini fut dénoncé par ses élèves ; que Perny fut substitué en son lieu et place (directeur temporaire). Cassini fut mis brutalement à la porte de l'établissement par des procédés qualifiés indécents par d'autres astronomes ; des billets écrits devant Lakanal et très peu respectueux furent adressés à Cassini.
Lakanal paya-t-il tribut au souverain du moment, le nombre*! Youlut-il être agréable à quatre jeunes gens ayant l'audace des jeunes ambitieux qui veulent, à tout prix, occuper à 25 ans la situation que d'autres n'ont conquise que par de longs travaux ? Lakanal crut-il, parce
1. On sait que plusieurs Cassini ont été directeurs de l'Observatoire. C'était une dynastie d'astronomes parmi lesquels le comte Cassini de Thurv.
56 i/ARIEGK, IV0 PARTIE {suite et fin), CHAP. I"r.
qu'on était en 1793, devoir tourner le dos à un comte? — Nous ne pouvons rien trancher absolument de ces questions dans l'état des documents; toutefois nous ne savons si, sous le poids de certains indices et faisant la part de la passion politique, l'on doit pencher à croire que la fermeté et l'impartialité de notre Ariégeois furent tenues en échec un instant, par le nombre et les appétits de quatre jeunes hommes au verbe ardent qu'on a supposés envieux et dénonciateurs. Nous avons vu, aux manuscrits, que, vers 1784, Cassini avait demandé une chapelle pour l'Observatoire. Ces quatre jeunes gens, étant donné l'air de sécularisation ambiante de 1793, avaient-ils, dans leurs griefs, touché cette corde et trouvé là un argument d'expulsion? D'ailleurs, il est des époques où il faut à toute force réformer des abus. Si, par hasard, il n'en existait point, il en faudrait inventer, n'en verrait- on qu'en rêve et dans les obsessions d'une idée fixe. Malheur donc à Cassini, malgré ses longues et judicieuses élaborations pour la bonne organisation de l'Observatoire! Lakanal, pas plus que d'autres, ne soupçonnait qu'il commettait un acte que quelques-uns qualifieront peut-être d'ingratitude nationale !.
Un jour que Lakanal visitait l'Observatoire, Cassini s'empresse de saisir l'occasion pour obtenir une audience et éclaircir la situation. (Lakanal n'avait entendu que les élèves.) Il demande cette audience par le billet suivant : « Le citoyen Lakanal est représentant du peuple. En cette qualité, à toute heure, à tout instant, ses oreilles et son cœur doivent être ouverts à toute demande d'un citoyen
1. La correspondance de Cassini avec le baron de Breteuil, ministre du roi, témoigne de la sollicitude de Cassini (amélioration de l'Observatoire, créationet entretien de trois élèves; acquisition, amélioration d'instruments de physique et d'optique...).
quelconque. Il ne peut donc me refuser l'entretien que je
lui demande sur des choses fort simples et qui même le
regardent.
« Cassini. »
Lakanal, pour toute réponse, se borna à écrire au bas de ce billet les lignes suivantes : « Le citoyen Lakanal est à l'Observatoire pour affaires publiques. Il ne peut s'occuper d'aucun objet particulier; au reste, quand on a à le voir, on vient à lui, fût-on même comte !. »
Le dénouement fut triste ; Lakanal, écrivant à Cassini le 28 septembre 1794, lui mandait qu'il avait la charge de faire exécuter les règlements sur l'Observatoire ; il ne lui cachait pas qu'on se plaignait de dégâts de diverse nature causés par le directeur à cet établissement national.
Cassini répondit que le représentant n'avait qu'à venir, lui-même, vérifier s'il y avait quelque fondement aux accusations formulées contre son administration. On avait parlé de dévastation, d'arbres coupés. Cassini priait le représentant d'inspecter les choses par lui-même. D'ailleurs quelques herbes, quelques plantes avaient été introduites par le directeur lui-même ; ne pouvait-il point en disposer en propriétaire? Toutefois, il n'avait eu garde d'y toucher.
Rien n'y fit.
Cassini, expulsé, se borne, dans son manuscrit, à dire : « On a agi envers moi comme l'empereur du Maroc agit en Afrique. » Mais dans le quartier du Luxembourg et de l'Observatoire, l'on se souvient encore du procédé employé contre Cassini.
1. Ces autographes sont à l'Observatoire, cartons de Cassini, observ. d'astronomie.
58 I/AIUKGK, IV" PARTIE (*uite et fin), CHAP. lor.
XYH. —Enfin ce que Ton discuterait immanquablement, c'est la question de savoir si l'ancien doctrinaire, si l'ancien commissaire de la Convention n'avait pas violé des engagements sacrés, s'il n'avait point eu dans sa vie une de ces défections, telles qu'on en a reproché à Talleyrand
et à Lamennais.
Lakanal fut-il jamais engagé dans les ordres sacrés? Était-il prêtre ■ ? Avait-il reçu la consécration sacerdotale?
1 S'il .Hait démontré que réellement Lakanal avait reçu la prêtrise, nous reo-retterions avec une douleur amère qu'un compatriote eûl dépouillé son sacerdoce comme on dépouille un habit importun et gênant, a h seule fin de mieux gagner la popularité révolutionnaire; mais écartons d'aussi tristes suppositions. "
MM. Mignet, Geoffroy Saint-Hilaire, B. Lavigne, E. Guûlon, le docteui Moura, l'abbé Géraud, curé de Serres, Louis Combes, de la République Français, pensent que Lakanal n'était pas prêtre.
MM. Mario Proth, Emile Darnaud, Clamageran, ne se sont pas posé cette question (M. Nigoul le fait entendre ainsi.)
Le dictionnaire de Prudhommc, M. Paul de Casteras, un auteur biographe de 1815, l'abbé Cabibel, l'abbé J. Sentenac, Victor Fournel, penchent pour l'affirmative, et M. Paul Legendre a semblé incliner aussi vers
cette opinion. .. ,
Nous disons opinion; car. il semble que, sur ce problème obscur, il » 5 ait chez tous qu'une simple opinion. Après que chacun a exprimé son sontiment il ne produit guère de pièce authentique à l'appui. C est pourquoi un autre publiciste n'a voulu se prononcer pour aucune opinion. Al T Kieoul estime que « la question reste entière. »
Toutefois ceux qui sont d'avis que Lakanal était réellement prêtre et violateur ,1.' ses serments ecclésiastiques, nous paraissent carrément affirmais. « Nous ne saurions, dit l'un d'eux, nous associer sans réserve aux dithyrambes entonnés par la presse républicaine en 1 honneur Je Lakanal /conventionnel régicide et prêtre marié... On oublie cèpe dant ajoute-t-il, le sombre sectaire qui traitait le grand Condé de brigand illustre, pour ne plus penser qu'à l'homme utile qui lutta contre la barbarie instinctive et systématique de la Révolution qu'il servait. » (Victor Fournel, les Œuvres et les Hommes, article inséré dans un numéro du Correspondant de 1882). - De son côté, YEtoile de CAriège du JO septembre 1882, rappelant les griefs des ennemis de Lakanal. disait .par ia plume d'un rédacteur : « ... Us prétendent que, prêtre avant a Révolution il avait renié l'Église qui l'avait pourtant élevé; que la Révolution ayant éclaté, il s'empressa de jeter le froc aux orties et devint vicairegénéral constitutionnel pour entrer plus facilement, par ce moyen, a la Convention; que de pareils personnages Déméritaient pas d'être offerts en exemple aux générations futures; que des statues ne doivent être dressées
Avait-il fait des vœux? Les assertions en sens contraire, qui se heurtent et se contredisent chez les biographes, laissent cette question dans un état profondément obscur. Si l'on s'arrcte à l'hypothèse que notre concitoyen eût scandalisé les hommes religieux par sa sortie du sanctuaire, on n'aperçoit point d'acte ultérieur par lequel il ait cherché à se réconcilier avec l'Église ; et dès lors l'opinion publique ne verrait-elle pas d'un mauvais œil l'apostasie sans rétractation? D'autre part, en l'absence de pièces authentiques1 , ou de tradition positive et continue prouvant que Lafcanal avait reçu la prêtrise, on ne se trouve pas moins en face d'affirmations, timides, il est vrai, qui se sont glissées dans des récits ; et l'embarras se grossit en voyant la fonction de vicaire épiscopal conférée au début de la Révolution à Joseph Lakanal. Les apparences n'accusent-elles pas la mémoire du neveu de Tévêque constitutionnel de Pamiers ? Si Lakanal est qualifié, dans les papiers du temps, de vicaire épiscopal du diocèse, n'est-il pas naturel au premier abord de se croire en présence d'un prêtre? Car si, en soi, le titre juridictionnel de vicaire épiscopal n'implique pas absolument le caractère sacerdotal , si, en droit et théoriquement, la juridiction peut être conférée sans le caractère ecclésiastique, il n'en est pas moins vrai qu'en fait, jamais l'Église, depuis des siècles, ne sépare l'un de l'autre et n'accorde la juridiction sans le caractère. Telles étant les données théologiques, comment n'être pas tenté
qu'à des gloires sans tache ; que les faits sont de l'histoire, qu'on ne saurait les effacer, ni les détruire. »
1. C'est au séminaire de Saint-Magloireou à Pamiers, probablement, que Lakanal aurait dû recevoir les ordres, et aucun acte testimonial n'est provenu jusqu'ici de ces deux sources. Le fonds français de Saint-Magloire, qui est aux manuscrits de la Bibliothèque nationale, à Paris, n'a sur Lakanal absolument rien. Trouve-t-on davantage aux archives de Pamiers <■( de Foix?
00 I/ARIKGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. Ier.
de voir clans Lakanal un transfuge qui profita des agitations de son temps pour trahir des serments sacrés, après avoir partagé avec un évoque l'administration d'un diocèse?
Toutefois, d'autres considérations empêchent de s'arrêter à une condamnation. En 1791, en 1792, les choses se passèrent-elles à Pamiers d'une manière régulière, au point de vue des traditions et des règles ecclésiastiques? Comment savoir si l'exception des temps n'amena pas dans l'administration diocésaine des situations exceptionnelles?
Quoi qu'il en soit, à cause du haut intérêt de la question, l'Ariège s'est préoccupée vivement, dans ces dernières années, de ce problème de la prêtrise de Lakanal. Les feuilles publiques ont enregistré tour à tour les observations présentées en sens divers par MM. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Paul deCasteras, T. Nigoul, Paul Le Gendre, le docteur Moura, les abbés J. Sentenac etCabibel, etc. ; mais il n'y a rien d'aussi peu concordant que ces observations. — « 11 était vicaire général constitutionnel, dit Carnot, lorsque les électeurs de l'Ariège, son pays natal, l'envoyèrent à la Convention. » Lakanal est ainsi qualifié dans le procès-verbal des élections à la Convention, et dans certaines brochures du temps. « En 1786, dit M. Paul de Casteras, Lakanal (qui était entré dans les ordres) professait la philosophie à Moulins, lorsque son ancien maître Font, devenu évêque constitutionnel du département de l'Ariège, l'appela près de lui, et le fit nommer son vicaire général... Ministre d'un Dieu qu'il avait servi sur ses autels, il ne renia pas son maître, il ne donna pas le scandaleux spectacle d'une apostasie !. >> « Il y a dans les titres de la famille Lakanal, dit le docteur Moura, une pièce
1. Hist. de la Rérol. dans CAriège, p. 223 ot 205. Mais dans l'hypothèse do sa prêtrise, que devient l'attitude de Lakanal au point >\c vue religieux?
authentique, dans laquelle Joseph Lakanal certifie qu'il ria jamais été ordonné prêtre1. » « L'oncle (l'évêque Font) avait compté sans l'esprit déjà fort indépendant du neveu dont le séjour fut de courte durée à Saint-Magloire. Aijant échappé à V ordination, Lakanal rentra dans les collèges des Oratoriens 2. » « Lakanal fit des études brillantes. Il puisa dans cette corporation l'esprit de liberté religieuse, comme il devait respirer bientôt l'atmosphère enivrante du siècle, l'esprit de liberté philosophique. Lakanal se consacra de bonne heure à l'instruction, sans se vouer à la prêtrise*. » « D'après la constitution civile du clergé, reprend M. de Casteras, on ne remplissait pas des fonctions ecclésiastiques, si on n'était revêtu du sacerdoce 4. »
Isidore' Geoffroy Saint-Hilaire, dans sa biographie, ne dissipe point cette confusion. « Lakanal, dit-il, entra bien tard au séminaire de Saint-Magloire, où il se rencontra avec Daunou ; il se préparait bien à recevoir les ordres; mais plusieurs épreuves sont à franchir avant d'arriver à la prêtrise. Or, Lakanal voulut s'interroger de nouveau sur les dispositions de son esprit et de son cœur, et le résultat de ses hésitations fut l'ajournement indéfini de son ordination. L'ajournement n'était que la transition à une solution négative : Lakanal, en effet, ne fut jamais prêtre ; et si quelques biographes nous le représentent exerçant, en 1791, de hautes fonctions ecclésiastiques, ils se trompent, sans doute, pour l'avoir confondu avec son oncle5. » Geoffroy Saint-Hilaire rapporte encore que les collègues de