‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 8 sur 498 · AVANT-PROPOS. IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. IX

dit grand et beau, dont il suffît qu'il ait un peu approché?

Plus d'une fois, dans l'exagération de son patriotisme et de sa modestie, M. l'abbé Duclos appelle de ses vœux la venue d'une sorte de messie ariégeois, chargé de révéler au monde qui les ignore toutes les beautés de sa belle et chère Ariège. Comme nous, sans nul doute (continue le même critique), le lecteur s'inscrira en faux contre un pareil excès de modestie : car ce révélateur des grandeurs ariégeoises n'est pas à naître; il existe et c'est M. Duclos lui-même. (M. V. Vidal dans le Conservateur de ÏAriège; Foix, 1886.)

La plus spécieuse objection sur notre facile accueil pour la jeunesse, la voici; elle est tirée d'un joli mot d'un président de chambre. L'avocat du demandeur cite, comme une autorité, une lettre d'un professeur de droit traitant de jurisprudence. Le président du tribunal civil l'interrompt : — Maître un tel, il ne faut jamais s appuyer que sur des auteurs morts... les autres peuvent changer d'opinion !

Sans doute, la jeunesse a le temps de changer d'opinion, mai» tant pis pour l' Ariégeois qui se ferait peindre en couleurs nouvelles, opposées à la couleur qu'il avait d'abord dans nos pages. Il n'en reste pas moins certain que la justice historique est plus difficile à rendre dans le domaine du présent et lorsqu'il s'agit des vivants. D'une part, il y a un avantage quand on s'occupe des contemporains, c'est que les jugements, au lieu d'être rétrospectifs, portent sur des faits récents qu'il est possible de contrôler soi-même. Toutefois, d'autre part, le terrain est brûlant, la justice historique y est d'une appli-

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cation délicate. On tombe au milieu des partis, des passions vivaccs du jour; on ne peut effleurer l'épiderme des uns ou des autres, sans éveiller des susceptibilités, des réclamations et des cris. Nous en convenons donc : généralement, avant d'interroger la muse de l'histoire, on doit attendre que la scène et les acteurs aient changé, que les intérêts et les passions ne soient plus les mûmes.

En second lieu, après avoir expliqué ce qui demande trois tomes & Archéologues et sept volumes d'histoire, venons aux réparations des omissions et lacunes, aperçues par nous ou par les autres, relativement aux hommes et à leurs œuvres, sur lesquels nous n'aurions pas eu primitivement des documents assez complets.

Avons-nous à faire passer dans l'âme du lecteur les réserves, les abstentions et quelquefois les révoltes de notre conscience scientifique? Nous ne pensons pas y être tenu d'une manière absolue; notre charge serait interminable et périlleuse, bien que le rôle de moraliste s'impose à tout véritable historien. Il y a une manière d'accomplir la justice historique, la justice distributive, tout en marchant à travers les controverses et les guerres contemporaines des esprits : c'est de mêler les jugements à l'exposé des faits, quand les conséquences des doctrines et l'intention des facteurs historiques se montrent ouvertement.

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