‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 83 sur 498 · Helyot, Hist. des ordres relig. ibidem, p. 65 et · texte numérisé non relu

Helyot, Hist. des ordres relig. ibidem, p. 65 et

2. Nous avons causé souvent, en 1842, des scènes de la Révolution, avec un ex-doctrinaire distingué, M. Souquet de la Tour, curé de Saint-Thomas-d'Aquin et grand lettré. Il me savait originaire du pays de Lakanal. Avant 1791, M. Souquet de la Tour avait été employé à renseignement au collège de la Flèche. Jamais il ne nous dit mot de Lakanal, ni de ses variations.

3. C'est ici le lieu de suivre ia maxime du vieux droit : Odia restringejida, favores ampliandi.

geois Labouïsse-Rochefort, publiciste de profession, ayant la spécialité des anecdotes historiques, n'en eût point eu connaissance. Nous avons eu la patience de parcourir, presque en entier, les innombrables écrits du publiciste de Saverdun : Lakanal n'est nommé dans aucune des pages que nous avons lues. Et cependant Labouïsse, qui fréquenta l'abbé Sicard à Paris , n'aurait-il point entendu sur le présent problème, le dernier général des doctrinaires, l'estimable P. de Bonnefous, qui finit ses jours dans l'établissement de l'abbé Sicard? N'aurait-il point recueilli un écho des bruits concernant le doctrinaire transfuge, si trahison il y avait eu ?

A côté de ces silences, plaçons les affirmations si catégoriques des amis qui fréquentèrent Lakanal, de 1837 à 1845. «Les services de Lakanal (dans l'instruction) resteront pour lui un titre d'honneur et viendront, au besoin, atténuer le blâme que pourraient lui mériter des opinions parfois violentes ou certaines erreurs de sa carrière politique

« Le jeune Joseph Lakanal entra de bonne heure dans un collège d'oratoriens. Ses études terminées à dix-huit ans, la congrégation, qui désirait s'attacher un jeune homme d'une aussi grande espérance, lui confia, à Lectoure, une chaire de grammaire, et bientôt, à Moissac, à Gimont, à Castelnaudary, des chaires d'un ordre plus élevé. En même temps, Lakanal, par les conseils de son oncle (Font, qui devint évêque constitutionnel de Pamiers), se préparait à recevoir les ordres, et, lorsque le moment en fut venu, il entra au séminaire de Saint-Magloire. Comme en Daunou, qui fut alors son condisciple, on entrevit en lui un membre distingué du clergé, et les deux futurs conventionnels virent s'abréger pour eux toutes les épreuves qui les séparaient de la prêtrise. Mais on ne se hâta pas tellement, que Lakanal

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n'eût le temps de s'interroger de nouveau sur les vraies dispositions de son esprit et de son cœur, et le résultat de ses hésitations fut Y ajournement indéfini de son ordination. En pareil cas, un ajournement n'est guère que la transition à une solution négative : Lakanal, en effet, n'a jamais été prêtre; et si quelques biographes nous le représentent exerçant, en 1791, de hautes fonctions ecclésiastiques, ils se trompent sans doute pour l'avoir confondu avec son oncle. Pour lui, à peine sorti du séminaire, il était rentré dans les collèges de l'Oratoire '. »

On a produit une lettre qu'un curé du diocèse de Pamiers, sous Mgr Ortric, curé qualifié vénérable, écrivit à Lakanal, le 4 juin 1843. Le curé de Serres, Géraud, après avoir rappelé à Lakanal la promesse qu'il lui avait faite d'aller visiter son pays de naissance et autres choses, lui écrit :

« A Monsieur Lakanal t doyen de l'Institut de France,

« La postérité vous vengera. L'histoire vous mettra à la place que vous devriez occuper .,

« L'histoire nous marque les injustices qui, sous presque tous les gouvernements, ont été faites aux hommes de talent.

« J'attends de voir paraître l' Histoire des États-Unis d'Amérique que vous m'annonciez ; cela m'intéresse beaucoup pour l'intérêt que je prends à ce qui vous regarde »

Le vénérable curé termine ainsi sa lettre :

« Ah ! si j'avais des ailes comme les hirondelles, vous me verriez bientôt. Malgré mon âge de 8 3 ans, je m« porte assez bien. Et vous aussi, dit-on, vous vous portez bien. Je vous désire la continuation. — Signé Géraud, curé de Serres 2. »

Une telle lettre de la part du curé de Serres 3 , héritier des traditions locales dans le pays natal même de Lakanal,

1. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , dans la Biographie universelle de Michaud, et dont nous avons déjà cité quelques lignes, page 61.

2. Extrait de lettre cité par le docteur Moura, dans un journal du département, le 30 mars 1881. L'abbé Géraud avait 83 ans, et Lakanal 81.

3. Nous ne l'avons pas connu ; mais nous n'avons aucune raison de suspecter l'honorabilité de cet octogénaire.

son contemporain, nécessairement initié à tous les épisodes du grand drame, est d'un grand poids. N'aurait -il point protesté contre la défection supposée du conventionnel ? N'aurait-il pas été le premier à connaître cette défection, qui ne le paraît aucunement troubler ?

D'un autre côté , telles sont les obscurités , qu'après une difficulté il en surgit une nouvelle. La lettre n'étant pas explicite sur la question de la prêtrise du vicaire épiscopal de Pamiers, plus d'un défendent de conclure autre chose de ce silence, sinon que le vénérable curé de Serres avait tout intérêt à diminuer le scandale. D'autres prétendent tenir du curé Géraud que Lakanal était prêtre. Mais, dans une discussion aussi importante, le récit lointain, isolé, d'une seule personne, n'a pas assez de valeur, d'autorité probante. Quelle que soit l'honorabilité du rapporteur, il est seul, et sa parole se réduit à une simple affirmation individuelle, sans caractère officiel, dont il est impossible aujourd'hui de contrôler la solidité et la vérité.

On a enfin des affirmations émanant de Lakanal lui-même en 1841. A la fin de la première partie du tome YI, p. 401 , de leurs Biographies des contemporains, MM. Germain Sarrut et B. Saint -Edme ont inséré, en 1 841 , une lettre de Lakanal, qui s'explique sur les diatribes écrites par Prudhomme contre lui, diatribes que la Biographie des hommes da jour avait reproduites dans le tome V, et dont il fait ressortir l'absurde partialité.

Lakanal déclare qu'il n'a pas fait le rapport sur les honneurs du Panthéon décernés à Marat, mais que c'est Chénier. Quant à la question de la prêtrise, Lakanal réduit d'abord à néant les qualificatifs d' «ignare» etd'« immoral» mêlés à la question. Gela n'était pas difficile. Mais, sur le point de savoir si, réellement, Lakanal reçut ou ne reçut point les ordres sacrés, voici sa réponse : « Le plus exalté de mes

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ennemi? (Prudhomme) est d'un étonnant laconisme ; il a su accumuler dans une courte ligne trois accusations, et toutes les trois radicalement fausses.

« Je place sous vos yeux et dépose en vos mains l'extrait du procès-verbal de la séance de la Convention du neuvième jour de la seconde décade du quatrième mois de Tan II ; cet extrait m'a été délivré, le 3 fructidor an VIII, par le citoyen Camus, ancien membre de la Convention et archiviste de la République ; il est certifié, signé par ce fonctionnaire, et muni du grand sceau des archives; il ressort de cet acte, d'une entière authenticité, que, dans la séance précitée du neuvième jour de la seconde décade du quatrième mois de l'an II, mes codéputés du département de l'Àriège, où je suis né, et qui me connaissaient dès mon jeune âge, attestèrent unanimement et hautement à la tribune « que je n'avais jamais rempli de fonctions ecclésiastiques1. »

Cette réponse de Lakanal, qui n'ajoute pas un mot de plus (rien sur Pamiers, rien sur son oncle l'évêque constitutionnel Font, dont on l'a dit le vicaire épiscopal), est-elle, catégorique ? Sans doute, n'avoir pas exercé une fonction n'est point, en soi, la preuve qu'on n'a pas reçu le pouvoir d'exercer cette fonction. Aussi, en vue des controverses soulevées, nous regrettons que Lakanal n'ait pas été plus explicite ; nous aurions désiré que, devant des adversaires affirmant qu'il avait reçu le caractère sacerdotal, il eût répondu directement quil n'était pas prêtre, au lieu de répondre indirectement qu'il n'avait jamais exercé de fonctions ecclésiastiques. Pourquoi laisser une porte ouverte aux esprits subtils et soupçonneux2?

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