‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 84 sur 498 · Biographie des hommes du jour, t. VI, lre partie, p · texte numérisé non relu

Biographie des hommes du jour, t. VI, lre partie, p

2. Un écrivain enthousiaste de Lakanal et qui prépare un travail complet sur l'organisateur de l'instruction publique, nous a dit avoir trouvé, non

CE QUI EST CONTROVERSÉ. 7."i

Telle est la controverse sur le point de savoir si Lakanal était dans les ordres; controverse difficile à terminer. Restons donc dans les choses acquises et positives, et, abandonnant des discussions sans fin, résumons ce qui est hors de contestation pour notre grand organisateur.

dans le Moniteur, journal officiel de la Convention, mais dans un autre imprimé du temps, que Lakanal aurait fait comme Sieyès, Talleyrand, etc., abjuration de ses liens antérieurs, de ceux par lesquels il aurait appartenu au sacerdoce. Nous tenons cela de M. Ch. Lefebvre, sténographe de la Chambre des députés, qui publiera un travail important sur notre conventionnel. Mais est-ce l'abjuration de la prêtrise réelle?

Un écrivain de la République française, M. Combes, dans un article du 8 août 1879, aborda aussi le point qui nous occupe, sans réussir, plus que les autres, à tirer les choses au clair. Citons-le, dans son langage peu clérical :

« Lakanal eut pour premier précepteur un de ces aimables prêtres (son oncle) du dix-huitième siècle, éclairés, libéraux, philosophes, qui ont été remplacés par les cuistres grossièrement intolérants du cléricalisme moderne. Le jeune homme, voué à l'enseignement, professa à Périgueux, Bourges... (etc.), « sans se vouer à la prêtrise, » dit Mignet. Cela n'est pas très exact. »

Ici M. Combes rappelle une note de Lakanal, datée du 20 brumaire an II, publiée par Marcus; époque, ajoute l'écrivain de la République française, caractéristique de la déprétrisation. — Qu'est-ce que M. Combes peut vouloir entendre par déprétrisation? Ce mot n'est pas plus intelligible que celui-ci : prêtre, je ne l'étais plus.

M. Combes rappelle ensuite que Lakanal envoya de la Dordogne, à la Convention une cargaison de « ci-devant calices et de vases autrefois sacrés, » et qu'en même temps il écrivit à la Convention, que, pendant une maladie qu'il fit dans sa jeunesse, on profita de sa faiblesse d'esprit et de corps pour lui conférer le sacerdoce; mais que, malgré les persécutions morales, il n'a jamais sacrifié au mensonge, jamais messe, ni confessé, etc. , et que, conséquemment, il n'a pas, à proprement parler, été prêtre... »

Le lecteur n'est pas plus avancé, après l'exposé de M. Combes. Pour ce* que Lakanal écrivit, dit-on, à la Convention, si cela est authentique, il faut se borner à dire que la thèse historique en question est insoluble, l'idée de déprétrisation, telle que veut l'entendre ici Lakanal, n'ayant pas de sens pour un catholique. Se déprêtriser, dans l'ordre moral, équivaudrait un peu au cercle qui veut cesser d'être rond, au carré qui renierait la quadrature. Les contraintes de 1793 n'amenaient-elles point de ces évolutions pratiques, que les théoriciens du dix-neuvième siècle ont si bien nommées m la théorie des convictions successives ? » Les épreuves qui conduisent à la prêtrise (ordres mineurs, sous-diaconat, diaconat), sont échelonnées sur un parcours qui dure au moins deux ans ; est-ce que Lakanal fut sujet pendant deux ans à une faiblesse d'esprit et de corps? L'évêque qui le fit prêtre (s'il l'a été) alla-t-il lui conférer la prêtrise dans une chambre de malade?

7G I/ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. Ier.

XIX. — Des trois périodes de la carrière de Lakanal, la première est celle où, paraissant sur la scène et prenant son rôle, il s'affirma dans sa spécialité puissante de réformateur des écoles et des études. Ce fut un éclair, ce furent six ou sept années ; mais ces années valent des siècles (1793 à 1799). En d'autres temps, les hommes ne peuvent se révéler qu'après une sorte d'incubation préparatoire ; mais les hommes célèbres de la Révolution semblèrent lancés, tout prêts, tout mûrs, on ne sait de quelle planète, et ils travaillèrent avec une énergie qui étonne la postérité.

D'autres ont insisté sur le côté politique de la vie de Lakanal ; ils nous dispensent de nous y étendre. Mais, si l'on ne peut refuser à notre éminent Ariégeois les qualités d'un honnête et sincère républicain, il reste à son sujet le mystère qui pèse sur toute carrière individuelle. Fut-il ce qu'il a été, par l'effet entraînant des circonstances, ou le fut-il par sa propre spontanéité? Il est d'habitude, lorsque le mouvement social qui emporte les masses dans un courant vient à s'arrêter, qu'on veuille justifier, expliquer, motiver le rôle qu'on a eu dans le flux et reflux des grandes crises nationales, surtout quand ce rôle a été discutable. Comment faire la part de la sincérité et celle de l'illusion à la fois inconsciente et intéressée, dans ceux qui ont pesé sur les délibérations et les déterminations publiques ?

Lakanal, comme Guizot, a employé dans les entretiens de ses dernières années, et dans ses derniers écrits, une plaidoirie rétrospective ou plutôt un système d'apologie rétrospective. Dans sa situation, il était nécessaire d'ôter à certaines appellations défavorables le sens que le dix-neuvième siècle y avait attaché, et de rendre au qualificatif de conventionnel ou de membre de l'ancienne Convention une interprétation plus acceptée. Aussi, nous trouvons ces lignes

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