‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 85 sur 498 · CARRIÈRE RÉSUMÉE DE LAKANAL · texte numérisé non relu

CARRIÈRE RÉSUMÉE DE LAKANAL

dans les notes de l'ancien doctrinaire : « Le titre de conventionnel qui fut longtemps proscrit, sera bientôt un titre de gloire. La justice se lèvera pour ces hommes... » Nous admettons de confiance la loyauté de Lakanal; mais lorsqu'on exige des preuves positives, à quel critérium distinguer ce qui était une conviction, un raisonnement antérieur ou préexistant d'avecles raisonnements imaginés après coup, pour les réhabilitations et les justifications? Ainsi sur le grand vote de la Convention, sur le procès capital de Louis XYI, Robespierre n'avait-il pas une manière déposer la question qui complique assez le rôle des conventionnels? Selon certains critiques et certains historiens, il n'y avait point de procès à faire à Louis XYL Ce n'était pas un accusé ; les membres de la Convention n'étaient pas des juges. Il y avait un vaincu, c'était le roi ; il y avait un vainqueur qui s'était emparé de la force publique. Les républicains étaient les maîtres. Un roi, en semblable occurrence, devenait plus que gênant ; « il fallait frapper de stupeur les partisans du roi. »

Telle était la logique des circonstances, tel le point sur lequel toute l'honnêteté, toute la loyauté des conventionnels pivotaient par la force des choses. Robespierre le déclare textuellement : il fallait la mort de Louis XYI, parce que « si Louis XYI était absous, si Louis pouvait être présumé innocent, que devenait la Révolution1 ? »

D'autre part, si l'on voulait se livrer à ces fines et subtiles analyses sur la nature humaine, dans lesquelles excellait Sainte-Beuve, il serait curieux de rechercher, dans chaque homme marquant, tout ce qui fut dû au besoin de se montrer conséquent et identique avec soi-même, avec tes programmes adoptés à une certaine époque de

1. Discours de Robespierre, dans la séance du 3 décembre 1792.

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la vie. Un des amis politiques de Lakanal, qui le fréquenta dans sa vieillesse, parle de sa conversation empreinte des études littéraires de sa jeunesse, nourrie de citations faites avec goût et sans pédanterie. Il raconte que sa voix, son maintien révélaient une fermeté calme qui n'excluait ni la douceur ni même l'enjouement, mais où dominait surtout le sentiment de la dignité personnelle. Il ajoute enfin que « ces hommes qui avaient été mêlés à de si grandes choses, semblaient pénétrés de la pensée quils en portaient la responsabilité devant leurs successeurs, et qu'ils respectaient le passé dans leurs personnes, afin que cette génération apprît d'eux à le respecter aussi1. » Il est certain que le tempérament impressionnable de Lakanal, son langage monté au diapason de l'emphase de l'époque et des souvenirs classiques, ses vieilles études de l'antiquité grecque et romaine, tout trahissait en lui et tout expliquait l'exaltation révolutionnaire2. Ainsi Lakanal, au dire de Carnot,

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