‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 86 sur 498 · Carnot, député de la Seine · texte numérisé non relu

Carnot, député de la Seine

2. A Chantilly, palais des Coudé, Lakanal qui eut des missions de la Convention en Seine-et-Marne et Seine-et-Oise, prît-il les mesures qu'on lui attribue, et employa-t-il dans ses dépèches les formules boursouflées et déclamatoires qu'on lui prête? Les versions sont contradictoires sur ce sujet. « La Convention l'ayant chargé de dépouiller le château de Chantilly, Lakanal fit saisir les papiers de la maison de Condé, et rendant compte de sa mission, il écrivit à l'Assemblée que, parmi ces papiers, se trouvait « le plan de campagne de ce brigand illustre appelé le grand Condé. » (P. de Casteras, Hist. de la Révol. dans VAriège, p. 225). Exagération d'idée et de parole qu'on attribue à l'exaltation révolutionnaire

Mais un autre écrivain soutient ane assertion diamétralement opposée: < Lakanal avait été envoyé dans les départements de Seine-et-Marne et dans l'Oise, afin de presser la levée du contingent. Tout ce que rapportent certaines biographies sur les mesures qu'il aurait prises à Chantilly, esi (Miitrouvé. » (1s. Geoffroy Saint-IIilaire, Lakanal, sa vie, ses travaux... p. 19. Paris, 1819.)

Nous avons dit que d'autres biographes accusent Lakanal d'avoir été rédacteur d'un projet de glorification de Marat (Dezobry, Dictionn. biographique). A son tour, 1s. Geoffroy Saint-Hilaire déclare cette assertion fausse.

CARRIÈRE, lrc PÉRIODE. 79

aimait à rappeler qu'il avait célébré sa vingt-septième année le jour de la prise de la Bastille. Sans chercher si le fétichisme est partout, dans les républiques et les monarchies, laissant ce soin aux historiens de la philosophie politique, il est visible que l'idéal, le rêve de Lakanal fut de convoquer les masses à des participations plus larges à leurs propres destinées, et d'oublier peut-être un peu qu'il y a chez les hommes des passions vivaces, indestructibles.

Un de nos critiques contemporains, qui semble avoir fait de nos écoles pédagogiques son étude spéciale, et qui, loin d'être partial pour Lakanal, montre une regrettable dureté, laisse entendre que notre conventionnel, en se dévouant à l'instruction publique, saluait le soleil levant et assurait prudemment son salut personnel, tout en s'occupant des intérêts de la République. « On sait qu'il est fort admiré de nos jours, dit-il. Je crois qu'une étude attentive de ses discours et de ses actes démontrerait sans peine que ce médiocre personnage a été très surfait... Dans un" exposé apologétique de sa conduite publié en 1838, il nous apprend qu'il s'était donné pour mission unique de sauver les lettres menacées et de venir en aide aux savants. C'est sans doute pour se mettre en mesure de mieux s'acquitter de ce rôle qu'il fut toujours du côté du plus fort. Après avoir siégé au centre jusqu'au 31 mai, il est qualifié, en frimaire an II, de « Montagnard pur et patriote » par les comités de Sûreté générale "et de Salut public, et il est à la même époque un des « épurateurs » de la société des Jacobins *. Plus tard, il sera thermidorien déterminé. Son vote dans le procès de Louis XYI est demeuré célèbre : « Un vrai républicain parle peu. Les vrais motifs de ma décision sont là (portant la main sur son cœur) : je vote la mort. »

l. Dictionnaire de pédagogie, article Ecole normale >,

80 L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. 1er.

(( L'impartialité oblige à reconnaître pourtant qu'il avait une certaine compétence en matière d'enseignement et qu'il attacha son nom à plusieurs fondations utiles \ »

Le même auteur, assez prévenu contre Lakanal, a demandé si la théorie de l'enseignement révolutionnaire, exposée dans un rapport de Lakanal, était réellement fondée sur des principes vrais , solides , et si elle avait l'appui de l'expérience. Lakanal voulant que l'éducation d'un peuple soit faite pour sa constitution et sa constitution pour son éducation , la critique presse les conséquences de ces formules, qui, malgré leur apparence de simplicité et de vérité banale, pourraient bien n'être qu'un dangereux paradoxe. D'après le rapport de Lakanal, cet émancipateur de l'éducation, ce n'est pas dans les vérités primordiales d'ordre religieux ou simplement philosophique que sont les principes de l'éducation et de l'instruction nouvelles. Ces principes, essentiellement contingents et variables, découlent uniquement de la série des événements politiques. Selon que tel ou tel parti triomphe, l'éducation nationale devrait être modifiée dans son essence. « Comment songer, disait Lakanal, à poser pour l'instruction des principes immuables?» — Mais que d'inconvénients soulevés par cette proclamation d'instabilité pédagogique !

XX. — La deuxième période de la carrière de Lakanal2, c'est sa disparition de la scène : disparition suivie pour notre concitoyen de l'obscurité, la pauvreté et l'oubli, période qui va de 1804 à 1870 .

1. Ernest Allait! , article paru dans la Revue des questions historiijw-s du 1" avril 1881, p. 160.

2. Le vrai nom de famille «'tait Lacanal. C'est ainsi que signaient les trois frères du conventionnel, dont l'un étail jurisconsulte et procureur

SECONDE PÉRIODE DE LAKANAL. Si

On pourrait suivre, par les lettres autographes de Lakanal, la progression de sa descente dans l'obscurité. 1795 fut le point culminant de sa renommée, il était alors tout-puissant. Il écrit h Bernardin de Saint-Pierre ; il le presse de venir occuper la chaire de morale à l'école normale. « Il ne faut pas que l'école normale périsse dans son berceau... Des accidents imprévus ont occasionné la défection de plusieurs professeurs1. » En 1800, le ton baissait : les fonctions de commissaire de la République dans les nouveaux déparlements de la rive gauche du Rhin avaient cessé pour Lakanal depuis le 8 frimaire, et il écrivait pour déclarer qu'il n'avait touché du trésor public aucun traitement2. En 1802, le ton baissait encore : Lakanal, devenu inspecteur des poids et mesures dans la Seine-Inférieure, l'Eure, l'Oise et la Somme, correspondait avec un notaire de Magny, pour de mesquines questions d'affaires de vente, d'affichage 3. En 1812, nous avons des lettres de Lakanal où le membre de l'Institut de France, se trouvant à Yillarceau, près Magny (Seine-et-Oise), se trouve obligé d'écrire pour faire toucher d'insignifiantes sommes d'argent à des femmes subalternes4. Ainsi la situation matérielle et sociale de Lakanal semble aller en déclinant.

Quoi qu'il en soit, la gloire de Lakanal se montre, à l'époque de l'Empire, de la Restauration et sous le règne

du roi, l'autre professeur de physique; le troisième exerçait la chirurgie ila us le pays natal.

( )n dit que ses frères étaient très royalistes ; on dit aussi que, pour n'être pas confondu avec eux, Joseph modifia légèrement l'orthographe de son nom, par le changement du c en k. On ajoute que ses frères, de leur côté, lui tournèrent le dos. Après la mort de Louis XVI, voulant rompre toute accointance avec un régicide, ils auraient adopté le nom de Puget, village des environs de Foix où s'était écoulée leur enfance.

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