‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 87 sur 498 · Lettre «lu 12 avril · texte numérisé non relu

Lettre «lu 12 avril

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de Louis -Philippe, comme obscurcie par le nuage des origines. La France semble s'obstiner à ne pas tenir compte de la différence des temps; et de là, cette mélancolie profonde qu'on remarque, chez Lakanal, dans les quinze dernières années de sa vie. La France oubliait le savant pour ne voir que le conventionnel. Si la mort de Lakanal était arrivée de nos jours, au lieu de venir en l'année 1845, on aurait vu un tout autre appareil de funérailles !. On se serait souvenu, dans une République, des vertus civiques et des grands services rendus par un austère citoyen à l'instruction publique. Néanmoins, le nom de Lakanal, comme dit un biographe ariégeois, « est resté populaire parmi les savants, et son buste, placé dans la salle de l'Institut de France, atteste qu'il fut un ami de l'humanité, un protecteur des lettres. L'Àriège a le droit de se montrer fière de ce glorieux enfant 2. » Dans tous les cas, il y eut là, avec l'amour de la science, un caractère, et, faute de documents, nous ne sommes pas en mesure d'en dire autant de beaucoup de conventionnels.

La vie de Lakanal participe des vicissitudes et des tempêtes de ces temps si agités. Membre du conseil des Cinq- Cents de 1795 à 1797, il rentre, en 1797, dans la vie privée, pour revenir à « ses chères études.» En 1798, le département de Seine-et-Oise le nomma au Corps législatif; mais Lakanal donna de nouveau sa démission. Néanmoins, quelques mois après, le Directoire le nomma commissaire général près les départements du Rhin. 11 fut très apprécié par la population de Mayence et, la guerre ayant repris, il sut approvisionner et mettre en état de défense les places fortes

1. n lue députation de l'Institut, quelques patriote^, quelques amis personnels, voilà tout sou cortège funèbre, ;i <lii Garnot. La France a-t-elie donc perdu la mémoire? Ah! Lakanal !qui ne comprendrai! ta mélancolie? »

2. Paul de (Materas, tiist. de la Révol. dons l'Ariègc, p. 340.

LAKANAL DE 179b A 1815. 83

du Rhin. Cinq ans auparavant, à Bergerac, n'avait-il pas t'ait sortir de terre, comme par enchantement, une manufacture d'armes? Au 18 brumaire, Lakanal remit ses pouvoirs et ne se laissa point tenter par les offres de Napoléon. Resté pauvre, il travailla. Il accepta la chaire de langues anciennes à l'école centrale de la rue Saint-Antoine. En 1804, il eut les fonctions de procureur-gérant du lycée Ikmaparte. En 1809, il quitta l'Université. Yint 1815; Lakanal quitta la France, il ne fut pas expulsé par une loi de proscription, il s'exila lui-même ; Lakanal écrivit lui-même à Geoffroy Saint-Hilaire qu'il avait quitté la France volontairement. Après Waterloo, Lakanal gagna les États-Unis.

Une propriété lui fut concédée par le Congrès dans l'Alabama. En même temps, le gouvernement de la Louisiane lui confia la présidence de l'Université de cette province. Il garda cette présidence jusqu'en 1825, et essaya aussi d'être agriculteur et colon.

Après la révolution de Juillet, la section des sciences morales et politiques ayant été rétablie à l'Institut, il écrivit pour réclamer sa place, et l'Académie, en 1834, le déclara doyen de l'Institut (il datait comme académicien de 1795). Lakanal revint en France en 1 837. C'est ici que l'attendait le désillusionnement.

Après 22 ans d'absence, il trouva tout changé, les choses, les hommes et les idées plus encore que les hommes. Il eut de la peine à retrouver, rue des Fossés-Saint-Marcel, 31, le modeste pavillon qu'il habitait en 1793.

Il eut la velléité de rentrer dans la vie politique en 1838 et de se présenter dans l'Ariège ; mais bientôt ses idées prirent un autre cours. Il regretta d'avoir quitté l'Amérique ; son enthousiasme et son patriotisme de 75 ans n'était pas compris ; il entendait jeter le blâme aux grandes

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passions révolutionnaires. 1 He mélancolie profonde s'empara de son Ame. Nous en voyons la trace dans une lettre à un confrère dont « le caractère de patriotisme et d'indépendance ne s'est jamais démenti, » dit-il, et auquel il écrivait pour compliments du nouvel an (5 janvier 1841); « de tels hommes, ajoute Lakanal, sont aujourd'hui si clairsemés. » Voici la signature : « Lakanal, assis sur la dernière marc/te comme la plus stable en soi. »

Cependant le vieillard, se recueillant en lui-même, pouvait indiquer des rectifications, ou faire des communications historiques aux nouvelles générations. Il puisait ses réminiscences, on peut le dire, dans les deux mondes, américain et européen ; car sa mémoire était remplie d'épisodes ignorés sur les époques révolutionnaire et impériale. Citons seulement une de ses confidences, en 1838, au baron Bignon, membre de l'Institut et pair de France, concernant, la captivité de Napoléon à Sainte-Hélène. Le baron Bignon ayant écrit une Histoire de Napoléon 7er, Lakanal voulait lui apprendre un fait considérable de pusillanimité et d'avarice de la part du roi Joseph, frère de Napoléon.

«Mon illustre confrère, écrivait Lakanal, je n'aurois pas cru, avant d'avoir lu votre ouvrage, qu'on put traiter la ténébreuse diplomatie avec un style aussi élégant et aussi animé à la fois. La diplomatie moderne avoit toujours rappelé à mon souvenir la haute géométrie, science des courbes à double courbure.

« J'ai d'abord lu votre ouvrage pour me donner du plaisir; je l'ai relu ensuite pour m'instruire, et je lis et étudie maintenant ses aînés, que je me suis empressé de me procurer.

« Ayant vécu un mois à New-York avec le comte de Survilliers, Renault d. S.-.I. d'A., LescalHer, nous formions

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