‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 88 sur 498 · LETTRE SUR JOSEPH, ROI D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

LETTRE SUR JOSEPH, ROI D'ESPAGNE

l'Institut d'Amérique, et nous agissions, loin de la vieille patrie, comme on sera aux Champs-Elysées. Le comte m'a communiqué, sur son règne (?) nomade en Espagne, un fait non publié et presque incroyable. J'attends mon ami de quarante ans Clauzel (l'amitié aime les vieux baptistaires); je pense qu'il connaît ce fait-là, ayant vécu bien plus longtemps que moi avec Joseph (le roi d'Espagne). Ce fait dont j'aurai l'honneur de vous faire part positis ponendis, car je veux l'appui de Clauzel... en supposant ce fait vrai, la mémoire de Napoléon en serait à jamais souillée d'une tache indélébile.

« J'avois longtemps fait partie avec Joseph de la même classe à l'Institut, et il avoit de la bienveillance pour moi ; et la grande raison, c'est que je ne lui avois jamais rien demandé ; il m'a donc révélé ce fait que je communiquerai à vous seul, s'il est à la connaissance de Clauzel, et que je vous révélerai dans le cas peu probable où il l'ignorerait. Il m'est bien démontré que Joseph n'aimoit nullement son frère Napoléon. Je tiens de M. Carleton, avocat célèbre à la Nouvelle-Orléans et beau-frère de Livingston, que le célèbre commodore Décature proposa à Joseph Bonaparte d'enlever Prométhée du rocher de Sainte-Hélène. Il demandoit trois millions et garantissons le succès. Décature a, aux E.-IL, une immense réputation à ménager, conserver, et qui lui servoit en quelque sorte de garant. Il fut refusé, et Joseph, je le sais fort bien, pou^oit accueillir sa demande sans blesser notablement ses intérêts. Il est un autre fait très notable et que je puis, sans manquer aux convenances, vous prouver par l'exhibition d'une lettre de Clauzel. Ce fait atteste que Joseph est le plus pusillanime des hommes.

«Excusez mon radotage, mais dans la haute mission que vous assigna le grand homme, vous devez tout connoître. Vous trouvez des paillettes d'or dans le fumier d'ennuis,

si, 1/ARlÈGE, IVe PARTIK (suite <>t Jin), CHAP. Ier.

avec l;i sagacité de votre beau talent. Napoléon me condamna à l'ilotisme, ce n'est pas une raison pour que la vérité devienne mensonge dans ma bouche. Tacite ne nous apprend-il pas qu'il a profité des mémoires d'Agrippine? « Je vous prie d'agréer l'hommage de mon tendre respect.

« Votre admirateur,

« 26 fév. 1838. « Lakanal ', »

On comprend les sympathies de Lakanal pour le baron Bignon, homme très libéral, qui fut soldat dans les armées de la République , diplomate , ministre plénipotentiaire, membre de l'Institut, ministre de l'Instruction publique 2, et qui avait salué avec enthousiasme l'ébranlement de 1789. Lakanal aimait, dans Bignon, sa physionomie d'honnête homme, composée de finesse et de loyauté. Lakanal, qui lisait si attentivement les publications de M. Bignon, s'arrêta surtout au chapitre xxxn du tome III de son Histoire de France depuis le 18 brumaire; Bignon y parle, à la page 2G7, du tact habile du premier consul dans ses choix, lorsqu'il nomma, pour la direction des études , Laplace , Monge, Lacroix, Fontanes, etc.

XXI. — Enfin, la troisième période de Lakanal va de 1870 à 1882 ; période de la liquidation historique, dans laquelle les hommes s'efforcent de rendre aux hommes publics ce qui leur est dû selon leurs œuvres. C'est l'esprit français qui devait payer son tribut de gratitude, à celui

1. Cette lettre autographe de Lakanal nous provient d'une vente. Elle eût été utile pour les Mémoires et correspondance politique et militaire du roi Joseph, puhliés par A. Du Casse.

2. Né en 1701, Bignon tut mêlé à tout, dans la politique de 1792 à 1830. Entre autres écrits, il publia après 1814 un Expose romparatif de Vétat financier, militaire, politique et moral de la France et des principales puissances de T Europe ; il esl mon en 1841,

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