‹ Histoire des bains e DieppeChapitre 4 sur 12 · PROSPECTUS · texte numérisé non relu

PROSPECTUS

« L’efficacité des bains de mer, reconnue par les anciens, est encore attestée tant par les nombreux succès qu’ils ont obtenus dans ces dernières années, que par le suffrage des plus habiles praticiens de l’Europe.

Une preuve bien évidente de cette efficacité, c’est que les personnes les plus délicates, les plus accoutumées aux aisances de la vie, venaient depuis longues années li Dieppe leur demander la santé, lors même que ces bains n’offraient aucunes dispositions agréables.

Une Société composée des personnes les plus honorables par leur rang dans la société et dans le commerce, nullement déterminée par le désir de faire une spéculation particulière, mais dont l’unique but a été de faciliter un établissement éminemment utile et agréable, tant pour les personnes dont la santé a fait des bains de mer un besoin, que pour l’ornement et l’avantage de la ville de Dieppe; , cette Société, encouragée par les suffrages des premiers magistrats et les votes du conseil-général du département et de l’administration municipale, vient de créer un superbe Etablissement complet, qui joindra à toutes les convenances sanitaires, des points de réunion et des distractions qui, en contribuant à l’amélioration de la santé, empêchent de regretter le temps que l’on y a consacré. On y trouve des salons de lecture, des salles de billard et de bal.

De l’autre côté de la Manche, en face de la ville de Dieppe, existent aussi des bains de mer qui sont le ren-

dez-vous d’été de toute la Grande-Bretagne : pourquoi n’en serait-il pas ainsi en France?

Toutes les demandes, les observations, les conseils des personnes qui ont fréquenté ces bains, ont été recueillis avec sollicitude ; leurs réclamations sur le petit nombre de tentes, sur l’incommodité du galet, sur l’exigence et la préférence intéressée des gens de service, ont été appréciés. Tous ces abus ou ces inconvéniens ont disparu ; tout ce qui intéresse la santé et la propreté est déjà exécuté. L’ouverture des Bains a eu lieu le 1®'’ mai.

Ce nouvel Établissement se divise en plusieurs parties.

La première se compose dlun vaste et superbe édifice que l’on a construit et terminé sur la plage de la mer; il est destiné aux bains froids, en avant duquel on place un grand nombre de tentes de forme et de grandeur variées.

La seconde partie consiste en un grand et magnifique bâtiment situé près la porte de la mer ; au rez-de-chaussée sont établis, et en activité, une quantité suffisante de douches et de bains d’eau de mer et d’eau douce, chauds, avec tous les accessoires. Les premier et second étages de ce bâtiment ont été distribués en appartemens jolis et commodes, prêts à recevoir ceux qui désireront y loger. 11 y a aussi des écuries et des remises. Ce bâtiment s’accroîtra, chaque année, d’appartemens de représentation, et de logemens composés de manière à être habités par des familles plus ou moins nombreuses.

Offrir aux personnes dont la sauté réclame l’usage des bains de mer, tout ce qu’elles pourront désirer ; à celles qui voyagent pour leur plaisir, un séjour agréable où elles trouveront leurs amis ou leurs connaissances venus de divers lieux ; aux gens occupés qui voudront se séparer un moment des affaires, sans s’isoler de la société, une réunion gracieuse par sa composition, dans une ville intéressante, baignée par la mer, entourée de promenades et de souvenirs histori(iues, et placée à une distance de

Koueii et (le Paris i, qui permet à peine de s’apercevoir que l’on a quitté les objets de ses alïections ou le soin de ses intérêts ; tel a été l’unique but de la Société.

Ceux tjui fréquenteront ces bains dans la saison actuelle, jouiront les premiers de ce magnifique établissement, qui sera embelli par leur présence, et doit appeler la bienveillance de toutes les jeunes mères de famille^ par le gland nombre d enfans qui y ont recouvré ou fortifié leur santé. Les etablissemens d’éducation qui existent dans cette ville donneront aux parens les moyens de ne pas interrompre les études de leurs enfans.

M. le docteur Mourgué, médecin-inspecteur des bains sanitaires de Dieppe, nommé par S. E. le Ministre de l’Intérieur, résidera à Dieppe depuis le mai jusqu’au 31 octobre de chaque année.

Il est inutile, pour les personnes qui connaissent la France, de rien dire de la salubrité reconnue de la ville de Dieppe, de la beauté de ses environs, et de l’aspect plus pittoresque qu’ailleurs de la mer; mais on terminera cette Notice en faisant connaître que plusieurs paquebots à vapeurs (indépendamment des autres paquebots qui arrivent tous les jours dans le port de cette ville], opérant le trajet en huit ou neuf heures, partent et reviennent

' L’on se rend en poste, de Paris à Dieppe, par la route de Gisors, en quinze heures, et en passant par Rouen en dix-sept heures. Le voyage ne coûte, dans l’intérieur de la diligence, que 21 fr., et 16 fr. dans les galeries. Les lettres remises à la poste de Paris à deux heures après-midi, sont distribuées vingt-quatre heures après à Dieppe, et l’on a quatre heures pour répondre le même soir. Le prix du passage de Dieppe à Brighton est d'une guinée (24 fr.)

Celle Noie fail ressorlir le présenl. Aujourd’hui on vienl de Paris en quatre heures. On communique avec Paris en quelques minutes, avec Londres, en deux heures.

Dans le dernier siècle on mellail deux pleines journées à aller de Dieppe à Rouen.

trois fois par semaines; que le passage par Dieppe est le plus court pour se rendre h Londres et surtout à la résidence royale de Brighton : aussi, beaucoup de familles anglaises, reconnaissant tous ces avantages, se fixent-elles à Dieppe ou dans les environs.

Pour de nouveaux détails sur cet établissement, sur la manière de se baigner, etc., on peut consulter la première livraison du Journal des Bains de mer de Dieppe, ou Recherches et Observations sur Vusage hygiénique et thérapeutique de Veau de mer, par Ch. L. Mourgué, D. M. »

Tel était ce Prospectus, fort engageant, devenu aujourd’hui une pièce historique.

Il serait trop long de donner la liste des actionnaires. Les actions étaient de 500 fr. Il suffira de dire que toute la noblesse des environs, toutes les personnes aisées de la ville, magistrats, avocats, avoués, notaires, marchands, rentiers, prirent des actions ; des étrangers, des noms des plus recommandables, firent aussi partie de cette Société.

L’édifice, dont il est question, construit sur la plage, est la légère bâtisse de bois qui se voit encore, fantaisie d’un architecte de goût. Je regrette de ne pas savoir son nom.

APOuest, un pavillon des Dames, au N.-E., le pavillon dit des Hommes ; au centre, un pavillon plus élevé que les deux autres, et dit un peu pompeusement, Arc-derTriomphe. (Je me sers de la légende d’une gravure attachée au Prospectus.)

Le tout lié par une galerie figurant des tentes.

Les colonnes des deux pavillons des extrémités, sont, je ne sais trop pourquoi, de l’ordre ionique, ordre appartenant à la guerre : c’est peut-être une politesse faite au vieux château militaire qui domine la plage, du haut de la falaise, et qui, depuis Charles VII, car c"est sous ce roi que ses premières tours furent bâties, se tient là

comme im chevalier armé, qui regarde toujours l’Angleterre.

he jardin, qui enclôt la construction, fut fait de la terre de cette Montagne, dont j’ai parlé.

C’était dans la partie Est de ce jardin, ii quarante ou cinquante pas environ de l’entrée , en tournant à droite, mais sur le galet, bien avant que la terre de la Montagne y fut apportée, que l’on brûlait, conformément au Décret du Blocus continental , tous les tissus provenants des prises anglaises.

Les jolies filles de la Grande-Bretagne, qui frôlent aujourd'hui cette même place, ne se doutent guère qu’elles passent sur la cendre des mousselines, des châles des Indes, de grandes richesses enlevées, par nos audacieux corsaires, à leurs grands pères où à leurs grand’mères, et que l’Empereur Napoléon faisait brûler impitoyablement (non les grand’mères), naalgré la pitié que cette combustion excitait dans le cœur des Douaniers.

La guerre est brûlante ; mais jadis c’était Jeanne d’Arc qu’on brûlait à quelques lieues de là.

Ce jardin, entouré d’une légère palissade, est à très-peu de chose près par Latitude Nord, 49 55 34,7, Longitude Ouest 1 15 31,4.

Les Bains chauds, dits, dans le Prospectus, la seconde partie, sont représentés comme une construction complète, (ïkns la gravure jointe au texte.

D’après cette gravure, à gauche de la cour, en entrant par la rue de l’Hôtel-de-Ville, est l’aîle dite des Bains chauds.

Au fond, au centre, on indique un bâtiment à terminer.

A droite une aile à terminer aussi.

Il n’y eut de fait en 1822, que l’aîle de gauche, les bains, les douches au rez-de-chaussée, les logements au-dessus.

Le fond du bâtiment est resté dans son premier état.

L’aîle de droite, a été élevée vers 1827-1828, d’après un

plan de M. Frissard. La jolie salle de bal, qui se trouve dans cette aîle, appartient, distribution et décoration, à ce plan.

M. Frissard, qui vient de mourir Inspecteur général, fut Ingénieur des Ponts et Chaussées à Dieppe.

Cet Hôtel des Bains chauds est construit sur le fonds d'une ancienne fabrique de pipes. Lorsqu’on jeta les fondements de l’aîle de gauche on trouva, à une assez grande profondeur, de vieilles charpentes, ressemblant assez à des restes d’estacade : c’était peut-être quelque chose de l’ancien Port-d’Ouest qui fut dans cette partie de la ville.

Avant cette fabrique de pipes il y avait eu, à cette même place, une sucrerie, et avant la sucrerie, existait là un ' monastère de Bénédictines qui se virent obligées de vendre leur maison en 1742. Cette maison fut vendue à la Barre du Parlement par 9,600 livres, à la charge de payer 6 livres de rente à la ville pour le fond et terrain de la chapelle.

Cette chapelle est le petit bâtiment en saillie sur la place de la Comédie, contre l’ancienne porte du rempart, et qui a été appelé le Café.

Elle avait été érigée en 1678. On y lisait cette inscription :

« A la gloire de Dieu, tres-bon, tres-grand. Le tresnoble et tres-illustre monsieur Quentin Maliault, Marquis de Tierceville, etc.; et sa tres-illustre et tres-chere épousé. Madame Marguerite de Geribout de Faveri, ont placé la première pierre de cette eglise, en Ihonneur de notre Saint Pere Benois ; en mémoire de quoy la D® Marie Lequesne. Prieure, a fait graver ce monument. Le 2 juin 1678. »

Ces Dames avaient pris le nom de Filles laborieuses de Jésus .

C’était, dit le chroniqueur dieppois Guibert, une société de quatre filles d’abord séculières, qui se réunirent en

IG4D dans le dessein de faire un bon usage de leur fortune; et, pour cet effet, de recevoir de pauvres filles, leur apprendre la dentelle et les élever dans les principes de la religion, et par ce moyen et quelques autres qu’elles leur procuraient, les retirer des mains des maîtresses dentelières et protestantes.

C’est donc sur- les ruines des anciennes cellules des Filles laborieuses de Jésus, que les Filles du grand monde, durant la saison des bains, se livrent h Dieppe au plaisir du bal, et se réunissent pour le concert, car c’est aussi dans la salle des bals que se donnent les concerts de la saison.

D’après un compte rendu par l’administration des Bains (1833), l’acquisition du terrain des Bains chauds, la construction des bains chauds et froids, et un droit sur ceux-ci, coûtèrent les sommes suivantes :

Acquisition des bains chauds et droits sur les bains

froids 23,000 fr.

Frais de construction 366,000

Fourneaux, pompes , baignoires , etc. 29,000

Frais d’ameublement 31,000

Achat de linge 10,000

Frais de construction. ..... 11,000

Total 470,000

Dans cette somme n’était pas comprise le capital d’une rente viagère de 5,000 fr. sur les Bains chauds, avec jouissance réservée d’un appartement.

Cette rente a été servie jusqu’à ce jour.

Il n’y a pas long-temps que, dans notre ville, vivait d’une vie égale et patiente dans le bien, un homme qui, tantôt comme conseiller municipal, comme adjoint au maire, tantôt dans différentes attributions honorifiques, et enfin, comme Maire, car il accepta cette fonction dans

la difficile aimée de 1848, chercha à être utile h Dieppe sa ville natale ; il repose aujourd’hui sous un monument que le conseil municipal reconnaissant lui a érigé; et ces jours derniers, son père, dont la sage prévoyance avait préparé cette honorable carrière, est allé se reposer à son tour près de lui, après avoir exercé, de la manière la plus digne, la plus généreuse, la chirurgie et la médecine, tant dans l’hôpital civil et militaire que dans la ville et les environs de Dieppe, pendant près de trois quarts de siècle.

M. Morel fds, c’est cet homme de bien, fut reçu docteur en médecine le 26 février 1 824 ; il intitula sa Thèse : Essai sur la Topographie physique et médicale de la mile de Dieppe.

Il inséra le Prospectus qu’on vient de lire, qu’il emprunta au Journal des Bains de mer de M. le docteur Mourgué, et il y ajouta des propositions :

Sur les bains de mer, sur les conditions les plus favorables à leur emploi, et sur les maladies dans lesquelles ils ont paru le mieux convenir jusqu*à présent.

Après avoir rappelé que depuis long-temps on venait à Dieppe prendre les bains de mer, et avoir peint en deux traits le petit bâtiment auquel les grands bains succédaient, « simple cabane, couverte d’ardoises, et dans laquelle se trouvaient seulement quelques baignoires, » il ajoute :

« En médecine, des observations mal faites ou incomplètes sont plus nuisibles à la science que le défaut d’observations.

» Voilà pourtant où nous en sommes encore sur ce qui concerne les bains de mer ; très-peu d’ouvrages à leur sujet ; observations tronquées ; récits de cures opérées par les bains de mer, mais sans historique de la maladie, pour laquelle d’ailleurs en même temps on employait d’autres agents thérapeutiques.

» Certainement, l’eau de mer, ainsi que les autres eaux

minérales, est douée de propriétés médicinales qu’on ne peut lui contester; mais l’humiliant oubli dans lequel elle est tombée depuis si long-temps, en France, fait que nous nous trouvons réduits encore h des méthodes purement expérimentales pour l’administrer en bains.

» Le crédit que les bains d’eau de mer viennent d’obtenir à Dieppe, les soins que l’on a mis à ce que cette eau minérale fût employée sous toutes formes, le Journal des Bains de Dieppe qu’entreprend de publier M. le docteur Mourgué, médecin inspecteur, tout promet un résultat dont la médecine pourra tirer le plus grand avantage.

• » La médecine, n’est pas la seule qui tire des effets avantageux de l’eau de mer; la chirurgie obtient aussi des succès marqués de son emploi. Sans parler des propriétés résolutives de cette eau, on peut encore en faire usage dans les cas d’ulcères atoniques, scrofuleux ; de tumeurs blanches, de prolapsus uteri, etc. Enfin M. le Professeur Alibert, cite une affection qu’il appelle cancroïde ou kéloïde, pouvant servir d’intermédiaire à la dartre et au cancer, et ayant son siège dans le système dermoïde, sous forme, de tumeurs oblongues, radiées, qui a guéri par les bains de mer, chez un jeune homme qui avait embrassé la profession de mousse. »

Cette Thèse et celle de M. le docteur Lefrançois, nous montrent que les médecins de Dieppe , depuis la reprise du bain de mer, s’attachaient à l’étude de cette partie de l’art de guérir, que la nature mettait sous leurs yeux.

L’année où M. Morel fils présentait sa Thèse, la vieille et Bonne ville de Dieppe devait recevoir une auguste cliente qui paierait ses Bains d’une faveur spéciale , les couvrirait d’un grand éclat.

Dieppe vit au beau mois d’août 1 824 Son Altesse Royale, Madame Duchesse de Berry, venir à ses Bains. Dire que Madame eut une belle réception, et trouva bon visage

d’Hôtes, suivant le mot joyeux de son brave Aïeul, est inutile.

Après avoir reçu toutes les visites officielles des Autorités, la Princesse voulut à son tour faire ses visites : elle alla voir les Anciens du Pays.

Le 7 août 1824, à trois heures après midi, Madame alla voir le Château, et le procès-verbal suivant fut dressé :

« Le château de Dieppe a été honoré de la présence de Son Altesse Royale Madame la Duchesse de Berry, aujourd’hui 7 août 1824, à 8 heures après midi. L’Auguste Princesse a daigné en visiter les édifices dans le plus grand détail, de même que les Archives militaires de la Place. Cette Princesse était accompagnée de Madame la Maréchale, Duchesse de Reggio , sa Dame d’Honneur ; de Mesdames les Comtesses de Hautefort et de Meflfrey, et de M. le Comte de Meynard, Maréchal de Camp, son premier Ecuyer.

» En témoignage d’une visite aussi honorable et afin d’en conserver le souvenir è toujours, S. A. R. a bien voulu, sur la prière qui lui en a été faite, apposer sa signature au bas du présent.

» Signé Marie Caroline.

» La Princesse a été saluée par vingt-un coups de canon tirés de l’artillerie du Château. Deux compagnies du 5me régiment d’infanterie de la garde royale, formant la garnison de ce château, étaient sous les armes avec la musique de ce corps.

» Son Altesse Royale a été reçue par Madame la Vicomtesse de Moras.

» Signé R. Vicomtesse de Moras, née de Gallye. »

Le Vicomte, Picot de Moras, Lieutenant de Roi, commandant la place, était un digne militaire et un citoyen des plus bienfaisants.

Mais le procès-verbal ressemble un peu à celui qu’en pareil cas on eût dressé dans le château de M. le Baron

ÜG —

Tliuiider-teii-tronckli, du roman de Candide, si ce n’est que Madame la Vicomtesse de Moras était loin de peser environ trois cents cinquante livres comme la Baronne.

J’ai vu toute l’artillerie du Château qui fit la salve de vingt-un coups de canon : c’était, un tout petit canon, d’environ deux livres de balles, qu’on avait placé à une des embrasures de la porte ; mais il avait sans doute la procuration de tous les canons qui avaient tonné autrefois du haut de la forteresse. C’est ce qui explique le procès-verbal.

Comment Madame, vint aux Bains de Dieppe taus les ans,

jusqu’en 1830 excepté en 1828^ où elle fit un voyage.

Madame était toujours accompagnée de la Maréchale de Reggio , sa Dame d’honneur, et de plusieurs autres Dames, mais non des mêmes toujours, quant à celles-ci ; et ainsi, de Mesdames Talleyrand-Périgord, Comtesse de Noailles, Dame d’atours, la Comtesse de Rosambo, la Comtesse de Bouillé, la Comtesse d’Hautefort, la Marquise de Bethizy, la Marquise de Gourgues, la Comtesse de MefFray, la Vicomtesse de Castéjà, la Marquise de Podenas.

La Marquise de Lauriston , la Comtesse Charles de Gonthaud, la Comtesse de la Rochejacquelein, étaient honoraires.

Je cite les noms des Dames pour accompagner, mais je ne saurais dire celles qui vinrent le plus souvent; elles changeaient, d’ailleurs, tous les trois mois.

Le Comte de Mesnard , Pair de France, Chevalier des Ordres du Roi, était son premier Écuyer.

Le Comte de Brissac , Chevalier d’honneur, accompagnait aussi Madame quelquefois.

Le Comte de Faucigny, était Officier des Gardes.

M. Morel était secrétaire de la Chambre.

Madame arrivait du 1^^ au 4 août, et elle séjournait six

semaines environ : mais à son premier voyage, elle ne resta pas ce temps, le Roi ayant été atteint de la rechute dont il mourut. Elle priait près du lit du Roi, dans la soirée du 15 août, et le Roi mourut à l’aube du jour suivant.

Elle louait la grande maison de M. Quenouille-Olivier, qui est contre l’Hotel-de-Ville, et qui y communiquait par une galerie de bois faite exprès ; elle avait ainsi la jouissance de l’Hotel-de-Ville dont la grande salle du rez-de-cbaussée servait aux réceptions. La première année elle avait logé à l’Hotel-de-Ville ; ses Dames étaient dans la grande maison à côté; et, comme elle venait les voir : — Mais, leur dit-elle, savez-vous que vous êtes mieux que moi? Nous verrons l’an prochain. — C’est ainsi que l’Hôtel-de-Ville ne devint plus qu’une annexe.

Deux petites mansardes, qui sont à l’angle Ouest de la maison de M. Olivier, étaient particulièrement de son goût ; de l’une elle voyait très-bien les Bains froids et la rade ; elle y avait un petit chevalet, elle y dessinait, coloriait des estampes, faisait des fleurs artificielles et de la musique; dans l’autre pièce, elle avait des objets d’affection, entre autres un charmant portrait en miniature de son fils.

Le jour ou Madame arrivait, les acteurs qui venaient pour elle, du Vaudeville ou du Gymnase, qui devint son Théâtre, jouaient une petite pièce de circonstance. M. Lambert, de Rouen, en fit plusieurs ; la veille du départ on chantait des couplets : Licquet, bibliothécaire de Rouen, en fit une année de fort spirituels.

Elle laissait de côté toute étiquette de cour ; on la voyait se promener par la ville, sur les quais, sur la jetée, sur la plage comme les autres ; elle ne montait en voiture que pour faire des promenades un peu loin.

Elle prenait son bain assidûment, et le petit navire de guerre qui était sur rade, lui faisait le salut, quand il Lappercevait au bord du rivage.

Il fallait qu’il üt l)ien mauvais pour (ju’ello ne se baignât pas. Elle nageait très-l)ien. Son Baigneur se nommait Courseaux ; il est encore Baigneur et ses chêvrons ne sont point oubliés de Madame, la preuve en a été encore donnée l’an dernier.

On la laissait aller venir sans qu’on fit beaucoup d’attention à elle ; non qu’il y eut un seul quartier de la ville et des champs où elle ne trouvât de l’affection ; mais c’était à cause de cela même qu’on ne voulait point gêner ses pas.

Une timidité réfléchie se montrait dans sa personne, sur ses traits, mêlée à de la vivacité, à de la résolution.

La nature ne lui avait rien donné de majestueux ; mais on voyait qu’elle appartenait à la nature bienveillante.

L’éducation royale se laissait appercevoir.

Elle savait parfaitement l’Histoire ; mais son esprit paraissait tenir quelque chose du monde des artistes.

Les sculpteurs en ivoire, et particulièrement M. Blard, qu’elle avait breveté, avaient h Dieppe ses visites.

Elle aurait bien voulu redonner à ces ateliers Dieppois de la vie et de l’éclat : le sentiment des jolies choses de l’école italienne, qu’elle avait vues sans doute, devait la porter à ces encouragements.

Et, prenait-elle en grande pitié le sort des pauvres dentelières. La dentelle avait été autrefois une riche et gentille industrie à Dieppe. Les pauvres dentelières, les plus habiles, ne gagnaient plus que quatre sous par jour, appliquées à leiir coussin, faisant sauter les fuseaux, sonner les casseaux, du matin au soir, seize heures durant.

Ce fut sous sa protection que commença, à Dieppe, l’École-manufacture des Dentelles. Ainsi la tâche des Bénédictines, de ces Filles laborieuses, que nous avons vues où est aujourd’hui l’Hôtel des Bains chauds, était reprise. Les Sœurs de la Providence y furent appelées.

Un petit navire de guerre, un Cutter, était mis tous les

ans à sa disposition pour ses promenades en mer, qu’elle aimait beaucoup : elle n'était jamais malade ; mais il n'en était pas de même des autres Dames, ce qui l’impatientait : elle en voulait presque à celles qui étaient malades. Ce petit navire était ordinairement le cutter le Rôdeur.

Elle fit embarquer quelquefois les musiciens de la garde royale qui venaient pendant son séjour, mais ;

Dalte-là! Halte -là!

Quelle musique c’est là !

Le canot royal le Triton, qui était conservé à Cherbourg, venait aussi à la même intention. Ce grand canot s’appelait ainsi parce qu'il portait à l’avant un Triton doré. Il avait servi à Louis XVI, lors de la visite de la Digue de Cherbourg. Ce fut le même, je crois, que le Roi Louis-Philippe fit venir à Tréport, et que M. Barbe, de Dieppe, acheta il y a trois ans, pour le faire servir à la promenade des étrangers; acheté définitivement par un Anglais, il a été démoli, pourri de vétusté.

Un Jour que l’on sortait du port, le David, bateau de pêche, qui sans doute perdit la tête, ne se rangea pas assez tôt, et le beaupré du cutter s’engagea dans ses mâts dont un tomba sur le cutter et brisa les pavois. Madame, montra beaucoup de calme. Mais la Maréchale, fermant les yeux, se crut perdue pour toujours. Dans toute autre rencontre c’eût été chose grave pour le pauvre pêcheur : ne pas se ranger assez vite devant un vaisseau portant flamme ! Madame voulut qu’on rit de ce heurt, se promettant bien de le raconter fièrement, ainsi que la peur de la Maréchale, à son retour aux Tuileries.

Elle aimait' beaucoup toutes ces familles de pêcheurs. Les maîtresses de bateaux du Polet venaient la saluer «'i son arrivée, avec l’ancien costume. Elle allait fréquemment visiter la maîtresse Flouest, une amie qu’elle avait au Polet, rue des Charrettes.

Par une aflreusc journde du mois d’août où le ciel fondait en eau, où la mer était bouleversée par la tempête, elle se rendit, accompagnée de M. de Ürissac,'sur la jetée de Dieppe, (il y a aussi la jetée du Polet).

On appercevait des voiles de pêcheurs qui par moments disparaissaient dans la brume ou derrière les lames; quelques-unes, penchées sous le vent, montant lentement, de temps à autre, sur le sommet écumeux des vagues, approchaient du port. Toutes les familles de pêcheurs, de nombreux groupes de femmes et de quelques vieillards, dans une grande anxiété, se pressaient sur les jetées , le long desquelles passaient de hautes lames, s’élevant presque jusqu’au bord, et faisant, par leur frottement, le bruit d’une immense faux ; on voyait des femmes agenouillées au pied du haut crucifix qui s’élève sur la rive du chenal , leurs bras tendus frémissaient rudement sous l’effort du vent. Madame alla se placer tout au bout de la jetée, contre un poteau doublé de bronze, qui existait alors, et où tenait un grand anneau de fer, que le guetteur, qui doit diriger les navires lorsque les pilotes ne peuvent sortir, se passait autour du corps afin de résister aux coups de mer ; les vagues, ainsi que cela arrive dans les tempêtes, frappaient la tête de la jetée avec un bruit d’énorme bélier; et, se dressant devant cette tête de môle, et s’élevant à plus de cinquante pieds, comme un vaste torrent qui rebrousserait, elles retombaient en paquets d’onde et d’écume , balayant le plancher qui couvrait autrefois cette extrémité.

Madame se tenait au milieu de ce déluge, dans l’espoir d’être apperçue, du haut des lames, des pauvres matelots qui cherchaient à gagner l’entrée, et qui tous la connaissaient bien ; elle espérait les encourager de son intérêt si marqué; elle pensait aussi que sa présence pourrait doubler les secours, s’il en fallait porter.

Tout allait bien : les bateaux entraient sans malheur;

ils profitaient, avec une admirable habileté, de ces embellies qui arrivent, quelque furieuse que soit la tempête ; déjà, à l’exception d’un seul, tous les équipages s’étaient décoëtfés en passant devant le crucifix qui est à trois cents pas environ dans l’intérieur; un seul bateau restait en arrière; il arrive: une longue vague le poursuit, l’atteint, passe par dessus le pont, enlève un homme. On ne vit rien, on n’entendit rien ; le bateau filait, nulle trace ne resta ; on ne connut le malheur que lorsque l’équipage sauvé se trouva dans les eaux tranquilles du port.

Le soir, il devait y avoir bal. Madame le contre-manda ; elle resta chez elle, comme en un jour de deuil ; dès que le malheur avait été connu elle avait envoyé dans la maison du naufragé porter, autant que possible , des consolations.

Ce ne fut donc pas ce soir-là que M. le Commandant en second du cutter, eut l’honneur de danser avec elle à Touverture du bal. Voici la raison pour laquelle elle lui fit cette honneur.

Cet officier s’appelait Louvel. Or, il était d’usage qu"après les promenades en mer, les officiérs fussent invités au dîner. Madame aimait à savoir les noms. Grand fut l’embarras pour prononcer celui-ci devant elle. Elle en demanda la raison ; Monsieur de Mesnard le lui dit : « O, répondit-elle, ce. nom m’est odieux ! mais je serais bien peiné qu'une exclusion à cause de cela frappât un brave officier. Qu’on l’invite ; et de plus, je veux ouvrir le bal avec lui. »

Elle aimait beaucoup à se promener le long de la Marine. Elle alla un jour, par dessous la falaise, à la baie de Pourville, à deux kilomètres approchant dans l’Ouest. Cheminer sur le galet est très-pénible, on fait un pas, on recule deux. Mais la promenade est d’une beauté grandiose. On pourrait, ce me semble, en aplanissant les roches de la basse mer, pratiquer un chemin qui faciliterait

cette promenade maritime. A gauche , on a les liautes falaises, d’où s’élancent de clistance en distance des aiguilles qui ressemblent à des vagues pétrifiées ; on dirait que ce sommet a gardé la forme des flots sous lesquels il fut plongé dans les temps qui sont inconnus à l’homme ; ce sommet , ces vagues immobiles sont couronnés de gazon ; on voyait dans ce temps-là, sur la partie la plus élevée des crêtes, une vieille chapelle de Saint-Nicolas qui fut aux Bénédictins. A droite, sont les rochers que la mer découvre, tapissés de Thalassiophytes, du varech olivâtre, vésiculeux, de l’ulva qui donne à quelques places du littoral l’aspect de prairies d’un vert tendre; les flots qui semblent se jouer dans les roches tout à l’extrémité delà basse-mer, jaillissent ainsi que des jets d’eau, comme pour annoncer le retour prochain de la vaste plaine liquide, qui s’étend au niveau de l’œil, ombrée ici par les nuages qui passent, et de lumière onduleuse aux places où les îles de l’Océan aérien ne projettent pas leurs grandes ombres flottantes.

Au bout de ce voyage, fait au bord de la mer, comme Robinson en faisait autour de son île, la Princesse, en arrivant au Poste de Pourville, se trouva avoir tellement faim qu’elle pria les Douaniers de lui procurer du pain. Elle le savoura au milieu dé ces braves gens, joyeux de pouvoir donner un morceau de pain à la nièce du Roi.

Il fallut, pour regagner Dieppe, gravir la côte, et Madame avouait que, pour une Fille de montagne, elle gravissait péniblement.

La tradition veut que dans cette baie de Pourville saint Thomas de Cantorbery ait abordé dans sa fuite; qu’il ait laissé à l’église de ce rivage un calice qui avait la vertu de guérir delà fièvre ; ce calice n’existe plus ; mais il a pour successeur un verre à pied , comme on en faisait il y a soixante-dix ans, dans lequel les fiévreux viennent tremper leurs lèvres. Cette tradition de débarquement est con-

traire à l’histoire écrite : Où est la vérité ? Je l’ignore. L’église, qui avait été rebâtie sur celle du temps de saint Thomas, est ruinée â son tour, et dernièrement, par acte ministériel du canton d’Offranville , et au profit de la Fabrique de Hautôt, les restes en ont été mis, par lots, h la criée; un seul lot a été vendu, je pense. La croix, faite en torse, semée de rosettes, qu’on dirait être la rose rouge, et d’un seul morceau de grès de huit à neuf pieds, qui s’élève sur le bord de la route et du vieux cimetière, n’a pas été mise en vente. Ces ventes de ruines sont bien regrettables. C’est ôter aux paysages un grand charme. Est-ce que le monde n’est pas encore assez grand pour que les vieilles choses aient encore leur place au soleil ?

Un document , cependant étranger à Pourville , que possède M. Lequin , huissier à Dieppe , fait aussi débarquer dans cette baie le dernier Grand-Maître des Templiers.

Cette baie est à mi-chemin de Dieppe au cap d’Ailly. Les galets y sont entassés en buttes énormes : on dirait les débris d’une grande terre voisine. Dans son nom, qui s’est trouvé altéré, je crois découvrir un composé de la langue des Celtes, lequel irait bien à ce rivage, puisqu’il signifierait: « rivage-havre de buttes. » v Cette langue était parlée ici au temps de notre histoire de Vénus et d’Eole. Ce fut du moins celle qu’on y parla dans les temps les plus reculés.

Le nom de « havre de buttes, » de buttes de galet, nous reporterait donc vers le récit qu’on a lu; comme le rivage nous approche du cap où la terrible lutte continue.

Enfin on arriva à Dieppe, suant, soufflant, étant rendu : on aurait pu, ce soir-là, jouer sur le Théâtre de Madame, une autre partie du Voyage à Dieppe.

C’était dans une salle des Bains chauds qu’était dressé ce théâtre. Cette salle ne pouvait contenir qu’un petit nombre de personnes : tout le monde en avait du déplaisir.

Le Conseil municipal vota la construction d’une salle

(le spectacle. Le plan en lut fait par M. Lrissard, qui, quelque temps après, donna aussi, comme il a été dit précédemment, le plan de la salle de bal et de concert des Bains chauds.

On se mit à construire la salle de spectacle au mois de mars 1826.

Elle s’élevait sur le fond d’un ancien abreuvoir que les protestants, lorsqu’ils étaient tout puissants à Dieppe, avaient pavé avec les pierres de l’ancienne église de Saint- Remi, dont la tour, restée seule, est comprise dans l’enceinte du château. L’abreuvoir, desséché, était devenu le préau d’une prison, formée des deux tours, et du logement intermédiaire, que l’on voit au-dessus de la porte de l’ancien rempart, par laquelle on va de la place de la Comédie ou des bains chauds aux bains froids. Cette porte est la seule qui subsiste des six portes qui défendaient autrefois la ville du côté de la plage. Elle était beaucoup plus basse quelle ne l’est maintenant. La tour et le logement appartiennent aujourd’hui à Madame Caulier,quia donné à ces anciennes bâtisses un petit air moderne de Castel. Autrefois c’était d’un aspect très-sombre. Contre la porte pendait ordinairement, au bout d’une corde, un panier ou un bonnet de laine, manière d’implorer l’assistance aux prisonniers.

M. Frissard dirigea les travaux de construction et, dans les premiers jours d’août de cette même année 1826, le rideau se leva la première fois, devant Madame, M. Cavelier étant Maire.

J’ai toujours regretté que la scène, au lieu d’être du côté du château, comme elle l’est, n’eût pas été placée du côté de la mer : il en est ainsi je crois au théâtre St- Charles à Naples. On aurait pu dans l’été donner le spectacle d’un coucher du soleil. Le terrain ne permettait guère cette disposition au moment de la construction ; mais aujourd’hui, que la vieille muraille de la ville est

abattue, si c’était à recommencer, ce magnifique eÜét de scène serait possible. On pourrait au moins maintenant faire de ce côté un foyer d’été. M. Charles Lebon, lorsqu’il était conseiller municipal, avait noté, comme chose à faire, ce foyer du soleil couchant.

La loge de la Princesse était au centre des premières galeries, et, derrière, de l’autre côté du couloir, se trouvaient deux petits foyers, qui existent encore, où Madame était reçue à son arrivée, et où elle se retirait dans les entr’ actes.

La salle était fraîchement décorée, le pourtour était en grisaille, avec quelques dorures ; l’intérieur des loges était en bleu, le rideau imitait un velours bleu, le plafond était peint d’arabesques en j3ouleur ; toutes ces décorations, ainsi que celles de la scène, furent faites sous la direction et touchées de la main de M. Séchan, alors décorateur du Théâtre de Rouen.

En 1827, le théâtre avait une troupe d’opéra-comique, qui joua encore quelque temps après l’arrivée de Madame.

Ce qui me le rappelle, c’est que plusieurs des artistes de l’Opéra-Comique contribuèrent à l’exécution d’un Libretto qui fut chanté dans la grande salle de l’Hôtelde-Ville, le 16 août, jour de l’inauguration du Portrait de Madame. Ce portrait, donné par Madame à la ville de Dieppe, est de Dubois Drahonet. Il porte la date de 1829, parce qu’il n’était pas achevé l’année de l’inauguration.

Le Libretto était une petite scène de rivage. Des pêcheurs se réjouissaient d’un don que leur avait fait une grande Dame, leur protectrice.

Rossini, alors à Dieppe, en avait fait la musique et en avait dirigé les répétitions. Le chant fut donc exécuté, par plusieurs des artistes du théâtre; quant à l’orchestre, il fut formé par la musique d’un régiment de la garde, qui avait pour chef Javault , auteur d’un beau Domine Salmmi, de pas militaires, et d’autres jolis morceaux.

(les paroles Irançaises. J’ai ouï dire <i des connaisseurs, qui assistaient a la cérémonie, que le Maestro n’avait jamais rien composé d’aussi frais que ce petit œuvre. Le souvenir d’un chant populaire de la Sicile y brillait comme un mirage du beau ciel qui reflète les rivages de Messine.

Le procès-verbal qui fut dressé à la suite porte les signatures que voici :

Talleyrand-Périgord, Comtesse de Noailles. — Le Comte de Mesnard. — Comtesse de Rosanbo. — Mortemart, Comtesse de Forbin-Janson. — Le Lieut. -Général Comte Coutard. — Le Duc de Noailles. — Baron de Charette.

— Le Comte de Faucigny. — Comte de Labrisse, Marécbal-de-Camp. — Comte d’Agoult. — Casimir Caumont.

— Jacques Haber. — Baron J. de Rochschild. — Comte de Germmy. — Caumont aîné. — Herrier, adjoint municipal. — M*" Robert Walpole. — Giouchino Rossini. — Naderman. — Frères Bolirer. — G. de Marescot. — Baron Friant. — Le Marquis de Valadous. — Frissard, Ing. des Ponts-et-Chaussées. — Picot de Moras. — Cliabouillé, Insp. des Douanes. — Gaillon (le célèbre Naturaliste). — Lefrançois (Docteur). — Wollaston. — La Duchesse de La Rochefoucaud. — La Comtesse de Salaberry. — Le Marquis de Castelbajac. — La Comtesse Frédéric de La Rochefoucauld. — Duchesse de Bellune. — Le Général, Comte Eug. d’Astorg, Aide-de-Camp de S. A. R. M®‘‘ le Duc de Bordeaux. — La Comtesse de Pastoret. — La Princesse de Béthune. — La Comtesse d’Aumale. — Marquise de Nadaillac. — La Baronne, le Baron de Montailleur. — Comte Molé-Pelet. — E. Wilson. — Fould. — R. Bontîl.

— Douville de Mullefer. — Leguest, du Roi hon.

— Le Comte de Montmort. — Bauldry de Breteuil.

— Leborgne, Membre de la Chambre de Commerce. — Toulesmesnils. — Conseil-Chalot. — Bruzen, Président du Tribunal de Commerce. — Quenouille fils aîné, Membre

de la Chambre de Commerce. — Hanin, Juge de Paix. — Guérard. — Cappon. — Renard. — Sévry-Langlois. — Valliers. — Comte de Carrière, Sous-Préfet d’Abbeville.

— A. de Marigny. — I-^e Vicomte Pontay. — Aug. Tinel.

— B. ïïorteloup. — D. Deslandes. — J. Riolle. — J^e Chevalier de La Lance. — J. Bunel. — J. Billotet, Bibliothécaire-Archiviste (du Château de Dieppe]. — Lecanu.

— M. Langan, Principal du Collège. — Democomble. — • De Cerstelline, Capitaine d’Ai’tillerie. — P. Lorrette. —

Valet, Capitaine. — Lorin. — Bellangé, Colonel du de ligne. — Berquen, Chef de bataillon du Génie. — Bans, Chef de bataillon. — Ladiré, Capitaine. — Derouen. — Dury. — Ledanois. — Baudribos. — Ubelleski. — Paon.

— Caron, Cap. — Silîait. — PI. Cavelier. — Morel, Secrétaire de la Chambre de son Altesse Royale. — G. Hébert.

— P. -J. Feret. — A. Feret. — F. -G. de Belleville. — E. Durand. — Crepet, Substitut. — Vasse-Renoult. — Braquehais. — C. Cosnard, Administrateur des Hospices.

— Pauline Goix. — Quevilly (Commissaire de Marine]. — V. De la Barre. — Chevalier Lavaçois, L. de Gendarmerie royale. — Bruzen le jeune. Adjoint. Cavelier, Maire. Plus quelques noms qu’on n’a pu lire.

Un ou deux jours après, le Maestro, pour remercier les artistes qui avaient prêté leur concours, dirigea les répétitions du Barbier de Séville .

Rossini, pendant son séjour à Dieppe, fut désireux d’être agréable à Madame ; il ménagea une petite surprise que voici :

Il savait que la Princesse devait aller faire une promenade aux ruines du château d’ Arques.

L’entrée de ce château, du côté du bourg, est flanquée de deux grosses tours. Celle qui est à droite, en arrivant, et dont M. Reiset, le propriétaire actuel, a fait je crois la maison du concierge des ruines, était percée d’une longue et large brèche, ou d’une embrasure fort agrandie; l’in-

des voûtes écroulées. Dans cette terre et ces décombres iiii Irène s'était planté, et il avait si bien poussé, que son faîte dépassait le sommet découronné de la tour, et y formait un panache de verdure.

Le jour où la Duchesse devait aller au vieux château, Kossini, accompagné de madame Rossini, de Naderman, lediarpiste, et je crois, d’un jeune compositeur anglais, dont je ne me rappelle plus le noni, mais qu’on m’a dit être devenu un compositeur très-distingué en Angleterre, se plaça secrètement dans la tour.

Madame arrive, met pied à terre au bas de la butte sur lequel le château est assis; elle suit la montée tournante ; elle arrive, elle va entrer.

Le son d’une harpe, sortant par la brèche, se fait entendre; des voix s’y mêlent; d’abord, c’est comme une rêverie; puis tout-à-coup la harpe et les voix s’animent, deviennent guerrières ; on dirait les ombres des Preux se réveillant dans la vieille tour.

Il n’est pas besoin de dire que la surprise lit grand plaisir.

Rossini avait composé ce Nocturne tout exprès.

Je ne me souviens pas bien des paroles, que j’avais écrites cependant; mais je me rappelle l’idée.

« Le Génie des ruines chante ses souvenirs , tantôt les fleurs de la prairie, tantôt les guerriers illustres qu’il a vus briller sous les armes, ou se reposer à l’ombre du grand donjon, qui ne sont plus ; ce chant est mêlé d’idées riantes et tristes : ainsi les hommes ont souvenance !

» Tout-à-coup il entend le bruit d’une cavalcade. Qui donc vient là, comme on venait jadis ? Qui va-là?

» Sa vue de Génie le lui apprend : c’est la petite-fille de Henri-le-Grand, de celui qui a gagné la journée d’Arques, une belle journée, dont il croit entendre encore le

Te Deum clans l’église, qui est toujours vivante clans le bourg : c’est le dernier roi qu’il ait connu !

» Soudain la joie le ranime ; et d’une voix retentissante comme le pavois heurté, frappé par les Preux, il annonce aux ruines, il annonce aux cantons voisins encore une visite royale. »

A quelques jours de là Rossini terminait son séjour à Dieppe ; mais la veille de son départ, dans la soirée, on entendit chez Madame un second Nocturne qui venait d’être écrit aussi par le Maître et qui était intitulé, Adieux.

Naderman , les violoncellistes Bohrer, y montrèrent leur rare talent.

Madame allait, au moins une fois, pendant son séjour, visiter, au château de Derchigny, madame la Comtesse de Gaumont, madame la Comtesse et monsieur le Comte de Clercy, de la famille de Declieu, par madame de Gaumont.

Il y eut, dans une de ces visites, une petite fêfe champêtre, pour laquelle un musicien allemand, C.-F. Bittermann , avait arrangé un air de ronde normande fort ancien .

La ronde villageoise chantait l’histoire d’une vache morte, une grande perte pour une pauvre famille, et que Madame avait remplacée par une superbe laitière.

— Qu’était-ce donc que Declieu?

— Le Seigneur et Patron de Derchigny. Mais il fut quelque chose déplus : le bienfaiteur de l’Amérique et de l’Europe. C’est lui qui a porté et planté à la Martinique le pied de Cafier dont vient tout le café des Antilles.

Il revenait des colonies en 1720, et devait y retourner très-prochainement. 11 sollicita l’autorisation d’emporter un pied de Cafier du jardin du Roi. Il lui fallut faire bien des pas et des démarches; enfin il réussit, il part, emporte son frêle arbuste.

Un long calme arrive au milieu de l’Atlantique , on manque d’eau. Declieu partage sa faible ration avec son

Caüer; il lui faut, de plus, protéger cet objet de ses espérances contre les attacpies d’un homme bassement jaloux.

Dès qu’il a touché, après bien des inquiétudes, la terre de la Martinique, il choisit un terrain convenable, dans un couvent, où l’arbuste peut se développer en toute sûreté. Au bout de vingt mois le Cafier donne une abondante récolte. C’est cette graine qui s’est répandue sur la Guadeloupe, sur Saint-Domingue, sur les îles d’Amérique.

J’en fais mes excuses, mais je ne puis m’empêcher de citer encore la mythologie : on ne se débarrasse pas ainsi du passé ! Je veux donc dire : que dans l’Antiquité on éleva de toute part des Autels à Bacchus qui avait planté la vigne dans l’Ancien-Monde. Je vois encore son char traîné par des panthères et des tigres, rendus très-doux, et tous les peuples, par où il passe, lui montrant leur reconnaissance par beaucoup de joie. Il n’en est point ainsi de Declieu qui a planté le Cafier dans le Nouveau- Monde, et cependant le café est certes plus répandu que le vin. Declieu, il est vrai, se serait peu soucié de se promener sur un char comme celui du Dieu; mais il ne s’agit pas de l’humeur paisible, des goûts modestes de ses vieux jours : il s’agit de ce que les buveurs de café lui doivent. He qui prononce seulement son nom ! J’ai vu autrefois je ne sais combien de riantes enseignes représentant tant bien que mal Bacchus, je n’ai jamais apperçu sur la porte d’un café le nom de Declieu.

Il y avait donc dans l’Antiquité quelque chose de gai et de reconnaissant que nous n’avons plus.

Si j’étais de ceux dont la voix est écoutée, je proposerais d’élever dans Dieppe un petit monument au moins à la mémoire de cet homme utile. Declieu, était Dieppois, à six kilomètres près : c’est la distance qui sépare Derchigny de Dieppe. Il était d’ailleurs Dieppois d’origine.

Son aïeul, ennobli en 1589, l’année de la victoire d’Arques, était Bourgeois ou habitant de Dieppe.

Et d’ailleurs tout doute sur le lieu de la naissance disparaît, lorsque je lis dans la charmante Notice, publiée, il y a quelques années, par M. l’abbé Lecômte , que de Clieu naquit k Dieppe, en 1687. M. l’abbé Lecomte, né près du château de Derchigny, a eu tout loisir, toute facilité de puiser des renseignements, des détails on ne peut plus exacts dans l’honorable maison de Clercy ; madame de Clercy est arrière-petite-fille de de Clieu, ainsi que madame la Comtesse d’Auberville : l’ombre du vaillant de Clieu, car de Clieu fut un officier vaillant et hardi, a dû être satisfaite le jour où, par alliance, un de nos plus généreux, et de nos plus braves généraux, Lamoricière, entra dans sa famille.

La Notice de M. l’abbé Lecomte est écrite avec satisfaction et avec respect. Le jeune prêtre s’est plu à tracer cette vie d’un des hommes qui ont le plus mérité de la terre ; et l’on sent, qu’au moment où il tenait la plume, la voix du Cantique retentissait dans son cœur ; « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »

Vous verrez dans cette Notice ce que le pied de Cafier avait produit au bout d’un demi-siècle.

Ce fut en 1723 que de Clieu partit avec le petit arbre.

En 1775 la France recevait de Cayenne 659 quintaux de café; de la Guadeloupe, 63,000; de la Martinique, 96,889; de Saint-Domingue, 450,339.

En 1740 de Clieu était gouverneur de la Guadeloupe.

Ce fut lui qui donna l’idée de la fondation de la Pointeà-Pitre.

Lorsqu’il prit sa retraite, les habitants de la Martinique et de la Guadeloupe lui offrirent un don de 150,000 liv. qu’il n’accepta pas : ces colonies se réservaient le droit de renouveler le don de manière à ce que le vieux Planteur

])Lit tenir en France un rang qui fût en rapport avec les services qu’il avait rendus.

Ce fut à Derchigny que M. de Clieu vint prendre ses années de repos avec une pension de 8,000 livres. Sa bienfaisance fut grande; elle s’étendit à tous les environs.

Je me rappelle que mon père, qui allait, étant enfant, passer ses petites vacances au château de Derchigny, avait conservé un profond souvenir de cette bonne maison des champs. Un vieux nègre et une vieille négresse, serviteurs affectionnés de M. de Clieu, avaient laissé dans son esprit une profonde impression de bonté. Étant enfant aussi, je voyais, par les yeux de mon père, les beaux jardins où on le laissait courir; M. de Clieu apparaissait, au milieu de ces souvenirs, comme une personne vénérable; et déjà je savais, sous forme de tradition du moins, l’histoire magnifique du pied de Cafier.

De Clieu mourut à Paris, en 1774, à l’âge de quatrevingt-sept ans, chez la Duchesse d’Amville, sa parente. Il était Commandeur de l’Ordre militaire de Saint-Louis.

L’administration de la Martinique lui vota un monument, et dans ces derniers temps cette pensée fut reprise ; mais j’ignore si elle a eu une suite.

Lorsque Gabriel, Mathieu, de Clieu, quitta ce monde, son pied de Cafier était encore plein de vigueur sur le sol de la Martinique. Un treillis de fer avait été placé tout autour pour conserver le célèbre et fécond arbrisseau.

Ce fut dans cette même année 1827, que la ville de Dieppe donna une fête, en face du château d’Arques, sur le coteau de Saint-Étienne , où Mayenne vint attaquer Henri IV, le 21 septembre 1589.

Dès le matin, du 6 septembre, la garde nationale et la garnison de Dieppe , celle-ci formée d’un bataillon du 4rac (Je ligne, se rendirent sur le terrain ; on établit des feux le long de la lisière de la forêt ; on fit cuire et déjeu-

lier et dîner ; on déjeuna, on dîna, on vida des tonneaux ; l’assaut d’appétit réunissait très-cordialement Royalistes et Ligueurs, qui allaient bientôt combattre l’im contre l’autre : il en est ainsi quelquefois à la vraie guerre. Les Dieppois , en leur qualité de descendants de ceux qui avaient soutenu le Béarnais, formaient l’armée royale.

Madame arriva sur le midi, et elle s’assit à une des tables qui étaient servies en plein air, éclairées par un soleil magnifique.

Bientôt on entendit le feu des tirailleurs ; les Ligueurs, marchant en bataille, enlevaient les positions en pente qui

sont du côté de Martin-Eglise. L’armée royale occupait les restes des retranchements qui se voient encore sur les lieux, et que les Lansquenets de la Ligue, franchirent, par une déloyale surprise, le jour du vrai combat.

La victoire fut encore aux Royalistes, cela devait être.

Les canonniers de Dieppe, les fils, traditionnels du moins, des canonniers dieppois du château d’ Arques, qui firent de grandes brèches, dit-on, dans l’armée de Mayenne, amenèrent leurs pièces sur une plate-forme où on avait mis évidemment du canon en batterie , le jour de la grande guerre, et de là foudroyèrent les Ligueurs, qui tout aussitôt battirent en retraite.

Sur cette plate-forme s’élevait le modèle de l’obélisque qui a été construit en pierre, d’après le plan de M. Frissard*

C’est, en effet, à cette place que dut se décider la journée où Henri IV repoussa l’armée qui avait du catholicon en ses enseignes et cornettes, selon les expressions d’une excellente Pièce du temps.

Après la victoire du 6 septembre 1827, en commémoration de celle du 21 septembre 1589 , il y eut des danses. Beaucoup de personnes des environs, et d’assez loin, vinrent à cette fête historique.

Mademoiselle, qui était arrivée le 4 septembre, fut conduite dans les rangs de l’armée royale.

Une inscription, gravée sur une des marches d’entrée du rez-de-chaussée delà maison de M. Olivier Quenouille, et accompagnant la ligne de contour d’un petit pied! rappelle Tarrivée de Mademoiselle à Dieppe.

Son premier pas fut pour Dieppe

Et, pour Dieppe, un bienfait.

Il avait été a peu près décidé qu’à l’avenir on chercherait dans l’histoire de Dieppe des sujets de fêtes : la victoire d’Arques était comme un prélude.

Une petite pièce de circonstance devait être jouée dans la soirée , par les acteurs de Madame , arrivés depuis quelques jours. Elle ne le fut pas, et j’ignore pourquoi ; mais je pense que les acteurs n’eurent pas le temps de l’apprendre. Elle avait fait grand plaisir à la lecture, chez Madame. C’était une œuvre des plus spirituelles. Henri IV et ses bien amez les habitants du Polet, qui avaient rudement épaulé le Roi, lorsque Mayenne voulut faire enlever leur faubourg, y étaient peints au naturel. Elle était de deux jeunes Dieppois , MM. Delamare et Méliot , deux camarades d’études, et de brillantes études, dans tous leurs cours. Jules Delamare est mort très-jeune, et sa perte a été fort regrettable pour Dieppe. Il préluda, dans le conseil municipal, d’une manière brillante et utile; la tribune nationale l’eût fait connaître entièrement, sans cette mort prématurée. Il était arrière-petit-fils du célèbre Jurisconsulte normand, Houard, auteur du Traité sur les Coûtâmes Anglo-Normandes, de l’ouvrage intitulé les Anciennes Lois des Français, du Dictionnaire analytique, historique, étymologique, critique et interprétatif de la Coûtume de Normandie. Houard était Associé de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres.

L'étude de l’histoire locale commençait à avoir une certaine impulsion, à Dieppe, qui a d’ailleurs un fonds très-riche à offrir au labeur. Une petite Société Archéolo-

gique s’était formée : M. le Baron de Viel-Castel, Sous- Préfet, l’appuyait fortement; M. Jean, Juge au Tribunal de première instance, y associait ses goûts particuliers ; Benjamin Gaillon, esprit actif, laborieux, étendu, était charmé de mêler l’archéologie à l’histoire naturelle, pour laquelle il amassait des observations, nouvelles, savantes et très-consciencieuses, lesquelles n’ont eu qu’un commencement de publicité; M. de Blainville, qui allait s’avancer au-delà des travaux de Cuvier, et dans la chaire de Cuvier, encourageait cette petite société de tout son pouvoir; M. ITngénieur Frissard prêtait son obligeant concours; il fit lever le plan de la vaste enceinte appelée la Cité de Lime; ce travail fut confié à M. Monnoyeur, très-habile dans ce genre; M. Nell de Bréauté, correspondant de l’Institut, mesurait la hauteur de la falaise sur laquelle cette forte enceinte est assise, et calculait la pente du vallon compris dans les retranchements, vallon qui dut, au temps où l'enceinte était occupée par les guerriers, descendre au bord du flot, et offrir un abri à de légers canots ; l’Inspecteur des Douanes, M. Chaboiiillé, continuant les bonnes intentions de son prédécesseur, M. Sollicoffre, qui avait reconnu le long du littoral et signalé plusieurs points importants, sous le rapport de l’antiquité, offrait l’aide de brigades d’excellents travailleurs, partout où les explorations se faisaient le long de la côte; mon frère apportait ses crayons, son œil accoutun^é, dès l’enfance, à voir de vieilles gravures et des représentations d’antiques.

Les fonds furent formés par des souscripteurs de Dieppe, et des environs. M. Pierre Lamotte, élève de l’historien Cousin-Despréaux, de Dieppe, était trésorier.

Les fouilles commençèrent au Nord-Est et à trois mille mètres environ de distance de la ville; elles devaient s’étendre, en demi-cercle, pour aboutir un peu au-delà du cap d’Ailly, à l’Ouest, par conséquent, et sur ce point à un myriamètre et demi à peu près, de Dieppe.

Madame, voulut concourir à ces travaux, et elle lit tripler les ateliers.

Elle se rendait souvent sur les explorations.

Elle Giait toute surprise de voir, pour ainsi dire, Pompeia prolonger ses ruines jusque sur ce rivage 'sans \ ésuve. Il lui semblait, vraiment, que c’étaient ses vieilles et mémorables connaissances du Musée de Naples, qui venaient, par dessous terre, la visiter. Elle faisait collection, pour son petit Musée de Rosny, de ce qu’on découvrait dans les terrains fouillés à son compte. Si quelque médaille était douteuse, on la portait à M. Mionnet, qui venait tous les ans aux bains de Dieppe, raviver des forces épuisées par 1 étude. Pas une figure d’Empereur, d’impératrice ne lui échappait, quelque rouillée, usée qu’elle fût; mais aussi Mionnet était-il l’Empereur des Médailles romaines.

lout le monde s’en mêlait : les gens de la campagne devenaient archéologues. Vous allez voir :

Quelque temps avant l’arrivée de Madame, en 1826, on avait découvert , dans des ruines gallo-romaines de la Cité de Lime, les restes d’un officier des Milices Impériales, du Bas-Empire.

On mit beaucoup de soin à dégager le squelette de la terre qui l’enveloppait, et à recueillir différents petits objets semés dans ce linceul argileux ; on y trouva, entre autres antiques , trois de ces agrafes qui ne manquent pas de se rencontrer dans les sépultures de ce temps-là; elles sortirent de terre avec un certain brillant d’argenterie.

L’opération avait été longue, et les habitants du village et du hameau voisin, avaient eu le temps de venir y assister, à None , comme ils disent encore, d’après les Romains et l’Office de l’Église.

Ils formèrent un groupe nombreux au-dessus des travailleurs, et ils observèrent tout avec une patience remarquable. Ils étaient tout yeux, bouches muettes; pas une

remarque, pas un mot de leur part ne fut ouï. Mais, a quelques jours de là, au marché du bourg de Basqueville, la nouvelle se répandit qu’on avait trouvé, dans la Cité de Lime, un Général qui avait trois croix de la Légiond’Honneur. Certainement cette nouvelle était née parmi les antiquaires du village et du hameau, venus à la fouille.

Madame fît deux visites à la Cité de Lime, Tune en 1826, l’autre en 1827.

A la première elle fut reçue à la grande porte de l’Est par la municipalité du village de Bracmont. M. Rouilles, ancien Oratorien, l’un de mes anciens professeurs, qui, retiré à Bracmont, en était devenu Maire, adressa un petit discours à l’Auguste visiteuse. Le discours fut simple et court; et j’eus grand plaisir à entendre, à travers la brise qui se jouait, ce jour-là, sur les hauts remparts, contemporains de Brennus, cette même voix que j’avais ouïe autrefois, sous la voûte des classes des vieux Oratoriens, nous expliquer la prise de Rome par les Gaulois, d’après Tite-Live. Peut-être des guerriers de la Cité de Lime étaient-ils à cette fameuse expédition, puisqu’il en vint des rivages de l’Océan et des derniers bouts de la terre, nous dit l’historien.

Lors de sa seconde visite, la Princesse fut reçue dans une habitation de forme gauloise, reconstruite sur l’emplacement de l’une des habitations antiques. Le toit sortait du fond du vallon qui, comme il a été dit, partage en deux les retranchements : les vieux du pays appelaient ces retranchements le Mur ; l’intérieur avait pour ornement des bariolages d’ocres, à la manière gauloise.

MM. les Comtes de Clercy et d’Auberville y attendaient Madame : elle devait se rendre à Derchigny.

Parmi les personnes qui se trouvaient au nombre des hôtes du toit gaulois, était M. de Blain ville. A l’aide de parcelles d’os, recueillies dans les fouilles, le successeur éminent de Cuvier [ivait rétabli les troupeaux, décrit les

animaux sauvages, dont se nourrissaient les habitants de 1 Oppidum de Lime, de cette plaine des Wigwams fortifiés, dont l’histoire touche véritablement à la nuit des temps!

Henri-Marie du Crotay de Blainville, né à Arques, en ^1777, croyait descendre d’un Écossais, venu en France dans les guerres où ces fils des Celtes apportaient au service de nos Rois leur épée et leur bravoure. La famille de Blainville habitait de longue date Arques, et les environs de cette antique capitale du comté de Talou.

^ Au temps de la Ligue, François du Crotay, dit Monsieur d’Epinay, reçut, à l’occasion de ses longs et loyaux services, une gracieuse lettre de Henri III.

Le vieux et fidèle Monsieur d’Épinay porta les armes sous cinq rois, François Henri II, François II, Henri III, Henri IV.

Il était Gouverneur du château d’Arques. Il y était, sans doute, le jour de la bataille ; et ce fut probablement pour reconnaître ses services, dans cette journée, que Henri IV confirma les Lettres patentes accordées en \ 582 par Henri III a Robert du Crotay, père de François, et qui avait été aussi, à ce qu’il paraît. Gouverneur dudit château.

M. P. Nicard, dans sa Notice historique, bien remplie, sur la Vie et les Écrits de M. de Blainville, a donné le texte de la lettre de Henri III. Cette lettre et plusieurs autres, du même Roi au même , soigneusement conservées , étaient parvenues jusqu’à M. de Blainville.

Dans le chœur de l’église d’Arques, se trouve, fort usée, une vieille tombe de cette famille.

M. de Blainville avait pour les lieux de sa naissance un attachement vraiment filial. Dès qu’il avait un moment de loisir, il venait à Arques, dans une maisonnette et un grand jardin qu’il tenait de sa famille : et, comme son intention était d’y prendre sa retraite, il y avait ajouté un

petit pavillon, qu’il avait fait construire, et qui se liait à la maisonnette par une galerie garnie de fleurs.

De ce petit pavillon, à son goût, il avait une vue saisissante des ruines du château, défendu par ses ayeux, des plantureuses prairies, des coteaux boisés qui s’étendent et qui s’élèvent au levant. M. de Blainville était là dans une joie des plus pures , à laquelle il mêlait des études réservées pour ces jours de douces vacances.

Il allait et venait par les sentiers, qu’il avait connus étant enfant, rencontrant toujours quelque connaissance ; car les sentiers sont d’ordinaire la voie par laquelle les pauvres gens vont glaner ; et les pauvres gens étaient de la connaissance deM. de Blainville, leurexcellentetfrancami.

L’attachement que le bon Arquois avait pour sa vallée s’étendait naturellement jusqu’à Dieppe. Aussi était-il très-ardent à encourager toutes les recherches historiques qui pouvaient appeler l’intérêt public sur sa proche voisine, autrefois si florissante. Il savait combien ces travaux, qui paraissent loin de la vie actuelle, ont d’action sur la pensée nationale, il savait qu’ils peuvent conduire à d’heureux efforts individuels et généraux, grâce aux liens, souvent méconnus, mais réels, qui attachent le présent au passé.

MM. de France, fermiers, alors au hameau de Puys, et M. Blondel, fermier à Bracmont, s’étaient prêtés, avec une obligeance extrême , à faciliter les fouilles dans les terres exploitées par eux, soit dans la Cité de Lime, soit aux environs.

Madame reçut un jour, au milieu des ruines de l’habitation d’un Colon romain, qui demeurait à environ trois quarts de lieue, à l’Est de la Cité de Lime, une députation de l’Académie de Rouen, ayant à sa tête M. l’abbé Dossier, Chanoine honoraire de la Cathédrale de Rouen, savant dans les langues vivantes, né à Dieppe, en 1765, ayant vécu long-temps dans l’exil. C’est lui, je crois, qui a donné l’idée de remonter en fonte la flèche de la Cathé-

(Iralo (le Uouen. Certes, ces ruines d’une liabitation rusticjue, n’étaient point un salon de Princesse; mais Madame recevait, au foyer d’un Romain, les doctes envoyés de la ville de Pierre Corneille.

M. l’abbé Gossier, mort en 1840, légua, par son testament, entre plusieurs dispositions concernant sa famille et sa large bienfaisance, 5,000 fr. à l’église de St-Jacques de Dieppe, où il avait été vicaire, en entrant dans la pnV trise, et 20,000 fr. pour fonder des prix dans les trois Sociétés savantes de Rouen, l’Académie, la Société d’Agriculture, la Société libre d’Émulation. M. l’abbé Cochet a publié la vie édifiante et savante de M. l’abbé Gossier.

Le prêtre, presque octogénaire, quand il s’endormit dans les bras du Seigneur, avait passé les années de sa jeunesse, en Angleterre, dans les familles de lord Arundell de Wardour, de lord Fingal, de lord Petre ; il y prit goût à l’agriculture, à l’horticulture qui devinrent pour lui une véritable étude, qu’il ne cessa de continuer à son retour en France.

C’est au milieu d’une vaste bibliothèque et d’un jardin, créés par lui, qu’il mourut.

Peut-être avait-il un petit faible pour la langue anglaise, dans laquelle il avait beaucoup causé; il la croyait plus musicale que la nôtre; il développa cette opinion dans une séance de l’Académie de Rouen . Je doute que les dents, ce clavier que touche la voix, cet instrument de vocalisation, soient plantées d’une manière plus favorable à la musique dans les bouches anglaises que dans les bouches françaises. Le bon et docte Abbé, aimait l’Angleterre ; mais il aimait aussi la France et la langue française : ses actes et ses écrits le prouvent suffisamment.

Madame termina ses tournées archéologiques là où devaient aboutir les fouilles, au petit village de Sainte-Marguerite, appelé autrefois le Mont-des-Chèvres, Caprimont, à l’Ouest de Dieppe, un peu au-delà du cap d’Ailly.

La charrue, défrichant un cliamp d’ajoncs, avait glissé sur un pavé mosaïque, qui fut signalé aux antiquaires par M. Sollicoffre, alors inspecteur des douanes à Dieppe.

Une partie de cette mosaïque fut mise à nu, sous les yeux de la Princesse ; ce pavé offrit à la vue des dessins circulaires, formés de lignes bleues, rouges, blanches. —

« Des cocardes tricolores! » dit Madame, en riant. — La faute en était aux Romains, remontait même peut-être plus loin encore ; car les Celtes avaient de ces dessins ronds, et de ces oppositions de couleurs. Le pavé était gallo-romain, mais probablement de goût gaulois.

Madame fut reçue chez M. de la Tour.

Ce voyage contribua à la restauration de l’abside de l’église de Sainte-Marguerite, petite église rustique, qui, depuis sept siècles, résiste aux injures du temps, aux efl'orts des tempêtes de la Manche, placée qu’elle est tout juste à la bouche du vent d’Ouest, Elle abrite un autel, sur lequel on a célébré bien des messes de Noël, car il est de l’âge de l’église.

La Mosaïque , entrevue ce jour-là , a été mise entièrement à découvert, dans des fouilles commencées en 1840. Quatre autres mosaïques ont été trouvées non loin de la première ; toutes ont appartenu à une grande Maison des champs, semblable à celles que Sidoine Apollinaire se plaisait à décrire, maisons de riches Gaulois. J’ai déjà eu l’occasion de dire que cette Villa avait été somptueusement décorée d’incrustations de marbres, très-riches et variés. Elle avait toutes les distributions des maisons de campagne dont les ruines se voient encore en Italie : mais ici, les pièces de l’habitation me paraissent avoir été plus grandes que celles des Romains de l’Italie : cela s’explique, la vie étant plus intérieure sous notre ciel que sous le soleil de Rome, de Naples et de leurs campagnes.

Les jardins avecles bains, le jeu de paume, le petit temple.

que nous appellerions aujourd’hui la chapelle, les volières, les viviers, s’élevaient en terrasses, depuis le bord de la mer jusque sur le plateau, où était assis le corps principal de la Villa, lequel se composait de l’habitation d’été et de 1 habitation d’hiver. Du plateau è la mer il y a bien un kilomètre.

Des sources, qui sortent du plateau, fournissaient de l’eau au temple, aux bains et probablement aux bassins peuplés de poissons qui ont dû exister sur la pente. Les eaux étaient conduites dans des canaux faits de tuiles, de bois d’orme, qui ont été retrouvés. On peut voir de ces canaux d'orme à la Bibliothèque de Dieppe, où les marbres, provenant des incrustations, ont été aussi portés.

De cette Villa, et de ses jardins, on découvrait, des prairies, la baie voisine, la mer, de lointains rivages : on avait une de ces vues si recherchées des riches Romains.

Des branches et une souche de noyer, des feuilles de buis, un bout de sarment de vigne, enfouis dans la vase d’une source comblée, ont fait connaître une partie des végétaux qui peuplaient les jardins. Le buis était taillé sans doute de manière à représenter différentes figures, même des statues. Les anciens nous parlent de ce genre de décoration. Versailles eut de ces fantaisies. Je pense que le goût s’en était conservé dans les jardins monastiques. L’antiquité nous est venue par les moines. Je crois aussi que ce fut par eux que le bain antique, bien que considérablement amoindri, arriva jusqu’au Moyen- Age, où nous retrouvons la fonction d’Étuviste. On peut voir l’histoire des Etuvistes de Paris, dans un curieux article du Journal des Débats, publié au commencement d’août. Un pape du vm® siècle, voulait que les moines allassent, en chantant l’office, se laver les pieds. Le lavement des pieds était un usage religieux venu des Juifs.

J’ai recueilli de ces feuilles de buis, conservées au fond du bassin de la source : des feuilles du temps de la Cité

de Dieu, de saint Augustin, et d’Attila ! Combien, depuis ce temps, de feuilles et de monuments sont tombés !

M. Lemoyne d’Aubermesnil, ancien Magistrat, membre de la dernière Assemblée législative, un des hommes les plus affectionnés à M. de Blainville, et qui vient de mourir à Ambrumesnil, à environ deux lieues de Dieppe et de Sainte-Marguerite, contribua fortement, ainsi que M. de Blainville, à décider M. de la Tour, propriétaire des terres où sont enfouies, en grande partie, les restes delà Villa, à permettre l’exploration de ces ruines. Déjà M. Vitet, pendant un séjour qu’il fit à Dieppe, avait, en sa qualité d’inspecteur des Monuments historiques, fait, à ce sujet, à M. de la Tour, quelques propositions, qui n’avaient point été définitivement acceptées. Le propriétaire paraissait désirer vouloir faire ces fouilles sous sa propre direction; mais ce projet ne se réalisant pas, MM. d’Aubermesnil . et de Blainville, obtinrent, comme je viens de le dire, son complet consentement à une exploration des plus étendues.

L’ami de M. de Blainville, pendant qu’il siégea à TAssemblée législative, s’intéressa aux envois que les ministères font à la Bibliothèque publique de Dieppe.

L’illustre Professeur le chargea de rédiger le projet de testament par lequel il léguait à la Bibliothèque de Dieppe, sa bibliothèque particulière, ses manuscrits, son portrait peint par Scheffer. Ce projet fut écrit : mais la mort subite, qui le frappa, arrêta la main du testateur, si généreux envers Dieppe. On trouva le projet sur la cheminée du cabinet d’étude du défunt.

Ce que peu de personnes savent c’est que M. de Blainville, au milieu de ses grands travaux zoologiques, s’occupait de questions sociales, où il donnait un libre cours à son constant amour de l’humanité, et au profond sentiment religieux qui remplissait son ame. Il plaçait au haut de l’étude de la nature, de sincères considérations

sur les lois qui conviennent à l’homnie. Il étudiait beaucoup les écrits des Socialistes modernes, et ne les rebutait pas. Il était, en ce qui touche la religion, attaché à la catholique romaine, qu’il considérait comme l’expression la plus élevée de la science sociale.

Ses manuscrits vont flotter sur divers courants de la science, feuilletés par bien des mains. Puisse-t-on restituer toujours à sa mémoire, ce qui lui appartient.

M. d’Aubermesnil a construit, au milieu de son jardin d’Ambrumesnil , une bibliothèque , où sont disposés , outre les livres, de vieilles boiseries et des fragments de verres peints , fragments et boiseries provenant , en grande partie, je crois, des campagnes à la ronde.

Un de ses ancêtres, Antoine Lemoyne, fut lieutenantgénéral de l’Amirauté de Dieppe. Le fief noble d’Aubermesnil appartenait à la branche aînée.

Le ministère de l’intérieur, le département de la Seine- Inférieure, firent les frais des fouilles de Ste-Marguerite. M'' L. Vitet, auteur d’une Histoire de Dieppe, membre de l’Académie française, et qui présida l’Assemblée des Députés, réunis à la Mairie du 10® arrondissement, aux derniers moments de l’Assemblée Législative, contribua beaucoup, par sa haute considération , à l’entreprise et h la continuation de cette exploration; M. Deville, alors inspecteur des monuments historiques de la Seine-Inférieure, antiquaire des plus érudits, esprit des plus bienveillants, s’associa, de tout son mérite, à ces recherches.

Ce fut de 1826 à 1827 que Pon fonda à Dieppe, sous l’inspiration de M. le sous-préfet. Baron de Viel-Castel, la Bibliothèque publique de la ville. Madame donnâ, l’an suivant, les OEuvres de Walter Scott, reliées par Simier. La reliure avait remporté le prix à l’Exposition. Elle donna aussi deux grands volumes in-folio, magnifiquement reliés à ses armes, et intitulés; Galerie de S. A. R. Madame.

Ces deux volumes se composent de lithographies, d’après la galerie de tableaux qui lui a appartenue.

Le gouvernement commença dès-lors à envoyer des dons.

En dehors de la Bibliothèque , Madame donna à la musique de la garde nationale, une belle collection de marches militaires, que M. Javault avait été chargé de choisir. Ce cahier était très-bien relié.

Madame reçut la visite de ses parents du château d’Eu. Le Duc d’Orléans, madamela Duchesse d’Orléans, madame Adélaïde, et plusieurs des jeunes Ducs et Duchesses vinrent la voir. Toute la famille ducale arriva dans un ou deux grands chars-à-bancs. Ces visites paraissaient fort agréables à Madame, au Duc et à la Duchesse d’Orléans. La Duchesse Amélie avait de l’alfection pour sa nièce, et elle était payée de retour. Il y avait, entre la tante et la nièce, cette ressemblance qui existe dans les familles, encore que les traits, que la taille, ne soient pas les mêmes. La Duchesse d’Orléans était plus grande que la Duchesse de Berry.

Madame conduisit à la promenade la famille d’Orléans ; toutes les voitures s’acheminèrent vers le manoir d’Ango et le phare d’Ailly.

Ango devait le commencement de sa fortune à son père, qui, parti d’assez bas, avait fait d’heureuses expéditions sur mer. Le fils continua; et, comme qui « a de l’argent a chapeaux, » il acheta la charge de Grenetier, prit à ferme les recettes des Seigneurs voisins, ce qui ajouta beaucoup à sa première richesse. Son bel esprit, son habileté, plurent à Monseigneur Georges d’Amboise II, Archevêque de Rouen, qui le conduisit à la Cour.

Il eut maison de ville et maison des champs : c’est celle-ci qui conserve le nom de « Manoir d’Ango. » Dans le village on l’appelle le Château.

Il avait choisi pour cette résidence d’été le grand vil-

Page 1