PREMIERE PARTIE
Cette opération à prime prouva que Fauteur du système avait foi dans ses idées et aida à la hausse des actions qui ne tardèrent pas à gagner le pair. Mais cette hausse fut due à d'autres mesures que l'opération précitée ; ce sont ces mesures dont nous allons nous occuper.
Les tabacs, à cette époque, étaient affermés moyennant une redevance annuelle de 2 millions; le bail expirait. Law offrit, au nom de la Compagnie d'Occident, de se charger de cette entreprise pour neuf ans, moyennant une redevance annuelle de 4.020.000 livres. Le gouvernement accepta; comme ce dernier devait à la Compagnie d'Occident une rente de 4 millions, cette Société n'eût à payer à l'Etat qu'une soulte annuelle de 20.000 livres. La Compagnie, qui semblait faire une mauvaise affaire, en fit au contraire une bonne ; outre la compensation dont nous parlons plus haut, compensation qui, à cette époque, avait sa valeur, puisqu'elle éteignait un risque, la Compagnie d'Occident obtenait ainsi le monopole du débouché pour les tabacs qu'elle tirait de la Louisiane, sa propriété, et la vente des tabacs s'étendant, elle retrouvait facilement la somme qu'elle s'engageait à payer. Le matériel de la Compagnie du Sénégal lui procura de suite une marine et un fonds de marchandises. Tout cela témoignait de Thabileté chez l'heureux novateur ; aussi le public, à la suite de ces mesures, prit-il confiance dans l'avenir de cet homme qui ne doutait pas de lui-même; les actions montèrent. En mai 1719 (à l'époque où nous avons laissé la
époque, et même jusqu'à Mirabeau, elle ne fut pas aussi généralement répandue que la pratique actuelle des affaires de bourse le pourrait faire supposer; ce qui nous le fait penser, c'est que Forbonnais, à qui toutes les formes d'opérations de bourse, à cette époque, devaient être très familières, et qui a un langage d'une grande précision, se sert pour parler de l'opération faite par Law, d'une circonlocution qui n'atteste pas la concision qu'une opération répandue ne manque pas d'introduire dans l'idiome des affaires ; voici cette phrase : « Il (Law) prit des engagements pour payer dans six mois, au pair de l'argent, des parties de deux et trois cents actions, avec un prime de 40.000 livres comptant. » De nos jours on eut dit : « Il acheta deux ou trois cents actions au pair, dont 200 livres de prime livrables dans six mois ; la prime payable comptant. » Voir Forbonnais, t. VI, p. 286. — Duhautchamp (Histoire du système, 1. 1, p. 135) avoue que ce fut Law qui introduisit Vusage des marches à prime. L'usage est le fait général; il n'empêche pas qu'il n'y ait eu, antérieurement, quelques opérations de ce genre pratiquées en France.
banque) la Compagnie d'Occident possédait un encaisse de plus de 3 millions et demi, 7,50.000 livres de marchandises en magasin, et 21 bâtiments dans les ports ou en mer. Les colonies, d'abord peu productives, se ressentirent de cet état de choses, et les produits que l'on en tirait donnaient les meilleures espérances sur l'avenir de la Société.
C'est à ce moment (mai 1719) que la Compagnie d'Occident absorba les privilèges des Compagnies des Indes occidentales et de la Chine; elle prit, à cette occasion, le nom de Compagnie des Indes, qui lui est resté jusqu'à sa chute en 1769. Le même édit l'autorisa à augmenter son capital de 25 millions par rémission de 50.000 nouvelles actions de 500 livres; seulement cette émission se fit contre espèces ou billets de banque et au prix de 550 livres l'action. Pour aider au placement de ces actions, on échelonna les versements sur vingt mois ; le premier (en souscrivant) comprit la prime (50 livres) plus un vingtième (25 livres) soit 75 livres; chaque mois suivant on opéra un nouveau versement de 25 livres ; on pouvait se libérer par anticipation, mais sans bonification d'escompte. L'engouement du public pour ces actions fit arrêter (20 juin 1719) la nécessité de posséder quatre actions anciennes, que l'on appela mères à cette occasion, pour souscrire une nouvelle que l'on appela fille par opposition. C'est à propos de cette souscription que commença cet agiotage fiévreux qui ne se ralentit qu'à la chute du système.
Enfin, en juillet 1719, la Compagnie des Indes absorba la Compagnie d'Afrique. Il ne restait plus, en fait de compagnie privilégiée en dehors de la Compagnie des Indes, que la Compagnie de Saint-Domingue, qui ne fusionna qu'en 1720 (10 septembre), à la même époque où le privilège du commerce des nègres de Guinée (libre à cette époque) fut concédé à ladite Compagnie des Indes.
A la fin de juillet 1719, les actions de la Compagnie des Indes valaient 1 . 000 livres .
Mais toutes ces souscriptions et celles qui suivirent occasionnèrent un mouvement d'espèces trop considérable pour la quantité de numéraire alors en circulation en France. On fut donc conduit à multiplier les émissions de billets de