PREMIÈRE PARTIE
que les versements en créances sur l'État remboursables sur les 1.500 millions. De cette façon^ les porteurs de ces titres purent participer au mouvement, et les dettes de VÉteit purent être remboursées par une simple compensation \ En même temps on se jeta avec fureur sur tous ces contrats de dette publique, et tel titre qui perdait 70 à 80 0/0 en 1715^ dépassa le pair à cette occasion. Une dernière émission de 24.000 actions, non autorisée par le conseil "^^ eut lieu le 4 octobre 1719 aux mômes conditions, et porta le nombre des actions émises à 624.000. Le capital nominal de ces 624.000 actions était 312 millions; mais aux prix d'émission cela faisait 1.797 millions et demi, soit 1.485 millions et demi de prime.
Mais arrivait le quart d'heure de Rabelais : les versements ! Sous la nécessité des sommes énormes à débourser les actions allaient baisser, et le succès du Système pouvait être compromis aux yeux de son auteur. Un arrêt du conseil du 20 octobre convertit les neuf versements de un dixième chacun à effectuer de mois en mois, en trois versements de trois dixièmes chacun à effectuer à la fin de chaque trimestre (31 décembre 1719;31 mars, 30juin 1720). De cette sorte, lesjoueurs eurent deux mois devant eux ; la hausse continua et les actions atteignirent 10.000 livres (novembre 1719) \ C'est à ce moment que la fièvre de l'agiotage atteignit son paroxisme.
Signalons de suite que ce dévergondage, ce dérèglement de mœurs financières amena la hausse de toutes choses, d abord des objets de consommation immédiate et de luxe, puis de propriétés mobilières et môme immobilières.
Le 30 décembre 1719 eut lieu l'Assemblée générale ; elle fut présidée par le régent ; se composant de tous les propriétaires d'au moins cinquante actions, le personnel de cette réunion fut des plus variés. Nobles, financiers, négociants,
< Purent être, car on verra plus tard qu'en réalité ce mécanisme financier joua un peu dans le vide.
- Dutot (I. 345, édit 1735-6) nous apprend qu'elle le fut par un ordre particulier du régent, du 4 octobre 1719 et suivant délibération de la Compagnie des Indes Cette infraction à la loi, de la part du régent lui-même, est très instructive.
» En fait, il n'y eut jamais de versé sur les actions de celte émission que quatre dixièmes ou 2,000 livres.
commerçants s'y coudoyaient avec d'anciens portefaix, domestiques, tous enrichis et devenus par suite, par le relâchement des mœurs du moment, les égaux de leurs anciens maîtres ou patrons. A cette assemblée, Law produisit le budget d'évaluation d'une année d'exercice de la Compagnie, et en conclut un revenu net de 91 millions, après avoir donné à tous les chiffres, une exagération qui échappa à l'aveuglement universel. On décida en conséquence, que le 1" janvier 1720, on distribuait aux actionnaires un dividende de 200 livres par action. Ce n'était, après tout, malgré la fausseté des allégations de Law, qu'un revenu annuel de 1 2/3 0/0 et encore sur le pied de 12.000 livres.
Cependant, le soir même de cette assemblée, les actions firent 15.180 livres; et le 6 janvier 1720, elles atteignirent 18.000 livres, le plus haut cours auquel elles soient jamais parvenues.