‹ Histoire des banques en FranceChapitre 15 sur 69 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Nous en distinguons principalement cinq au point de vue financier :

1° Exiger la possession d'anciens titres pour en souscrire de nouveaux;

Comme les nouveaux avaient sur les anciens l'avantage de versements éch-elonnés^ il était àjsraindre que l'on ne vendît les anciennes actions pour en souscrire de nouvelles, et que les premières en baissant n'entraînassent les secpndes. Par la mesure précitée on soutenait les anciennes et on reculait le moment de la baisse jusqu'à l'époque delà clôture de la souscription ; cette opération permettait donc de faire réussir la souscription^ sauf la baisse à se produire ensuite sur une échelle plus importante. Ce système ne fut. adopté que pour la souscription des 300.000 premières actions ; on a vu que Ton ne s'en servit pas pour les 324.000 dernières; aussi^ un moment les anciennes menacèrent-elles, parleur baisse, de compromettre la souscription, qui ne réussit que par Ténergie de l'engouement général.

S'' N'appeler que des versements successifs et minimes (1/10% 1/20^);

Par là on permettait, avec peu d'argent disponible, de souscrire ou acheter de grandes quantités d'actions; ce moyen a été également pratiqué de nos jours, particulièrement en 1845-46 lors de l'émission, en France, des promesses d'actions de chemins de fer.

3° Consentir des avances sur dépôt d'actions ;

La Compagnie, sur l'incitation de Law, avança aux porteurs d'actions qui le demandèrent, et au taux minime de 2 0/0 par an, une somme qui alla jusqu'à 2.500 livres par action. Ce moyen a été également mis en application chez nous, surtout depuis 18521

4° Racheter des actions sur le marché pour soutenir les cours dans leurs moments de défaillance.

Compagnie d'asphalte de Seyssel était de 1.000 francs et n'atteignit que 10.200 francs (20 et 22 mars 1838), soit 920 0/0 de prime; en Angleterre, les actions de la Compagnie de la mer du Sud (imitation assez exacte en tous points de la Compagnie des Indes) atteignirent, en 1720, 1.050 livres sterling, soit 950 0/0 de prime.

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La Banque générale, antérieurement à sa réunion à la Compagnie des Indes (février 1720), avait employé de la sorte une somme de 276 millions, sur le pied moyen de 9.600 livres par action. La Compagnie des Indes employa de la même manière 800 millions; enfin la conversion d'actions en billets sur le pied de 9.000 livres (mars 1720) absorba 1.213.476.116 livres. Toutes ces sommes d'actions rachetées formaient la garantie de semblables sommes de billets en circulation. On comprendra facilement le danger de cette situation, danger que, d'ailleurs, les événements se chargèrent de mettre en relief.

De nos jours encore, ce procédé, le rachat d'actions en vue de soutenir les cours, est fort usité. Cependant il a de graves inconvénients ; il affiiiblit la caisse qui achète et crée, dans le public, des illusions, en lui laissant croire un état de choses qui n'est pas.

5° Kendre l'état légal des monnaies très instable par le moyen de variations multipliées \

Par les entraves que cet état de choses apportait à la possession d'espèces métalliques, on amena le public à leur préférer, momentanément du moins, le billet de banque, déclaré invariable comme nous l'avons vu plus haut.

Au point de vue industriel, il y eut une série de moyens employés ; les uns révélant chez leur auteur des talents dignes d'un meilleur emploi ; d'autres qui sont déplorables pour la mémoire de Law, et qui montrent combien l'abus du pouvoir, peut entre les mains d'un sectaire (nous avons vu que ce financier croyait à la possibilité et à la réussite de son système), pervertir le sens moral et pousser aux crimes les plus révoltants.

D'abord on se rappelle que Law, à l'Assemblée du 30 décembre 1719, annonçait un revenu annuel de 91 millions par an ; Dutot, son admirateur passionné, ne crut pouvoir évaluer les mêmes bénéfices en mai 1720, qu'à 80 millions et demi. Voici la subdivision dans les deux hypothèses :

* De septembre 1719 à décembre 1720, il y eut 2S fixations pour l'or, et 35 pour l'argent. Ê. Levasseur, Recherches historiques sur le système de Law, p. 203.

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