‹ Histoire des banques en FranceChapitre 19 sur 69 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

nouvelle édition de la Dime royale de Vauban. Malheureusement, rimmensité des occupations de Law ne lui permit pas de poursuivre cette idée^ et elle resta à l'état de projet.

Toutes les fois que cela ne gêna pas directement son système, Law se prononça pour la liberté du commerce et du travail.

Aussi une grande activité commença-t-elle à régner dans tout le royaume. Les affaires devinrent faciles, les faillites moins fréquentes et les procès plus rares.

Yoici^, d'après un auteur contemporain qui écrivait ces lignes dans la première moitié de 1720, les effets généraux du système sur le travail et sur les affaires :

« En 1715) les personnes de toute condition, le roy, les seigneurs, le peuple, tous souffraient, tous se ruinaient.

c( Qu'on s'arrête un instant sur le bord de ce précipice affreux où la patrie se trouvoit conduite ; qu'on en envisage toutes les horreurs et qij'on les compare avec les heureux effets qu'a déjà produits le nouveau système.

« Toutes les debtes du roy sont payées, excepté ce qu'il doit à la Compagnie des Indes, qui lui a fourni le moyen d'en payer l'intérêt et le principal sans avoir recours à de nouveaux impôts. Ses troupes, ses pensionnaires, les officiers de la couronne, les revenus de toutes les charges de la magistrature, de la guerre et de la maison royale sont également payez. Une infinité d'emplois onéreux à l'État sont supprimez et remboursez. Les arrérages de tailles deus par le peuple sont remis, et les arrérages des charges deus par le roy sont payez.

« On a fait de beaux établissements pour la milice. La marine, presque ruinée, se rétablit. Enfin les revenus du roy sont augmentez; et, par la nouvelle administration des finances, il peut les accroître chaque année, non en surchargeant ses sujets, mais en leur fournissant les moyens de s'enrichir, en protégeant le commerce et en favorisant l'industrie.

« Un grand nombre de particuliers ont libéré leurs terres et ont payé leurs debtes, et dans peu de tems toutes celles du roy et de ses sujets seront acquittées.

(( La nouvelle monnoye a augmenté le prix des terres, qui avoient perdu leur vraye valeur faute d'espèces. La vente d'une partie de ces biens-fonds a dégagé l'autre.

(( Les laboureurs, les artisans^ et tous ceux qui vivent de leur travail sont employez; ils ne languissent plus dans l'oisiveté et dans la misère ; assurez du fruit de leurs peines, ils s'animeront à cultiver leurs terres et à perfectionner leurs arts.

(( L'abondance des espèces fera tout débiter et tout circuler^, sans que les productions de la nature et de l'industrie s'avilissent.

<c On a déjà envoyé plus de soixante et dix vaisseaux aux Indes. Le commerce de l'Orient est augmenté. De nouvelles colonies se forment dans l'Occident. Les manufactures domestiques qu'on élève et qu'on multiplie soutiendront partout ce double négoce.

(( Voilà ce que le nouveau système a déjà fait pour soulager la France, après avoir rétabli les finances ^ »

Enfin^ l'auteur du Système eut un instant la pensée de modifier gravement la constitution politique du royaume en mettant les charges du parlement à la nomination du roi, au lieu de les maintenir héréditaires ou même à vie. Ce projet, mis par deux fois en avant, fut deux fois repoussé par le régent. C'était annuler la seule forme d'opposition gouvernementale que comportait l'ancien régime. Cela se comprend chez un caractère aussi despotique que celui de Law, et de la part d'un homme qui ne trouva que des ennemis dans le parlement d'alors.

Mais nous voici arrivés au revers delà médaille : à la chute progressive du système enfanté par Law ; progressive, car ce caractère énergique et courageux lutta constamment, et n'abandonna le terrain que lorsqu'il ne sut plus où poser le pied sans danger pour sa personne, sans utilité pour la France.

* Idée générale du "système des finances [Journal de la Régence, S. F. 4141, t. 3, f. 302 à 303. Citation de M. É. Levasseur, p. 186).

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