‹ Histoire des banques en FranceChapitre 20 sur 69 · IV. — La rue Quincampoix et la place Louis-le-G-rand · texte numérisé non relu

IV. — La rue Quincampoix et la place Louis-le-G-rand

C'est vers la fin du règne de Louis XIV que les spéculateurs sur effets publics commencèrent à affluer rue Quincampoix ; c'est là qu'eurent lieu la majeure partie des of)érations de bourse et de banque, conséquence nécessaire du Système. Cette ruC;, parallèle aux rues Saint-Denis et Saint-Martin^ va actuellement de là rue aux Ours (primitivement aux Oies ou mieux aux Olles) à la rue des Lombards ; à cette époque, elle ne partait que de la rue Aubry-le-Boucher ; la rue des Cinq- Diamants, devenue récemment la tête de cette rue célèbre, n'en était alors que le prolongement. Placée au centre de la partie alors la plus commerçante de Paris, cette situation avantageuse Pavait fait choisir depuis longues années pour être le théâtre des échanges de papier contre espèces ; de temps immémorial elle était habitée, avec la rue des Lombards qui leur doit son nom^ par des banquiers^ anciennement appelés Lombards^ de leur origine italienne^ et qui y avaient leurs bureaux ; à partir de la paix de Riswick (1697)^ le commerce des papiers royaux y avait pris une extension inusitée. Les opérations du visa, après la mort de Louis XIV, durent porter un coup terrible à l'activité de ces opérations ; cependant elles reprirent peu à peu, lors de l'établissement du Système^, et, à partir d'août 17 J 9, la seconde période de l'histoire de la rue Quincampoix n'avait plus rien à envier à la première. Pour distinguer cette première époque de la suivante, on l'appela la Quincampoix ancienne, affectant le nom de Nom elle- Quincampoix à celle où le Système a fleuri.

La Nouvelle-Quincampoix vit plus d'un épisode pittoresque et parfois émouvant. Le pêle-mêle, au moment de la chaleur des transactions quotidiennes, était d'autant plus extraordinaire qu'à cette époque il n'y avait pas, comme de nos jours, d'égalité civile, et encore moins d'égalité de mœurs. Nobles, prêtres, roturiers, banquiers, domestiques, receveurs généraux, portefaix, agents de change, étrangers, français, hommes, femmes, jeunes gens, vieillards, tout cela se

démenait^ criait, vociférait^ allant par groupe d'un bout de la rue à l'autre, comme l'aurait fait un seul individu ou mieux une boule de neige poussée par le vent et roulant sur elle-même, tous occupés à vendre, acheter, compter sans cesse, et, par leurs opérations, faisant varier les actions de plusieurs milliers de francs par heure. Tel arrivait pauvre le matin, qui s'en allait riche le soir, et réciproquement. On a cité des domestiques qui sont revenus dans le carrosse de leurs maîtres, ce dernier se trouvant encore heureux quelquefois d'occuper la place de son domestique du matin.

L'aspect des maisons, le long de la rue, n'était pas moins bizarre : tout espace libre était transformé en bureau ou en cafés (quels cafés !) ; chaque fenêtre était occupée constamment par des spéculateurs suivant le mouvement des groupes, tout prêts à descendre dans l'arène si l'occasion leur semblait tentante. Le loyer de ces maisons limitrophes ne tarda pas de monter, surtout en raison de leur nombre nécessairement limité. Aussi beaucoup de spéculateurs durent-ils se passer de bureaux ; ils les remplaçaient alors par le dos d'agioteurs d'une autre espèce, qui, spéculant sur leur carrure, se prêtaient à faire, pour un temps limité, bien entendu, l'office de table moyennant une grosse rémunération. Il y en eut beaucoup qui firent fortune à ce métier, entre autres certain bossu que la nature avait doué de qualités spéciales à cet usage.

On comprend combien les mœurs devaient être, sous tous les rapports, relâchées dans ce tohu-bohu sans précédent, dans ce mélange indéfinissable où, le contemporain Duhautchamp l'affirme, les provinciaux et les étrangers étaient en énorme majorité. Les filles de mauvaise vie et les voleurs y abondaient, et ne contribuaient pas peu à augmenter le tumulte. Aussi fallut-il bien, un beau jour, que la police s'en mêlât, et un peloton de soldats vint s'installer chaque matin à chacune des extrémités de la rue.

Cela ne suffit bientôt plus, et d'ailleurs l'arrêt du Conseil 4u 5 mars 1720, qui prescrivit, comme on le verra, l'échange réciproque des billets et actions àun taux fixe et invariable, rendit séditieuses les négociations de la rue Quincampoix, les matières d'or ou d'argent ayant été proscrites par l'auteur du Sys-

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