‹ Histoire des banques en FranceChapitre 36 sur 69 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

ces du Système, tout signe représentatif de la richesse que Law avait cru créer !

Vaines tentatives ! l'homme ne peut revenir sur les faits accomplis ; il peut tâcher par des équivalents de réparer l'eifet de ses fautes ; mais reconstituer ce qui existait, ce que Ton a renversé; faire que tout soit identiquement comme si ce bouleversement n'avait pas eu lieu^ c'est de la présomption^ de la folie.

Dans le domaine des idées, des mœurs financières, par exemple, quelle transformation par l'arrivée de Law au pouvoir ! Le titre au porteur est créé, il circule, et d'autant plus facilement qu'il est anonyme ; cependant ce titre représente de la richesse ; de la richesse circulant comme l'or et l'argent ! Nous qui sommes habitués à cet état de choses, cela nous paraît naturel ; on ne peut plus vivre sans cela. Mais reportons-nous au temps de Law, voyons, d'après l'esprit de la magistrature de nos jours, voyons ce que devait être l'esprit des administrateurs de cette époque, ce que devait être l'ignorance du public, et affirmons maintenant comme démontré que la vulgarisation des titres au porteur faite par Law fut, à elle seule, une vraie révolution. De là date réellement l'accroissement, presque la naissance de la richesse mobilière en France.

Comme suite des titres au porteur, nous voyons l'expansion des spéculations rapides à terme ou au comptant, l'habitude des opérations de crédit, l'élargissement des idées en matière de finances. «A cette époque, dit Mercier dans son Tableau de Paris, tombèrent une foule d'idées rétrécies ; tout fut assujetti à un calcul nouveau. »

L'effet des idées de Law fut immense; certes, ces opérations produisirent un grand trouble dans la répartition des richesses sous Louis XV ; il y eut, par suite, une grande déperdition, mais ce sont là des malheurs individuels, des pertes locales; des misères temporaires; ce qui resta, encore une fois, ce fut l'influence que la richesse mobilière commença à exercer dans notre pays.

Nous ne traiterons pas le côté politique de la question, bien que l'on puisse voir en Law un de ceux qui, comme Turgot

plus tard, prévoyaient la nécessité de la liberté politique et de l'égalité des droits; mais, en se restreignant au côté économique de la question, on voit poindre, dès cette époque, la reconnaissance des droits du travail ; les bases du crédit, bien que l'on abuse de ce ressort, sont posées; la société par actions se popularise; elle s'améliorera certes, mais elle existe, non plus chez quelques gros particuliers, mais au sein des masses. On saisit dès ce moment, les fausses opérations de Law donnant, à cet égard, une leçon un peu chère, la différence entre les titres à conditions fixes (fonds publics et obligations, appelées à cette époque admis rentières), et ceux à conditions variables (actions de société). L'éducation du peuple est utile; elle permet aux gouvernements de rester fructueusement dans les limites du droit ; on pourra craindre encore que l'Etat ne fasse banqueroute, mais ce ne sera plus (à une seule exception près, l'abbé Terray, et l'on sait quelle réputation il a laissée après lui), ce ne sera plus un expédient financier, comme sous Louis XIV; ce sera une triste nécessité.

Quand à la pratique des opérations de spéculation, les Français, jusqu'alors si arriérés en matière de bourse, surent, en peu de temps, conquérir, sous un aussi habile général que Law, leur grade es- agiotage, et les Hollandais comme les Anglais trouvèrent bientôt leurs maîtres, là où ils n'avaient, peu de temps auparavant, que des leçons à donner.

Les mœurs financières subirent, il est vrai, durant le séjour de Law en France, une modification profonde qui ne s'efiaça qu'avec le temps. Avec cette mobilité qui est spéciale au caractère français, le culte des intérêts matériels (pour employer une expression de nos jours) prédomina de la manière la plus positive ; la fortune fut un but que l'on tenta d'atteindre par tous les moyens, fort souvent sans égards pour le devoir, la délicatesse ou l'honneur; gagner promptement et éblouir autrui par son luxe, par son faste, était l'ambition de chacun : peu y résistèrent. Dans tous les rangs, dans toutes les conditions, le branle était donné; à la cour, les princes du sang, oublieux de leur nom, de leur dignité, se laissèrent aller, un seul peut-être excepté, le duc du

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