‹ Histoire des banques en FranceChapitre 40 sur 69 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

était à la nomination des actionnaires, sans que raiitorité supérieure eût à s'immiscer dans Texercice de ce droit.

Ces deux points constituent avec la Banque de France une diflférence essentielle dont la pensée n'échappera pas au lecteur. Aussi verrons-nous la Caisse d'escompte prospérer tant que l'État ne la contraindra pas à le secourir dans ses moments de détresse financière.

Les six premières années de l'existence dç la Caisse d'escompte (1776 à 1782) furent assez calmes et prospères: elles s'écoulèrent d'une manière normale, et il suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur le tableau de ses opérations k cette époque (voir annexe E). On y verra le développement régulier de ses opérations; l'importance de ses escomptes annuels a décuplé ; sa circulation et ses comptes courants réunis sont représentés, en dehors des effets en portefeuille, par un encaisse légèrement inférieur au tiers de leur total. Les répartitions aux actions se sont progressivement accrues, sans toutefois trop peser sur le commerce , le taux de Tescompte, ne le perdons pas de vue, ne dépassant pas 4 0/0'. En temps de guerre seulement il peut être porté à 4 1/2 0/0 (arrêt du Conseil du 7 mars 1779). D'ailleurs, n'étant pas favorisée d'un monopole (si faveur il y a), la Caisse d'escompte n'exclut pas la concurrence. Assurément voilà un établissement utile, et que l'on peut proposer comme un type, sinon parfait, néanmoins avantageux à imiter. Pourquoi, à partir de 1783, cessa-t-il de présenter ces conditions favorables ? C'est ce que nous allons voir.

D'Ormesson, contrôleur général, ne trouva rien de mieux, dans un moment de pénurie, que de demander 6 millions à la Caisse d'escompte, qui eut la faiblesse de les lui prêter. Pour ne pas perdre d'intérêt, cette dernière poussa à Faugmentation de sa circulation en billets et se garda, de concert avec

* Que le lecteur n'induise pas de cette phrase que nous pensons utile d'enchaîner invariablement le taux d'escompte dans des limites légales ou réglementaires. Le prix des services d'une banque est soumis, comme la rénumél'ation de tout travail ou la valeur de toute marchandise, aux fluctuations nécessaires, inévitables, résultant de la loi de l'offre et de la demande. Hors de là, il n'y a qu'utopie. XVoir plus bas, page 143, en note.)

le contrôleur général, de rien dire de cette opération. Des indiscrétions la révélèrent avec cette exagération qui naît du défaut de publicité; le public s'inquiète, et vient demander aux guichets soit le remboursement de ses billets, soit le règlement de ses comptes courants ; le numéraire s'écoule ', et la Caisse d'escompte est contrainte, en septembre 1783, de suspendre le remboursement à vue de ses billets, ce à quoi Tautorise un arrêt du Conseil du 27 septembre, qui lui permet de ne les rembourser qu'en effets de commerce bonifiés de l'escompte pour le nombre de jours restant à courir. Les billets obtinrent la triste faveur du cours forcé, et leur remboursement en espèces fut reculé au l^"" janvier 1784. A ce moment, l'encaisse n'atteignait pas le septième de la circulation, sans parler des comptes courants. Les effets malheureux de cette première atteinte au Crédit de la Caisse d'escompte furent rapidement conjurés par les premiers actes financiers de M. de Calonne. Ce nouveau ministre fit connaître au public la situation solide de la Caisse d'escompte, et lui remboursa les 6 millions empruntés, cause de toute cette émotion. Ces mesures sages permirent à cet établissement de crédit de reconquérir dans l'opinion publique son ancienne place et de renoncer à la faculté de surséance du remboursement de ses billets. Un arrêt du conseil du 23 novembre révoqua celui du Ti septembre, de sorte que l'état de suspension delà Caisse d'escompte nedura pas deux mois. Le public l'oublia bien facilement et, ce qu'il y a de plus regrettable, de Calonne ne profita pas de cette leçon donnée à son prédécesseur.

Quelques mesures furent, en outre, prises pour donner plus de solidité à cette Compagnie. Le capital fut d'abord augmenté de 3 millions, au moyen de l'émission de mille actions nouvelles. Ensuite l'importance de l'émission de billets.

' Il tomba un moment à 138.000 livres; la Caisse d'escompte possédait bien des piastres pour un capital de 4 millions de livres ; mais les lenteurs de l'hôtel des monnaies de Paris ne lui donnaient, sur cette somme, de disponible, chaque jonr, que 100.000 livres, et le public était pressant. Ce fut à cette époque que la mode adopta des chapeaux dits à la Caisse d'escompte parce qu'ils n'avaient pas de fond.

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