‹ Histoire des banques en FranceChapitre 49 sur 69 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

savaient pas être devenus propriétés nationales, étaient signalés comme tels * » .

L'idée de Bourdon {de l'Oise) réussissait; on allait retirer la presque totalité des assignats en cours, douze milliards ; la circulation monétaire redevenait libre, et le commerce intérieur et surtout extérieur, n'étant plus gêné par un papiermonnaie déprécié, allait probablement reprendre son cours interrompu. Mais la Convention rouvrit la discussion sur ce sujet, et, malgré les bonnes raisons données par Bourdon et Balland, elle décida, avec Rewbell, que les lois des 31 mai et 3 juin seraient rapportées.

Alors, que faire? On proposa et on adopta une échelle de dépréciation des assignats basée sur la quantité en circulation. Partant de 2 milliards, chiffre auquel l'assignat était au pair, on décida que de 500 en 500 millions en plus dans la circulation, la somme à payer en assignats serait augmentée du quart. Ainsi, à 4 milliards il faudrait doubler la somme en assignats ; autrement dit, l'assignat ne serait reçu que pour moitié de sa valeur; à 8 milliards pour le quart, et ainsi de suite. C'était une banqueroute, et une banqueroute pire, h tous égards, que celle que Ton eût faite en adoptant le projet de Bourdon. D'ailleurs, elle ne liquidait rien, puisqu'on ne retirait pas le papier-monnaie, et qu'on ne brisait pas même la planche aux assignats; on ne faisait guère que consacrer les faits accomplis. Mais ce qu'il y eut de pis, ce fut que l'on n'appliqua pas cette échelle à toutes les transactions ; il y eut des exceptions que nous ne citerons pas, cela n'offrant que peu d'intérêt (loi du 21 juin 1795).

A l'avènement du Directoire (26 octobre 1795), il y avait pour 20 milliards, somme nominale, d'assignats en circulation. Nous avons vu que la Convention avait repoussé le seul moyen de combler, tant bien que mal, ce gouffre béant et

* Thiers, Révolution française f 13» édit., t. VIÏ, p. 243. La qualité médiocre des acheteurs eût infailliblement amené une crise sur les terrains ; mais cette crise valait mieux que celle sous laquelle gémissaient les affaires depuis nombre d'années. En outre, elle eût réveillé l'esprit d'entreprise, et. avec la liberté des transactions, la prospérité fût revenue plus tôt, et eût peut-être étouffé la guerre sous la pression des intérêts mercantiles. Qui sait les conséquences qui en auraient pu résulter?

menaçant. Le Directoire, avec tous les soucis, il est vrai, d'une nouvelle organisation, ne sut pas prendre de mesure énergique, et, pendant un an encore, ce papier-monnaie continua de croître en quantité et de diminuer en valeur. Enfin, en septembre 1796, il atteignait la somme étourdissante de 45 milliards (Annexe F). Mais remarquons, avec RameL que le chiffre de 45 milliards, en raison des assignats qui restèrent dans les mains des comptables du Trésor, au moment de leur chute, est exagéré. « Je crois, a dit ce ministre, que la circulation n'a jamais excédé 30 milliards. » C'est déjà une belle somme; mais il est juste de dire que la majeure partie fut émise au-dessous de sa valeur nominale, et même, en dernier lieu, à Tépoqucoù on en exagérait le plus l'émission, à un taux excessivement bas *.

On serait porté à croire qu'une chute aussi éclatante que celle des assignats devait décourager toute tentative du même genre. Il n'en est rien cependant. L'assignat venait de tomber; au lieu de chercher sérieusement à ramener le numéraire, le gouvernement commit la faute de créer 2 milliards 400 millions de mandats territoriaux^ nom nouveau qui ne donna le change à personne; créés le 18 mars 1796, ils finirent avec Tannée; ils débutèrent par 18 francs en espèces pour 100 francs en mandats et tombèrent en août à 1 fr. 84;

* Si, en effet, on se reporte d'une part au tableau des émissions successives d'assignats (Annexe F), et que, d'autre part, prenant pour base les cours des assignats (Annexe G), on les rapproche, période par période, des émissions susdites, on arrive à ce résultat que les 36.671.761.762 livres d'assignats créés au l""" avril 1796 n'ont représenté pour le Trésor, au maximum, que 4.342.360.903 livres ; nous disons au maximum, car lorsqu'un gouvernement paye en papier monnaie, tout lui coûte nécessairement beaucoup plus cher.

Maintenant, du l^r avril 1796 au 7 septembre de la même année, il a encore été émis (solde) 8.907.048.278 livres d'assignats; mais ces assignats n'ont dû être émis au plus qu'au dernier cours coté. Par contre, nous avons vu que, suivant Ramel, un tiers des assignats créés était encore, lors de la chute de ce papiermonnaie, aux mains des comptables du Trésor. On ne peut donc être taxé d'exagération en disant que la somme que le public a déboursée, sous quelque forme que ce soit, pour la masse des assignats lancés par le Gouvernement dans la circulation, est plutôt inférieure que supérieure à 4 milliards. C'est beaucoup trop, certainement; cependant, nous sommes loin, convenons-en du chiffre nominal de 45 milliards.

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