‹ Histoire des banques en FranceChapitre 50 sur 69 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ils se relevèrent un peu le mois suivant pour tomber définitivement en décembre, avant même que Ton ait eu le temps de convertir les promesses de mandats en titres définitifs.

Cette tentative fut la dernière; il est d'ailleurs probable que toute autre eût avorté dès Torigine. On revint au numéraire, que Ton n'aurait jamais dû quitter, et assignats et mandats ne furent plus que des titres de créances sur l'État, auxquels on n'accorda que des compensations à vrai dire illusoires.

Telle fut la grande et coûteuse expérience que l'on ne saurait trop opposer à ceux qui rêvent encore une circulation monétaire purement de papier et non protégée par la liberté de crédit. D'abord une banque de circulation, rendant au public des services sérieux, se trouve renversée par suite des convoitises d'un gouvernement besogneux dirigé par des ministres ignorants et peu scrupuleux. Ensuite on recommence la fameuse tentative de Law : absorber au profit de l'Etat l'instrument de circulation, puis, gêné par la concurrence irrésistible du métal, proscrire les espèces monétaires; enfin essayer, pour la seconde fois dans le courant du siècle, de leur substituer une circulation ne reposant que sur le papier.

Nous allons entrer dans une période qui, économiquement parlant, sera plus calme. On voudra modérer dans l'application un principe vicieux en théorie. Imputant aux excès commis les deux chutes éclatantes de la Banque royale et de la Caisse d'escompte, des papiers émis par Law et des assignats, on se promettra de ne plus aller si loin et d'obtenir ainsi tous les avantages sans éprouver aucun des inconvénients. Utopie! on ne transige pas plus avec les lois qui régissent l'univers moral qu'avec celles qui règlent l'univers physique. La vérité est une, et si l'on n'arrive pas à un cataclysme financier comme au début et à la fin du xvii' siècle, on languira au sein d'une atmosphère délétère, sans se rendre bien compte d'où provient le malaise que Ton éprouve, la lourdeur qui engourdit toutes les transactions et prive la richesse de ce développement rapide que d'autres pays doivent à la liberté, particulièrement à celle des institutions de crédit.

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