PREMIERE PARTIE
N'oublions pas que cette regrettable décision fut prise sur Fincitation de Law. Elle conduisait à l'abîme. Pour faciliter l'usage des billets, on ouvrit des bureaux à Lyon, la Rochelle, Tours, Orléans et Amiens, c'est-à-dire dans les principales villes où il n'y avait pas de parlement. Il ne faut pas assimiler ces bureaux aux succursales actuelles de la Banque de France, car ils n'avaient pour objet que de rembourser ou mettre en circulation des billets, mais nullement d'escompter les effets ni même d'ouvrir des comptes en banque ou comptes courants. Le cours des billets n'était pas forcé, à cette époque; les employés des finances étaient bien tenus, comme on l'a vu, de les recevoir et de les rembourser avec les fonds qu'ils avaient en caisse, mais les particuliers pouvaient les refuser. On ne voulait encore employer que la conviction. Cela dura peu.
Nous avons vu que Técu de banque était poids et titre du jour de l'édit d'institution, et que les billets étaient jusqu'alors stipulés payables en écus de banque. En convertissant la Banque générale en banque royale, on eut le grand tort de ne plus faire de billets remboursables en écus de banque, mais bien en livres tournois *, c'est-à-dire de remplacer une monnaie invariable comme poids et comme titre par une monnaie sujette à des variations. Ajoutons, pour être vrai, que l'édit de décembre 1718 disait bien que l'on ferait des billets de banque en écus de banque ou en livres tournois, au choix du porteur; que même l'arrêt du 5 janvier 1719 autorisait la création de billets pour 2 millions d'écus de banque, mais en réalité on ne mit plus en circulation de billets en écus de banque à partir de l'édit de décembre 1718, et même les 51 millions de livres de billets de banque émis payables en écus de banque antérieurement à la conversion de la Banque
* Voici le modè'.e d'un billet de banque de cette époque :