I. \ PKINTIJHK
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(juil sera jamais [)ossiljle de lui li-ouver. Les aiiisles les plus divers, ceux (|u on eiit qualifié jadis : peintres de genre ou peintres d'histoire, peintres d'intérieurs ou peintres de paysages, ont voulu montrer à leur heure leur compréhension de la physionomie humaine. Nos
Bascliel, L'Ji:.
Albert iMAii..NA.N : Dante et .MatiJila
facultés traditionnelles oui trouv<'daiis ce sujet un terrain choisi pour se développer libremenl, et c'est ce qui donne à cette forme de notre art contemporain son importance exceptionnelle, comme c'est ce qui a valu à la plupart de nos maîtres leur célébrité.
Pendant plus de (renie ans lous le- puissants ou h^s heureux du monde entier son! vimius demander pour leurs (rails une survie
BKALX-AF.TS.
lE :«ATIO!(ALC.
glorieuse à Boiinal ou à Garolus Duran, à Héberl on à Ilcniior, à Baudry ou à Delaunay, h Henjaniiri CousUuil ou à (lornioii, à. Iules
Lefebvre ou à Bastieii-Lepage, sans oublier les porti-ailistes hors pair cpie fui'oiii Ricard, Fanliu- Laloiii- ou (iaillard. D'autres sont venus : lioybet, Humbert, Chartran, Weucker, Bordes, Boll et Dagnan,Gervex etFriaut, Baschet, Brouille! et G. Ferrier. Et Simon et 1. Blanche et R. Ménard et tant «lautres qu'il appartient plus exclusivement à M. Guillaume Dubufe de nommer. El dans les généra- Baschei, édit. tlous plus jeuues, vous avez le ])or-
RoNNAT : Portrait de Renan. ^^,.,1,- j^time ot Ic portrait moudaiu .
le portrait solitaire ou groupé, dans Taction accoutumée ou dans le maintien habituel, dans l'analyse aiguë ou la synthèse large, dans la description littérale ou les libres abréviations, tandis que tous les souvenirs des maîtres et toutes les impressions de nature sont rajv pelés à propos pour souliguer le caractère de la physionomie humaine.
Quant au paysage, aucun genre n'a été plus actif, plus vivant, plus ])ullulant. 11 a débordé les autres formes de Fart, les a vivifiées et renouvelées. Il a été à la tête de tous les combats et a remporté toutes les victoires. Jamais troupe ne fut plus nombreuse et plus variée que celle des paysagistes actuels et jamais plus indépendante. Ghez eux toutes les Iradilions se rencoiiti'ent de|)uis les derui^rs vestiges du
Basclu'l . e,lil.
MoROT : Poi'trail de Gérôme.
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paysage historique, debout hier encore dans la personne de Paul Fh^ndrin, jus([uau relèvement inattendu du même genre par M. René Me'nard.
Ils ont perdu les grands chefs de file qui jadis les ont dirigés. Mais il leur reste encore [)lus d"une figure exceptionnelle. Naturalistes,
lja>cliil, ii<i'a.
Marcel Bascuet : Forlraib de lamiUo.
impressionnistes pleinairistes. savants ou magiques évocateurs, il suffit de nommer Claude Monet si puissant et si riche, Har|)ignies si ample et si décoratif. Gazin si tendre et si mystérieux, Pointeliu si austère et si grave, pour (h)nner une uh^e, à la veille du w'^ siècle, de rimpoi'lance de r('cole. Kl chaque r('gion a aujourd liui ses
M>{) lv\l>OSlTI()N DK M.MK). — BEAUX-AKTS.
])eintres, le INord et le Midi, la Provence el rAuvergne, et la Bretagne clière aux jeunes coloristes, et lOrient et niéuje l'Extréine- Orient(').
■ Mais c'est surtout versTassociation de riiomnie et de la nature, vers la peinture des actes de la vie liuinaine dans son milieu contemporain qu'il send)le que nous verrons aboutir désormais les voies les plus opposées de Tart.
La vie moderne, vous la reconnaîtrez dans toutes ses élégances, dans toutes les grâces de la toilette féminine, dans toutes les fantaisies de la mode, car on n'a plus peur aujourd'hui du costume, on n'a plus peur de la mode, et 1 on ne craint [)lus d'introduire directement dans les formes les plus hautes de l'art ce qu'on n'osait jadis exprimer que dans le pvnrc.
Vous la trouverez dans toutes ses misères et dans tous ses vices, car on ne vous fera grâce d'aucune de ses tares, on vous conduira jusque dans les bas-fonds de la prostitution ou du crime à la suite de la littérature surchaulfée des cabarets montmartrois. Vous v trouverez une représentation de la vie bourgeoise à tous les degrés en des formes exceptionnelles depuis Fantin-Latour jusqu'à Lucien Simon ou à Garo-Delvaille, mais, surtout, ce qui vous frajjpera le plus, nous l'avons déjà remarqué au cours de cette étude, c'est lintensité de l'inspiration du sentiment populaire. Depuis Carrière et ses graves et mélancoliques maternités, Cazin et ses chemineaux pensifs, Raffaelli et ses types pittoresques du monde ouvrier, depuis UoU ou Priant jusqu'à M. Marec et à M"" Delassalle dans leurs Terrassio's, depuis les marins ou les pécheurs de MM. (^ottet, Simon, de M""" Demont-Breton, de MM. Desmarets, Royer, jusqu'à ceux de MM. Wéry, Scott et tant d'autres qu'on ne [)eut nommer, c'est la pein-
''^ On no |)cuL, à ce propos, que rappeler, Lavieille, I^aposlolet, Le Sénéchal de Ker-
avec le regret de ne point s'étendre sur leur dréoret, Leliepvre, P^mile Michel, Meslé, Mon-
œuvre, les noms de Adam, Barean, L. de lenard, Morlot , Olive, Petiljean, Quignon,
lîellée, Binet, liouché, F. Bouchor, t^milc (JuosL, paysagiste et peintre de lleurs, Benouf,
Breton, Cahic, (lachoud, Damoye, Adrien Bigollol, à l'occasiGn orientaliste, Veinier,
Demont cpii anime volontiers le paysage de Yon, etc., sans oublier les animaliers Van
figures. Deshrosses, Dufour, (îagliardini , (luil- Marke, de \uillet'roy, ^eyrassal, Barillot. Ju-
lemel, llanolciii, Iliucux. Ilcipin. halanne, heu l)u[»r('. etc.
L\ PFJMLIÎE.
tiire lies èlres simples, à travers les luîtes tie l'existence, au uiilieu Je leur décor familier, dans 1 intimité du foyer et dans la glorification de Telfort et du travail , qui attirera chaque jour davanta[];e les imaginations des jeunes artistes.
Et c'est ainsi qu'abandonnant de jour en jour le patliéti(|ue convenu des vieilles tragédies de cour, le faste vide et froid des vaines allégories, s est formé à côté de la littérature, plus près de la réalité et plus près de la vie, un ait de plus en plus démocratique et social, sinon tout à fait destiné au peuple, du moins chaque jour se rapprochant de l'idée qu'il s'en peut faire et reprenant sa vieille tradition de haut éducateur par l'exaltation de ses vertus, de son rôle et de ses destinées, de ses devoirs et de ses droits.
Nous voici parvenu an terme de notre course.
Essavons maintenant de remonter d un regard les cent années révolues pour nous reporter à notre point de départ et comparer, au point de vue qui nous intéresse, la fin de chacun des deux siècles qui ont précédé celui que nous voyons s'ouvrir.
Si nous considérons la vie de la iialion (Imiis Tordre moral, social
l <t, rlirutij.
Alhert LiiiiExs : Joueuses de balles.
/r2l> EXPOSITION l)K l'.HIO. — BEAUX- AIITS.
et |){)lili(|ii(', (|ii('l contraste et (|U(3lle ([is[)aril('' ! No seiiiMo-t-il [uis, vraiiiioiit, (juc les jours craiijourd'liiii soient sépai-c's de ceux d'autrefois comme si (|Liel(|iie cataclysme géologicjiie avait consomme' cette rn[)tnredes temps! Les bouleversements produits par l'œuvre de la philosophie et de la science ont opéré en ce court espace de cent ans sur la civilisation humaine l'équivalent de ce qu'il avait fallu tout le cours antéiieur des siècles à réaliser. La situation individuelle de l'iiomme, les rapports des hommes entre eux, leurs relations avec l'univers, se sont modifiés si [)rofondément que le dernier des écoliers, suivant le mot de Renan, en sait, à cette heure, plus qu'Aristote et que, alors que lout cons[)ire à nous faire mesurer davantage notre humilité infinie, le [)lus obscur des êtres de notre monde occidental, (|ui jadis eût été confondu dans la foule inférieure comme le plus vil des ilotes, est rempli d un orgueil sans bornes, ne doute pas des destinées de l'espèce et ne voit aucune limite assignée au pouvoir de l'intelligence et de la volonté de l'homme. La pensée humaine a donc reçu de tels ébranlements que, par suite, tous les modes de manifestation qu'elle emploie en ont été profondément remués et retournés. Il y a dans les témoiguages formulés de la pensée ainsi que dans la mentalité générale des peuples quelque chose de changé comme lorsque le verl)e du christianisme se fut totalement substitué à l'esprit antique.
La nature des arts plastiques, les conditions de leur réalisation matérielle les astreignent, en apparence, à un rôle étroit d'imitation. Attachés aux réalités contingentes, ils reçoivent plus lentement les efïluves de la pensée. S'il n'en était qu'ainsi, ils offriraient, du moins, de ces réalités extérieures des figurations exactes qui porteraient la trace des modifications qu'elles ont subies elles-mêmes et, par contre-coup, des marques de la façon dont les hommes de ce jour ont appris à les considérer. Mais, hélas! leur imitation n est jamais directe; elle est, pour ainsi dire, toujours île seconde main. Les arts plastiques se sont créé une vie à part qui leur est propre; ils ont coutume de vivre bien moins sur l'examen libre des formes qui les entourent que sur ces formes déjà fixées par le passé. Certains représentants exceptionnels de l'humanité send)lent à jamais avoir vu pour elle. La vision de Phidias, de Raphaël, de Léonard, de Titien, de
Reiiibrandl ou de liubens s est imposée depuis euv et s'imposera pendant les siècles des siècles. Il y a dans la tradition des arts plastifjues une énergie vitale qui ne se retrouve point aussi vigoureuse ailleurs. C'est ce qui explique les progrès très lents des arts. Lorsque certains esprits clairvoyants ont voulu secouer cette domination du passé et se créer une vision conforme au\ nouvelles conditions de la pensée et de la vie, nous avons vu à quels obstacles ils se sont heurtés, quelles luttes ils ont du soutenir, et non seulement quels efforts ils ont dû déployer contre les préjugés des autres , mais encore quelles victoires ils ont dii remporter sur leurs propres préjugés. Nous avons vu combien les résultats étaient pénibles à obtenir, combien les conquêtes lentes à s'imposer.
Bien mieux! lorsqu il réagit, lorsqu'il se révolte,
lorsqu'il attaque le passé, l'art ne semble triompher du passé que par le passé lui-même, opposant à la tradition qu'il combat une autre tradition qu'il relève.
Si vous joignez à ces raisons d'ordre ps\chologi([ue aussi bien que physiologique, à ces raisons générales et humaines, les causes spéciales d'histoire politique qui, pendant trois siècles, ont arrêté l'essor national de l'art par l'imposition d'un idéal étroitement monarchique fondé sur l'imitation reUgieuse de grands artistes d'une autre race, — formés eux-mêmes sur l'imitation des vestiges d'une civilisation
r.ascliet, éiiit.
GuHlaume Dlblfe : Porlraits d'enfants.
h2\ EXPOSITIOX DE 1000. - BEAUX-ARTS.
morte, — luii" la créalioii d une soiie de i'li(3lori(|ue usiielli! doiil lëloquence savante, ingénieuse ou jna[jjiili(jue, a rem|)]acé le lanp^ape simule, modeste, in|jcnu, mais si juste, si vrai et si spontané (Tautrerois; si vous calculez (jue cette rhétorique ou que cette éloquence est consacrée du vivant des auteurs |)ar les honneurs, et, après leur mort, par la [jloire, exaltée par les musées, perpétuée par la puissance péda(][0(];ique des académies qui peuvent se comhattre * et se détruire, mais qui se succèdent dans les mêmes prati(|ues iyranniques, vous comprendrez que ce n'a pas été trop de FeUort de tout m\ siècle prodij^^ieusement actif et laborieux, non point pour faire lahle rase de tout le passé et pour tenter de supprimer cet acquit antérieur de riiumanité qui s'ap[)elle la tradition, mais simplement pour nous remettre dans les mômes conditions où l'on était avant que l'établissement du pouvoir absolu ait arrêté le développement de la vie nationale sous sa forme populaire et que l'art qui correspondait à cet état social ait été supplanté par les amplifications grandioses et décoratives des envahisseurs d'Italie.
Car, à se placer d'un peu haut, il semble bien que ce soit là le principal effort et le plus important résultat du xix*" siècle. Depuis David jusqu'aux derniers représentants des dernières générations, chaque jour plus ouvertement affirmée en ce sens, telle est bien leur aml»ition commune. Ils ont rompu toutes les digues et brisé toutes les barrières; ils ont étendu, sans plus lui fixer de limite, le champ de l'activité artistique et le domaine de son inspiration. Ils ont fait de la peinture une langue d'une force de compréhension et d'interprétation exceptionnelle; c'est au point que la littérature, dont elle avait maintes fois reçu sa direction morale, lui doit à son tour des moyens qui ont singulièrement accru ses facultés expressives. Ils ont non seulement redonné à l'image cette puissance de signification qu'elle avait à peu près perdue, mais ils nous ont par surcroit ouvert les yeux sur les réalités dont ils nous ont fait pénétrer la signification supérieure. Car non seulement ils ont fixé les images de notre vie, mais ils nous ont appris à l'aimer et à la connaître.
A l'idéal purement plastique des anciens s'était substitué, avec l'idée chrétienne, un idéal tout expressif; à l'idéal plastique mais artificiel
reparu depuis la Renaissance el qui, du moins, avait servi un jour à briser la lixilédes canons antérieurs, va succéder, avec Je développement moral des temps présents, un nouvel idéal expressif. Car la révolution rpii s'est accomplie dans la forme s'est accomplie surtout
(iazette dex Ilcau.v-Arls.
Victor Markc : Expulsés.
dans la pensée. Quon se rappelle ce qu'avait prédit Thoréj! ^G'est que l'esprit français est uu esprit à la fois essentiellement réaliste et philosophique. Ce double caractère distingue le talent de ses plus hauts représentants, jusque dans son passé lointain et malgré les habitudes conventionnelles de certaines périodes du passé, .le ne veux point dire par là que nos anciens maîtres aient tenté d'introduire des idées
^•26 EXPOSITION DR l'.)00. — BEAUX-ARTS.
dans la [n'intiirc, mais ils oui voulu ([ue de leur arl se (L'^ja^eàt toujours (juolquo Idée", qu'il en sortît une signification qui dépassât la représentation du fait.
Le type le plus complet est Poussin, et c'est pourquoi ce maître est devenu [>our tous indistinctement le guide classique par (excellence. Si divers, si opposés qu'ils soient Fun à l'autre, lous ou pres(|ue tous nos maîtres contemporains se rattachent à cette grande tradition. Tandis (pie dans d'autres pays l'école semblait entraînée dans la voie d'un idéalisme exclusif et sans appui ou était entravée par les lisières d'un réalisme étroit et terre à terre, l'école fran(;aise, grâce à un jeu continuel de contrepoids, a tenu, nous l'avons constaté maintes fois, la balance égale entre les folles témérités d'une imagination sans retenue et les pusillanimités mesquines d'une observation trop littérale. Et cet équilibre n'est point l'effet de certains concours hasardeux de circonstances, ou de certains actes préconçus de volonté individuelle, il est le résultat direct, instinctif, naturel, de la condition même de l'esprit fran(;ais : esprit de mesure, d'ordre, de choix et de clarté, en un mot, de raison dont le tempérament se manifeste jusque dans ses plus apparents débordements. Regardez, par exemple, ce que donnent chez nous les derniers excès des caprices de ce genre qu'on a apj)elé le style rocaille et comparez à ce qu'ils ont produit en Allemagne ou en Italie. Bien mieux! voyez ce qu'ont trouvé les mêmes architectes français, soit qu'ils aient travaillé en France , soit qu'ils aient travaillé à Berlin ou à Munich. Le mouvement contemporain dans les arts, et surtout dans les arts appliqués aux industries, nous en fournirait de plus concluants exemples. Ce que nous considérons comme les outrances les moins acceptables des dérivés de l'impressionnisme et du symbolisme combinés peut-il approcher du dévergondage pédantesque de certaines productions romantico-réalistes (pi'on voit pousser tous les ans dans certaines expositions étrangères sur le terreau des plus doctes et des plus sages écoles?
Prenez, maintenant, dans l'école française, les plus farouches réalistes, comme Courbet. De ses représentations les plus olqectives des choses, de son art soi-disant rationnel, positiviste, nuilhématique et littéral, se dégage, non point sans doulc tout ce ({ue Proud'hon
înail ou la proienlioii (l"\ jiiellre liii-inènio. mais, cependant, une poésie incontestable qui est celle qui émane de la puissance de la vie. Prenez, par contre, un des idéalistes qui ont pénétré le plus à fond dans le mvstère de Tâme contemporaine, l'auteur du Pauvre Pécheur, de YEspcrauce. de V Enfant prodigue. Puvis de Cbavannes, et voyez à
Revue L'Art décoratif.
Caro-Delvaille : La damo à riiortonsia.
quel point ses maigres et arcliaïques li|[ures, pensives et mélancoliques, sont des êtres réels ou, si l'on [)rét'ère, vraisemblables par la vérité, non point de leur anatomie qui nous est indifférente, mais de leurs attitudes, de leur mimique, de leur caractère et de leur décor. Cette double leçon qui se dégage de toutes les phases de notre his- .toire contemporaine, il semble qu'elle soit, au seuil d'un siècle nou-
EXPOSlTfOX DE M.KIO.
\Otiii. imi\(M'S(>ll(Mii('iil comprise, (l'csl le spochiclc (jiic nous oUVciil (le loufes jKii'Is. les ellorls iii(''|>';ui\ des jeunes gonéralioiis. Sans doiile, les conditions de Faii sou! moins que jamais celles de jadis. Dans lïndividualisme à onirance qui se produit en ail à l'heure où, d'autre part, sont le plus discutés les droits de Tindividu, il peut toujours surj'ir (juelque li[?^ure exceptionnelle qui ait le don de rajeunir à son prolil. poui' un moment, certaines formes abandonnées du ])assé.
Gazette des Beaiuc-Arts.
H. d'Estienne : La jeune malade.
De même, dans l'agitation turbulente et pressée de la pensée et de la vie de l'humanité nouvelle, tous les mouvements et toutes les réactions s épuisent avec une rapidité qui parfois permet à j)eine de les saisir. Les changements du goût dans les arts se mauifestent avec la même fièvre hâtive que les variations de la mode. 11 y a dans les arts un incessant besoin de nouveauté, de curiosité, d'instabilité. A la routine |)ublique d'antan. si terrible poui' les personnalités originales, mais (jui du moins maintenait au [)rogrés les transitions nécessaires,
LA PKINTLRE. Ai>y
a succède, dans les milieux qui l'orinent Topiniou, une sorte de snobisme qui ne vaut pas mieux, .des enthousiasmes faciles et excessifs, un dilettantisme superficiel prêt à encourager tout ce qui l'amuse et ce qui flatte son palais blasé. Gomme tout ce qui a été longtemps oublié reparaît quelque jour plus nouveau avec les vieilles modes ramenées, l'art de l'avenir olTrira donc plus d'une fois la surprise de retours en arrière. Toutefois ces ombres du passé s'évanouiront de jour en jour plus rapidement.
RevilP L'Art tlévoralif.
}iV" Dlfai : Auliiiiiiie. [Mitsee ilu LiLifiithoui-jj. )
r'Oii tend la société, l'art doit tendrez, écrivait toujours Thoi-é. ([ue j'aime à citer. L'expérience a démontré le bien-fondé i\o ses atllrmations. La société démocratique du xix" siècle a préparé pour le xx'' un art apte à traduire toutes les formes de sa pensée et d%sa vie. L'elTort accumulé pendant cent ans par une élite exceptionnelle de penseurs. (le \o\ants et de [)oètes, a remis la conscience artistique en face (h; 1 idéal j)his proclie. plus Inimain. doni elle sétail Irop longtemps défournée pour suivre l;i climièi'e d nu idisil arhiieiel el mensonger;
il a crée, pour rexpriiner, une lau}>uo uouvolle ou ravivée, alTrancliie des tutelles suranne'es, tout en conservant lappui (ruii fonds solide de traditions techniques, enfin un instrument vibrant, sonore, puissant et riche, souple et varié, clavier immense, bien fait pour correspondre aux registres infinis des voix de la nature ou des liassions humaines. L'art français, désormais, est rattaché au fil de sa véritahh^ tradition primitive, ethnique, expressive et populaire, il a repris son rôle essentiel qui est d'être le miroir de son temps.
Alors que toute source de beauté semblait à jamais tarie, que le culte du beau lui-même paraissait menacé par le règne universel de Tutile, le siècle prodigieux qui vient de finir a Irouvé encore après Raphaël Ingres, après Piubens Delacroix, après Claude Lorrain Corot, après Ruysdaël Théodore Rousseau, après Poussin Puvis de Chavannes, après Puget Rude, Barye et Carpeaux, et il a enfanté bien d'autres glorieuses imaginations qui ont découvert des sources de beauté jadis inconnues.
Poètes à venir, qui saurez tant de choses ''', Et les direz sans doute en un verbe plus beau ,
Poètes, artistes, penseurs, rêveurs de ce xx*" siècle qui commence, vous n'aurez plus qu'à marcher droit dans une voie définitivement tracée. Il vous sera donné sans doute de remettre l'art en communion intime avec la vie, comme à l'âge d'or des peuples; il vous sera donné de creuser des sources encore plus vives et plus abondantes de beauté et d'émotion. Mais, quelles que soient les destinées futures qui sont réservées à l'art dans notre pays, quelle que soit la splendeur dont le siècle naissant soit appelé à briller, il ne pourra, assurément, recueillir plus de gloire que n'en a porté le grand siècle extraordinaire qui lie tout ce passé qu'on doit considérer comme l'enfance de l'homme, aux temps prochains de sa virdité; il ne pourra offrir un plus admirable spectacle que celui de ces grandes luttes passionnées qui, durant cent années laborieuses, ont mis en contact ou en confliî les plus nobles idéals qui se partagent le règne de l'esprit humain.
'"' SuLLV Pridhomme, Les vaines Tendresses.