LES ECOLES ETRANGERES
BELGIQUE. HOLLANDE. - DANEMARK. - SUÈDE. - NORVÈGE. FLNLANDE. - RUSSIE.
Les arts, dans tout le reste de l'Europe, subissent au cours du xi\'" siècle des vicissitudes [)arallèles à celles qu'ils ont subies en France. Le contre-coup des événements qui ont si violemment remué notre pays se fait sentir jusqu'aux extrêmes contrées de l'Occident, au point de bouleverser les institutions sur lesquelles reposait partout
Cir.elle des lieanx-Arls
Jan SiOliiiAtiiis : Boudii'iit/ anversoise.
l'antique société. Les idées révolutionnaires, portées par les livres, cliarriées par les guerres, s'implantèrent au cœiii* de tous les peuples, et les effroyables mêlées de la Révolution et de l'Empire firent pour la civilisation contemporaine ce que les invasions des barbares avaient fait pour le monde ancien.
La société moderne se forme partout à la fois plus ou moins activement, et tout le cours du siècle sera rempli pai' les luttes pour la con-
Zi3l> EXPOSITION l)K I !)()(). — HKAUX-AUTS.
quête des droits de rindividii et la constitution définitive des peuples. Cette période de développement des familles européennes durant ces cent dernières années est donc particulièrement laborieuse. Guerres intestines, conllits sanglants à l'extérieur, lutlos épiques, longues et douloureuses marquent, en effet, l'effort tenté d(* toutes parts par les hommes pour achever leur émancipation et par les nations pour acquérir leur indé|)endance et opérer leur unité.
Bien qu'il semble que, dans le passé, la surexcitation d'activité humaine occasionnée par les rivalités de princes, de peuples ou de cités ait été particulièrement favorable aux arts, ce que le mouvement, la guerre, les alarmes soient le vrai milieu où l'humanité se développe, que le génie ne s'agite puissamment ({ue sous l'orage et que les grandes créations de la science et de la poésie soient apparues dans des sociétés fort troublées»; bien que les arts aient fortement fleuri, ainsi que continue de l'observer Renan ^^^, dans les pays les plus agités et aux temps les moins sûrs de la Grèce et de l'Italie, il ne paraît pas que les préoccupations qui obsédaient les nations européennes dans la première partie du xix"^ siècle aient été propices au développement des arts. C'est le même phénomène qui s'est produit en France pendant la tourmente révolutionnaire, dont la répercussion ne se fit sentir sur les esprits qu'au premier moment de répit. Sans doute sommes-nous arrivés à un autre âge de l'humanité et peut-être les conditions des arts ne sont-elles plus les mêmes.
Quoi qu'il en soit, durant toute la première moitié du siècle le mouvement continental ne produit de fruits extraordinaires qu'en France. L'Angleterre, plus à l'abri des bouleversements européens par son isolement géographi(|ue, malgré les crises qu'elle subit de son coté et la part importante qu'elle prend aux événements généraux du siècle, fait seule exce[)tion à cette règle et continue pendant les trente ou quarante premières années, autour de quehjues hautes et rares personnalités, sur l'instant d'ailleurs assez méconnues, le bel épanouissement de son école qui caractérise la fin du siècle précédent.
A la vérité, sauf dans ce dernier pays, la décadence des arts à
''' E. Re.\'AN. Qiit^stio)is coiitoiniinraincH : L'élut dea fspiil^ e)i iS'ti), [). 2f)8.
LA PEINTURE. /i33
l'élran(]^er était générale à l'ouverture du nouveau siècle. Des deux (jrandes écoles qui avaient rempli glorieusement le xyii*^ siècle et fécondé si puissamment l'inspiration des diverses nations, l'une, l'école des Pays-Bas et des Flandres, se traînait péniblement et médiocrement
Art el décnralion .
A. Baertsoen : Petite coiir flamande. {Musée du Luxeinfjour(r.)
pendant tout le siècle suivant, et l'autre, Técole de l'Italie ou pins proprement de Venise, la seulequi ait survécu à tant de magnificences, venait d'épuiser son dernier filon.
L'art français , depuis bien longtemps déjà, fournissait les nombreuses et actives phalanges de ses architectes el de ses décorateurs,
àU EXPOSITION DE 1900. — BEAUX-AIITS.
(le ses sculpteurs et de ses peintres à toutes les cours d'Europe. C'était une (Muig^ration perpétuelle dans les pays allemands, en Russie, en Polopiie, en Espagne, et quant à ceux (pii ne s'expatriaient pas, des ambassadeurs doublés d'amateurs recueillaient avec un soin attentif leurs plus beaux ouvrages pour leurs maîtres.
Cette influence de l'art français à l'étranger se poursuivit avec le nouveau siècle. Les doctrines de David s'imposèrent à toute l'Europe, à peu près partout sans guide et sans direction; son atelier recevait des Allemands, des Suisses, des Belges, des Espagnols, des Grecs ^'^. C'est de là que sortirent les Allemands Schwekle et Tieck , — tandis que le sculpteur Begas appartenait à l'atelier de Gros, — l'Espagnol don José de Madrazo, le Suisse Léopold Bobert, compris dans l'école française, les Belges Navetz, Madou, Stapleaux, etc. L'exil de David à Bruxelles devait, d'ailleurs, être le point de départ de l'école belg^e contemporaine. L'entrée des alliés à Paris venait augmenter la clientèle cosmopolite de Gérard au point qu'il ne pouvait suffire aux portraits de souverains, de princes ou de généraux des armées coalisées.
De tous temps, nous avons eu déjà l'occasion de l'observer, le propre de l'art a été de vivre d'une vie à part très au-dessus de l'existence courante où, sans tenir compte des limites des temps et des lieux, il se plaît à confondre tous les idéals et à mêler tous les moyens d'expression. Suivant que de tel foyer monte une plus vive flamme, il s'oriente tour à tour, sans hésiter, du côté d'oii vient le plus de lumière. De communes admirations pour les mêmes maîtres avaient donc préparé entre les écoles un commencement de parenté. Cette domination à peu près universelle de l'enseignement français, qui s'étendra plus tard au Nouveau Monde et englobera même le milieu plus réfractaire de la Grande-Bretagne, dont nous avions plutôt nousmêmes subi l'action, accéléra l'union en créant une sorte d'unité générale dans l'orientation des arts. Mais cette œuvre fut achevée par les conditions nouvelles de l'existence des hommes. Les contacts réguliers par les expositions internationales incessamment ouvertes dans toutes les capitales ou dans tous les centres d'art, les fondations de
''' Voir la liste fournie par Delécluze, op. cit., p. kik.
musées modernes analogues à notre Luxembourg, jadis type unique de ce genre, les communications de plus en plus constantes et de plus en plus faciles entre les individus et entre les peuples, chaque jour plus étroitement rapprochés par des intérêts devenus plus pressants et par des rapports que les progrès matériels du siècle ont rendus quotidiens, toutes ces causes, particulières ou générales, opérèrent des pénétrations réciproques qui perpétrèrent la fusion des écoles. Il n'y a plus, à vrai dire, dans le domaine de l'art d'écoles vraiment distinctes, de nationalités diverses parlant un langage différent, mais tout au plus des provinces voisines que l'on devine à certains accents de clocher. Avec l'unification des mœurs, des costumes, s'est formée entre les populations chrétiennes de l'Ancien et du Nouveau Monde auxquelles s'est joint même, spectacle nouveau et imprévu, tout un empire d'Extrême-Orient, une sorte de vaste fédération morale et intellectuelle, basée sur des communautés de tendances, de goûts, d'aspirations, en résumé sur une conscience universelle et unanime, c'est-à-dire sur un même idéal.