PAYS-BAS
Au début du siècle le sort de la Belgique est lié à celui de la Hollande, malgré le peu d'aflinités réelles existant entre ces voisins si distants par la race, les mœurs, les habitudes, les conceptions politiques et la religion.
Néanmoins on pourrait croire que ce contact forcé dût servir à propager jusque dans le nord des Provinces Unies l'influence de David, si cette influence n'était devenue universelle. C'est, en effet, celle qui domina pendant le début du siècle et sans donner même, avec les peintres Davidson, Kruseman et Pietreman, les résultats produits dans les provinces du Sud.
C'est vers le milieu du siècle que l'art se relève par l'observation de la nature, le développement du paysage, et absorbant avec lui, peu à peu, toute l'inspiration artistique, la peinture des scènes de la vie intime et populaire ; c'est-à-dire qu'on se trouve devant un retour dans le sens de la vraie tradition nationale.
Le maître qui a caractérisé le plus hautement ce nouvel idéal et qui a exercé l'influence la plus étendue comme la plus utile sur ses contemporains est Joseph Israëls. Ce bel artiste si grave et si ému semble avoir recueilli une étincelle de cette grande lueur d'humanité et de tendresse qui illumine l'ceuvre de Rembrandt. 11 représente, en Hollande, à peu près le même esprit de sympathie pour les humbles qui caractérise chez nous l'art de Millet et, chez les Belges, celui de Constantin Meunier. Né en 1 82 ^ et venu en France pour y achever ses études, il a pu à ce moment être en contact avec le courant démocratique qui commençait à prendre la direction de l'inspiration artistique. Il est , toutefois, un type bien national, et ses scènes pO[)ulaires (\ Intérieur d'un orplie-
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linat, Drharquement des pêcJiPMrs, Seul mi monde, Y Anniversaire, le Dîner des savetiers, les Pauvres du village, le MarcJumd de Jme-à-brae , celui-ci exposé en i 900), par leur sentiment profond d'intimitë tiède et discrète, leur observation de la vie si pénétrante et si émouvante, ont créé un mouvement de naturalisme expressif qui a relevé entièrement Técole néerlandaise, au point qu'on peut la considérer, malgré certains abus de technique un peu brouillée, comme occupant une des premières places dans les groupes contemporains.
A sa suite, MM. Blommers, Israëlsfils, Pieters, Sluytou Schieldt, à travers un métier un peu lourd et, parfois, une sorte de bouillie assez triste, marquent la même sensibilité devant la délicatesse des effets lumineux et le même sentiment de Tintimité de la vie populaire ou marine. Plus jeune, M. Breitner apporte une vigueur nouvelle, un sens rare des accords pour éveiller dans la pensée, avec des paysages de rues, envahies par la neige épaisse, sous le ciel bas, le frisson nostalgique et poignant des hivers noirs du Nord.
Dans la peinture d'intérieurs, les Holhandais sont passés maîtres; que u'apportent-ils à la traduire un peu de cette franchise de leurs voisins, les Belges, ou de cette limpidité que nous relèverons chez les Danois, leurs autres voisins! Dans ce genre, du moins, M. Neuhuys et M. Kever, vigoureux coloristes, n'ont pas peur des tons robustes. Blosboom a exécuté des intérieurs d'église, brossés vivement avec éclat. De plus jeunes artistes, M. Brïet et M. Heyberg, ont fait preuve, à leur tour, du même sens des intimités, de la même compréhension de la vie étroite, de la distribution de la lumière, du recueillement et de la vie latente des choses.
Les portraitistes sont assez rares dans ce pays qui a fourni quelques-unes des plus admirables interprétations de la physionomie humaine. Ij'ensemble des portraitistes, assez secondaire, ne présentait, en 1900, d'exception que pour M'^*" Schwartze, qui exposait alors le portrait du Général Joubert et M. Boudewynse, une figure d'homme à mi-corps (^Portrait de mon père), discret et estompé dans la pénombre et comme imprégné du souvenir de Fantin-Latour. Il y faut joindre M. Jean Veth, qui n'exposait que comme graveur.
Les paysagistes, naturellement, sont représentés dans cette école
LA PEINTURE. /i55
avec éclat. A leur fête, on doit mettre M. Mesdag qui, soit par rétablissement savant et particulier de ses tableaux, soit par son exécution sobre et forte, est toujours un des peintres qui ont traduit le plus magistralement les spectacles de la mer. Il convient de rappeler aussi les noms do Anton Mauve, dont les toiles grises de paysages peuplés de moutons ont été si longtemps admirées à nos expositions annuelles, et surtout ceux de la famille Maris. Ils sont, comme on sait, trois frères. L'un, Jacob, mort aujourd luii, est un des peintres de la mer Jes plus forts et les plus éloquents, avec une tecbnique riche et
et moderne.
Joseph IsRAËLS : Retour des champs.
mâle; il n'est pas sans (juelque parenté avec certains de nos romantiques; le second Wilhelm. paysagiste plus aigu, est, on peut dire, un des Hollandais classi(|ues de I école contemporaine; le troisième, Matbieu, qui a surtout exécuté des figures ou des portraits, est un harmoniste très rare, en conlact avec les jeunes milieux britanniques. Enfin vient toute une phalange de paysagistes, marinistes ou animaliers, comme MM. Ter Meulen, Gabriel, Ten Gâte, plus connu de nos milieux parisiens, comme M. Zilcken, à la fois peintre et graveur, de même que M. Storm de Gravesande, M. L. Van Soest, dont le Luxembourg a acquis, en kjoo, la délicieuse Malnu'e d hiver, M. Toorop, etc.
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