‹ Histoire des beaux-arts, 1800-1900Chapitre 14 sur 50 · DANEMARK · texte numérisé non relu

DANEMARK

La section danoise était vraiment un des meilleurs endroits de l'Exposition des J3eaux-Arts. Dès qu'on y pénétrait, on était saisi par un sentiment d'aise tout particulier et par un vif intérêt. Avant même d'avoir pris contact intime avec toutes ces toiles, on se sentait dans une atmosphère calme, paisible, recueillie où respirent d'honnêtes gens, sincères, simples, probes et cordiaux. A tous les coins, des scènes tranquilles, des vues d'intérieurs animés par un ou deux personnages, quelques portraits expressifs, mais sans prétention, des paysages pénétrants, mais modestes. On passait avec une attention renouvelée d'un tableau à l'autre. Les œuvres, évidemment, s'y montraient inégales; chez les moins assurées, cependant, ce qu'on relevait surtout ce sont des insuffisances de métier, de l'embarras ou de la gaucherie; mais partout on découvrait un égal besoin de vérité émue.

C'est que malgré les crises subies par ce petit peuple dans la première moitié du siècle, il a toujours été un milieu profond de culture intellectuelle. La littérature et la science n'ont cessé d'y avoir des foyers très ardents, et c'est un des rares pays du Nord qui ait vu naître une véritable petite école de sculpture, à la suite de leur grand statuaire Thorwaldsen.

Proche voisin de la Hollande et proche parent par les mœurs, la religion, les habitudes de vie, le Danemark a de grandes affinités avec les Pays-Bas. Aussi les anciens maîtres hollandais devaient-ils être les guides naturels des Danois. Leur voisinage immédiat avec la Suède et leur communauté de race ont également influé sur eux, spécialement dans les recherches lumineuses, où les Scandinaves^ à la suite de l'école française , ont excellé.

La plus grande figure de cette école est à l'heure actuelle, assurément, M. P. -S. Krôyer. Dans ses marines, ses scènes extérieures, il se plaît à la notation d'elfets singuliers qui vous laissent plein soit de surprise charmée, soit de tendresse et de mélancolie, comme ces Barques (le 'pêche , dans les premières lueurs d'une aurore septentrionale.

LA PEINTURE. Ixhl

offertes au Luxembourg par le peintre Besnard, dont le nom, rappelé ici, évoque à propos les liens qui unissent les Danois aux Français; ou ce délicieux Soir cl Eté à Shigen, de l'Exposition de 1900. Mais il a donné, en même temps, de la figure humaine des interprétations d'une énergie peu commune. Telle est cette Séance à ÏAcadémie royale des Sciences où cinquante personnages, ])as un de moins, sont assemblés autour d'une table couverte du tapis vert otFiciel, le front éclairé par la lumière calme des hauts candélabres, pour écouter les communications d'un de leurs confrères debout devant un tableau noir. Toutes ces physionomies attentives dans la même atmosphère

Bévue de l'Art ancien et ninderne.

P.-S. Kbôïer : Déjeuner.

lumineuse et la même atmosphère morale suivent le visage expressif du démonstrateur avec un intérêt qui vous prend vous-même jusqu'à vous attacher à cette scène comme si vous en étiez le propre témoin. Et si l'on passe d'une figure à l'autre, on est frap[>é de la réalité vivante de chaque physionomie ([ui manifeste son attention dans un geste involontaire où se marque toute la personnalité morale de l'auditeur.

Une autre figure des plus sympathiques est celle de M. V. Johansen. Il n'est, pas plus que M. Krôyer, un inconnu pour nous. Nous avons eu, maintes fois, l'occasion de l'admirer à nos salons et à nos expositions antérieures. Près de lui aussi nous éprouvons le charme aigu et pénétrant d'émotion discrète que donne le spectacle de la vie

à:^S EXPOSITION DE 1900. — BEAUX-ARTS.

surprise dans la poésie iiîa])prêtëe de son intimité. 11 montre , également, une faculté expressive iuliniment rare dans la compréhension rapide (lu geste, de l'attitude, de la physionomie, du groupement des ])ersonnages et, toujours de même, un sens d'une subtilité absolument (^\(piise des jeux les plus délicnts et les plus imprévus de la lumière. Ou se souvient assurément de Une Soirée chez moi, réunissant une douzaine de personnages assemblés en petits groupes familiers, autour du thé sous la lumière rousse et paisible des lampes; des EnJ'anls à leur iravail , de ï Anniversaire de gramVmere ou encore de Maman raconte des histoires, dans un coin d'atelier, où des gamins se pressent contre les juj)es maternelles, près de la douce chaleur rayonnante du poêle de fonte (pii rougeoie. C'est ensuite M. J. Paulsen avec de vivants paysages, des portraits pleins de gravité et de bonhomie et des intérieurs, comme celui qui est venu se placer au Luxembourg, peints avec vigueur et sobriété sous la lumière directe, éloquente et forte qui marque simplement et nettement les formes, s'accrochant aux ors des cadres, s'attardant sur la blancheur des oreillers.

Puis c'est un groupe de charmants artistes, intelligemment doués, dont les œuvres exiguës, mais pénétrantes, sont toutes dignes de susciter les convoitises des musées. Le Luxembourg a eu justement la bonne fortune d'y trouver sa part. Tel est cet Intérieur de M. P. Ilsted, où la robe bleue d'une fillette blonde joue en rapports harmoniques si délicats avec les bleus d'un meuble peint, ceux de la nap|)e recouvrant la table ou du siège d'un fauteuil, dans cette lumière, tamisée par les feuilles, qui pénètre du jardin, par la fenêtre aux rideaux blancs. Tel encore cet autre Intérieur, où M. Achen a traduit avec une sensibilité si vive le heurt léger des rayons sur les passe-partout d'acajou, dont les glaces s'animent de tous les reflets, sous ce jour nostalgique du Nord, qui vient de la fenêtre près de laquelle rêvent l'une contre l'autre une jeune mère et sa fille. C'est encore M'"*' Anna Ancher, avec des effets de soleil si joyeux, MM. Thomsen et Irminger, l'un douloureux, l'autre sentimental et songeur, et enfin la personnalité curieuse de M. W. Hammershôj, dont les jeux simples et francs de clair-obscur dans des intérieurs rappellent Pieter de Hooch ou cet autre Hollandais si rare et

Art it th'cor.itinit .

Labsson : Peinture décorative.

Art et ,li; laii ■„.

moins connu Koodijck; ses personnag^es, parfois gauchos et eml)arrasses, sonl d'un inélier insulfisant, mais la nature mort(î dans la lumière prend en ses ouvrages un rare inte'rét de vie.

11 coiivienl encore de signaler les vifs et brillants petits portraits de M. le professeur Tuxen, les œuvres mystiques de M. J. Skovgaard et surtout nombre de j)aysages dus à MM. Philipsen, Niss, Pedersen, N. Skovgaard, et les illustrations ou caricatures dignes de leurs charmants conteui's nationaux, de MM. Ghristiansen, Froelich , JerndorfT et Tigner.

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