SUÈDE
Les autres pays Scandinaves suivent à peu près la même direction artistique. Nous n'y retrouvons plus les généralisations toutes latines des écoles méridionales ni les élucubrations historiques et philosophiques des peuples germains. Partout, comme en Danemark, comme en Hollande, comme en Belgique, ce qui domine tout autour de la mer du Nord, c'est l'étude de la nature avec une vision intelligente et neuve, un sentiment très aigu des lumières imprévues et hardies; des scènes humaines toujours simples, émues et graves.
Les mêmes influences se retrouvent à l'origine de l'école; influence française, influence hollandaise, grâce aux relations continues entre la Suède et la Norvège et les Pays-Bas et les relations existant avec la France qui y envoyait ses artistes — comme Taraval — ou ses tableaux , tandis que des peintres nationaux comme Boslin, Lavreince ou Hall venaient s'établir en France. Cette double influence fut peut-être maintenue grâce à la fondation d'une galerie nationale, contemporaine de notre Muséum central, où étaient réum's les tableaux français de Chardin, de Boucher, de Nattier, de Pater, d'Oudry, de Lancret, etc., recueillis par le comte de Tessin pendant sa mission en France et les tableaux hollandais, peu prisés encore, que le même amateur diplomate amassait en même temps en grand nombre pour la collection de la reine Louise Ulrique.
En Suède, ,Tessin avait même fondé une Académie des Beaux-Arts, établie à Stockholm; elle ne produisit guère de personnalités notoires en dehors de quelques peintres d'histoire locaux. Dans la pi-e-
mière partie du siècle, rinfluence de l'e'cole de Dusseldôrlï', alors en pleine prospérité, devient prépondérante, jusqu'à ce que l'inlluence française, dans ses éléments analyticpies et naturalistes, reprenne à son tour le dessus définitivement. Parmi ces peintres de la première heure, se trouvent en tèle le mariniste Wahlherg, qui a résidé lon^j;temps à Paris, où, d'ailleurs la plupart d'entre eux, comme Salmson,
Gazette den lieuiu-Ails
Peler Ilsted : Inlérieur. (Musée iialioiial du IjU.Trin/jDiiyif.)
Hajjbor^j, Nils Forsber^, — celui-ci combatlil même dans nos ran^s pendant la [juerre de 1870, — ont élu leur domicile d'élection. Aussi l'école suédoise et, nous le verrons tout à l'heure, les écoles-sœurs de Norvège et de Finlande se présentent-(dles comme une sorte de prolongement se[)tentrlonal de notre [)ropre ('cole.
La figure la |)lus importante de ce premier groupe suédois est aujourd'hui M. Zoiii. Il n est [)as besoin de dire (ju'il a été longtemps un des nôtres. Il l'est resté par le talent, par certaines facultés de
Vi62 EXPOSITION \)\i lUOO. — BEAUX-ARTS.
luiiiiiiiste audacieux qui le rattachent à iksnard et par un métier souple, large, étalant la matière vivement et grassement, d'une brosse alerte et hardie, qui glisse, caresse et brusquement se pose avec franchise pour marquer les accents. Peintre et graveur, il s'est fait connaître comme portraitiste brillant et comme peintre de la vie |)()[)ulaire. A ce premier titre, il exposait en 1900 le Portrait du roi Oscar II, assis sur un fauteuil aux chantournements dorés, en habil, le cordon bleu traversant sa poitrine entre le blanc immaculé du [dastron et le gilet noir; œuvre à la fois digne et simple, d'une physionomie attentive et réfléchie. Il y joignait deux scènes de la vie locale : l'une, Mhe, belle étude de femme, enlevée avec un éclat calme et franc sous un beau coup de lumière colorée; l'autre, La Nuit du sa juin, Mora, groupant, sous le jour pâle et doux du soleil de minuit, des couples de jeunes paysans tournoyant sur l'herbe d'un pré devant le seuil de leurs demeures aux murs récrépis de rouge, les jeunes cœurs réunis par la danse et par la tendresse mystérieuse de l'heure.
A la tête d'une série de portraitistes de talent vient se placer M. Bjôrk, l'auteur du Portrait du prince Eugène, de l'Exposition de 1900. Viennent ensuite MM. Bergh et Thegerstrom, M""*" Hanna Pauli, M. Georg Pauli, M. Aron Gerle, etc.
Les représentations locales comprennent d'abord un ensemble assez nombreux de paysagistes. Nous avons nommé déjà le doyen toujours vaillant et toujours vert, M. Wahlberg. 11 laut citer ensuite le prince Eugène de Suède qui exposait, en 1900, une Nuit d'été répandant sa clarté bleuâtre sur l'étendue de la mer semée d'îlots boisés; M. Wallander, M.Sjoberg, M.Jansson et ses visions brouillées, M. Normann, etc. Dans les peintures de la vie, M. Wilhemson mérite, par ses qualités de dessin expressif, son observation intelligente des physionomies et des attitudes, d'être ajouté à la liste des maîtres indigènes, avec lesquels nous sommes familiarisés par nos expositions et par notre musée. Il ne faut pas oublier, en dernier lieu, la personnalité très intéressante de M. Larsson, aquarelliste brillant, décorateur dans un goût de néo-préraphaélisme, aux tonalités vives et fraîches, au sentiment ingénu et délicat.
LA Pi:iNTUKE.
^ig:-)
ÎNORVEGE.
Nous avons quelque peine, en France, à distinguer la Suède et la Norvège. Ce sont là pourtant deux sœurs qui ne se ressemblent pas. Leur vie politique, leur constitution sociale les oppose constamment l'une à Tautre depuis le jour où le sort les a réunies. En face
Gazelle des Beaux-Arts
AciiKN : Intérieur.
de la Suède aristocratique, la Norvège démocratique a vibré à Ions les échos qui lui ont porté la voix de riiumanité nouvelle et, de son côté, elle y a répondu par Torgane |)uissant et singulier de ses dramaturges et de ses penseurs. Nous ne trouvons pas, dans Tart,
/i64 EXPOSITION DE 11)00. — BEAUX-ARTS.
de personnalités aussi liantes que celle de Ibsen ou de Bjornsterne Bjornson, mais un nombre assez considérable de praticiens souples et liabiles et d'observateurs intelligents et éveillés d'où se détachent (|uel(|ues figures plus déterminées. L'ensemble de l'école s'est engagé résolument dans la voie de l'école française, elle y marque à son tour de vives cpialités soit dans la compréhension de la physionomie, du geste ou de l'altitude, s'il s'agit de la figure humaine, soit, s'il s'agit du [)aysage, dans le sentiment des harmonies naturelles, de la poésie intime de ces ciels bas sur lesquels s'illuminent étrangement les fermes, les chaumières, les masses d'arbres ou les eaux. C'est, par exemple, tout un monde de paysagistes tels que le professeur H. Gude, un des fondateurs de l'école actuelle, ou que MM. Eilif Peterssen, Borgen, Johannes Mûller, M"'' Marie Tannœs, MM. Glôersen et Niels Hansteen avec leurs paysages d'hiver, MM. Hjerlow, Hjalmar Johnssen, Bernhard Hinna , Otto Hennig ou Kitty Kielland, etc.
C'est ensuite un petit groupe intéressant de peintres de la vie norvégienne, tels que M. Jacobsen avec son Soir de samedi (Exposition de 1900) sur une route, au bord des eaux tristes, sous un ciel rayonnant reflété par les dernières lueurs du soleil couché, où des paysans dansent au son de l'accordéon; ou M. Stenersen et son Printemps dore, et sa Nuit de la Saint- Jean, ou encore M. Lars Jorde, avec son Bepas de Noël, une maison aux fenêtres joyeusement allumées dans la nuit, par la neige qui emmitoufle les toits et les champs et h la j)orte de laquelle attendent, dans la clarté blanche de la lune, une rangée de traîneaux. C'est enfin M.Werenskiold avec ses Enfants du villai'e, aux cheveux d'or pâle sous le ciel clair.
Et c'est aussi un petit nombre de portraitistes, parmi lesquels M. Werenskiold lui-même, avec l'un des trois portraits dlbsen qui figuraient dans l'Exposition, traité en frottis rapides et nerveux sur la toile, dans un esprit très vivant et très physionomique. Puis, MM. Heyerdahl qui exposait le Portrait du Prince Eugène, MM. Borghild Arnesen, Cari Konow, M'^*" Kristine Laache, avec quelques bonnes figures simples et attentives.
Les cinq ou six personnalités plus marquantes qui se distinguent de cette foule nous sont, en partie, connues par nos expositions ou notre
LA PEINTURE. /i65
Musée national. C'est d'abord notre Thaidow, que nous mettons quel(|ue fierté à qualifier de nôtre. Nous pouvons admirer chaque jour les paysages de neige et de dégel, les rivières et les nocturnes qui éveillent le frisson pénétrant des hivers et des printemps polaires ou ces rues désertes de nos petites villes de province , aux vitres miroitantes dans la nuit, dont il nous dit avec son accent singulier, après Gazin, la somnolente quiétude. La toile sur laquelle était accroché son grand prix était conçue, dans cette manière curieuse adoptée depuis ces dernières années, en solides préparations dans les dessous, recouverts de glacis , qui donnent aux ombres allongées sur les routes toute leur mobilité et leur transparence , aux reflets des eaux la délicatesse de leur éclat amorti.
Après lui, M. Strôm a eu aussi les honneurs d'un grand prix. Sa Jeune mère berçant son marmot dans ses bras a d'ailleurs pris place au Luxembourg; elle y a suivi les paysages de Norvège, où les maisons de bois peintes en rouge et la mer bleue éclatent fraîchement dans la blancheur des neiges environnantes, de M. J. Grimelund, qui est également un de nos hôtes familiers ou de cet Enlerremenl de marin de M, Wentzel, dans la campagne, sur une route ensevelie sous la neige, où glissent les traîneaux funèbres chargés de couronnes, aux drapeaux largement déployés dans la lumière douce du soir.
Il ne faut pas oublier parmi les compositions les plus sobres et les plus émues qui se faisaient remarquer dans la section norvégienne la Bienvenue de M. Eyolf Soofet, dans un sentiment d'intimité plus pénétrant encore, La table est servie, de M. Eiebakke.
Enfin, dans un ordre d'idées tout à fait différent, M. Munthe, dont le talent a subi une évolution nouvelle, traduit certains sujets empruntés aux légendes du Nord, avec un style naïf et archaïque de primitif septentrional , dans un genre décoratif qui raf)pelle la tapisserie de Baveux; c'est un curieux bariolage de vermillons, de bleus et de verts, d'une saveur très Scandinave. Il a eu une certaine influence sur l'art actuel de la tapisserie dans son pays.
liKAUX-ARTS.
FINLAI^DE.
La Finlande, pays russe, reste néanmoins, même en art, fidèle à ses origines. Son école se rattache aux écoles danoise, suédoise et norvégienne. On y remanjue un certain nombre de paysagistes cFune sensibilité très délicate qui forme un petit groupe local particulièrement intéressant et, parmi eux, MM. Halonen, Jaernefelt, Blomsted, Rissanen, Wlasoff. Ils se sont montrés, à l'occasion, décorateurs, comme dans rornementation de leur pavillon national en 1900. M. Gallén, avec un art volontairement un peu fruste et donnant l'aspect de la tapisserie , s'y distinguait d'une manière spéciale. Mais la personnalité (pii émerge entre toutes est celle de M. A. Edelfelt. C'est toujours, à moitié, un des nôtres. On connaît trop, pour qu'il soit utile d'insister, sa Prédication au bord de la met\ du Musée du Luxembourg, qui le rattache directement à l'école française et à Bastien- Lepage , son franc et beau portrait de Pasteur et ses autres intelligentes et fines études de physionomie humaine ou de paysage.
La Finlande nous amène naturellement à la Russie.