‹ Histoire des beaux-arts, 1800-1900Chapitre 16 sur 50 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

De par les droits de la sainte alliance, la Russie occupait une place d'honneur dans notre Exposition. Peut-être eût-il mieux valu considérer la situation à un point de vue moins exclusivement politique et se montrer un peu plus avare de surfaces qui n'étaient pas toujours très avantageusement garnies et qui faisaient tant défaut à d'autres.

Ceci dit, et en mettant à part le fond des médiocrités inutiles, on ne peut contester que l'Exposition de 1900 ait permis de constater la formation d'une école déjà florissante, comprenant quelques artistes d'un niveau supérieur et semblant annoncer pour cette grande nation des destinées artistiques qu'on n'avait point prévues dans les expositions antérieures.

Longtemps l'art russe n'a été connu en France que par deux noms d'artistes qui, à des titres très différents, ont'conquis une renommée

LA PEINTURE. /i(37

universelle. L'un est celui de Marie i^ashkirlsefr, l'autre celui de Verestcliagine. Tous d'eux, d'ailleurs, relèvent plus ou moins étroitement de notre école. Marie Hashkirtsefï", dont la vie fut si brusquement fauchée, a laissé une œuvre trop populaire pour qu'il soit nécessaire de ra[)peler la parenté de son art avec celui de Bastien- Lepage et d'insister sur les dons réels (pii se manifestent soit dans le Meeting', soit dans maint de ses portraits ou de ses études de la vie

Marie BASHKiniSEFF : Le Meetinjj. [Musée nalimud du Luxembourg.)

familière du peuj)le [>arisien. Verestchagine relève de notre (jérônie et, en vérité, il en a les mêmes facultés pittoresques et le même sens ethnographique. Diverses expositions ont fait connaître à Paris ses scènes orientales qui ont fait sa réputation, ou sa série de batailles. Mais il est aujourd'hui quelques autres noms à ajouter et ceux de Repine, de Sérov, de Korovine, de Pasternac, de Levilan , de Maliavine ou de Nicolas Gay, sont de ceux que notre public, cependant indifférent et oublieux, a appris à connaître et ([u'il n'oubliera plus désormais.

à68 EXPOSITION DE 1900. — BEAUX-ARTS.

Exisle-t-il en Russie un courant sinon Iranclienient local, du moins assez distinct des autres écoles? Evidemment non. Si éloijjnée qu'elle soit à l'Orient de l'Europe, la Russie, avec sa rare faculté d'assimilation, subit comme il lui est arrivé dans les autres manifestations de la pensée, de fortes inlluences. Ainsi que dans la littérature, les rapports sont constants avec l'art français et l'art allemand. Cependant, il semble qu'on soit au début d'un mouvement national cpii pourra s'étendre et, dans tous les cas, on constate un progrès immense sur le passé avec l'existence d'un ('^roupe très instructif de peintres de vrai mérite.

Nicolas (JAï : Le Crucifiement.

M. Répine est un vigoureux portraitiste, physionomiste, expressif, ayant le sens de l'attitude et du geste, une certaine aisance virile et des harmonies justes et sobres de tons, savamment accordés par les accessoires du décor. Les portraits de César Cm, de M. E. Pavlow et du comte Tolstoï le représentaient en 1900 par des morceaux de choix, d'un relief très franc et sans tapage, d'un art tout à fait consommé. De même, M. Sérov faisait preuve de souplesse et d'éclat, dans son portrait du Grand-duc Paul Akxandrovitch qui, pour être une représentation officielle , n'en était pas moins une peinture fort intelligemment comprise, mais surtout dans son portrait de M"" Bolhinc, et

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encore dans la délicieuse figure de M"' Mamonlow, une fillette aux cheveux courts, attardée à la table où elle se prépare à manger une pêche sous la lumière fine qui, venant du jardin, éclaire à contre-jour son corsage rose et son petit visage enfîintin à la bouche gourmande et aux yeux noirs éveillés.

(iuzetle des Beau.v Arts.

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