SUISSE
On parlait autrefois de la peinture suisse comme de sa marine. Les Allemands ayant accapare Holbein et Bœcklinet les Français Liotard et Léopold Robert, il ne leur restait plus guère que Galame. A la vérité, c'était peu. Dans ces dernières années, cependant, c'est l'un des pays où l'on a fait le plus d'efforts dans le domaine de l'art, et la section helvétique du grand Palais pouvait présenter un ensemble où l'on remarquait nombre de morceaux intelligents témoignant un souci réel de traduire pittoresquement les grands spectacles de la montagne et quelques tableaux pouvant soutenir la comparaison avec les meilleurs ouvrages des autres sections.
L'inspiration, comme on pense, suit les tendances des mœurs et du langage , et trois influences semblent se faire sentir suivant les lieux : influence allemande, historique et même mystique; influence naturaliste et technique, plutôt française; eflbrt, parallèle avec l'école du nord de l'Italie, pour la représentation des sites alpins.
Nous avons parlé de Bœcklin, à l'Allemagne. Hans Sandreuter suit jusqu'à un certain point ses traces, du moins comme coloriste, dans ses tableaux de genre et de fantaisie, mais il se distingue surtout comme paysagiste expressif. M. Hodler, de Berne, très réputé dans son pays, nous surprend plutôt par ses figurations archaïques d'un naturalisme assez forcé. M. Carlos Schvs^abe, entièrement acclimaté chez nous, nous donne en formes très aiguës et très subtiles, d'un italianisme préraphaélitique, un autre aspect de la pensée mystique de ces montagnes embrumées.
Je ne cite que, pour mémoire, les noms de Grasset et de Steinlen, qui ont pris une place intime dans notre art et sont naturalisés français; mais parmi les demi-sang franco-suisses, il faut signaler M. Burnand , qui s'est distingué d'abord dans le paysage , les scènes de campagne méridionale , avant de se vouer, dans les dernières années , à la peinture religieuse, près de Dagnan-Bouveret, en y apportant ses dons d'observation naturaliste; c'est aussi M"'' Breslau, portraitiste aux colorations délicates; Gh. Giron, brillant et habile technicien, et la famille
LA PEINTURE. /j87
des Girardet, historiens, paysagistes, orientalistes, qui sont tout à fait des nôtres.
On a retenu également, depuis l'exposition passée, les noms de MM. Nicolet, Cari Vautier, Otto Vautier, Vallet, Sebœnberger, M"' Rœdenstein, etc.
Art et décoration.
Carlos ScHWABE : Elude pour uue composilioii allu^joruiuo. [Ilessm.)
Parmi les peintres de montagne, Baud-Bovy a pris une place tonte spéciale. 11 a poursuivi, avec d'autres moyens, le rêve qui hantait, d'un autre côté, l'italien Segantini. Ils n'ont rien d'analogue par le tempérament, mais Baud-Bovy, comme son émule de l'autre versant des
Alpes, demeurera l'expression la plus artistique de ces spectacles {>randioses qui avaient jusqu'à ce jour déconcerté les plus habiles et les plus vaillants. A sa suite, il convient de ne pas oublier les noms do MM. Franzoni, Rehfous, Ed. Boos, Kaiser, Goumois, et Stengelin, à demi français, lui encore.