‹ Histoire des beaux-arts, 1800-1900Chapitre 20 sur 50 · AUTRICHE-HONGRIE · texte numérisé non relu

AUTRICHE-HONGRIE

Prenez le catalogue des Beaux-Arts aux diverses sections qui correspondent aux divisions de l'empire Austro-Hongrois, vous trouvez, comme chiffre d'exposants, 176 pour l'Autriche, 16 "y pour la Hongrie, 29 pour la Croatie, c'est-à-dire un total de 359, on pourrait dire même 354, si l'on y ajoute les deux exposants de la Bosnie-Herzégovine. C'est la section la plus nombreuse après la France et elle dépasse même de deux unités les Etats-Unis. Le résultat ne répond guère à l'effort, si par l'effort on entend le nombre. Cette foule se répartit en plusieurs petits camps distincts même pour l'Autriche, séparée par la sécession. On n'y rencontrait guère, il faut le dire, ni de peinture un peu locale, ni de talents très personnels. C'était un mélange sans conviction de toutes les inspirations et de toutes les écoles, offrant l'image d'un dilettantisme facile, dangereux et très souvent sans intérêt.

Ce phénomène peut s'expliquer par le fait que l'Autriche n'a pas en art de tradition nationale. Dans le passé relativement peu éloigné que comprend son histoire artistique elle est tributaire tantôt de l'art français, tantôt de l'art allemand, et c'est encore le cas aujourd'hui. Les riches collections d'art réunies de bonne heure dans ce pays ne firent même que favoriser ces tendances tout éclectiques. A côté des peintres qui sont venus se joindre au gros de l'école allemande, comme Maurice de Schwindt, l'auteur des illustrations de la Belle Mélusine, ce charmant romantique, à l'esprit si poétique et si légendaire, dont les œuvres font l'un des principaux ornements de la galerie Schack à Munich, ou Gabriel Max qui s'est fait le peintre des singes après Decamps, d'autres sont venus se mêler à nos rangs comme Otto von Thoren ou Ribarz, travaillant près de Jules Dupré ou Troyoïi, Jettel,

Beiw df l'Art ancien et moderne.

Angeli : Purtruit de b. tl. i iinpi-ituricc Frédétic.

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le décorateur Hynais qui se rattache à l'art de Baudry, sans parler (le [dus illustres. Car les trois grands noms de l'art austro-hongroispolonais moderne ont été assurément des plus familiers à notre puLlic. Je veux parler de Munkacsy, de Makart et de Mateyko. Ce sont là assuiTiiHmt des figures peu banales. Les défauts, certes, ne leur manquent point et parfois ils sont énormes, mais les qualités non plus, et, en art, c'est l'essentiel. Munkacsy, hongrois, travailla d'abord à Vienne, puis à Munich , puis à Dusseldorff, sous la direction de Knaus. Mais c'est à Paris qu'il se lit connaître dès 1870, par le Dernier jour d'un condamné. Il traitait alors le genre et dans une gamme fortement colorée, cette tonalité au jus de pruneaux particulière à l'école allemande et autrichienne, qui devient même si insupportable chez Makart; son Milton aveugle dictant le Paradis perdu à ses filles acheva son succès en 1878, et, comme il s'était fixé à Paris, deux autres compositions, qui le montrent s'élevant au mode historique, lui donnèrent la célébrité. C'est, on s'en souvient, le Christ devant Pilate (1881), et trois ans plus tard, le Christ au Calvaire, vastes peintures dans lesquelles il essayait, avec une certaine puissance réabste et une réelle énergie de praticien et de coloriste, de rajeunir ces thèmes sacrés par la recherche de la vérité locale et du caractère historique. Ses colorations s'étaient même, à la fin, fort amendées dans le sens des gris atmosphériques , comme en témoignait son plafond du Triomphe des arts.

Pour Makart, il représente l'Autriche. Elève de Piloty, il s'est manifesté comme un prodigieux virtuose, abondant, fécond, facile et en même temps arbitraire et superficiel. Le succès de sa cuisine roussâtre, qui fit fureur quelque temps à Vienne, est peut-être la principale cause de la réaction qui a ramené les jeunes générations de ces pays vers l'école française et ses jeunes audaces. Mateyko, lui, appartient à la Pologne et il est exclusivement polonais; il l'est dans le talent et dans l'âme et toute son œuvre, démesurée, outrée, mais ardente et vivante, est consacrée à l'exaltation de sa malheureuse patrie, vaincue mais qui ne veut pas oublier.

Derrière ces grands noms, que trouvons-nous à cette heure? Pour l'Autriche, MM. Angeli, de Pausinger, Léopold MuUer, qui avait en 1900 un charmant petit tableau, vivant et coloré, de scène orientaliste.

los paysagistes Gollz, Schiiidler, Zoff, M"''' Wisinger-Florian et, parmi les sécessionnistes, M. Klimtqui suit d'assez près notre Besnard ; M.MehofTer, heureusement doué comme coloriste, le portraitiste Kramer, M. Bernatzik, et M. Moll, peintre d'intérieurs délicats et lumineux.

La Hongrie continue la tradition de Munkacsy, plus ou moins rajeunie avec MM. Brozik, Benczur et Laszlo, élève de Benjamin-Constant, qui fit sensation à Paris avec un portrait du prince de Hohenlohe ; M. Gzok,qui nous rappelle Friant et Dagnan-Bouveret; MM. Hegedus, Zemplenyi, Bippl Bonai, Horovitz, Fenyes, et un charmant paysagiste, M. Szinnyei.

A la Pologne, M. Pochwalski, comme portraitiste, est le successeur et rélève de Mateyko, et M"- Olga de Boznanska, qui vit à Paris, se distingue par des qualités très délicates de coloriste et de physionomiste.

M. Bukovac, à demi parisien, et M. Mucha, qui l'est tout à fait, représentent, l'un les Croates, l'autre les Bosniaques. Ce décorateur qui, à côté de Grasset, a créé tout un genre populaire d'images cernées en traits de vitrail, d'où les chevelures en volutes de ses allégories féminines ont sévi sur toutes nos murailles et sur tout notre décor, est trop connu pour qu'il soit la peine d'essayer de le caractériser davantage sous son aspect étranger.

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