‹ Histoire des beaux-arts, 1800-1900Chapitre 33 sur 50 · LA GLYPTIQUE · texte numérisé non relu

LA GLYPTIQUE

Au début du xix" siècle, la tradition de Jacques Guav, le graveur de iM'^^de Pompadour, s'affaiblit en son élève, Mayer Simon, de Paris, membre de cette nombreuse famille des Mayer Simon , dont M. Babelou fait remonter la généalogie jusqu'au xvf siècle. La gravure sur pierres fines est et reste confondue pendant la première moitié du siècle avec la gravure en médailles, en ce sens que les deux arts sont simultanément cultivés par les mêmes artistes, Jeuffroy ou Tiollier, Domard ou Desbœufs.

Cet art, qui n'a cessé de vivre sur le souvenir de l'antiquité, reçut une sorte d'impulsion nouvelle, dès les premières années de l'Empire, grâce à la vogue créée par l'impératrice Joséphine. L'emploi en fui très répandu sous la Restauration et le règne suivant. Mais, observe justement M. Babelon, c:la vulgarisation du camée, loin de donner à la glyptique un élan do réhabilitation artistique, ne fit, au contraire, que la faire descendre au niveau d'une industrie vulgaire ^;^'^.

Après l'Exposition universelle de i8o5, Napoléon III, intéressé |)ar les envois de certains graveurs italiens, tenta une résurrection de cet art en France, Il commanda au graveur David le camée dr V Apothéose de Napolpon t\ d après le plafond d'Ingres, à l'Hôtel do Ville, camée célèbre par ses dimensions inusitées — puisque c'est \r plus grand que l'on connaisse — et (jui se trouve aujourdhui placé au Musée du Luxembourg.

On y trouve également les œuvres de Galbiuiiiior, do H. François, de Gaulard, de Georges Lemaire, de Lechevrel, de Tonnelier, d'Ilildebrandt, etc.

'"' Ernest Babelon, merabrt' do lliistitul, Ilisluirc de lu gravure sur g-e mines en France, depuis les origines jiisfjii'à IcixMjue contemporaine.

C'est ce Musée, iFailleurs, qui a recueilli les principaux échantillons de la production contemporaine. La glyptique, en effet, ne vit plus guère que des commandes de l'Etat; cet art, dans lequel se sont distingués des artistes exceptionnellement doués tels que H. François, n'a pas su se renouveler en s'associant aux autres arts précieux. La tentative de M. G. Lemaire d'enrichir le camée par un encadrement d'orfèvrerie est restée isolée, parce que ce principe d'association

semble avoir été appliqué à rebours.

Il ne faut pas considérer le camée comme une œuvre d'art qui se suffit, tel un tableau ou une statue, mais comme un élément d'enrichissement et de décoration de certains objets de prix. Que les graveurs essaient de faire entrer les pierres gravées dans la décoration des coffrets, bonbonnières, miroirs, etc. , peut-être trouveront-ils le débouché inutilement cherché ; mais surtout , c'est un conseil que leur donne M. Babelon et je me joins volontiers à lui puisque le Luxembourg est à peu près seul, avec le Cabinet des médailles, à s'intéresser au sort de la glyptique, que les graveurs se préoccupent du choix de la matière, de la qualité de la gemme, et, mieux encore, au lieu de s'arrêter longuement aux puérilités de combinaisons de couleurs avec les couches de la pierre, qu'ils se soucient davantage de leur sujet et de leur dessin. Il est douloureux de concevoir un travail précieux sur une composition et des formes médiocres. Il n'est pas, dans nos arts précieux, d'art plus précieux que celui du camée. C'est aux graveurs à se bien pénétrer de ces vérités, car l'avenir de leur art est dans leurs mains.

Revue r.-l/< decirralif.

D. Trentacoste : Plaquette

ni

L'ESTAMPE

Aucun art n'a en peut-être une histoire plus a(jitée que VEslampr an cours du xix^ siècle. Elle traverse mainte crise à travers lacjuelle on croyait la voir somhrer à jamais pour se relever cliacjne fois sons une forme ou sous une autre, en brilla ni dini pins vif éclat.

Bracoikmond : Krasme. (l'Àiii-fnie.)

Elle se présente, en cette période relativement limitée de cent années, sous les modes les plus divers de ses manifestations possibles : sous la forme du dessin gravé en creux, du dessin gravé en relief, ou même sous cette forme inattendue dans laquelle le dessin n'esl |)lus obtenu par l'impression en creux ou en relief, mais comme painue reproduction automatique du travail de l'artiste : la lithographie. De même, elle revêt, avec une fortune égale, le rôle d'interprète on celui de producteur original; elle passe des dimensions minuscules de ïc.v-lihris et de la vignette aux pro[)ortions colossales de ratliche et

traverse tous les aspects du blanc et du noir pour atteindre à tous les effets de la couleur. On peut dire qu'à aucune époque antérieure, cet ordre d'expression de l'image ne s'est exercé sur un clavier aussi étendu.

La gravure en creux, sur métal, a été longtemps divisée en plusieurs genres correspondant aux instruments ou aux procédés employés. Les deux principaux sont la gravure au burin et la gravure à l'eau-forte, obtenues, l'une par l'incision du métal au moyen d'un instrument aigu et tranchant, l'autre par la morsure de l'acide sur les parties, découvertes à l'aide d'une pointe, d'une planche de métal préalablement protégée par un vernis.

Le rr burin ?? est, au sens propre du mot, la gravure par excellence, puisque c'est le mode où l'artiste entaille véritablement le métal. C'est par ce procédé que débute le xix^ siècle, en lui conservant le caractère traditionnel de technique et d'interprétation hérité de la période précédente, avec des graveurs qui y avaient conquis déjà une légitime réputation : les Tardieu, les Bervic, les Desnoyers, etc. Mais, bientôt, la gravure suivait le mouvement général de refroidissement académique amené par le culte exagéré de l'antiquité et les doctrines dégénérées de David. Le beau métier de tailles savamment rangées, par lequel les burinistes étaient parvenus à traduire avec fermeté et décision et avec une couleur d'un doux éclat les chefs-d'œuvre des maîtres, ce beau et noble métier, d'allure impeccable, qui donnait à ces chefs-d'œuvre comme une autorité nouvelle et à leur traduction je ne sais quelle apparence de consécration, par un souci vain et fanfaron de virtuosité technique ou par des préoccupations fausses et stériles de style, tomba dans la monotonie, la mollesse, l'arbitraire et le convenu. Et l'on ne tentait de sortir de cette impasse que pour trébucher dans une autre, en s'inspirant du piquant banal et des manières faciles et dangereuses de la gravure d'Outre-Manche, à laquelle on venait de procurer une vogue momentanée. La lithographie et l'eau-forte, conçues comme des moyens d'expression si directs et si puissants aux mains des premiers romantiques, menaçaient de leur concurrence victorieuse la gravure au burin.

A ce moment, toutefois, du milieu où s'illustraient nliis ou moins

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correctement Forster, Martinet, Saint-Eve et surtout deux étrangers, Calamatta et Mercuri, ([ui continuaient dignement chez nous la grande li'aditlon italienne des Morghen et des Toschi, apparaît l'une des plus hautes personnalités de la gravure au burin dans le cours du siècle : Henriquel-Dupont. Plus préoccupé que ses devanciers du modèle à traduire, plus attiré par les procédés voisins, la lithographie ou Teauforte, auxquels, par occasion, il touche avec bonheur, plus peintre en

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