‹ Histoire des beaux-arts, 1800-1900Chapitre 34 sur 50 · C.-F. Gailurd : Dom Guéranjjor. [Gravure au hurin · texte numérisé non relu

C.-F. Gailurd : Dom Guéranjjor. [Gravure au hurin

un mot, il résume tout Fart du passé dans une manière personnelle, blonde, vive et légère, d'un style élevé mais sans emphase, qui conduira le ff burin 77 à travers nombre d'élèves formés à son long enseignement et célèbres par d'excellents travaux : les Huot, les Kousseaux , les deux François, les Bertinot, les Didier, les Blanchard, etc., jusqu'au maître qui renouvelle cet art en le bouleversant de fond en comble, jusqu'à Claude-Ferdinand Gaillard.

Car Gaillard fut vraiment un révolutionnaire. Non pas, certes, qu'il eût l'ambition de l'être; nulle âme ne fut phis respectueuse des

B'EAUX-ARTS

maîtres, plus religieusement attachée aux grandes traditions. Mais il choisit sa tradition. Après avoii' hésité un instant à la suite des graveurs français du xvii'' siècle, il se tourna, lui aussi, vers cette Italie que tous h3s hommes de sa génération, peintres et sculpteurs, nous l'avons vu, semblaient découvrir avec un enthousiasme nouveau. De plus, conscience ardemment épi'ise de vérité, au point même qu'elle étail

cil. Méhvon : Le Slryge. [Ean-fm-lc.)

lourmentée, à la fin, des crupules maladifs, il interrogeait tour à tour, avec une égale passion, pour ne pas dire une égale angoisse, la nature et les maîtres, dans le souci obsédant et d'une humilité ton le ascétique, de supprimer les souvenirs de son éducation, de ses goûts, de son individualité, pour laisser passer dans toute la puissance de leur personnalité propre soit les chefs-d'œuvre des maîtres, soit les physionomies caractéristiques qu'il prenait dans la réalité. Et c'est de

t;estampe. fii7

cet esprit troliservatioii attentive, patiente et réllécliie, de cette passion et de cette haute abnégation que sont sorties ces incomparables tra- (hictions du GaUxmalata, de ïHommr à l'œillet, des Merim (Œmmam, et ces éloquents et expressifs portraits de sa tant^, de dom Guéranger, {\o M^' Pitra, de Léon XIII, de bi sœur Rosalie, etc.

BRAon^EMo^D : fLa semaine russe. '^ (Eau-forte.)

Gaillard. — (jui, rappelons-le, fut aussi un élève de Leco(| de Boisbaudran, ce (jui peut expbquer la culture en lui, dès l'origine, de son sentiment profond de la réalité. — Gaillard était peintre en même lemps que graveur et il faillit même, un jour, abandonner entièrement le burin pour la paletle. Aussi s'explique-l-on ({u il se trouvât de bonne heure à l'étroit dans les bornes rigoureusement délimitées de la technique professionnelle.il s'affranchil donc bientôt de la taille

rangée, de la coupe parallèle ou en losange, laissant à son burin le champ libre pour opérer ses modelés ou ses teintes et lui donnant même le secours de Teau-forte ou de la pointe sèche. Il détruisit la classification tyrannique des genres parqués suivant les procéd('s ou même les instruments. On peut dire qu'il libéra la gravure.

A sa suite, les graveurs au burin ont suivi une tradition nouvelle, plus ouverte, plus libre, plus large, plus souple, plus apte enfin à Iraduire la diversité des chefs-d'œuvre peints. C'est à cette heure qu'en l'ace de MM. Alph. Lamotte, Morse, Haussoulier, Danguin, ou de MM. Achille Jacquet et Jules Jacquet, déjà plus libres, qui continuent avec éclat la tradition académique, se distinguent brillamment dans la voie nouvellement Iracée, MM. Burney, élève fidèle de Gaillard, Gaujean, que tente à l'occasion la couleur, et, plus jeunes, deux artistes qui ont maintenu au burin son antique gloire et se sont révélés l(»s dignes héritiers de Gaillard, Emile Sulpis et Jean Patricot, celui-ci peintre et graveur, auteur de quelques pièces qui resteront historiques.

Bracquemond , qui a trouvé en parlant de son art des mots si heureux , indique comme but essentiel de l'eau-forte : redonner à la gravure do l'eproduction les allures de la gravure originale, dont Teau-forte est particulièrement l'instrumenta. L'eau-lorte est, en effet, au premier chef un art de peintre et jadis elle était aux mains exclusives des peintres. On ne connaissait pas les professionnels de l'eau-forte. Ce sont des peintres qui la relèveront d'ailleurs et lui donneront son premier éclat et son large essor avec la génération de i83o. Néanmoins, déjà en 1 8 1 6 , il faut citer une pièce que H. Béraldi regarde justement comme capitale et que Alphonse Legros offre à tous ses élèves comme le type le plus remarquable de l'eau-forte, le portrait de ['Arcliev(^ue de Pressigny, par Ingres.

A ce moment, pourtant, se dresse une rivale florissante, la lithographie, dans toute la fraîcheur de la nouveauté et des premiei's chefs-d'œuvre qu'elle fait naître. Mais en 1828, Paul Huet, ému pailes estampes de Bembrandt comme il l'avait été par ses tableaux, inaugure une suite de paysages à l'eau-forte, qui restent des pièces de premier ordre par leur intensité, par leur richesse, leur profondeur,

L'ESTAMPE

leur grandeur et leur style. C'est alors que YAriistp. qui portait Tétendard du romantisme militant, voit se grouper, appuyant ses poètes et ses critiques, tous les jeunes combattants qui s'improvisent lithographes ou aquafortistes : Delacroix ou Decamps, Gëlestin Nanteuil, qui a droit à une place à part, Tony Johannot, Marilhat, Barye, etc.

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J. Mac Neill Whistler : Venise. {Eau-forte.)

L'eau-forte s'introduit alors jusque dans le livre, qui joue à pai'lii- (\o cette date un rôle important dans l'histoire de l'estampe.

Un nouvel élan se produit entre i8/io et i8/i8, et l'on voit figurer en tête nombre d'artistes qui se sont comjuis un nom glorieux comme [)eintres : Meissonier, Blëry, Charles Jacques, Chassériau, Heivier, Chaplin, le Cha|)liu de l'Auvergne et des cochons, «pii n'e'tait pas

encore le décorateur élégant et fade de petits boudoirs; et en particulier les premiers réalistes, curieux comme les successeurs auxquels ils ouvrent la voie, de métiers variés et de techniques nouvelles, et qui s'essaient si bien à l'eau-forte que quelques-uns, comme Edmond Hédouiii, s y fixent presque entièrement. Ce sont avec lui son ami Ad.Leleux, Jeanron, Edouard Frère, Penguilly-rHaridon,Bonvin, etc. Nous arrivons traiisitionnellement à une nouvelle période, qui est la grande période de l'école française. Plus ou moins occasionnellement, tous les maîtres de la peinture s'y adonnent tour à tour, Rousseau ou Millet, Corot ou Daubigny et d'autres, moins grands peintres mais excellents graveurs, Saint-Marcel ou Acbard. Une ligure domine toute cette période comme elle paraît dominer notre histoire contemporaine pour l'estampe. C'est la grande, étrange, puissante et simple figure de Méryon. que Bracquemond, que Legros, que Seymour Haden n'hésitent pas à classer, suivant le mot de ce dernier, comme rcFun des plus grands artistes sur cuivre que le monde ait produits ^7 et à placer immédiatement après Rembrandt. Ce n'est pas que ce voyant, qui accomplit ses plus beaux chefs-d'œuvre aux jours les plus obscui's de sa lamentable folie, ait laissé une œuvre d'inspiration ou de fantaisie, ou ait choisi dans la réalité des éléments extraordinaires par leur accent pittoresque ou leur caractère expressif. C'est un simple petit peintre des petits coins de Paris. Comme Rembrandt, comme Ruysdael et comme Hobbéma, il peint le paysage qui l'entoure, le milieu dans lequel il est né, et où il a vécu au retour de ses navigations sur l'Océan. Mais ces paysages, il les voyait, comme eux, dans leurs grandes harmonies, dans leur signification supérieure et, par une entente admirable du clair-obscur, une compréhension supérieure de la valeur des lignes, de l'importance de ces rapports de lumière et d'ombre qui, dans le paysage comme dans la figure, constituent le modelé, par la décision et l'autorité simple et sans jactance du métier, il créait de ces architectures et de ces bâtisses de là vieille Cité : le Petit Pont, la Mor^trun, Saint-Étienne-du-Mont, le Pont-au- Change, la Pompe Notre-Dame, le Pont-Neuf, ï Abside de Notre- Dame, etc., des images définitives qui subsisteront en dehors de leur intérêt particulier, de leur représentation contingente de lieux

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(léteruiincs, parmi les j)ro(luclions les plus liaules de notre époque et comme des types classiques auxquels les graveurs futurs seroni tenus de se rélérer. Et c'est ce qui explique Tinfluence grandissante de Mcryon jusque chez les générations dernières aussi bien en France, depuis Félix Buhot ou Auguste Lepère jusqu'à Béjol ou Huart. (ju'en

Art et décoration

Hkllkl : Etude. {PoiiUe sèche.

Angleterre, depuis son contemporain et enthousiaste admirateur Seymour Haden jusqu'aux élèves de Legros, suivant les conseils de leur maître.

Voici justement' l'heure où les procédés issus de la photographie

commencent à prendre ce développement qui deviendra prodigieux à la fin du siècle. La concurrence à la gravure s'annonçait sans merci et Burty, en 1867, à propos de l'Exposition universelle, pouvait prophétiser avec vraisemblance la fin de l'Estampe. Mais la crise prédite ne se manifesta que plus tard, en produisant d'ailleurs des résultats inattendus.

La date à laquelle écrivait Burty appartient pourtant à la période la plus brillante de l'eau-forte; les vingt années qui suivirent marquent son apogée. A côté de Méryon, Bracquemond, esprit curieux, investigateur, audacieux, que nous verrons tour à tour graveur, peintre, céramiste, architecte, émail leur et orfèvre, sans parler de l'écrivain qui a traité avec une intelligence si méthodique et si lucide ces questions de technique, Bracquemond se faisait déjà un nom avec le Battant de porte; il se plaçait hors pair dans la gravure originale soit par ses portraits, soit par ses études de paysages et d'animaux et surtout d'oiseaux domestiques, oies, canards, coqs, sarcelles, en s'inspirant dans ses décorations des principes des Japonais qui, grâce à lui, commençaient à intéresser la curiosité avec une attention plus critique; dans la gravure de reproduction, il pénétrait avec une assimilation si intelligente les œuvres des maîtres, qu'il pouvait traduire avec une aussi magistrale fidélité VErasme d'Holbein, la Source d'Ingres, la Riœe de Meissonier ou le Boissy-d'Anglas de Delacroix.

Nous avons déjà vu, dans Y Hommage à Delacroix de Fantin-Latour, le portrait de Bracquemond, associé à ceux de Manet, de Whistler, de Legros, de Pantin lui-même. Joignez à ce groupe Gaillard, qui y touchait par certains côtés, puisqu'il était un de leurs condisciples, comme encore Bibot, VoUon, Boybet, Tissot, Buhot — celui-ci graveur dans l'âme, anxieux de la rebelle épreuves, soucieux des impressions, des papiers, des encres — ; plus à part le curieux et sauvage Bresdin, le Chien-Caillou de la légende de Ghampfleury; vous avez là le point de départ du plus vaste et du plus riche mouvement graphique. On s'était d'abord réuni chez l'imprimeur Cadart. Fantin-Latoury donnait une nouvelle impulsion à la lithographie assoupie ; Legros préludait à sa carrière abondante de dessinateur sur cuivre, viril, puissant et dramatique, par ses premières eaux-fortes d'un réalisme si aigu et d'un

]}t('iaf<i<J<'T«»^ M^noftrtrrc.

I^fcy t^Mjtiotr.û^f.lS'M

Hevue de l'Art ancien

et moderne. ^^^ix BuHOT : Le débarquement en Angleterre. (Koit^jrte.)

L'ESTAMPE

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travail à la fois si âpre, si naïf et si précieux. Wliistler créait un genre tle croquis tout à fait originaux et savoureux, et son beau-frère, Seyniour Haden, d'abord connu en France grâce à la clairvoyance de Burty, [)ubliait cbez Delattre ces études magistrales de la Tamise qui ont fait de ce chirurgien, aquafortiste par occasion, 1 un des premiers graveurs originaux de notre temps. Non loin, Jacquemart inventait une spécialitc' de gravure de bibelots, dans laquelle il est resté inimitable. Buhot cependant, et surtout Guérard tentaient de rivaliser avec cette prodigieuse virtuosité. Enfin, au même moment, et à coté, se

Art et dt'coratioit.

A. Lepère : Ghanaan (planche extraite de Vhnajrp]

levait le groupe admirable de maîtres (jui se consacraienl plus s|)écialement à la reproduction des chefs-d'œuvre, créant eux-nuMues des chefs-d'œuvre qui répandaient une gloire nouvelle sur li-cole française de gravure. Ce sont Léopold Flameng et Waltner, Chauvel et Boilvin, liajonet Gourtry. puis à colé, Gaucherel et Lahinne, Ghampollion et Lalauze, Laguillermie et Mongin, Leral et Damman, Lecouteux et Monziès, pour aboutir plus tard, en descendant loujours vers les plus jeunes, à Mordant, Boulard, l^eyrau. \i(hul,Goppiei-, (Hc. Après cette grande poussée, toutefois, la [)rédictionde Rurty lueua-

BEALX-ARTS.

llPIII>iCr.lF. \iTI(

çait de s'accomplir. Les procédés photographiques frappaient la gravure de reproduction d'une atteinte irrémédiable, en ce sens que les artistes perdaient de ce fait à la fois un gagne-pain, un moyen de se former et que l'occasion de se distinguer par quelque grand ouvrage était chaque jour réduite. Mais, phénomène curieux, la gravure trouva dans ces circonstances critiques la raison d'un nouvel essor. Dégagée de l'obligation de renseigner et de vulgariser, restreinte très limitativement à son rôle purement artistique, elle évolua vers les travaux originaux, trouvant dans le milieu des peintres des recrues exceptionnelles telles que Besnard, Pissaro, Paul Renouard, Gœneutte, Raffaelli, Auguste Lepère, Helleu, Jeanniot, Legrand, Michel Gazin, Leheutre, Desouche, Louis Morin, Ch. Maurin. Dauchez, Boutet, IjOÏs Delteil, etc., jusqu'à Béjot et Huard, héritiers de Méryon ou à l'Arménien Ghahine; tandis que d'un mode qui n'était usité jadis qu'accessoirement comme complément au travail du burin et de Teauforte rfla pointe sèche 7?, Desboutin créait un genre où il s'illustrait par nombre de portraits dont certains supportent la comparaison avec ceux de Rembrandt, genre dans le(|uel Rodin, initié par Legros, traçait par manière de distraction quelques pièces incomparables, telles que ses portraits de Victor Hugo.

Enfin la gravure sur métal, elle-même, suivra le courant qui entraîne la gravure sur bois ou la lithographie vers la couleur, et l'estampe en couleurs refleurit, après les tentatives de Guérard, sous l'impulsion particulière de Rafl'aëlli.

A l'étranger, pour être moins intense, le mouvement des arts graphiques a aussi son intérêt. En Angleterre, notamment, où après les essais de manière noire et de gravure sur acier qui marquent les débuts du siècle, apparaît tout un groupe de graveurs originaux, d'ailleurs, nous l'avons vu, affibé au nôtre. G'est Seymour Haden; son beau-frère Whistler, que l'Amérique peut également revendiquer; Edwin Edwards, les frères Heseltine, le colonel Gofl\ etc. Puis, formés à l'enseignement de Legros, au Slade School, des artistes plus jeunes doûl quelques-uns méritent une place tout à fait à part comme graveurs, tels MM. Strang, portraitiste, fantaisiste et paysagiste, Gameron,

An et décoration.

A. LEPtRE : Nantes (Ml 1900. {Bois.)

dans la voie de Méryon, sir Charles Holroyd , plus près de Rembrandt. Il faut y joindre le peintre Bran^^wyn.

En Amérique, nous rappelons le nom de Whistler et de son élève Pennell, et nous signalons la délicieuse série de figures enfantines à la pointe sèche de miss Mary Gassatt, qui s'est aussi essayée à l'image en couleur à l'imitation des Japonais.

Alt il lUranil

Lucien PissAimo : Dans le jardin. [Bois.)

Les Allemands ont Koepping, élève de Waltner, qui s'est fait un nom illustre dans la reproduction et tout un groupe de peintres graveurs originaux tels que Liebermann, Max Klinger, Geiger, Greiner, elc. Les Belges se livrent surtout à la gravure originale, avec

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MM. James Ensur. Baerlsoeii, Laernums, etc. M. Dansette sesl poiirlant lait une place dans la reproduction, lin Hollande, le chef de Técole de peinture, Josel' Israëls, a donné encore l'exemple. Son influence, associée au souvenir de Rembrandt, a créé toute une jeune école florissante dans laquelle se distin[juent très particulièrement MM. Bauer,\\itsen, Dupont, Zilcken, Storm de Gravesande, Boscli, Karsen, etc. En Suisse, il faut signaler MM. Burnand, Piguel , Van Muyden, M^*'' Breslau. En Italie, rien d'exceptionnel depuis les célèbres graveurs au burin du commencement du siècle. En Espagne, le grand nom de Goya n'a pas trouvé de suite digne de ce nom, sauf celui de Fortuny. En Suède, une figure tout à fait à part de [)eintregraveur : Anders Zorn.

Honoré Daimibu : rN'oiis nous sommes bien amusés!" ( LillKiurnpIite.)

La gravure sur bois est pi-opremenl ce que Bracquemond^'^ appelle rrla p-ravure en taille d'épargne ^5, celle qui fournit à l'impression les reliefs obtenus à la surface de la plancbe après que loutil a fait tomber les parties inutiles du bois. C'est-à-dire que rollice du graveur est de dégager le trait du dessin tracé sur la face du buis en cou[)aul ou en creusant la matière dans toutes les parties blanches.

'■' Bracolejiond, Etude sur la gravure sur bois cl (a lilhofrrapliic , impriiiié pour Ilem-i Béraldi. Paris, 1897.

Il s'ensuit que la gravure sur l)ois suppose à la fois un dessinateur et un (i^raveur, reunis (juelquefois, mais rarement dans la personne d'un seul et même artiste. C'est ce qui a peut-être été une des causes les plus fâcheuses de la décadence du ce bois 7^ Car si, comme le dit toujours excellemment Bracquemond, cron ne saurait abuser du dessin..., il y a des excès de métier, de fausses interprétations de procédés ^\ On veut faire preuve de savoir, de virtuosité, on est disposé aux tours de force. On croit ainsi faire œuvre d'artiste. Les graveurs sur bois qui, pendant toute la durée du mouvement romantique, s'étaient consacrés à la traduction fidèle des chefs-d'œuvre de Meissonier, de Gigoux, de T. Johannot, etc., pour le rr livre 77 qui était en pleine renaissance. ces praticiens souples, nerveux et intelligents eurent un jour l'ambition de se libérer de la servitude de la typographie, d'opérer en artistes. Ils envièrent l'estampe, firent du bois détaché, rivalisèrent de tailles avec le rr burin 77, imitèrent ensuite le croquis à l'eau-forte pour finir par pasticher la photographie.

Car s'il est un mode de l'estampe qui ait été douloureusement atteint par les procédés photographiques , c'est bien celui-ci. Le dessinateur a d'abord été remplacé par le cliché photographi(pje, reporté directement sur le bois. Il s'en est suivi un premier ordre de bouleversements, car le graveur habitué à dégager un dessin formulé par des traits déterminés, a été obligé, pour traduire cet estompage flou de la teinte photographique, d'inventer un système d'interprétation. Au travail du trait succéda donc le travail de la teinte, travail en contradiction avec le caractère de cette technique et qui dévoya longtemps les graveurs. Mais, autre bouleversement plus grave, la photographie ou du moins les procédés qui en sont issus dépossédèrent bientôt le bois du journal, de la revue et du livre où le ^c procédé ^^ le cf simili r, régna en maître. Ce fut la ruine des graveurs et la fin de la gravure.

C'est alors, en pleine crise, que se produisit, plus significativement encore que dans l'eau-forte, ce phénomène curieux de résurrection par l'évolution vers l'estampe originale, celle où le dessinateur et le graveur ne sont plus qu'un même artiste ayant quelque chose à dire qui n'est pas seulement un renseignement ou un document,

L'ESTAMPE

mais une impression ou une émotion et s'adressant non plus à la foule intlinérente, mais à un [)ui)lic étroit et choisi.

L'homme Je cette résurrection est celui qui a élé clans notre temps l'incarnation même de la gravure sur hois. .Fai nommé Au[juste Repère. Peintre au fond de l'âme et si bien peintre que, à travers toute sa carrière de (graveur, il a évolué lentement, avec une patience tenace, sans jamais perdre de vue l'heure, enfin venue, où il pourrait se donner le loisir de faire de vrais tableaux avec de la vraie couleur, Lepère a conquis de très bonne heure une prodigieuse technique de coupeur

Gavabni : Los Petits malheurs du bonheur. (Lithographie.)

de bois el même à l'occasion, comme on le voit par une (puvre assez importante, de dessinateur sur cuivre. Les premiers bois (|ui le firent remarquer étaient conçus dans cette manière alerte, vive, pittoresque et mouvementée, ima(]^inée par ce rare et singulier dessinateur que fut Daniel Vierge et aussi par cet artiste spirituel, délicat et animé que lut Edmond Morin. Il s'illustrait bientôt par des planches exceptionnelles des vues de Paris, — où il reprenait k sa façon le rêve de Méryon, — de Rouen ou de Londres, dans lesquelles le caractère des architectures, la sensation de l'atmosphère, la distribution de la lumière étaient

rendus avec un sentinienl 1res rare des valeurs et une maîtrise extraordinaire dans l'exécution. Jamais, à aucune époque antérieure, le bois n'était |)arvenu à résoudre ces dilïiciles problèmes de clairobscur et d'enveloppe et de manière à pouvoir lutter avec les autres procédés de l'estampe et jusqu'avec la peinture elle-même. Mais arrivé au terme de l'habileté techni([ue, Lepère sentit, avec un jugement peu commun, que c'était là une impasse et que, si brillants qu'en fussent les abords, l'avenir de la gravure sur bois n'était pas dans cette voie sans issue. 11 rebroussa donc brusquement en arrière, vers les vieux xylograpbes du xvi' siècle (pii taillaient simplement leur planche au canif, dédaignant même par occurence la matière tendre, nette et égale du buis pour couper avec hardiesse dans la substance molle et lilandreuse du sapin. 11 renonçait du coup aux artifices de ces teintes obtenues comme mécaniquement sur les fonds, dont il savait se servir avec une dextérité, un tact et une intelligence exceptionnels, pour revenir purement et simj)lement au fac-similé du trait. Ce fut un vrai réveil pour la gravure sur bois. Lepère fut suivi avec enthousiasme par ses confrères. Ils l'entourèrent dans Vlmage (1897), recueil qu'il fonda et dirigea dans ses douze numéros qui feront date pour l'histoire de cet art à notre époque et l'aidèrent à organiser, à l'Ecole des Beaux-Arts, V Exposition de la gravure sur bois. La tentative de résurrection de Lepère ne s'arrêta point là; le goût du public s'étant porté vers la couleur, il poursuivit le redoutable problème des impressions en couleur, s'inspirant des .Japonais dans leurs principes d'esthétique et de technique et réalisant quelques planches mémorables, telles par exemple, sa Procession devant la cathédrale de Nantes. Mais un service autrement signalé qu'il rendit à son art fut de faire revivre le livre illustré par le bois. Il y fut aidé, assurément, et on ne doit point l'oublier ici, par un amateur exceptionnellement clairvoyant et érudit, M.Henri Béraldi, qui, non content de se constituer l'historien de la gravure moderne et de recueillir, près des chefs-d'œuvre d'autrefois, les meilleurs ouvrages d'aujourd'hui, se préoccupait d'en faire naître. 11 en fournit l'occasion à Lepère, en lui confiant l'exécution de divers ouvrages : Paysages parisiens, Paris au hasard. Cet exemple fut suivi par d'autres amateurs, tel M. Lotz-Brissonneau, de Nantes,

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qui lui confiait i\a)H<'.s m igoo, telle la Société des cent bibliophiles irançais, qui, à Tinstigation de M. Roger Marx, comme suite à son premier livre de la Birvrc par Huysmans, lui commandait A rchoar><, du même écrivain. Lepère qui s'était fait imprimeur en taille-douce et sur bois, se lit aussi typographe. Sauf le texte et le papier, tout sortit de ses mains : dessins, gravures, caractères, tirage. Le vrai livre d'art était ressuscité.

Honoré Daumikii : rfllejfrels'). (Lillmip-npliie.)

Comme on le voit, l'histoire de Lepère, c'est Thistoire du bois dans ces trente dernières années. A côté de lui se faisaient dans la reproduction une place digne des Porret et des Lavoignat, interprètes des chels-d'œuvre romantiques, à la suite des Boetzel, des lAléaulle, des Fluyot, des Léveillé, des Bande, des Pannemaker, des Bellanger, célèbres par maints savants ou délicats ouvrages, les Florian, les Beltrand père et fils, les Paillard, Pcrrichon, Prunaire, RulTe, etc., sans parler, au point de vue original, des grandes estampes en couleur dans lesquelles ÎM. Henri Rivière, émule des Japonais, répand avec un sens décoratif tout [)ersonnel ses impressions si justes de nature, sans ouhlier, non plus, M. Vallolon, l'apôtre du bois au

canil", le D' Paul Colin, (jui le suit dans celle voie, et M. Lucien Pissaro qui, ainsi que Lepère, s'est voué, à Londres, à la confection inlë(rrale de livres artistiques.

A l'étranger, c'esl en Angleterre que le bois a pris l'extension la plus grande el la plus originale. C'est d'eux que nous tenons au début du siècle nos premiers graveurs de vignettes. Ce goût qui se maintint jusque dans le journal satirique avec les bois d'après les dessins de Keene, de Leech ou de DuMaurier, s'est relevé avec le préraphaébsme qui reprit, entre autres industries, celle du livre. William Morris el Walter Crâne s'y signalèrent et, après eux, MM. Aubrey Beardsley, Uoberl Anning Bell, Byam Sliaw, etc. L'influence de Legros se manifesta aussi de ce coté et forma MM. Strang, Shannon et llickells. On doit signaler aussi dans le genre de Valloton les travaux de M. Nicholson.

En Allemagne, il convient de citer après le grand Menzel, dont les dessins ont donné tant d'éclat à l'illustration allemande, les dessins pittoresques ou macabres de M. J. Sattler, admirateur fervent des vieux maîtres et héritier posthume de Piéthel.

La lithographie occupe une place exceptionnelle dans l'histoire de l'estampe contemporaine. Bivale heureuse de la gravure, elle a ceci de particulier qu'elle n'est point, à proprement parler, un art graphique. Elle ne comporte, en efTet, aucun procédé spécial, aucun du moins qui soit le fait de l'artiste. Car les manipulations que nécessite la pierre sont l'ouvrage exclusif de ^^ l'essayeur 77, de l'ouvrier chargé de la préparation du tirage. La pierre, d'ailleurs, h l'encontre de ce que l'on croit vulgairement, ne subit, à sa surface, aucune altération qui détermine un creux ou un relief. Le procédé de Senefelder se résume dans une sorte d'autographie du dessin tracé à la surface de la pierre. C'est-à-dire que l'œuvre de l'artiste consiste à dessiner sur la pierre au moyen d'un crayon savonneux particulier ou encore d'une encre ad hoc dont il se sert, soit avec la plume, soit avec le pinceau, absolument comme s'il ne visait qu'à un dessin unique et sans se préoccuper, hors certains petits points de propreté dont les professionnels se sont plu à exagérer l'importance, de l'avenir réservé à son travail. La

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pierre ainsi dessinée subit, a Tini prime rie, une opération d acidulage et de lavage qui a pour elTel de rendre toutes les parties restées blanches rélractaires à Tencre du rouleau qu'on passera à sa surface, tandis que cette encre sera retenue sur les endroits touchés par le crayon, la plume ou le pinceau du dessinateur. Le lithographe n'est

Reçue de l'Art ancien et moderne.

Fantis-Latolr : L'or du Hliiii. (Litli(ifrraphic.)

donc rien autre qu'un dessinateur, et la lithographie n est pas autre chose qu'un des aspects de l'art du dessin. C'est hi condition même de ce mode du dessin (jui a lait sa fortune extraordinaire comme aussi c'est la méconnaissance de cette condition qui a causé ultérieurement sa décadence.

On connaît, car elle a été très souvent racontée, l'histoire de Tinvention du Municliois Aloys Senefelder, pauvre acteur, auteur et musicien, ([iii cherchait le moyen de reproduire économiquement sa musique et ses pièces. Entre ses mains, comme entre les mains de ceux qui surent l'exploiter ])lus hahilement que lui par la suite, entre autres en France, où elle étahlit sa capitale avec les André, les Eng^elmann, les Lasteyrie, sa découverte traversa une* première période d'application exclusivement industrielle; mais hientôt, après queh[ues hésitations et quelques tâtonnements , elle conquit une vogue rapide sous la main des jeunes novateurs qui allaient bouleverser la face de l'école.

On était, en effet, au lendemain de la chute de l'Empire et en plein au matin du romantisme. Le succès des lithographies de Gharlet, de Géricault, de Bonington, entraîne peu à peu l'adhésion universelle des peintres à un procédé si bien fait pour être l'instrument le plus rapide et le plus spontané de reproduction. Ce fut pour eux le moyen par excellence d'improvisation et d'échange. La lithographie porta bientôt k tous les coins du monde, multipliée magiquement, la pensée artistique de tous les maîtres et même la pensée politique de tous les citoyens, car l'image devint alors l'arme la plus populaire et la plus redoutable dans les grandes querelles pour la liberté; et l'image, ce n'était plus désormais que la lithographie.

Dès le jour où l'on parut comprendre quelle merveilleuse ressource elle était pour la peinture, tous les artistes l'aljordèrent. Les uns la courtisèrent un jour, les autres lui demeurèrent fidèles; tels, comme Gharlet et plus tard Raffet, Gavarni ou Daumier, lui donnèrent le fruit quotidien de leur talent et lui durent une réputation qui devint la gloire. Mais on y vit passer tour à tour Girodet, Ingres et Prudhon, Boilly, Demarne ou Jean-Baptiste Isabey, puis les Vernet, père et fils, qui ne furent pas les derniers à être ses parrains. Et l'on arrive ensuite h tous ces maîtres qui lui ont fait produire des chefs-d'œuvre : Géricault, Barye, Delacroix, Bonington et Paul Huet, Decamps, Gigoux, Eugène Lami et Eugène Isabey, Deveria, Poterlet, Nanteuil et les frères Johannot. Et ensuite tous les dessinateurs humoristes et satiriques du Charivari et de la Caricature, avec Philippon, Traviès, Grandville, Trimolet, Henri Monnier, phalange remuante et comba-

Itriiir df l'Art (l'U-iei)

A. LEunns : l>a nmrt et le linclioron. ( lùiii-J'nrli'. j

L'ESTAMPE

live que domine la grande figure de Daumier. C'était là le premier fonds de la lithographie originale, et c'est l'époque la plus féconde et la plus brillante. Ensuite, il faudra nommer Diaz, Lemud, Baron, Chassériau, Roqueplan, Jeanron, Hippolyte Bellangé, Gustave Doré, Bresdin , Bonhomme, peintre et lithographe des usines et des mineurs, Hervier, Gicéri, Grévedon, Léon Noël, etc., que dépassent les deux figures de Raffet et de Gavarni. L'un, historien militaire et peintre orientaliste, évocateur, après (^harlet, de l'épopée napoléonienne, avec moins de verve à coup sûr et d'humour po[)ulaire, mais avec un accent plus élevé et plus véridique à la fois; l'autre, philosophe désabusé, aux mots amers et ironiques, bien dépassés aujourd'hui au bas des lithographies de ses successeurs de Montmartre, mais dessinateur d'une tenue et d'une élégance rares et l'un des plus chauds et des plus doux coloristes de la pierre.

Ail ft dtciinihoii.

Henri Hivière : Départ ili' iiiarin> à Tréboul. (Lilltu^rupltie.)

La faveur témoignée à la lithographie ne pouvait manquer de la faire adopter pour la reproduction des œuvres peintes. Nombre d'éditeurs eurent recours à ce procédé commode et rapide, surtout à une heure où \a photographie était inconnue et où l'eau-forle n'avait pas encore pris son développement. Certains artistes s'y adonneront, el phis d'un non sans mérite, tels que les maîtres Jules Dupré, Français et Gigoux ou tels que Sudre, Aubry-Lecomte, Mouilleron, Eugène Le

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Roux et Jules Laurens. Plus tard même, Th. Cliauvel, Sirouy, le peintre Emile Vernier accomplirent clans ce genre des reproductions exceptionnelles. Mais la lithographie côtoyait un précipice. Elle eut bientôt Tamhition de se substituer à la gravure ou, du moins, de rivaliser avec elle. Dans ces tentatives imprudentes, elle perdit son caractère premier de dessin chaleureusement improvisé pour prendre un aspect lourd et monotone de travail chargé et surcharge, où l'iuterprète, préoccupé de traduire toutes les valeurs et toutes les teintes de la peinture, couvrait d'un crayonnage menu, du fameux rr grené 7^ tout le fond du dessin, perdant absolument de vue ce principe que le papier constitue, comme le dit excellemment Bracquemond, le frfover lumineux de Testampc.

La photographie, d'ailleurs, fait bientôt son apparition et détrône d'autant plus aisément la lithographie que celle-ci s'attache encore à l'imiter dans les infinies dégradations de ses teintes fondues et bouchées. L'eau-forte, en même temps, se réveille et sollicite avec ardeur l'attention des artistes. C'en est fait alors pour longtemps de la lithogra[)hie.

En 1861 apparaît la première tentative pour la faire renaître par l'aide de dessinateurs originaux. L'entre[)rise a lieu chez l'imprimeur Cadart et dans le groupe bien connu de ces réalistes qui se donnaient également mission de relever l'eau-forte. (ladart fit porter des pierres à Bracquemond, à Manet, à Legros, à Eantin, etc. Bracquemond, qui avait débuté comme lithographe, ne perdit jamais le sens de ce métier, en faveur du([uel il a distribué dans ses écrits de si judicieux conseils. Fantin, seul, pourtant, répondit à la demande de l'éditeur par une planche qu'on jugea, sur l'heure, insuffisante. Il s'ensuivit un nouvel arrêt, mais, en 1878, il s'y remettait et, cette fois, persévérait avec ténacité, préludant au renouveau de la lithographie originale qui marque la fin du siècle.

Ce renouveau eut deux points de départ dans un double mouvement de solidarité entre les artistes reproducteurs d'une part et les originaux indépendants de l'autre.

Si atteinte que fut, en effet, la lithographie, et justement parce ([u'on la sentait très atteinte, les professionnels, qui Tavaient retenue au bord de la chute définitive par une suite de travaux méritoires,

l'estampf:.

s étaient réunis, sur 1 initiative d'un des plus jeunes membres du ^o-roupe, esprit actif et intelligent, M. Paul Maurou, pour fonder la Société des artistes lithographes français, plus particulièrement constituée comme une sorte de syndicat professionnel destiné à veiller

An ,1 ,l,n.n,l,.H.

E. GiiASSET : -rAlliclie di' l;i iiliraiiio loiuanlituici. {Lithoip-apliie.)

à la garde de leurs intérêts et à la défense de leurs droits, notamment devant les jurys des Salons. Ce fut un premier pas de fait. En même temps, à la suite de Fantin-Latour. s'épar[»illaient quelques curieux isolés que les amateurs commençaient à distinguer d dont certains atteignaient même le grand puhlic. (tétait Ghérel . (pii donnait à la

BEitX-ARTS.

lu

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lithographie ce champ nouveau et prodigieusement fertile de laffiche, estampe colossale qu'il entraînait vers la couleur, à laquelle les tirages sur pierre se prêtent si admirablement, et qui renouvelait également l'ancienne vignette de romances où avaient jadis hriHé les Nanteuil, les Devéria et les Johannot, et dans laquelle le suivait, avec la chanson sentimentale ou rosse des cabarets de Montmartre, Steinlen. C'était encore Grasset, qui s'illustrait par la couleur dans l'airiche et aussi dans le livre; puis Dillon, qui faisait des infidélités à la peinture pour faire la propagande au crayon et à la pierre; c'était Alphonse Legros, qui crayonnait les images inoubliables du cardinal Manning, de Huxley ou de Tennyson; c'était Whistler, avec les exquises improvisations de ses légers croquis; c'était Odilon Redon et ses visions fanlastiques, c'était Lunois, qui arrivait a imposer le lavis, découvert par le père de la lithographie, Senefelder, mais jugé impraticable et à peu ])rès abandonné depuis; c'était Dulac qui, dans ses compositions d'un naturalisme mystique, créait des paysages si impressionnants de lumière et de couleur par des superpositions habiles, délicates et sobres de teintes dans les tirages. C'était Carrière, qui découvrait dans le procédé du lavis et dans la faculté, ])articulière à la lithographie, d'obtenir des blancs sur du noir, un nouveau mode si éloquent pour traduire en puissants et souples modelés les physionomies expressives de ses femmes et de ses mères ou des portraitures illustres. C'étaient, plus tard, Forain et Toulouse-Lautrec. Le second surtout, qui obtint avec des tirages en noir, et surtout des tirages en couleur, des effets encore inattendus. C'étaient encore des repassants 71, comme écrit Bracquemond, des peintres séduits un jour par celte technique aisée et par ses résultats exceptionnels. L'emploi du papier de report, préconisé par des essayeurs d'une habileté consommée, supprimait même pour les peintres le sentiment qu'ils faisaient un travail autre que le dessin accoutumé. Une propagande active de la part de certains écrivains qui présidaient à la fondation d'albums ou de publications spéciales, tels que V Estampe originale, V Epreuve, V Album des peinlreslilhographcs , acheva l'ouvrage. Cette dernière publication, qui avait sonné le ralliement, fut la marraine d'une nouvelle société.

La faveur publique était si bien revenue à la lithographie, qu'en

L'ESTAMPE

1897 on crut pouvoir célébrer son centenaire par une vaste exposition qui réunissait au palais des beaux-arts, aujourcriiui détruit, de 1889, avec les chefs-d'œuvre du passé, les meilleurs ouvrages du présent. Lilbop;raphes traducteurs ou dessinateurs originaux s'y coudoyèrent et s'y mêlèrent. Ce fut, cependant, en face des résultats obtenus par ces derniers qu'un critique qui avait jusqu'à ce joui* combattu pour le

Alt It (Ircnnili,

Stkinlen' : Kn aUendaïUl {Llllmjfrfijjliie.)

relèvement de la lithograpliie originale, M. Henri Hamel, s'avisa de créer, sous la raison sociale de la publication ([ui avait |>ré[)aré ce réveil , la Société des peintres-lithographes. Ce grou|)ement s"est donné pour mission de reprendre la grande tradition qui a fait jadis la force, la richesse et la gloire de la litho}>ra[)hie en lui conservant ce caractère primesaulicr (pii eu fait essentiellement un art d(^ peintre.

/il.

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Déjeunes artistes fie valeur exceptionnelle sont venus, depuis une dizaine d'années, (jrossir le bataillon ante'rieur. Ce sont MM. Léandre et Abel Faivre, qui ont réussi dans la charge et aussi dans les sujets féminins les plus délicats, auxquels s'associe discrètement la couleur; M. Jean Véber, célèbre par ses estampes ce rosses ?? ou féroces, issues du

1// (( ilu-orutioii.

TouLdiSK-LAUTnEC : trLe Divan japonais-i. [Ulhnirra^iliiv.)

vi(Mix Breujjliel et de Goya; Maurice Elliot, au contraire, lin, discret et distinjjué; Belleroche, au souple et largue dessin; Bourj^^onnier, Bahuel, Karl Cartier, M"'*'' Abran ou Delasalle; Suréda, fougueux [)aysagisle de Flandre, d'Espagne ou d'Angleterre; Delfosse, Abel Truchet, Trigoulet, etc., tous lithographes et peintres, dont les expositions annuelles attestent l'originalité et les succès.

L'ARCHITECTLKE.

L'art de la coiistriictioii au xix" siècle présente une physionomie très mouvemente'e. C'est qu'il a suhi Jeux grandes causes géne'rales de trouble qui sont sans aucun précédent.

L'une de ces causes est d'ordre purement esthétique; l'autre d'ordre spécialement technique. La première est la conséquence du mouvement historique du romantisme; la seconde est le résultat du développement de l'industrie mécanique et de l'avènement de la construction en fer.

Art et décoration.

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