‹ Histoire des beaux-arts, 1800-1900Chapitre 5 sur 50 · V. J}().\viN : L;i servante a[)|)i'èliiiil la lahle · texte numérisé non relu

V. J}().\viN : L;i servante a[)|)i'èliiiil la lahle

la forme antique fut, comme pour les peintres de la Ilenaissance, une révélation et non une loi; Delaunay, le peintre de i\l""' Bizel. de M'"'' Toulmouche, du [général Mellinel, de M»"" Bernadou el lauteur de ce beau portrait de sa uière qui reprend si hautement la tradition française. (Test niaintenant Eugène Fromenlin , l'incomparable écrivain des MaUrcs (l'autre/ ois, du crSahel'^ et du rr Sahara r, esprit d'une haute distinction, criti([ue érudit et sagace, moins hardi, sans doute, dans ses lableaiix (|ue dans ses livres, invcnleur de l'Algérie (pii l'avait séduit par les derniers vestiges de sa vie chevaleresque. Dans la gamme délicate el ai'gentée de ses haiMiiouies empruntées

20G EXPOS[T[()N DK 1900. — IJEAUX-AUTS.

ori^jinairement à Delacroix, dans son dessin élégant et serré,. il se montre, mal g^ré des timidités et des minceurs, un peintre d'une aisance noble, digne de ses beaux sujets orientaux.

A ce milieu exceptionnellement cultivé (jui avait concilié, à travers les souvenirs combinés dlngres et de Delacroix, la beauté mélodi(jiie du rythme linéaire de Florence avec la splendeur des harmonies colorées et expressives de Venise, non sans remonter bien souvent des uiagnlfi(iues dominateurs du xv!*" siècle à leurs initiateurs qml- Irocmlisli, ces naturalistes poétiques, si rares, si voluj)tueux et si fiers; à ce milieu traditionnaliste, mais rattaché directement aux plus belles tradilions humaines, avec lequel voisinait le groupe des nobles sculpteui's qui, à pareille é[)0(|ue, illustrent la sculpture française (11111 si vil* éclat, il faut encore joindre le ]>eintre suave des madones, le chantre mélaiicoli(|ue et pénétrant de celte Italie qu'il aimait dans son présent comme dans son passé, Hébert, l'auteur de cette Malaria ff réaliste 1^ ([iii datait déjà de plus de dix ans, l'auteur de ces Ftmaivh's et de ces Ccrvarolcs, de la Pasiorella, de la Zinf^ara et de la Lavaiidara; le Ikdlini moderne de la Vinve de la délivrance, de la Vi('n>c an jardin, de la Yicrfrc de Léon Xlll, de la Vierp'c au baiser et de la Vier.oe au chasseur. H faut y joindre Paul Baudrv, lui aussi plus ancien, dont la sensibilité inijuiète, éprise tour à tour de la beauté et du caractère, hésitant entre la tradition et la nature, ne dédaigne pas de s'assimiler les prati(|ues des indépendants les plus audacieux et dont les inégalités mêmes révèlent une si grande âme anxieuse d'artiste. 11 faudra y associer, d'un peu plus loin, Emile Lévy, plus sage, qui nièle avec l'esprit de ce milieu, la correction un peu froide des néo-grecs; et un peu plus tard Henry Lévy, un de ceux qui resteront le plus ra[)prochés de Delacroix et le plus longtemps en contact avec Gustave Moreau, tout en portant dans son art, aux tendances décoratives, un souvenir mouvementé des peintres monumentaux de la fin du xv!!!"" siècle.

On n'a pas ouljlié le tableau célèbre de Fantin-Latour, Hormuaire à Delacroix, que l'Exposition de i88() fit connaître au grand ])ublic. Cette œuvre, religieusement exposée au fond d'une sorte de cha-

pelle, dans la ilemeiire <l Un artiste donhlé dini ainateni' passionné des arts, est anjouririini douldement |)r(Ti(Mise, et \n\v la valeur inlrinsèfjue de cette peinture (jni place son anlenr au jjreniiei- raupde notre e'cole o\ |)ai' rintéi'èl dt'sorniais liisloriinic (jue pi'('senle son sujet.

Basclict , «lil.

(iOiiBiîKT : Les demoiselles do la Seine.

A la date do iSd^i, il i'(Miint autour de limace de Delacroix, accrocln'e dans un cadre, les prnicipau\ membres, jeunes alors, du groupe des révolntionnaii'es (pii, depuis (pndcjnes années, senihlaient former le parli de ro[)positioii . les a\aficés (pie la ci-ilnpie iiilolt'rante avait excommuniés sous lappcdlalion de rvahslvs, appellalion qu'ils avaient relevée comme un d('li el acce[>tée à la siiile de Courbel qui l'avait jusqne-là portée tout seul, non sans hriiil.

Il y a là, parmi les artistes. Fanlin-i.aloiir lui-même, Alphonse

Le[jros, L)rac([uemond , Manel ot WliisLler qui se luorilrc le j)Uis dévot et tient un boucjuel à la main, et du coté de la criti(|ue : Duranty, Gliani[)lleury et Baudelaire.

Manet, Le^p'os, Faulin, Bi'acqueojond et Whistler et, d'autre part, les deux criti(|ues du réalisuie en face du dernier poète roina{iti(|ue, assemblés autour de Delacroix, comme, huit ans plus tard, dans ÏAlelicr aux Bal,i(pioll('s , autour de Manet, seront réunis |)ar le |.>inceau du même maître Claude Monet, Auguste lienoir et Bazille, il y a là deux faits précis, deux témoi{>nages certains et immédiats d'un témoin oculaire, bien mieux même d'un acteur directement intéressé qui attestent formellement la liliation du yrou[)e réaliste par rapport aux romaiiti(|ues el du (groupe impressionniste par l'apport aux réalistes.

N'y a-t-il point, alors, contradiction llagrante avec les précédentes allirmations par lesipielles nous faisions d'Ingres, le j)récurseur bien inconscient, il est vrai, du réalisme contemporain et jusqu'à un certain point responsable de l'impressionnisme?

Cette contradiction, on va s'en assurer, n'est qu'a[)parente. Elle tient au long malentendu, que nous avons déjà signalé, par suite du(juel Ingres, grâce aux solennelles déclarations de sa doctrine de plus en plus intolérante, confondu avec son école, était considéré comme le représentant le plus obstiné de l'académisme et de la réaction, tandis (|ue Delacroix était resté le chef de ces illustres insurgés, longtemps proscrits et persécutés, dont les victoires bruyantes étaient encore vivantes au souvenir des jeunes artistes. La similitude des situations créa la parenté entre les réalistes et les romantiques. De plus, en ce qui concerne personnellement Delacroix, ce grand Imaginatif passait vraiment pour un grand réaliste. En animant des personnages fictifs, empruntés |)res(|ue tous aux fables de l'histoire ou des poètes, il les avait agités de tant de passions tumultueuses (ju'il avait remué toute l'humaiiilé de son tem[)s. Et c'est pourquoi, en 1847, avant ([ue Courbet se fût encore manifesté en se retournant, d'ailleurs, avec plus de clairvoyance contre les abus des romanti(jues, P. Mantz^^) [)ouvait-il mettre hardiment Delacroix à la tête de ce

C P. Mantz, Salou (le 1847.

(juil appelait '-celle grande ('cole (|iii, amoureuse de la realité, la poursuit et ralleint par la passion, la couleur et la luuiièrer.

-r Réaliste- était, il est vrai, le jjraiid mot de l'époque et servait à désigner toutes les nouveautés dangereuses. On disait antérieurement : romantique: on dit aiijounrhui dans le même sens : impressionniste.

Ba>cliel, é.ljl.

F. KoNviN : L'Alaiiiliic.

Wagner était réaliste, George Sand aussi. -Tous ceux (pii apportent quelques inspirations nouvelles, écrit Champfleury, sont dit réalistes. On verra certainement des médecins réalistes, des chimistes réalistes, des manufacturiers réalistes, dc:^ historiens réalistes.-

1)12 EXPOSITION DE lUOO. — HEAUX-AKTS.

Nous sommes [)euL-étre un peu in(|uiets de voir, dans ce tableau de Fantin-Latour, rapprocliées face à face les deux personnalite's de Gham])lleury et de Baudelaire, qui ne passaient pas pour s'entendre très bien et qui, nous dit d'ailleurs M. Fantin-Latour, furent un peu sur|)ris eux-mêmes de se trouver ensemble. 11 ne saurait être ici question, toutefois, d'un basard absolu, car, dès i85b, Courbet avait eu la même pensée en réunissant dans un de ses tableaux les plus significatifs ces deux individualités combatives dont l'une re[)résentait très exclusivement les nouveaux venus, et dont l'autre se rattacbait au [)assé romantique. C'est bien encore une preuve de la confusion qui s'établit à l'égard du romantisme pris comme la source originelle du réalisme.

Champlleury, il est vrai, près de qui combattait déjà Duranty, écrivain moins bruyant, peut-être, mais d'un autre talent, et à qui venait de se joindre Castagnary, soutenait les droits du réalisme, tandis que, de son côté, Baudelaire afiirmait ceux du modernisme. Et réalisme ou modernisme, c'était, sous des faces un peu différentes, toujours la même chose, toujours les mêmes revendications en faveur des droits de la réalité contemporaine que chaque génération, à son tour, essayait d'imposer. Le premier, en haine des exagérations poétiques du romantisme, s'attachait de préférence, dans un esprit assez matérialiste ou tout au moins positiviste, à l'expression de la vie populaire, rurale ou prolétarienne; le second, au contraire, ardent, iujaginatif et dont l'imagination s'exaltait au contact des réalités, plus délicat, plus subtil, plus raffiné, très complexe, apportait dans sa critique pénétrante toutes ses facultés divinatoires de poète, fasciné, dans la vie moderne, par son luxe, ses élégances, ses étrangetés et jusque par ses dépravations.

Pour épuiser de suite ce dernier ordre d'idées, où le descripteur le plus remarquable, le pbilosophe, le psycholo(;ue et l'ironiste le plus aigu fut le dessinateur Gavarni, justement illustre aujourd'hui comme Daumier, bien qu'il n'ait ni l'ampleur de ses conceptions et de son dessin, ni ses dons propres de peintre, on sait que Baudelaire mil surtout en avant une petite physionomie artistique très longtemps onbliée et revenue aujourd'hui à la surface de l'art, grâce à la^dévo-

tioii (le quel(|uos aiiialoiirs on de ([iieliiues ai'lisLps. (i es( Constantin (invs, aqnarelliste et dessinateur curieux, très inép^al, d'un dessin [dus qu'incorrect, car l'écriture en est souvent macliinale et convenue. Guys est hanté parfois par le souvenir des graveurs en couleur français ou anglais du commencement du siècle, Taunay, E. Lami ou Rowlandson, mais d antres fois, dans ses représentations du demimonde et de ces mondes, très au-dessous, de la galanterie, que notre

/iViKP lie l'An (imieii et moderne.

A. l-i;Git(is : L'K\-\olo. (Musée (le Dijon .

temps a célébrés avec envie, il montre une réelle origiualih' expressive (pii pr('pare Manel et annonce Degas et ses nombreux succédancs, tels (pie Toulouse-l.autrec.

Cette peinture de la vie mondaine on (Ifnu-niondainc trouvera ('gaiement son expression parmi des pcinlies comme Tonlmouche, transfuge de 1 école néo-grecqne: un peu plus lard Jaunis Tissot, hésitant dahor(l,daiis une sorle de pi-('iaplia('lisnie auj'Io-JK'Ijjc. entre I^eys

21/i EXPOSITION DE 1900. — BEAUX-AUTS.

et Millais, suivant i|uel(jue temps Courbet à travers Legros, «'essayant ensuite à Londres avant d'aborder, à la fin de sa vie, sa vaste restitution archéolo(]^ique et etbnopjTa|)hi(|ue du grand drame chrétien, à des scènes toutes d'actualité' et à des transj)ositions volontaireiuent anachroniques des paraboles de l'Evangile [U Enfant prodi(rue)\V(\ûée^ a la moderne et avec un accent britanni([ue très prononce'.

Mais elle a eu surlout son maître dans la pei'sonne dn |)einlre belge Alfred Stevens, (juon ne peut guère oublier ici, [)as plus que nous ne pouvons oubliei- Whistler, tant leur carrière s'est écoulée en France et tant leur art relève de l'art français. Alfred Stevens, qui s'appuie sur les meilleures traditions des grands Hollandais, impressionné peut-être par les figures de Corot et qui, malgré (|uel([ues velléités sans conséquence de sentiment ou d'intention, a donné avec un métier <ligne des plus beaux praticiens, la peinture la plus intelbgente du caractère et des aspects de la femme du second Empire.

Après maints tâtonnements à travers les sujets plus exclusivement populaires, la peinture parvenait donc par un effort, (|ui n'est pas encore le dernier, à trouver l'expression si lente à découvrir de la vie contemporaine dans ses milieux bourgeois ou mondains, en s'inspirant toujours des maîtres des Pays-Bas, mais cette fois sans les copier, en abordant franchement et en résolvant les difficultés de traduction du costume moderne.

Pour revenir, après cette longue parenthèse, à notre tableau histori(jue de YHomma^t^e à Delacroix, nous constatons que les représentants du réalisme à cette heure sont assurément loin d'y être au complet. Il y manquerait, en tête, Courbet, Courbet, le chef du réalisme ou plutôt son incarnation même. Mais Courbet, plus avisé, n'aurait eu garde de se rattacher au grand romanti(jue dont il avait justement la prétention de combattre ce qu'il appelait le relâchement, les excès imaginatifs et les prati(|ues anti-naturalistes. Courbet, d'ailleurs, avait lui-même pourvu bien des fois à sa propre glorification et particulièrement, près de dix ans auparavant, dans ce vaste tableau de Y Atelier, qui fit scandale dans l'exposition privée qu'il s'était installée à part, en i855, avenue d'Antin et qui, à la vente Desfossés, près de cinquante ans après, il est vrai, devait susciter sur les esprits les plus

prévenus une des plus fortes impressions qu'ait produites œuvre d'art dans le cours de ce siècle.

Ce tableau de V Atelier, ^<: AUéforie réelle, ajoutait-il , intérieur de mon atelier, déterminant une phase de sept années de ma vie artistique ■>\ . . était conçu comme un défi à Tart du passé, par un rébus à sa façon dont les termes figurés se composaient d'un ouvrier des villes, d'un terrassier, d'un braconnier avec ses chiens, d'un paillasse, d'un cro([uemort, d'un curé, d'un vieux juif, d'une pauvresse irlandaise, d'une la mille bourgeoise avec son mioche, de ses admirateurs ([ui groupaient déjà, près de son ami Briiyas, Champlleury et Baudelaire, el d'une figure nue ([ui est un des j)lus admirables morceaux qu'on ait peints, et dans leipiel Courbel montre une distinclion ([ui lui est rare. Courbet tentait d'y explicpier les tendances de son art aux diiïérentes époques de sa vie, son milieu, sa philosophie, etc.

Ce mode de composition synthétique, par lequel il essayait de rompre avec les anciens procédés de l'allégorie et ses personnages fictifs, est un de ceux ([iii ont le plus travaillé les artistes contemporains, peintres, scul|)teurs, médailleurs, dans l'expression des généralités conlemporaines, depuis Ingres et son C/imt//m/ jus(pi'à Puvis de Ghavannes, Gazin, Dalou ou lioty. Fantin-Latour, on le sait, a repris avec persistance et bonheur ces tentatives, dont cet Hommage à Delacroix fut justement un des premiers essais.

Il manquait donc à ce grouj)e des réalistes, s'il eut eu la prétention d'être au complet, plus d'une ligure. S'il man([uait Gourbet il man- ([uait aussi Bonvin. Le vaillant, robuste et modeste peintre des orphelinats, des couvents et des hôpifaux, l'auteur de U Ecole des petites sœurs, du Benedicite, de VAve Maria, du Carrier blessé, nous est apparu déjà dans la première génération des initiateurs du réalisme. Plus âgé que tous les débutants du nouveau groupe, sinon célèbre du moins estimé des connaisseurs par ses expositions, doué d'un esprit critique à la fois juste et mordant, il fut leur conseiller et leur parrain. Son inlluence, par ses observations du moins, s'exerça un peu sur tous et, nous dit M. Fantin-Latour, sur Gourbet lui-même, à certaines heures. G'est, du moins, Bonvin (|ui l'amena, en 1869, dans la petite réunion sur laipielle il aliail désormais exercer tout

son prestige <le grand homme injnslement méconnu. Courbet, en eiFet, à ce moment, semblait avoir perdu sa belle assurance. Les scandales répétés, les fanfaronnades à jet continu avaient lassé Fopinion. Il fut heureux de se trouver une petite cour d'admirateurs ingénus. Or, à ce Salon de 1869, traversé, lui aussi, par les orages qui devaient détinitivement éclater en i863, les néophytes du réalisme fui'ent naturellement exclus en masse, avec dail leurs bien d'aulres ])lus inoll'ensifs. Bonvin, en manière de protestation, avait organisé, rue Saint-Jacques, dans ce qu'il appelait son rr atelier flamand 77, à caus(î des belles rangées d'étains reluisants ([ui brillaient déjà sur les étagères, une exposition des tableaux refusés de ses jeunes camarades : Ril)ot, Legros, Fantin et Whistler. Ce fut là (pi'il conduisit Courbet et que les jeunes proscrits de l'Institut, bientôt célèbres, un jour illustres à leur tour, piirent contact avec le maître d'Ornans.

Alphonse Legros, Fantin-Latour, Manet, Ribot, Bracquemond, Whistler, Carolus Duran, Boybet, VoUon, voici les noms que nous trouvons de près ou de loin dans ce groupe; ce sont là à coup sûr d(^s noms exceptionnels dans notre histoire. Bonvin, successeur de Cranet, disciple fervent et religieux de Rembrandt et de Chardin, et surtout de ce Pieter de Hooch devant qui il disait qu'on pouvait apprendre toute la ])einture, Bonvin peignait déjà, nous l'avons vu, des hopilaux, des couvents, des ateliers, des laboratoires, des écoles. A. Legros, le maître peintre savant, simple et expressif de VEx-volo, du musée de Dijon; de Y Amende honorable, du Luxemboui'g; des Jeunes femmes en prière, de la Taie i^allery de Londres, le graveur hors pair, également sculpteur et médailleur, dont s'enorgueillissent deux grandes écoles, legros, étabU à Londres depuis i863, se rattache, sous une forme personnelle, à cette même tradition populaire qui remonte jusqu'aux frères Lenain, exaltant de sa pointe ou de son pinceau la vie des humbles, des petits, et jusque des mendiants et des vagabonds. Bracquemond, c"est le rénovateur de l'eau-forte; l'américain James Mac Neil Whistler, c'est l'harmoniste le plus étrange, le plus rare et le plus mystérieux, le symphoniste le plus subtil et le plus savant qui témoigne, avec Fantin-Latour, de cette pénétration de la peinture contemporaine par la musique, de ce sens profond des accords expi'essifs.

LA PEINTl HE.

par le joii des Ions purs dans le grand concert liarnionitjue des neutres.

Car c'est une particularité éminemment propre à Tart du xix"' siècle que ce parallélisme de la peinture et de la musique. Si de grands coloristes d'autrefois, qui sont restés les guides les plus surs de ceux d'aujourd'hui, Rubens ou Vélasquez, ont senti et compris les lois mystérieuses de ces rapports, ils y ont été portés, on ne ])eut pas dire

Toi LMOl CUK : l-i' flliUi'illl (le cailc:

inconsciemment, car leur science égale leur génie, mais à cou[) sûr dans l'ignorance de ces analogies physiologiques et de ces rapprochements raisonnes dont les effets ont été si suggestifs pour les deux arts, sans souci de l'espril de méthode qui caractérise ces combinaisons harmoniques des tons conçues suivant les mêmes modes mathématiques que les compositions musicales des sons. Ingres, dont la passion pour la musique est devenue proverbiale, avait de son côté tenté de transporter dans la cadence de la ligne le rythme et, comme on dit, d'un terme qui marque éloquemment ces similitudes d organisation dans

les (len\ ai'ts, le ralessin?^ de la mélodie. Dans Foi'dre de la couleur, ces principes d'orcliestralion ont élé la loi universellement suivie partons les harmonistes, les plus puissants ou les plus discrets, depuis Delacroix jusqu'à Carrière. Mais à cette heure on Héhert avait déjà mérité d'être assimilé à son ami Gounod, Whistler, le premier, affirmait hautement ces lois en intitulant ses tableaux, à l'instar de véritables compositions musicales : sym'phonie en hlcu cl or, synipJiontc en hlanc, symphonie en gris , etc.

Quant à Fantin-Latour, aussi fervent dans ses admirations musicales (fue dans sa religion pour les maîtres peintres d'autrefois, les rapports de son art avec la musi(|ue sont affirmés par l'inspiration de ioute une partie de son œuvre, dans laquelle il transpose en harmonies colorées, tendres et passionnées, les mélodies de Schumann, les sym- |)honies de Berlioz, ou les poèmes dramatiques de Wag"ner. Mais, en même temps, il traçait, en unissant en lui au culte de Delacroix le souvenir délicatement assimilé des plus lumineux coloristes de Venise, de Flandre ou de Hollande, les images les plus expressives comme les plus simplement réelles que notre temps aura laissées de lui-même. Ses compositions groupées, dans le goût des anciens Hollandais, de rHonmiaire à Delacroix, de V Atelier aux Batignolks, du Coin de table, de la Famille Dithourg, ou les portraits si pénétrants de Manet, de M""^ Fantin-Latour, que le Luxembourg est fier de posséder aujourd'hui, de M' et M' ^ Edwards et ses nombreuses Liseuses ou Brodeuses, disputées par tous les musées, ont aujourd'hui justement classé leur auteur comme une des plus hautes physionomies contemporaines.

Garolus Duran, plus brillant et plus acclamé, dont les succès, on dirait même les triomphes, ont pu faire suspecter injustement l'œuvre au point de vue de la place qu'elle doit occuper dans ce mouvement indépendant, Garolus Duran préparait à cette heure avec c<'tte première toile de U Assassiné, du musée de Lille, exposée en 1900, si proche par ses franches et robustes qualités du maître d'Ornans, une laborieuse carrière remplie de portraits mondains ou de visions éclatantes d'où se. détachent nombre d'reuvres maîtresses. La Femme au gant, le portrait de M'"^ Pelouze, de la duchesse de Pourtalvs, etc., ou encore le porli-ait de M'"' Croizette a cheval et celui de M"" Croizette dans

\A Ph:ii\Ti]ni<:. 2-21

son houdoir, (jui a toute la (h'iicieuse fraîclieur d'un Manet, avec une aisance qui lui est peut-être inconnue, ont justifié le titre qu'on lui décernait, non sans quelque aimable niajice, de filleul de Fiubens et de Velas(|uez. Dans ce groupe de maitres oi-iginaux (jui ont inipriuié une direction si marquée à l'art de la fin du siècle, Garolus Duran se distinguait, avec la recherche du caractère commune à tous, j)ar le goût des belles pratiques, des colorations franches et sonores, des formes amples aux volumes fermement établis et modelés dans la matière, pour tout dire par un retour au\ plus belles traditions réalistes. Il a été le peintre heureux de la femme. Son enseignement a

Ikcue de l'Art ancien ni i> i

et moderne. b A\TiN-LATOlIli : ISrodoiisc

fait autorité dani?, les deux mondes, près de celui de ses coidrèies classiques et n'a pas été sans influence sur le développement de diverses formes de la peinture étrangère.

Manet, figure spéciale sur laquelle nous nous arrêterons à [Kirt; liibot, avec ses Marmilom, et plus tard, avec ses tableaux de style, Sainl Sc'haslim, Le bon Samarilain, etc., faisaient oublier les plus maies et les plus [)uissants es[)agnols; Vol Ion, lui aussi, exécutant hardi et superbe, retrouvait dans la |)einture de ses pécheurs du Follet, de ses servantes rustiques ou de ses incomparables peintures d'objets inanimés, toute la verve étourdissante, toute la franchise audacieuse, ou dirait presipie insolcnlc. de Kranz Hais.

222 EXPOSITION DE l'JOO. — BEAUX- A RTS.

Car un trait est commun, nous l'avons dit, à ce vaste mouvement (le réaction qui marque l'avènement des idéalistes et des réalistes : le goût des fortes techniques. Les premiers s'y étaient surtout exercés sur l'étude de la physionomie humaine et ils ont tous ou à peu près excellé dans le portrait. Quant aux seconds, c'est la nature morte, art concret par excellence, où le sujet ne vaut que par l'expression de la réalité, mais déchu au ran^^^ d'art d'imitation littérale entre les mains des Van Dael, des Redouté ou des Saint-Jean, qui tente de préférence tous ces réalistes dont plus d'un s'y créa comme une spécialité. Bonvin, Vollon, liihot. Vilain, le peintre des poulets; Fantin et ses fleurs qui palpitent dans leur tiède atmosphère lumineuse; Manet, si proche de Chardin, que suivront plus tard, dans le même esprit large et expressif, Valadon, Monginot et qu'avait précédés déjà ce beau praticien, Philippe Rousseau.

De même, ce goût du métier, ce souci intelligent des pratiques matérielles, si rare alors à cette époque, se manifeste |)ar l'étude des moyens techniques des auti'es arts. On fait, dans ce milieu, de la gravure, comme Legros ou Whistler; de la lithographie, comme Fantin; des émaux, comme Tissot, graveur lui aussi; de la cérami(|ue, comme Bracquemond et Cazin, plus jeune, qui, nous le verrons, a [)lus d'une affinité avec ce groupe.

Cette recherche des termes les plus puissants et les plus riches du langage pictural se traduisait par un amour [)rofond des maîtres qui l'ont créé, perfectionné ou développé le plus activement par leur génie. Les idéalistes s'étaient plus volontiers tournés vers l'Italie, la gardienne vigilante de l'idée de beauté et des plus adorables rêves formés par l'homme, ado[)tant le dessin élégant et fier de Florence ou de Padoue, les colorations ambrées ou argentées de Venise ou de Parme; tout au plus marquaient-ils quelques curiosités intermittentes vers les écoles du Nord.

Les réalistes, au contraire, tout en recourant plus d'une fois aux conseils de ces grands Vénitiens, imprégnés, semble-t-il, eux aussi, du génie intime des races septentrionales, regardaient plus volontiers vers les Flandres ou la Hollande ou encore avec une prédilection marquée vers ces grands initiateurs d'Espagne, Velasquez ou

LA PEIiNTLRI':. 223

Goya, c'est-à-dire en somme, vers tous ceux, quels qu'ils fussent, d'où qu'ils vinssenl, qui avaient aimé la vie.

S[)ectacle éminemment instructif, car tous ces indépendants, ces jeunes révolutionnaires, réfractaires aux enseignements des écoles et aux routines des académies, indociles aux leçons des pontifes contemporains, étaient les disciples les plus respectueux et les plus soumis des maîtres et les hôtes le plus assidus du Louvre.

C'était au Louvre que ces générations ardentes s'étaient formées, à l'exemple de leur chef élu, Courbet, qui ne voulait pas l'avouer, sous la conduite de leur aîné, Bonvin, qui fut un de leurs guides les plus siirs et surtout sur les indications d'un homme dont on ne doit pas, sous peine d ingratitude, oublier de prononcer le nom lorsqu'on entre dans l'histoire de l'art de cette période.

Ce nom, ce n'est pas celui d'un artistre illustre par de grands et immortels ouvrages, c'est celui d'un simple professeur, mais d'un in comparable professeur. Lecoq de Boisbaudran. le père Lecoq, comme l'appelaient familièrement et alfectueusement ses disciples, n'est guère, resté sans doute qu'un peintre assez secondaire, mais il a eu la gloire d'élever la plus belle génération d'artistes de cette deuxième moitié du siècle. La [)lupart de ceux dont nous venons de parler, qu'avaient réunis les mêmes enthousiasmes et les mêmes haines, les mêmes luttes et les mêmes [)roscriptions, étaient liés aussi par les liens d'un commun enseignement et d'amitiés décote. Ils étaient, en elïet, issus à peu près tous de cette petite école de dessin de la iiie de I Ecole-de-iMédecine, connue aujourd hui sous le nom |)lus solennel d Ecole nationale des Arts décoratifs mais qu'on n'appelait alois cjue ':1a Petite Ecole t: tout simplement.

Elle avait eu, déjà, comme maître un lioiiniie très singulier, encore un de ces innombrables inconnus, ensevelis dans les sables mouvants de l'histoire, dont on retrouve de loin eu loin (|iipI(|U(' nom. Elle avait eu ce Dutertre, mort en i8V^i. dont I Exposition de i88() avait sorti quelque temps de Versailles d'extraordiiiaiies portraits des généraux de rex[)édition d'Egypte; Dutertre, (|ui a\ail couru lui aussi une méthode toute personn(dle de renseignement du dessin, Dutertre qui a été si bien oubli*' (|u'il n'est pins même resté trace de

22/4 KXl>OSITI()N DE 1900. — JÎKAUX-ARTS.

son passage dans les archives de la maison où il professait et dont la dernière mémoire qui en ait conservé souvenir fut celle de Bonvin. Mais cette petite école eut surtout en Lecoq de Boisbaudran un pédajro[jue tout à fait unicjue. Il suffit de nommer la plupart des élèves (|u'jl a formés pour jug^er de la valeur de ses leco^is. Bonvin, Legros, l^antin-Latour, les frères Bégamey, — parmi lesquels Guillaume, qui était comme le pupille de Bonvin, fut un si beau peintre, — Ghaplain, Koty, Dalou, Bodin, Gaillard, Gazin, Lhermitte, Buhot, Georges Bellenper, etc., furent ses élèves. Et son professorat ressemblait tellement à un apostolat qu'il avait infusé le goût de l'enseignement à quelquesuns d'entre eux. Ge fut pour étendre ses doctrines (jue Legros s'établit à Londres, que Gazin, à qui il adressait ses rr Lettres à un jeune |)rofesseur5^ prit la direction de l'Ecole régionale de Tours et partit pour rejoindre, à Londres, son camarade Legros; que Buhot et Félix liégamey se consacrèrent à leur tour à l'enseignement.

A cette heure où les intelligences d'élite qu'il a dirigées sont entrées dans l'histoire en y prenant chacune une place plus ou moins élevée mais toujours très personnelle, ses principes obtiennent enfin d'être examinés sous un jour plus attentif. Nous ne saurions nous écarter plus longtemps de notre sujet. Nous aurons l'occasion de revenir ailleurs sur ce point ^^l Qu'il nous suffise de rappeler ses travaux sur ce qu'il appelait la cr mémoire pittoresque 57, le ce dessin de mémoire '7, par lesquels il établit lui-même comment il s'y [)rit pour perfectionner la mémoire, cet instrument admirable et incom[)arable du peintre, en lui donnant par une méthode suivie, une discipline régulière, le moyen de saisir vite et juste les images de la vie et la capacité de les retenir longuement. G'est grâce à ces exercices d'observation logique, d'analyse et de jugement que des hommes comme Legros ou Gazin ont pu garder, à travers toute leur carrière, une faculté incroyable de conserver intactes dans le souvenir des formes vues très anciennement sans que rien s'altérât de la fraîcheur et de la vivacité de l'impression première. Malgréles expériences concluantes eflectuéesau sein même de l'Institut, Lecoq de Boisbaudran resta toujours en butte aux attaques de ses

''' Voir ;i la (Hialriènic |)ailie.

LA PEIMURM 225

conlVères de la rue Bonaparte pour lesquels la ce Petite Ecole ?7 formait une concurrence étroite, mais très active. Il eut, du moins, en se retirant de cet admirable professorat, après une longue carrière et une longue vie, la satifaction de voir les effets produits. par ses enseignements sur les illustres disciples qui lui restèrent chers jusqu'au dernier jour.

Tels sont donc, au seuil de la dernière période de l'histoire de l'art au xix" siècle, ces deux foyers intenses d'imagination et d'observation que nous retrouverons intacts presque jusqu'au dernier jour avec les plus actifs des maîtres qui les ont entretenus. Leurs influences opposées ont maintenu constamment l'éijuilibre de 1 art français. C'est la rencontre de ces deux courants née de ce (ju'on appellerait le magnétisme mutuel de leurs attractions sympathicpies (jui déterminera le caractère du mouvement artisticpie auquel nous assistons depuis trente ans.

1870. — liliVlilL AUTlSTlOLIi. ~ UNI'LIjE^CKS SOCIALES KT IM-LUliiNCES LriTERAIRES; DUJECTFON DE V\\\T. — SUBSISTANTS DES PRÉCl'dEISTES GÉNe'rATIONS ET GENE- RATION PREIMIiÉE SOUS LE SECOND EMPIliE. — W. I50UGUEREAU ; JULES LEFEBVRE ;

HENRI regnault; benjamin constant; cohmon; morot. — bonnat; j.-p. lau-

RENS; FALGUIÈBE, ETC. — .l.-J. HENNER. — CARACTERISTIQUES DE CETTE PÉRIODE : 1° RENOUVEAU DE LA PEINTURE MONUME^TALE : PAUL MAUDHY ; (iALLAND; LUC OLIVIER MERSON. - PUVIS DE CIIWAWES. - L'OPEBA ET LE PANTHEON. — APOGÉE DU MOUVEMENT DE LA PEINTURE DECORATIVE.

Dès le lendemain de nos désastres, réveillé brusquement [)ar les malheurs de la patrie, 1 art français s'était relevé avec une énergie extrême. Dès 1878, à l'Exposition universelle de Vienne, il allirmait sa vitalité et sa supériorité au point ({ue le comte Andrassy ne pouvait s'empêcher de s'écrier devant M. l^éon Bonnat. de (pii je tiens ce [)ropos : fr C'est incroyable! si peu de temps après une crise aussi terrible, vous arrivez et vous êtes les vainqueurs!^

Une effervescence très grande régnait dans les ateliers et, pour se placer à un point de vue tout économique qui a son intérêt dans ce chapitre d'histoire, l'art français occupait encore dans le monde de

l!EAUX-ARTS. I -^

226 EXPOSITION DK 1900. — HEAUX-AliTS.

tels débouchés, à celle lieure où bien des écoles étran^jères n'étaient pas encore constituées, (;n Amérique notamment et avant ra[)parilion des tarifs Mac Kinle^, que les premières années furent comme un â[]^e d'or pour les peintres.

Bascliet , ôdil.

A. Cabanrl : Alhnydô. [Mméc de. Moulpellier.)

La production Irançaise s'accroit rapidement en même tem[)s que les études se fortifient, cl déjà l'art prend des ambitions plus hautes et [dus viriles. Une activité nouvelle anime les écoles publi(jues et les académies où viennent se former une foule de jeunes artistes étrangers qui, retournés dans leur pays, créent des écoles locales aujourd'hui en pleine prospérité. Avec ces trente ans de pai\, de relèvement progressif, de stahilité politicpie, c'est pour l'art une ère d'activité, de hberlé, de fécondité et de vie.

LA PKINTUIIE. 227

Trente ans dans le cours de l existence d'un |)eu|)le, cela semble assnrément très peu de chose, et cependant (lue d'événements peuvent se passer, dans ce court espace de temps (jui en modifient profondément la vie et l'âme. Pour la France contemporaine, ces toutes dernières années compteront sinfjuiièrement dans son histoire. Ce n est pas, sans doute, que depuis la grande crise douloureuse de 1870. il s'y soit produit beaucoup de ces actes bru\ants ([ue les historiens du temps passé enre^nstraienl avec fracas, mais c'est (pie (h'puis ce moment très jji-ave, sa vie intériiMire s'est développée dans une \oie nouvelle avec nue intensité «pii a |)r()fon(lénient marqué toutes les productions de la pensée.

Moltcroz , cilil.

GoRMON : Gain. (Musée du Ijuxemhourg.

Son régime polilicjue aciucl. vers le(juel I idéal de la nation aspirait de|)uis |)lus d'un siècle et que, après deux essais éphémères, elle a définitivement réalisi'; son développement social (pii est celui d une démocratie ai'dente où les catégorie,s comme les classes se sont coidondues dans" la j>rande foule humaine. — ce (pialnèiue élal d'où vient toute force, hul aussi de tous les efloris. — car les préoccupations de tous les |)artis se portent avec un égal souci vers le dénouement des [T-rnndes questions (pii toucheni \\\\\ inh'rèls et aux droits du proie-

228 EXl'OSITION l)K l'.KIO. lîEAUX-AUTS.

tai'lai; le iiiouveiiient scioiiLilKiiie (|iii,oiilié en |)1(mii (hiiis Tonlio des solutions pratiques, a bouleversé les conditions du travail et même, jusqu'à un certain point, l'aspect du vieux monde, tous ces sujets ont nécessairement a^ji puissamment sur le moral du pajs et, par contre-coup, exercé leurinlluence sur les diverses manifestations de la culture intellectuelle.

C'est la reprise metliodi(jue, ré(julière, définitive du mouvement qui avait accompagné la préparation et l'ahoutissement des événements de 1 8^8.

A ce moment déjà, nous l'avons vu, la littérature avait ouvert la voie. D'une nature plus aisément transformable (|ue l'art, car (die est une interprétation plus directe et plus proche de la pensée, elle assimile toujours assez rapidement les idées ambiantes. Elle n'est pas embarrassée comme l'art pour lutter contre l'obsession des anciennes formes qui s'imposent au\ organes. De même, s'il n'a pas ce don d'évocation spontanée qui appartient à l'image, le livre, par contre, est doué d'une faculté d'expansion qui en lait un moyen de propagande d'une rare efficacité.

Aussi après l'action des romans de Balzac ou de Stendhal qui. selon sa propre prophétie, trouvait enfin son public, le vaste cycle épique et r('^aliste de Zola, les études sagaces. pénétrantes, aiguës de l'humanité contemporaine et des nouveaux milieux qu'elle s'est créés, de ces grands analystes que furent les frères de Goncourt, Flaubert, Daudet, Guy de Mau[)assant, [)0ur ne parler que des moris, et, de même, le théâtre d'Alexandre Dumas fils, tous ces écrits, imprégnés des préoccupations sociales, pénétrés de l'esprit scientifique de leur génération, mus et dirigés, de près ou de loin, par de hauts es[)rits philosophi(|ues ([ui ne dédaignèrent pas, comme Henan ou comme Taine, de s intéresser au\ réalités du jour, ont-ils contribué à répandre et à fixer, dans une forme déjà plus concrète, certaines iuuiges de la vie de notre tenq)s.

Ils reçurent, d'ailleurs, nous le verrons, un a[>point sérieux de la part de la littérature étrangère, du roman russe en particulier où les livres de Tolstoï et de Dostoiewski, très populaires en France,

reprenaient avec un espril nouveau . pins simple et en même temps plus profond, un acceni ('VJin^i^éliqne ponr ainsi dire inconnu. 1 onivre de sympathie pour les humbles, d'intérêt ponr les choses les plus mise'rahles de notre vie (pi'avaient autérienrement entreprise, chacnn de son côté et avec rorij'inalité propre de son génie. Victor Hup;o et Charles Dickens.

Ba«'-h'>t. ("Mil.

FcrdiiHimi Ilrvnr.iVT : M"" Ho|jlun.

La littérature ouvrait ainsi les yeux, des nouvelles générations, mieux préparées par la gravité des circonstances, à comprendre la beauté extérieure et la |>ensée intime du monde réel qui les entourait

et à le contempler avec des yeux plus attenlifs, plus clairvoyants et plus éiuus.

C'est pourquoi le premier et le ])lus noble souci de Fart dans ce dernier quart de siècle a été, jiar 1 elTort de plus en plus étendu d'artistes indépendants, de s'alTrancliir chaque jour des servitudes du passé, c'est-à-dire des conceptions et de la vision des écoles et des académies, pour se vouer à l'expression de plus en plus étroite de notre humanité contemporaine sous tous ses aspects, dans les apparences externes de ses actes et de son milieu, comme dans les aspirations les j)lus intimes de son âme. C'est l'aboutissemeut de l'entreprise tentée au début même du siècle [)ar David et, comme nous l'avons dit, continuée inlassablement par tous les grands maîtres originaux qui ont illustré notre Ecole.

A l'exception de quelques manifestations d'un dilettantisme ])lus ou moins raffiné, témoignages nécessaires, eux aussi d'ailleurs, de certaines velléités dans les mœurs contemporaines, l'art français tend donc à la date où nous sommes parvenus, à devenir de plus en plus un art po|mlaire et expressif, à la fois naturaliste et poétique qui va emprunter de préférence ses inspirations au monde prédominant des travailleurs et voudra s'adresser non plus seulement à un public restreint plus ou moins choisi, mais tenter d'étendre ses enseignements esthétiques ou moraux jusqu'à ceux qui lui ont servi de modèles. Ce serait, par-dessus la tradition implantée chez nous parles grands décorateurs italiens qui ont régné despotiquement en France depuis le xv!*" siècle, comme une sorte de retour à la primitive tradition nationale et, dans tous les cas, comme une remise dans la voie régulière et normale que l'art n'aurait dû jamais abandonner.

Ce passé, d'ailleurs, se prolonge dans la période contemporaine, traversée et ébranlée par les courants nouveaux comme par un fleuve qui charrie des eaux toujours neuves à travers un sol formé de toutes sortes d'anciennes alluvions. C'est pourquoi les dernières survivances des antiques doctrines, les canons des écoles greffées l'une sur l'autre depuis cent ans semblent encore à cette heure debout côte à côte : débris du romantisme et du classicisme, du naturalisme et du

réalisme, et l'impressionisme et le symbolisme, vieilles formules ou noms nouveaux: dont se parent les éternels conflits soit enlie les courants de Fima^jination et de l'observation, soit entre le recours à la tradition et Tappel à la nature, entre le besoin de tutelle et la soif (ralïVanchissement, (jui se coudoient et se heurtent et parlbis même se mêlent ou se confondent en d'étranges compromis.

nascli.'l. .'ilil.

BoNN.VT : Cardinal Lavijjrrie. [Musée du Luxembourg.)

C'est ainsi que nous trouvons encore à IdMivi'e (jnchpies-ims des plus vaillants romantiques. Jules Dupré(^t ^^^9) ^'^ I-fimi (t icSqo). Robert Fleury (t 1890) et Jean (ligou\ (t 1899), Isabey (i 188G) et Gabat (^t 1893J, auxquels il faudrait joindi-e Français (t 1897), Charles Jacque (t 189Û), fournissant tons une carrière particulière-

mentétoiidiie jusqu'à la dernière heure. A cùLéd'euxMeissonier(t i 8() i ) remplit les derniers vingt ans de sa vie d'œuvres dont la plupart viendront accroître sa renommée; de même Rosa Bonheur (f i8f)()) |)Oursuit jusqu'à Tage de soixante-di^-sept ans, dans sa solitude de fîv, le cours de ses compositions accoutume'es; il n'est pas jusqu'à Paul Flandrin (t i9oi)([ui n'atteigne le xx" siècle. De plus, si Corot, Courbet et Millet sont morts dans les premières années de cette période, on peut dire que la mort a servi leur œuvre et que ce quart de siècle leur appartient. Enfin, quelques derniers survivants regardent encore à cette heure passer les générations sans se lasser ni s'affaiblir, tels Hébert, Harpignies et Ziem.

La génération suivante, formée sous le second Empire, subsiste presque entièrement aujourd'hui avec la pluj)art de ses chefs de file. Bien que leur renommée se soit établie au cours de la période précédente, leur carrière a atteint son plus haut point de développement dans ce dernier quart de siècle. Nous retrouvons Cabanel (t 1 889), qui ajoutera à son ancienne célébrité nombre d'exquis portraits de femme pleins de morbidesse et de grâce, ou Paul Baudry, dont la grande anivre décorative qui doit assurer sa gloire va seulement être dévoilée. Ceux-là sont morts, mais voici, toujours jeunes, Léon Gérome et William Bouguereau et, derrière eux, venus à la célébrité aux dernières heures du second Empire, Jules Lefebvre, dont toute la bi'illante carrière de j)ortraitiste serré, sobre et distingué, mêlée, surtout à l'origine, de prétextes à des études savantes de nu, appartient à ces trente dernières années; puis Henri Regnault, dont les (h'buts éclatants étaient pleins de glorieuses promesses et qu'une mort héroïque vint briser en pleine floraison de son talent. Ils seront suivis, plus tard, de Benjamin Constant, qui continue cette brillante tradition, en évo(juant le fastueux passé de l'Orient ancien et les scènes tragiques de l'Orient moderne et dont les facultés d'exécutant robuste et prestigieux s'étaient tournées depuis avec succès vers le portrait, introduisant dans notre Ecole ce goût des maîtres de l'Ecole anglaise dont l'influence se fera de plus en plus sentir aux dernières années de cette période. Puis viendront Fernand Cormon, intelligent historien de nos origines, esprit ouvert, cultivé, portraitiste com[)réhensif et

L\ ITJXTITRE.

savant; Aimé Morol au lal(Mit iniiUiplo, mais (jiii sCst allirnié surtout en des portraits aisés et vivants; Tony-Kolx'ii Mcury, le peintre des Derniers jours do Corinihe, si librciiiciit cl si heureusement renouvelé dans ses l'écents travaux, en des sujets plus proches et plus familiers. De même Ferdinand Humbert, qui |)asse avec succès de tl histoire-, où il suivait pourtant avec éclat la voie de Fromentin, au réalisme distingué de ses portraits conçus, eux aussi, sous Tinfluence la plus aristocratique dOutrc- Manche

nasi-hel, .■•(lit.

J.-l'. L.viriKNS : l-i- |j;i[je vl riinjiii>itL'iu.

D autre part, allirmaiil Iciii' pi'rsoiiiialili' (hiii> un l'appioclicnicnl assez étroit av(u* If lover des réalist(;s. l'écusant comme eux les traditions bâtardes de seconde main pour ivinonlei' directement vers (Uiel- ([ues-uns des mêmes maîtres, nous trouvons L(M)n Bonnat. (pii, élev(' en Espagne, conserve soit à travers ses |)remières études de scènes italiennes, ses souvenirs d Orient, ses scènes (Thistoire. telles sont

Saint Vincent do. Paule, ou son Saint Denis du Pauthéon, ofc surtout à travers la longue série de porti'aits d'hommes illustres et de femmes célèhres par leurs talents ou par leurs charmes qui lui a fait une place à part dans l'Ecole, un culte particulier pour les grands réalistes d'au delà des Pyrénées. S'orientant du même côté, ici, le sculpteur Falguière, dans son œuvre peinte, tels ses Nams (FEspafpie; là, Jean- Paul Laurens, qui a repris la tradition historique de Rohert Fleury, comme lui hanté par un haut idéal moral, et ressuscitant les épisodes tragiques de l'histoire, les luttes de la pensée libre contre le dogme persécuteur avec un art viril, une main hardie, une vision nette et volontaire, éprise des fermes l'éalités; tandis que, non loin de lui, silencieux et recueilli, l'hôte modeste et délicat des blanches églises de village, l'ami des moines pieux d'Assise ou de Saint-Marc, Paul Sautai, continuait, dans une ins[)iration toute religieuse, austère et apaisée, cette même tradition du même peintre romantique de Jane Shore et du Colloque de Poissy.

Plus à l'écart encore, Jean-Jacques Henner poursuit sans s'interrompre son rêve corrégien de blanches nudités dans de profonds |)aysages. Son indépendance à l'égard du présent, son amour des belles matières et en même temps son culte inaltérable de la beauté, le rattachent à la fois aux deux groupes des idéalistes et des réalistes vers lesquels l'attiraient d'égales sympathies. Près de ses idylles suaves qui reprennent mélodieusement l'inspiration antique de Prudhon, ce maître peintre ne se faisait-il pas connaître à l'Exposition centennale par un envoi des plus significatifs que le Luxembourg doit, depuis, à sa bienveillante générosité? C'est le portrait de ce bon curé de village, le nez chevauché par des lunettes, l'œil enserré dans l'orbite, avec un regard vif, précis, volontaire et positif, la lèvre mince, la tête carrée aux muscles fermes. Ce beau morceau d'allure primitive est daté de i855, dix ans avant la Chaste Suzanne, vingt ans avant la petite Naïade qui restera comme un des chefs-d'œuvre de Part moderne. Avant de se tempérer, de s'imprégner du miel blond de Venise ou du lait de Gorrège, ce merveilleux joueur de flûte semble avoir reçu, lui aussi, une éducation robuste et virile au contact plus ou moins lointain, plus ou moins conscient, avec Courbet.

LA PKINTI IJK.

Mais doux (jraiids faits particuliers douiirient celte dernière période et donnent son cai'actèi'e à cette nouvelle e'volution de Tart français: i" dans Tordre iinapinatif, le nionvenient de rénovation de la peintui'e monumentale; 2° dans Tordre de Tobservation, le dévelop[)ement de la peinture de paysage sous (les aspects fout à fait inédits qui auront une influence générale sur l'Ecole entièie.

Sur ce premier point, la renaissance de la peinture monumentale, deux hommes furent Tâme de ce mouvenjent : Pu vis de Gha vannes et Philippe de Ghennevières.

Basrlicl , nllt.

llKNNF.n : Idylli

Si Ton se reporte au\ dernières années du second Empire, la peinture décorative somnolait dans une profonde léthargie. Depuis Delacroix, depuis Ghassériau, depuis Hippolyte Flandrin, de[)uis les grands travaux du Palais-Hourbon, du Sé'ual, de la Gour desGom|)tes, de quelques églises comme Saint-Sulpice, Saini-Vincent-de-Paul on Saint-Germain-des-Prés, on navait plus guère tenté d'ed'ort sérieux. A part THôtel de Ville où Gahanel coiHpK'iait ses premiers lauriers, et TOpéra dont Tœuvre se consommait eu silence, seules quelques cha|)elles étaient ornées de peintures (pu iTétaient guère conçues autrement que comme îles grands tableaux de che\alel

Deux grandes exceptions à cette règle préparèrent doucement le

238 i:.\l>()SITl()\ DE l'JUO. — BEAUX-AllTS.

renouveau (Kk'orallf: Puvis de (lliavcinnesavec son admirable ensemble J'Aniiens qui, saulhi dernière conjposition datée de icSH^î, a été exécuté snccessivenient entre i8()i et iSGy, avec ses décorations de Marseille (1870) et de Poitiers (1876); lîaudry avec son plafond du loyer de 1 Opéra, commencé en 186G, mais (jui ne lut connu (ju'en 1 87^1.

Il a (''!('' |)(Mil-èti'e trop de uiode depuis (|uel(|ues années de dnnjnuer la ligure de Bandi-y. Les inquiétudes toucbanles, les nobles tourments (jui portèrent tour à tour son esprit troublé par les plus liantes ambitions soit vers la tradition, soit vers la nature, soit vers les maîtres écoutés du j)assé, soit vers ces insurjjés que les grands prêlres de la tradition recommençaient à mettre au ban de l'art, toute cette anxiété qui mérite notre respect comme une marque d'intelligence libre et de conscience loyale, on l'a trop facilement retournée contre l'artiste pour en faire le représentant incertain d'une sorte d'académisme mitigé. Sans doute cette fièvre et ces scrupules n'ont j)as permis à sa personnalité de se déterminer fortement dans un type précis comme nous apparaissent les figures foncièrement originales. Sans doute il n'a pas ouvert aux générations suivantes une route encore inexplorée vers des borizons inconnus. Mais il n'en est pas mcins vrai que sa grande œuvre décorative compte comme un des événements les plus importants de notre époque. Ce fut, écrit justement un de ses biographes, M. G. Lafenestre^'^, rrau sortir de nos malheurs, l'une des manifestations intellectuelles de la vitalité nationale qui eurent le plus grand retentissement à l'étranger ^7. Ces trente-trois peintures du foyer de l'Opéra, d'une allure élégante et fière, où le maître avait répandu le plus pur de l'esprit décoratif des magnifiques couvreurs de muradles de la Renaissance italienne , apparaîtront sûrement un jour comme nue des manifestations les plus représentatives de l art au xix" siècle. Car, à travers tous les souvenirs, pourtant si intimement assimilés des maîtres, on découvrira, comme nous l'avons découvert chez Boucher, chez VVatteau ou chez Fragonard, dans la grâce pi(piant(» et la désinvolture de ces divinités |)arisiennes qui ont

''' La tradilion dans la peinture française. Paul Baudry. p. i 69.

LA PEINTLRE.

conquis rOlympe, celte «préoccupation de la vie, de la vie actuelle et de la beauté contemporaine 77 ■').

Dans cette donnée italieilne de (p-ande décoration, Baudry avait près de lui un camarade et un émule. Plus sa^e, moins hardi, moins expressif, moins personnel, mais savani et distingué, V.-P. Galland

E. Lc'v, cdll.

Henner : Un (iuiv. [Miiséi- du Lu.rewliourjif.

maintint du moins par ses travaux et son enseignement métliodupie les bonnes traditions de science et de goiit qui sont IVimc de la décoration. Ils laissaient, tous deux, b'ur mission à continuer à un successeur, peintre également de science, de goût, d'érudition et, à foccasion, d'émolion fine et discrète, Luc Olivier Merson qui procédait à de p-rands travaux décoratifs liaruionieusement conçus (déco-

C' La iradiliondaiis /(i pcinlure Jnntrnisr. l'juil lîjmdi'v,!). 170.

:2/rO EXPOSITION DE 1900. — J5EAUX-AUTS.

ration du Palais tie Justice, de THôtel de Ville, de rOpéra-Comique) el qui s'était fait connaître é^jalement par de petits sujets religieux ou lég^endaires ingénieusement émus, au milieu d'un décor intelligent de nature, entre Bastien Lepage et Cazin. (^Le loup (VA^rublno, Le repos en Egypte, Saint François d'Assise prêchant aux poissons, etc.)

Pour en revenir à la décoration de l'Opéra, dans laquelle s'illustrèrent encore Delaunay. Boulanger et Lenepveu dont le plafond pour la salle de spectacle, — comme aussi sa décoration du théâtre d'Angers, — constitue l'œuvre la plus remarquable et la |)lus justement atlmirée,on peut dire qu'elle fait date dans l'histoire de la peinture monumentale en France; elle réveilla le goût des artistes, l'intérêt du public et ratlention de l'administration sur cette forme la plus haute de l'art pictural.

Justement alors ([uelques esprits éclairés se préoccupaient avec ardeur de relever le sens du goût dans nos industries artistiques en prenant exemple sur le grand courant d'enseignement et de propagande savamment organisé à l'étranger, notamment en Grande-Bretagne. Nous aurons l'occasion d'y revenir dans un autre chapitre. La j)einture décorative reçut le contre-coup de ce souci élevé. Le marquis Phili[)pe de Ghennevières, directeur des Beaux-Arts, eut l'ambition, en prenant possession de ce poste (i 87/i- 1 8-79), de la relever. Dans ce dessein, il résolut d'établir un de ces grands concours entre les tnaîtres les plus illustres, tels que ceux qui avaient si v-ivement stimulé le zèle des artistes de la Benaissance italienne. Un monument se prêtait à cet essai ])ar ses formes architecturales et par sa destination : le Panthéon, laissé intact par l'avortement du projet Ghenavard et sa restitution au culte catlioli([ue. Philip[)e de Ghennevières chargea l'élite des artistes de décorer les parois de ce temple consacré aux grands hommes mais replacé sous le patronage de sainte Geneviève, patronne de Paris, de panneaux relatifs à certains faits de l'histoire de France, s'accordant avec le nouveau caractère religieux de l'édifice. Une douzaine de [peintres parmi les plus célèbres furent choisis avec un libéralisme qui comprenait les talents les plus divers et les plus opposés : Millet ou Meissonier, — l'un qui refusa, l'autre qui n'aboutit pas, — Gabanel ou Puvis de Ghavannes.

ÎH^% WWWW^iiWW^iUmÉ: \i;WWWlë^

BiiDRï : Toi-psichore. (Foyer de l'Opéra

UZ

Ce lui ce dernier maître qui entra le premier en lice (i 878-1 879). (Je même que cest lui qui vint clore ce [ji-rand concours viri^t ans après, en i8(j8, avec le BamiaUlcinmt de Paris.

Ses panneaux de l'Enfance de sainte Geneviève , si vivants et si lointains, si e'mus et si vrais, dans leur charme naïf de légende populaire, au milieu de leur clair paysage parisien au ciel un peu voilé, produisirent sur les contemporains une impression profonde. Jusqu'alors

Plvis dk (Jhavan>es : Liuliis pi-a palria (IVaifiiiont).

méconnue, discutée, outragée même stupidement, cette grande figure simple, souriante, dans sa grâce austère et virile et dans sa sérénité un peu mélancolique, exerça dès lors un prestige chaque jour grandissant sur les jeunes générations. Ses immortels chefs-d'œuvre d'Amiens (Ludus pro patria, 1 88 1-1 882), de Lyon, de Rouen, delà Sorhonne, de l'Hôtel de Ville, de la hihiiothèque de Boston, ses dernières compositions du RavitaillemenI de Pans et de la vieillesse de sainte Geneviève ceillant sur In ville endormie, entretinrent jusqu'aux jours extrêmes de ce siècle, avec le sentiment des haules conceptions monumentales, le culte de l'idéal le plus élevé.

2lià EXPOSITION DE 1900. — BEAUX-ARTS.

Élève de Coulure, de reuseignemeiit de qui l'ou sent des traces dans ses ouvrages de jeunesse, quoiqu'il n'en voulut poinl convenir, très impressionné au début par Delacroix, par Courhet et, dans le passé, parles vénitiens ou encore les décorateurs de Fontaineblean, sa personnalité se précise à travers la voie de Gliassériau, qu'il suit de très près dans ses premières décorations d'Amiens et jus(|ue dans celles de Marseille. Se dégajjeaut peu à peu de ces diverses influences, il trouve son chemin en remontant jusqu'aux primitils florentins et de préférence même à Giotto, auipiel il demande le secret de ses compositions si logiques, si simples, si émouvantes, de sa mimique si vraie, si naturelle et si expressive. Car ce qui dominera dans l'œuvre de ce ji-rand artiste, ce en (juoi il aura exercé sur l'Ecole française une salutaire influence, c'est son culte profond de la vérité — non point, certes, de l'exactitude littérale, mais de la vérité artistique, de la vraisemldance et de la raison. Tl a tenté de réagir, et par son œuvre et par ses conseils, contre les détestables errements implantés chez nous à la suite des italiens grandiloquents du xvf siècle, préoccupés du beau geste arrondi, de l'allure noble, des déhanchements élégants, chez lesquels toutes les figures ont des airs dansants de personnages de ballets. La magie de son paysage expressif, dont les harmonies renforcent la signification des figures, son sentiment si profond de la nature, et non seulement de sa poésie et de son charme, mais de ses lois, font que l'action de Puvis de Chavannes s'est encore exercée sur la jeunesse dans un sens naturaliste, parallèlement à l'influence de Corot, de Millet, de Courbet et de leurs continuateurs.

Il a été une des plus grandes figures du siècle et peut-être la plus grande de ces trente dernières années. Il est le type le plus complet de l'idéalisme français contemporain. Issu, par l'intermédiaire de Chassériau, de la fusion des idéals de Delacroix et d'Ingres, sa personnalité propre s'est tellement affranchie de ces origines qu'elle contraste même étrangement avec celle de l'un ou de l'autre de ses grands devanciers. Il n'a point, et ne veut point avoir d'ailleurs, la puissance tumultueuse d'orchestration et d'expression du premier; il n'a point — et dédaigne à la- fin — la pureté mélodique, la splendeur plastique de l'autre. S'il est permis de faire quelque comparaison,

la peinture est pour lui, comme la musique pour Wagner, non point le but eYclusil el désintéressé, mais le plus haut moyen d'expression de son rêve.

Ba'^clicl . iViit.

J.-P. Laurens : Sainf Jean (iliiysostome.

Il passe une partie de sa vie à se débarrasser de tous les artifices d'école, à se dé|)ouiller de toute velléité plus ou moins consciente de virtuosité ou de dilettantisme. 11 a lioii-eur de tout dandysme artistique, il n'a nul besoin de coquetterie d'artisan: il na [)his qu'une préoccupation obsédante, nous mettre tace à face avec le spectacle meiveilleux de sa vision intérieure. Les moyens (pi il emploie sont, en apparence, et de jour en jour davanta{je, de la plus extrême simplicité et il n'est peut-être pas d'art plus consommé.

A l'époque de sa maturité, il décomposait son travail en deux opérations successives, à chacune desquelles il attachait une importance distincte. Pour en expli([ii<'r liii-inènK^ le mécanisme, il avait coutume de dire que ses compositions étaient coiu'ues comme un véritable opéra musical, formé du poèuK^ dranialiipie (rune part, de la musirpie

us EXPOSITION DE 1900. — BEAUX-ARTS.

de l'autre, mais inclissohiblenieiU unis par le ^éiiie de rarliste. rrLe carton c'est le livret, disait-il, la couleur c'est la musique. w Et ce dessinateur, si violemment discuté lui aussi, ce prétendu improvisateur, écrivait-on de lui comme on écrivait de Delacroix, consacrait à l'ordonnancement de la composition, à la préparation de chacun des éléments du dessin, suivant sa propre évaluation, à peu près les dix douzièmes du temps que lin nécessitait l'entreprise tout enlière. Il laiit avoir [)arcouru toute la série des recherches préliminaires d'une de ses décorations pour se rendre compte à (piel poiut cette nature spontanée, ce voyant, procédait par calcul, par éliminations successives, par sacrifices continus, pour arriver à l'exposition snnple et claire de cette vision pourtant vivante dans la |)rorondeur de son être. C'est (ju'il savait que les conditions de l'art ue sout point celles de la vie et qu'il faut à Farlisle autant d'esprit d'al)né<);atu)ji (pie de science et de talent pour arriver à réaliser cette imposante unité cpii seule assure à l'œuvre sa puissance d'imj)ression et d'émotion.

Pour s'attacher à ce qu'on appelle spécialement le drmn, il aurait pu, lui aussi, l)riller par la recherche de qualités graphiques, de scieuce anatomique, et fournir, à son tour, comme tant d'autres, de ces beaux morceaux d'exécution et de bravoure qui remplissent les cartons des musées. Les admirables sanguines pour les premières décorations d'Amiens, conservées au Luxembour^^, nons prouvent ce dont il citait capable à ce point de vue plus conforme à nos habitudes. Mais plus il avance dans sa carrière, plus il se sent en mesure de traduire de plus près sa pensée artistique, plus il se dégage de ces subsistances de compréhension traditionnelle pour représenter les apparences de la vie, mais dans ce qui constitue la vie même : c'est-àdire pour les corps, en déterminant exactement les proportions, les volumes, les rapports des membres, leurs attitudes, leur mimique et, par-dessus tout, la valeur expressive de tous ces éléments, avec une écriture lil)re, hardie, résolue, sous son aspect parfois fruste, gauche ou abrégé, constituant ainsi un vocabulaire inédit de termes singulièrement éloquents à l'usage de cette langue enchanteresse.

Cette puissante signification du poème, du rr livret?:, qui vous prend en s'adressant aux facultés les plus hautes de votre pensée, de votre

F.. U\\: .Nlit.

Puvis i)K (liiAVANNKs : L'onfaticc de saiiile Goneviève. {l'antliiiun.)

raison, est complétée comme par la magie pénétrante des accenis musicaux, par le charme subtil et caressant, l'action spontanée, sensuelle et enveloppante de la couleur. Car Puvis de Chavannes est bien le plus délicat, le plus insinuant et le plus rare musicien. Revenu depuis longtemps des harmonies orchestrées de l'école vénitienne ou de 1 école romantique, il se rapprocherail |)Iutôt du parli |)ris d'Ingres, suivant 1 observation que nous avons déjà faite, par rem|)loi des larges teintes localisées à re\em[)le des grands fresquistes, si le choix des tons rares, variés, suggestifs, si leurs rapports exquis, leurs accords imprévus, ne rappelaient pas exactement le charme de certains kakémonos japonais aux à-plats tendres et harmonieux.

Puvis de Ghavannes a toujours passé pour une figure exceptionnelle, et ses plus fervents admirateurs ont admis que. pas plus que Delacroix, il ne pouvait susciter d'élèves. 11 est vrai que ses imitateurs ont si singulièrement dénaturé ses principes décoratifs et ses méthodes de technique que cette assertion peut paraître n être point hasardée. Ce n'est donc pas parmi ses élèves réguliers qu'il faut chercher sa continuation. Mais son prestige s'est exercé, à ditférents points de vue, sur toute l'école. Toutefois, ce n'est qu'à cette heure, alors qu'on peut la juger dans l'ensemble et qu'on en perçoit déjà les effets indirects, qu'il est possible de considérer son œuvre dans la tradition supérieure de l'art français. A ce titre la figure originale et singulière de Puvis de Chavannes, avec sa saveur archaïque d'arrière-petit-neveu des primitifs de Florence auxquels il se rattache par son naturalisme poéti(jue, apparaît bien pourtant, par son amour ardent de la vérité, sa simplicité, sa méthode, son jugement, sa clarté, ce juste équilibre d'imagination, d'observation et de raison, comme un des représentants les plus caractéristiques du génie français. Après Millet, avec lequel il n'est pas sans quelque parenté, l'un tirant toute sa poésie de la réalité , l'autre exprimant par la réalité la poésie propre de sou âme, tous deux, esprits à la fois réalistes et philosophiques, sont les plus dignes continuateurs de la grande tradition de Poussin.

A côté du Panthéon, d'où partit toute l'impulsion première, Philippe de Chennevières avait trouvé (Vautres murailles à décorer : le Luxembourg, la Légion d'honneui'. le Conseil d'Etat. Ses successeurs.

et surtout le dernier, ne méconnurent point cet exemple et ne faillirent point à ce devoir. Cette émulation enthousiaste entre les plus illustres maîtres de ce temps porta ses fruits. Tous les édifices qui se dressèrent, les uns se relevant de leurs ruines, les autres nouvellement éclos pour de nouveaux besoins : palais, mairies, écoles, théâtres; voulurent à Tenvi placer sur leurs parois de grands souvenirs ou de hautes leçons. Les travaux du Palais de Justice, de la

Sorbonne, de THôtel de Ville, de l'Ecole de pharmacie, du Muséum d'histoire naturelle, de l'Opéra-Gomique, etc., témoignent du magnifique épanouissement de cette renaissance de la peinture monumentale. Tous les talents y ont concouru depuis vingt ans, peintres dhistoii'e, ])ortraitisles, fantaisistes, peintres de la vie réelle, paysagistes : J.-P. Laurens et Benjamin Constant, Bonnat et Cai'olus Duran, Cormon et Humhert, Joseph Blanc et Luc Olivier Merson, Boll et Gervex, Besnard et Carrière, Harpignies et Pointelin, Rapha('l Collin et Albert Maignan et Henri Martin. . . On ne poui-rait les nommer tous. Et la province, d'où est parti jadis le branle, s'effoi'ce de continuer ce mouvement ([ui, aujoui'd'hiii , ne commence à décroître que faute d'occasion de se manifester.

XIÏ

CARACTKRISTIQUES DK CETTK DK^MÈRE PERIODE (^SUITe) l a" DEVELOPPEMENT DE LA PEINTURE DE PAYSAfiE ; SUITES DU ROMANTISME ET DU NATURALISME ; IMPOR- TANCE DE CE GENRE DANS CETTE DERNIERE PERIODE ET INFLUENCE QU'IL EXERCE SUR LES AUTRES MANIFESTATIONS DE L'ACTIVITE ARTISTIQUE. — L'IMPRESSION- NISME, — HISTOIRE DU CROUPE impressionniste; un atelier auj batignolles;

PREMllllRES expositions; LUTTES, PROSCRIPTIONS ET REHABILITATIONS. — LA COLLECTION CAILLEBOTTE. — EDOUARD MANET. — CLAUDE MONET ; SES MAITRES: BOUDIN ET JONGKIND. — CEZANNE; SISLEY. — PISSARO; LE POINTILLISME, SON INVENTEUR, SES ADEPTES. - AUTRES PAYSAGISTES ! LEPINE , GUILLAUMIN, LEROURG. — LES PEINTRES DE FIGURES : EDGAR DEGAS; A. RENOIR; LEURS ÉLÈVES. — BERTHE MORIZOT, MARY CASSATT, G. CAILLEBOTTE. — RUT DES IMPRESSIONNISTES; LEUR APPORT À L'ART ET LEUR INFLUENCE.

Tandis que l'étude de la figure humaine progressait chaque jour dans un sens puissamment réaliste, le paysage, de son côté, se développait activement.

A côté ou à la suite des grands romantiques ou des chefs du naturalisme piillulaienl dt^à une foule de figures, secondaires pour la marclie de Ihistoire, mais dont plus d'une présentait en elle-même un intérêt (jue nous ressenlons mieux aujourd'hui. Ici, près de Rousseau , c'est Charles Le Roux, chez qui le grand romantique exécuta, en Vendée, quelques-uns de ses plus importants ouvrages, entre autres celle fameuse Allrc de rlidtaifpners. rendue plus fameuse par son

Hevue de l'Art ancien et moderne.

Fantin-Latoi R : Un atelier aux Baligiiolles. (Musée du Ln.rembourg.)

exclusion du Salon. Le Roux était déjà très estimé de son temps et Thoré, qui s'y entendait, le mettait en bonne place. La vie publique, on sait qu'il fut longtemps député, l'indépendance que lui donnait une belle fortune, l'avaient fait un [)eu oublier. LEx[)osition universelle et le Luxembourg se sont entendus pour ressusciter cette personnalité de second plan, sans (hiute. mais qui n'est ni sans puissance ni sans originalité. Près de Jules Dupré, c'est Victor Dupré, son frère, c'est Auguste Roulard, aussi bon peintre de figures que pavsagiste, car c'est une des caractéristiques de ce moment et de ces milieux que

25A EXPOSITION DE lUOO. — BEAUX-AUTS.

rallVaiicliisseiUL'iil de la spocialisalion dans un [J^enre. La [)luj)arl îles premiers réalistes comme Jeanron, comme les tVères Leleuv, comme Servin, comme Bonvin même, e'tudièrent constamment soit à part, soit associés, la nature et l'homme. Boulard touche aussi à Daumier dans ses fleures de [>êcheurs ou ses portraits, modelés en si fortes pâles, en si belles coulées comme si ce vaillant brosseur de toiles eût connu les peintres anjjlais. C'est ensuite Allemand, de Lyon, et dans cette ville singulière d'industrie et de négoce ([ui a produit tant d'artistes si divers, les figures curieuses de l'aquarelliste Ravier qui a les flamboyantes colorations d'un Turner; Vernay, un peu sommaire dans ses paysages aux grandes lignes architecturales, mais si charmant colorisledans ses natures mortes. C'est Grenier; ensuite c'est, entre Troyon et Millet, Charles Jacque et ses moutons et ses coqs et ses pourceaux, Jacque dénommé le Raphaid dos cochons; c'est Jadin et ses chiens; c'est Belly (|ui s'était montré déjà comme un orientaliste de grande envergure avant de chercher les rousseurs des soleils couchants sur les chênes delà Sologne. C'est Anastasi,c'est Coignard, c'est Le Poittevin, c'est Lambinet, c'estLavieille; puisc'està la suite de Courbet, Guigou, ce singulier Provençal, inconnu tiré aujourd'hui même de l'oubli par l'Exposition centennale et par le Luxeml)ourg; c'est aussi, entre le maître d'Ornans et Delacroix, Gustave Colin, voué au pays basque, à la suite de Roqueplan et des frères Leleux, comme eux paysagiste, peintre de mœurs, portraitiste; ailleurs, Joyant avec ses aquarelles de Venise, Justin Ouvrié et ses vues de châteaux, et bien d'autres noms qu'un tableau moins sommaire de notre histoire contemporaine aurait le devoir d'enregistrer.

Mais les véritables événements qui marqueront de nouveau révolution du paysage au cours du xix*" siècle, vont se [)roduire justement au début de notre dernière période. A ce moment le paysage va prendre nue telle j)lace dans l'école qu'il la vivillera peut-on dire tout entière et que la ligure humaine lui emj)runtera, sans pouvoir plus guère s'en passer, des accompagnements harmoni([ues qui doubleront sa puissance expressive et compléteront sa signitication. C'est ainsi que dans les genres de la peinture dite de style, dans la peinture monumentale ou dans la j^einture religieuse, le paysage sera un defs plus actifs moyens

(le charrue et de [)ersuasioii, comme par exemple chez Puvis de Chavaniies ou chez Gazin; qu'il pénétrera chacjue jour les formes les plus étroites de l'art scohiire et que cette association constante du paysage à hi figure, de la nature à Fhonime peut être considérée comme un des caractères les plus distinctifs de la période artistique qui a clos le siècle.

iascliel , édil.

Degas : Un comptoir de colon à la Nouvolle-Urléans. [Musée de l'au.]

Des aspects divers qu'ont pris l'étude et la contemplation de la nature à cette date, le plus original, le plus significatif, celui qui a eu le plus d'importance sur les destinées futures du paysage est ce ([uOn a appelé ï impressionnisme.

Je ferai grâce ici de toutes les discussions qu'a soulevées ce mot et je n'essayerai pas de chercher à déterminer sa valeur exacte. Ce vocable, qui a pris une acception aussi large et aussi détournée de son sens primitif (|ue jadis les ternjes (1^3 rnmanliame ou de réalisme , est un simple qualificatif jeté [)ar un adversaire dans le cimihat et ramassé.

en signe de défi, partout un groupe d'artistes, bien qu'il ne s'ap[)]iquat sti'icternent qu'à la minorité d'entre eux.

(Jiiel était ce groupe et quelles étaient ses doctrines, si tant est (|u'il possédât un corps de principes communs à tous ses membres?

Ce groupe, c'était simplement une réunion d'artistes attirés l'un vers l'autre par les mêmes raisonsqui avaient jadis rassemblé sous la mêm(^ bannière romantiques ou réalistes : c'est-à-dire un égal besoin d'indépendance, un esprit commun de protestation contre la domination des académies et la production scolaire qu'elles engendrent comme contre la pédagogie traditionnelle et routinière qui fausse la vision des jeunes artistes. Leur rencontre avait été facilitée pour quelquesuns par les hasards heureux des camaraderies d'atelier.

Leur premier acte date de 187/1, ^^'^^^ ^^^^^ groupement, sans avoir alors de but [)ratique et déterminé, avait commencé à se former cinq ans auparavant. C'est en 1869, en effet, déclare M. Claude Monet, dans une interview autobiographique prise par M. Thiébault-Sisson^*^, qu'il connut Manet. Celui-ci l'invita à venir le rejoindre tous les soirs dans un café des Batignolles où ses amis et lui se réunissaient : rrj'y rencontrai, dit-il, Fantin-Latour et Cézanne, Degas qui arriva peu après d'Italie, le critique d'art Duranty, Emile Zola, qui débutait alors dans les lettres, et quelques autres encore. J'y amenai moi-même Sisley, Bazille et Renoir 77. Monet, en effet, avait connu ces trois derniers camarades à l'atelier de Gleyre où il travailla quelque temps. rcRien de plus intéressant, ajoute M. Claude Monet, que ces causeries, avec leur choc d'opinions perpétuel. On s'y tenait l'esprit en haleine, on s'y encourageait à la recherche désintéressée et sincère, on y faisait des provisions d'enthousiasme qui , pendant des semaines et des semaines, vous soutenaient jusqu'à la mise en forme définitive de l'idée. On en sortait toujours mieux trempé, la volonté plus ferme et la pensée plus nette et plus claire ?5. C'est qu'en effet le temps des épreuves commençait pour les plus jeunes, assez favorablement accueillis jusqu'à ce jour sur des ouvrages par lesquels ils se rattachaient à des traditions connues, mais qui suscitaient autour d'eux plus d'hostilités à mesure qu'ils s'en dégageaient plus ouvertement.

''' Le Temps, 2 G novembre 1900.

LA PELNTLRE.

C'est le inoiuerit où a été' [)eint le tableau de Fantin-Latour, Un atelier aux Batignolles. La guerre vint, qui arrêta tout essor, amena la dispersion et creusa des vides. Des personnages représente's |)ar Fantin, le pauvre Bazille ne revint plus, couché sur un de ces chani[)s de bataille où tombait également Henri Regnault. Otto Scholden^r, un de ces nombreux Allemands établis en France, ne pouvant choisir entre sa patrie naturelle et sa patrie d'adoption , se réfugiait à Londres.

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