CHAPITRE PREMIER
Piemieis édita réformateurs de JosepL II. — Le séminaire général. ^^ Troubles dans cet établissement. — L'archevêque de Malines mandé à Vienne. — Organisation du pays sous les rapports administratif et judiciaire. — Diplômes du 1«' janvier 1787. — Appréciation du système de Joseph II. — Opposition des Etats du Brabant. — Concessions des gouverneurs généraux. — Edits de surséance. *— Van der Noot et le comité des volontaires. — Députés belges mandés à Vienne. — Détails et résultats. — Les Préalables inditjsensables, -^ Leur exécution.
Comme tous les princes engagés dans de mémorables évéâe* ments, le fils de Marie-Thérèse a été fort diversement jugé. Vivement attaqué par les uns , non moins vivement défendu par les autres, il n*a pas vu le silence se faire sur sa tombe, et son nom est resté un drapeau tour à tour salué ou honni par les partis qui nous divisent encore. Il serait injuste de lui refuser un esprit élevé, Tamour du travail, l'application aux affaires, des intentions droites, des goûts modérés, une grande simplicité de moeurs, l'horreur du faste et de l'étiquette, sentiment sérieux quoiqu'il n'ait pas toujours été exempt d'une certaine affectation ; on ne peut non plus méconnaître son désir sincère de rendre heureux les peuples soumis à sa domination ; seulement il voulait qu'ils le fussent à sa manière, par des moyens qu'il tenait pour bons, et que ses contemporains ne jugeaient pas toujours de même. Puis , disons-le
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sans hésiter, Textension de son autorité fut le mobile d'une partie de ses actes, sans que peut-être il s'en rendit bien exactement compte. Il voulait le pouvoir non pour tyranniser, mais pour forcer ses sujets à suivre la voie qu'il leur indiquait , et qu'il croyait la seule propre à assurer leur bonheur. Au lieu de tendre à l'unité politique, ses rêves d'uniformité avaient pour unique objet de rendre plus facile et plus rapide le jeu des rouages administratifs. Il a été «le grand promoteur de ce qu'on a de nos jours appelé la bureaucratie, ce chancre des États modernes, libres ou non, qui ne cesse de grandir, et qui, s'il n'est arrêté, finira par tuer toute initiative et toute émulation. Au défaut d'esprit de suite et de persistance, à l'absence de connaissances pratiques, Joseph II joignait une impétuosité de caractère qui l'avait déjà entraîné dans de fausses démarches, et qui allait lui susciter de poignantes humiliations. Dès son avènement en Belgique, il commença par accumuler édits sur édits; à voir son empressement , on eût dit que , pressentant la brièveté de son règne, il se croyait responsable envers la postérité de l'inexécution de ses projets. Ses premières réformes furent toutes religieuses.
Nous signalerons l'édit du 13 octobre 1781 , sur la tolérance ; celui du 28 novembre 1781, qui plaçait les ordres monastiques « dans une indépendance complète et absolue de toute autorité « étrangère; » celui du 5 décembre 1781, qui défendait de s'adresser à la cour de Rome pour obtenir des dispenses , et qui ordonnait aux évêques de les délivrer ^; celui du 17 mars 1785, qui déclarait l'intention où était l'Empereur de supprimer certains monastères et d'en consacrer les revenus « à un usage plus
< utile et plus intéressant que celui qui en avait été fait jusqu*a-
< lors; » celui du 24 novembre 1783, qui défendait de placeter les provisions délivrées par la cour de Rome en matière de bénéfices ecclésiastiques, et d'admettre une autre juridiction que celle
1 II faut joindre à cet édit celui du 13 mai 1786, qui contenait une sanction et déclarait nuls les mariages contractés à l'étranger.
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de révéque et du métropolitain; celui du 28 septembre 1784, qui faisait du mariage un contrat civil; celui du 16 juin 1786, qui établissait le concours pour les bénéfices-cures.
Le premier de ces édits se justifie de lui-même; il souleva cependant de vives réclamations qui s'expliquent par le caractère exclusif du catholicisme, par la prépondérance qu'il avait exercée jusqu'alors en Belgique et dans la plupart desËtats de l'Europe ^ Il faut en dire autant de celui qui tendait à faire prévaloir, en matière de mariage, les principes admis par les lois qui nous régissent aujourd'hui. Les autres édits tendaient à soustraire le clergé à l'autorité de Rome, pour le soumettre à l'autorité laïque, système auquel on a méchamment attribué une couleur de protestantisme , quoiqu'il n'entrât pas dans les intentions de Joseph II, prince sincèrement catholique, de toucher au dogme. Dans quelques-uns de ces édits le pouvoir temporel empiétait sur le spirituel; mais la séparation de l'État et de l'Église, n'était pas proclamée alors, et l'Église, qui avait elle-même réclamé l'intervention de l'État, qui ne s'en était pas plaint tant quelle avait été favorable à ses prétentions, subissait les conséquences de son propre fait.
Emporté par la manie de réglementei^ Joseph II compromît même sa dignité de législateur : nous citerons l'édit du 8 avril 1786, qui abolissait toutes les confréries, et les réunissait en une seule : la confrérie de l'amour actif du prochain^ avec Jésus- Christ pour patron; celui du 10 mai 1786, qui intervenait dans la police des processions et des pèlerinages. Parfois le monarque
* Les idées des catholiques de ce temps sur la tolérance, sont développées dans une brochure du jésuite Dudoyart, et intitulée : Lettres d'un chanoine pénitencier^ delà métropole de... à un chanoine théologal de la cathédrale de... Cette brochure a eu plusieurs éditions. On trouve, dans la première partie du deuxième Recueil de Feller, les représentations du clergé contre les édits de tolérance. Cette collection, à laquelle nous renverrons plusieurs fois, se compose, avec les suppléments, de dix-huit volumes ou Recueils ; elle porte pour titre générai : Recueil des représentations, protestations et réclamations de tous les ordres de citoyens, etc. On y trouve la plupart des pièces relatives aux événements de 1787, 1788 et 1789, et plusieurs relatives aux événements de 1790.
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semble avoir voulu tourmenter le peuple dans ses habitudes et dans ses plaisirs, et cela sans profit, uniquement par passion de Tuniformité : tel est Tédit du 11 février 1786, qui voulait que nos antiques kermesses, si populaires surtout à la campagne, se célébrassent toutes le même jour.
L'établissement du séminaire général, par Tédit du 16 octobre 1786, mit le comble au mécontentement du clergé. A Tave* nir, il était défendu d'ordonner les jeunes gens qui n'auraient ps» foit cinq années de théologie au séminaire général de Louvain, ou au séminaire filial de Luxembourg. Les séminaires épiscopaux étaient supprimés et convertis en presbytères, où les candidats du sacerdoce devaient, leurs éludes terminées, se retirer pour se former à leurs nouvelles fonctions. Joseph II alléguait pour motif le désir de préserver ces jeunes gens de la corruption , et de leiâr donner une instruction solide. Le clei^é belge ne brillait poiot par la science; mais ses mœurs, en général, étaient régulières, et cette injuste méfiance devait l'indisposer.
L'empereur recommandait l'exécution immédiate de sou édit, et le clergé, qui n'avait pas encore essayé de son influence sur l'opinion, se soumit après avoir inutilement réclamé (novembre). Un seul évêque, celui ^e Namur, persista dans sa résistance; les autres envoyèrent leurs séminaristes à Louvain. Ils y étaient à peine arrivés , qu une émeute éclata. Pour organiser le personnel d'un établissement repoussé par l'ordre même auquel il devait servir de pépinière, le gouvernement avait été fort restreint dans ses choix; plusieurs professeurs étaient signalés, les uns par leurs doctrines hasardées, les autres par la licence de leur conduite ou la brutalité de leurs manières. Leur position était difficile; ils la rendirent plus difficile encore par l'abus qu'ils firent de leur autorité, au risque de compromettre toujours davantage le prince qui leur avait accordé sa confiance. Bientôt l'émeute prit de telles proportions, qu'il fallut envoyer des soldats pour la réprimer. On arrêta quelques meneurs; mais, au bout de peu de jours, les poursuites judiciaires furent abandonnées, et les jeunes prisonniers mis en liberté; ils étaient exclus du séminaire