‹ Histoire des Belges à la fiun du XVIIIe siécleChapitre 10 sur 23 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

satioD des volontaires fut, parait-il, le résultat de Tinfluence qu'il exerçait déjà ^

Il existait à Bruxelles cinq corporations appelées serments, espèce àe garde bourgeoise chargée, au besoin, de défendre la ville. Van der Koot entrevit là des moyens de résistance dans une lotte qui semblait imminente; car telle était la situation du pays, qn'il suffisait d*une étincelle pour y allumer un vaste incendie. Mo d'éviter le reproche d'innovation fait à Joseph II, on prétexta riosuffisance de ces compagnies, et un comité se forma (4 juin), poor recevoir les engagements de ceux qui voulaient se faire agréger aux serments. Les engagements arrivèrent en foule, et bientôt se formèrent , avec l'assentiment de l'autorité municipale, deox bataillons qui eurent des chefs , un règlement, un uniforme, et qui prirent la cocarde aux trois couleurs brabançonnes. L'exemple fut suivi dans les autres provinces; en peu de temps, la Belgique se couvrit de compagnies de volontaires, organisées sur le modèle de celles de la capitale. Ce devait être le noyau d'une armée nationale, si le peuple était obligé 'de défendre par la force ses institutions menacées. Les États de Brabant prirent une attitude également révolutionnaire, en jetant les bases d'une confédération semblable à celle qui fut adoptée deux ans plus tard , et en faisant des démarches pour obtenir l'intervention de la France.

Au milieu de ces préparatifs de résistance, arriva une dépêche de Joseph II (3 juillet); elle respire un sentiment assez oatorel d'irritation : l'Empereur défend ses intentions; il consent à tenir suspendue l'exécution de ses derniers édits, jusqo'à ce qu'il se soit concerté avec les gouverneurs généraux et a?ec les députés des États de toutes les provinces qu'il appelle à Vienne. On chercha vainement à retenir les gouverneurs généraox, par la crainte de l'anarchie où leur absence ne pouvait manqoer, disait-on, de plonger le pays; ils se déclarèrent résolus à obéir au monarque , et ils engagèrent les États à imiter leur sou-

* M. Gérard a publié, à la fin du premier volume de son Rapedius De Berg, les procès verbaux du comité des volontaires de Bruxelles.

84 HISTOIRE DES BELGES. [i7S7]

mission. La nomination des dépatés fut une question graye. Les hommes qui poussaient à une rupture, affectèrent de rappeler le sort du marquis de Berghes et du baron de Montigny. Quoiqu*on n'eût pas affaire avec un Philippe IT, il était à craindre que l'Empereur ne fut tenté de retenir, comme otages, les notables qui venaient à lui. A la demande des États de Brabant, la décision fut remise à uue conférence des mandataires de toutes les provinces» qui se réunit à l'hôtel de ville de Bruxelles (18 juillet); après une discussion assez vive, la soumission fut votée.

Les députés, au nombre de trente-deux \ arrivèrent à Vienne dans le commencement du mois d'août. Toute discussion était dérendue, et ils devaient se borner à présenter au monarque des assurances de fidélité et d'attachement. A la première entrevue (15 août), Joseph II se montra fort mécontent *. L'orateur de la députation ' lut un discours qui était l'œuvre des États de Brabant, et dont on avait préalablement fait disparaître quelques expressions un peu trop hardies. Il répondait à la dernière dépêche de l'Empereur : on se plaignait des doutes qu'il avait laissé entrevoir sur la pureté des motifs de l'opposition , et on terminait en lui demandant de faire cesser les infractions dont les institutions du pays avaient été l'objet depuis quelque temps. Le monarque répliqua en termes assez durs : il entendait n'entrer en composition qu'après l'entière exécution de ses volontés, et le prince de Kaunilz était chargé de communiquer les ordres qu'il envoyait k son lieutenant en Belgique. Dans les deux audiences suivantes

1 Dans la première édition de cet ouvrage nous avons publié à la fin de chaque volume, un appendice composé de pièces rares ou inédites, et de notes trop longues pour être insérées à la fin des pages. Nos nouveaux éditeurs en ont désiré la suppression pour gagner de Tespace. Cependant comme elles présentent toujours de l'intérêt pour un certain nombre de lecteurs, nous continuerons à les signaler en renvoyant à la 1" édition, et nous dirons ici que la 1** note du 1" vol. contient la liste des SS députés envoyés à Vienne.

* « L*Bmpereur, de temps en temps, lançait des regards d'indignation. » Précis de la rdalion parvenue à Messieurs des États de Brabant, de la part de leurs députés à Vienne; dans le V* Recueil de Feller.

> Petit, un des députés du Hainaut.

[1187] CHAPITRE FREMIER. 65

(17 et 18 août), Temperenr se radoucit \ et, comme preuve de Tcsprit de conciliation qui ranimait, il annonça aux députés le remplacement du comte de Belgiojoso par le comte de Trauttmaosdorff, en qualité de ministre plénipotentiaire.

Ces ordres de' Joseph II prescrivaient le rétablissement de toutes choses sur le pied où elles se trouvaient au 1^ avril. Les deux diplômes du i*' janvier étaient décidément rapportés ; mais tous lesédits en matière religieuse restaient en vigueur, et une disposition particulière maintenait le séminaire général. Quoiqu'il y eôt bien loin de là à Taccomplissement de la promesse imprudente faite par les archiducs de reporter la constitution à deux siècles en arrière , une semblable concession quelques mois plus tôt eût tout sauvé. Les succès obtenus avaient enhardi, et cesédits, pour lesquels on ne fut point parvenu, dans le principe, à soulever Topinion, allaient devenir un obstacle au réta- Uissement de la tranquillité. Il faut y joindre la réinstallalion des employés devenus impopulaires, pour avoir accepté des places dans la nouvelle organisation.

L'exécution des Préalabks indispensabks — c'est le nom qu'on douna à ces derniers ordres de Joseph II * — souffrit peu de diflicttlté dans la plupart des provinces. Si elle n'amena pas une explosion en Brabant, on en fut redevable à la modération et à la prudence du comte de Murray, à qui était confié par intérim le gonvemement du pays. Il fallut d'abord négocier pour obtenir des États leur consentement à la levée des impôts, puis on s'occupa du désarmement des volontaires, un des Préalables particulièrement signalés dans la dépêche impériale. Le conseil de Brabant, toujours mal disposé, soutenait que la dépêche atteignait les cor-

* « Dès que Sa Majesté nomma les intendants, on entama celte matière avec ■ un début de soupirs et d'exclamations, de sorte que l'Empereur sourit, et « commença à expliquer leur commission de tout autre façon que nous Tavions « conçu et appréhendé. » Rdation et protocole de Messieurs les dêpuUs des États de k jrmKCê de Flandre à Vienne; dans le Messager des sciences historiques de M- ^'9w, année 1S43, p.5t39.

* Ce nom leur vint de cette phrase de la dépêche, où Joseph H disait que sa dignité rendait ces rétablissements prialabtes absolument indispensables.

86 HISTOIRE DES BELGES. [l7S7]

porations illégales, mais non les agrégés de corporations constitutionnelles, telles qu'étaient les serments. Encouragés par un décret rendu dans ce sens, les volontaires refusaient de déposer leurs armes, lears uniformes et leurs cocardes. Il ne fut pas aisé de les calmer. Les concessions de Joseph II étaient au dessous de celles qu*on avait exigées des gouverneurs généraux, et l'opposition, enflée de ses récents succès, devait les trouver insufiSsantes. Au milieu de la fièvre patriotique dont toutes les classes de la nation étaient atteintes, on pouvait craindre une nouvelle et plus dangereuse explosion ; mais les conseils de la modération prévalurent, et les volontaires finirent par déposer ces armes qu'ils devaient reprendre deux ans plus tard ^

Le lendemain (21 septembre), la promesse faite aux députés belges , et subordonnée à l'exécution des Préalables indispensables reçut son exécution : le comte de Murray déclara, au nom et par les ordres de l'Empereur , que les constitutions, lois fondamentales , privilèges et franchises des provinces étaient maintenus, tant pour le clergé que pour l'ordre civil; que les nouveaux tribunaux, les intendances, et généralement tout ce qui avait été décrété par les deux diplômes du 1^' janvier, étaient supprimés définitivement; que les juridictions et administrations anciennes seraient en conséquence rétablies; enfin, que sur les autres dispositions déclarées, par les États de Brabant, contraires k la Joyeuse Entrée, l'Empereur accueillerait les réclamations et déciderait en toute équité. De semblables déclarations avaient déjà été publiées dans les autres provinces. Elles y furent accueillies avec joie ; au premier moment on ne vit guère que la suppression des nouveaux tribunaux et des intendances. Beaucoup crurent la révolution terminée; ce n'en était que le premier acte.

^ Toute cette affaire du désarmement des volontaires est fort embrouillée. La principale pièce à consulter, est une brochure publiée par le comte de Murray ])Our sa ]ustiflcation, et intitulée : Essai sur ladministration de Son Excellence le conue de Murray , gonvemeur général par intérim dans les Pays-Bas autrichiens, en 1787; suivi de pièces justificatives.

RéÎBstallation des fonctionnaires dépossédés. — Concession inutile par rapport an séminaire générai. — Arrivée du comte de Trauttmansdorff et du générai d'Alton. — Émeute du 22 janvier 1788. — Réponse hautaine à une réclamation des États de Brabant. — Fermeture des séminaires épiscopaux et arrestations.

— Lettre du ministre à Joseph II. — Assemblée générale des États de Brabant. — Le tiers refose les subsides accordés par les deux premiers ordres.

— Refus de subsides aussi en Hainaut. — Soumission du clergé et de la noblesse en Brabant. — Joseph II décidé à saisir le despotisme. — Mesures relatives an séminaire général. — Annulation de la Joyeuse Entrée. — Déclaration de l'archevêque et émeutes. — Le séminaire général déclaré fiumltatif.

La déclaration du comte de Murray avait été une nouvelle concession, car tous les Préalables n'étaient pas remplis; il restait à réintégrer dans leurs emplois les fonctionnaires qui les avaient résignés, pour entrer dans l'organisation décrétée par les deux diplômes du i""* janvier ; il restait aussi à faire exécuter Tédit sor le séminaire général.

L'Empereur ne pouvait honorablement délaisser des hommes dont plusieurs s'étaient compromis par dévouement pour lui ; mais ces hommes avaient été les partisans avoués de mesures impopulaires, et peut-être, au lieu de leur rendre leur ancienne position, eât-il été prudent de les indemniser d'une autre manière ; il le fallait pour rétablir la confiance. La conduite du gouvernement

88 HISTOIRE DES BELGES. [t787]

entretint l'irritation, et fit suspecter sa sincérité ^ Les fonctionnaires dépossédés furent rétablis, mais non sans opposition. On mit surtout obstacle à la réintégration de plusieurs membres du conseil de Brabant,qui avaient accepté des places dans la cour de justice appelée à le remplacer; en se relâchant de leurs prétentions mutuelles (novembre), les États et le gouvernement finirent cependant par s'entendre : ces conseillers reprirent leurs fonctions et prêtèrent un nouveau serment.

La question du séminaire général présentait encore plus de difficulté. Dès le mois de janvier, cet établissement était devenu à peu près désert. Compris par les gouverneurs généraux dans leurs édits de surséance, il avait plus tard figuré parmi les Préalables indispensables. Le comte de Murray fut donc obligé d'exécuter à cet égard les ordres de Joseph II; seulement il ajourna au 17 novembre, dans une circulaire adressée aux évêques, l'ouverture des cours qui devait se faire le i^*" octobre. Les recteurs on présidents des séminaires épiscopaux étaient autorisés k accompagner leurs élèves; ils devaient être employés comme sous directeurs au séminaire général, et chargés de surveiller l'enseignement. Le gouvernement demandait aussi aux évêques de s'entendre pour présenter des candidats à la place de directeur. Cette concession eut encore le tort de venir trop tard. Le clergé savait qu'il pouvait désormais compter sur l'appui des États; l'archevêque de IMalines, récemment revenu de Vienne, répondit qu'il ne concourrait ni directement ni indirectement à la suppression des séminaires épiscopaux et à l'établissement du séminaire général. Les évêques suivirent cet exemple.

Les choses étaient dans cet état, quand le comte de Trauttmansdorfi" vint mettre fin à l'intérim du comte de Murray (27 octobre).

Ml y a, dans une brochure du comte de Trauttmansdorff que nous signa- Ions plus loin, ce passage curieux où, après avoir dit que Joseph II rejeta ses excuses et lui enjoignit de se mettre au courant des affaires de Belgique, il ajoute : « Je parcourus pendant une quinzaine de jours une quantité immense de « papiers ; j'y vis à regret ce qui s'était fait, et je tremblai de ce qui se devait faire « encore, »

[mi] CHAnniB n« ^

Homme de modération, le nouveau ministre plénipotentiaire n*avait accepté qu'avec répugnance une mission dont il appréciait la difficulté. Il eût voulu que Joseph II prit des mesures plus efficaces pour rétablir la confiance, et calmer iexaspération des esprits. Tout en rejetant ses conseils \ Tempereur lui confia la direction des affaires, et il ne laissa que l'apparence du pouvoir aux gouverneurs généraux ', à qui il reprochait leur faiblesse.

Peo de jours après son arrivée à Bruxelles (3 novembre), Trauttmansdorff, dans une dépêche adressée à la faculté de théologie de LouvaJD, annonça que l'Empereur voulait fermement Texécution (le l'édil organique du séminaire général. Cependant bientôt après, sur une nouvelle représentation des États de Brabant, il accorda encore un sursis de trois mois. Cet acte de condescendance lui valut le vote du subside (3 décembre), et le mécontentement de Joseph II, qui lui enjoignit d'exécuter ses intentions, quoi qu'ail pût arriver *. Il dut exécuter ces derniers ordres, et le fit en décrétant le maintien sans réserve de tous les édits antérieurs au l^ avril.

Vers cette époque (26 décembre), arriva en Belgique un homme qui y acquit une triste célébrité : c'est le général Richard d'Alton, à qui Joseph II confia le commandement général des troupes. Décidé à recourir à la force, le monarque dérogea, en faveur d'an militaire dont la brutale énergie lui était connue, aux règles

^ Voir à ce sujet, Fragments pour servir à l'histoire des événements qui se sont patsis auw Pays-Bas depuis la fin de 1191 jusqu'en 17S9, publiés par le comte de Trauttinansdorff avec des notes explicatives. Brochure in-S* de 192 pages, publiée à Amsterdam en 179%.

* Marie-Christine disait vrai, quand elle écrivait en son nom et au nom de son mari c qu'ils ne se mêleraient plus de rien, et se contenteraient du plaisir de jouir, dans un petit cercle, de la paix domestique. » Voir sa correspondance pobliée en 1790. Les patriotes , s'étant mis en possession d'une grande imrtie des papiers du gouvernement, publièrent les pièces les plus importantes : lettres de Joseph II à d'Alton, lettres de d'Alton à Joseph H, lettres de Tranttmansdorir à Tempereur , lettres d'Albert et de Marie-Christine à Trauttmansdorir, etc. Ces recueUs sont aisés à trouver, ayant été tirés à un nombre considérable d^exemplaires.

^ Fragments pour servir à l'histoire, etc., p. 12.

mST. DES BILOES, T. I 7

90 HISTOIRE DES BELGES. [l788]

admises jusqu'alors dans la hiérarchie des pouvoirs : il le rendit indépeudaDt du ministre plénipotentiaire» faute immense, car la rivalité qui s'éleva entre ces deux fonctionnairCwS^fut la source des embarras les plus graves ^ L'occasion bientôt Jse présenta pour d'Alton de recourir aux moyens de répression, dont Joseph II attendait de si brillants résultats.

La déclaration du ministre avait été adressée au conseil de Brabant; malgré une défense récente, le conseil, où continuaient à dominer les patriotes, la communiqua aux députés Jdes Ëiats et refusa de la publier. Après quelques jours de pourparlers inutiles, le ministre lui écrivit, le 22 janvier 1788, de ne pas se séparer sans donner son consentement à rémanation, et dans une lettre au chancelier il menaça « de faire investir le conseil, et d'employer les « tristes moyens des canons et des baïonnettes. > Cette résistance avait ému la population de Bruxelles, et le général, sous prétexte de maintenir l'ordre, envoya des patrouilles dans différents quartiers de la ville. Un de ces détachements, composé de militaires du régiment de Ligne, arriva sur la place de Thôtel de ville; il y avait un assez grand concours de peuple près du local où étaient assemblés les députés des États, dont les encouragements soutenaient le conseil. Tout à coup, sans provocation aucune, sinon quelques huées, disent les uns ^, après plusieurs pierres lancées, dit d'Alton, le chef du détachement rangea sa troupe en carré et commanda le feu ; quelques bourgeois furent tués, et d'autres, en plus grand nombre, blessés. Le conseil alors finit par céder;

* Il faut admettre avec circonspection les récriminations de Trauttmansdorff contre d'Alton ; nous croyons cependant qu'il n'y a rien que d'exact dans ce passage oii il est dit : « Dès le premier jour, je m'aperçus qu'il voulait vaincre une « nation qui n'était déjà plus révoltée, conquérir un pays qui n'était pas perdu, « se faire honneur enfin d'une chose qu'il était au désespoir de trouver déjà « faite ; et qu'il s'agissait par conséquent de défaire, pour avoir l'air de l'avoir « redressée sdon les vues du souverain. » Fragments, etc., p. 13.

* Trauttmansdorff parle < d'une trentaine de polissons qu'on dit avoir voulu « insulter une patrouille. > Ibid., p. 14. Ces mots on dit, qui sont en italiques dans le texte, prouvent que Trauttmansdorff ne croyait pas à des insultes contre la troupe.

mais en décrétant la publication, il déclara ne vouloir en aucune manière préjudicier à la constitution du pays. Il était près de minuit quand il se sépara.

Ce malheureux événement fit dans tout le pays la plus pénible sensation. Le ministre en déclina la responsabilité ^ ; mais le général, s'abusant peut-être lui-même, eut soin d*en exagérer les résultats: < J'espère, écrivait-il à TEmpereur, que cet exemple et la « vigilance montrée par le militaire, mettront fin à la turbulence e des habitants de celte ville'. » Joseph II partagea cette illusion, et il répondit : « J'ai reçu votre lettre, et j'y ai vu, avec bien de la « satisfaction, la façon convenable avec laquelle vous avez fait

< vos dispositions le 22 janvier. Il est essentiel que le public ait

< vu une fois que le militaire ne se laisse pas insulter, et que l'on

< est inébranlable à soutenir de vive force ce que j*ai bon droit à « exiger'. » Le malheureux prince, étouflant les bons sentiments de son cœur sincèrement humain , croyait à l'efficacité des mesures violentes pour rétablir la tranquillité, et il ne comprenait pas qu'une ligne de sang allait désormais le séparer 'de son peuple.

Les premiers mois de 1788 se passèrent sans autres événements graves. L'archevêque de Mali nés, poursuivi devant le grand conseil, vit interdire, sous peine de 1,000 écus d'amende, l'enseignement de la théologie dans son séminaire, et ne s'en montra pas mieux disposé; des mesures d'intimidation furent prises à Bruxelles, et ne firent qu'augmenter l'aversion déjà si vive pour la domination autrichienne; à Louvain on poursuivit, on destitua des professeurs pour avoir adressé des représentations, et l'on ne réussit qu'à faire déserter l'université; le gouvernement augmenta de sept membres le conseil de Brabant, puis, afin de s'y créer une majorité, il envoya siéger à Anvers huit des conseillers qui lui étaient le plus hostiles, et cette mesure ne lui procura que la triste satisfaction d'avoir soulevé une difficulté de plus.

* Fragments, etc., p. 15, *UUre du S3 janvier 1788.

' Lettre du 30 janvier 1788.

Page 1