‹ Histoire des Belges à la fiun du XVIIIe siécleChapitre 13 sur 23 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

BBUXELLES A. LACROIX» IfERBOECKHOVEN ET C**

IMPlimUll-ftoiTlUBS BUB BOTJLLB, 8, IMPASSE DU PAEC

PASIS

ABdOM BlisM ftMttll it Tlrti

B. JUNG-TREUTTEL, LIBRâlRE

RT7X BB UZXB» 1 0

Tolu droits réservés

Situation des partis en France, dans la question de la guerre avec l'Autriche. — Les Girondins au ministère. — Plan de campagne de Dumouriez. — État intérieur de la Belgique. — Défaut d'accord dans le gouyemement. — Redoublement de mesures arbitraires. — L'armée française entre en campagne. — Ses échecs. — Manière' dont ils sont accueillis et appréciés. — Convention entre les Yonckistes et le ministère françab. — Nouveau plan de campagne. ^ Nouvel échec pour la France. — Justification de Liickner. — Réponse des réfugiés belges. — Réclamations contre l'incendie des ûtubourgs de Courtrai ordonné par le général Jarry.

La question de la guerre divisa le parti révolutionnaire en France ; mais le schisme, qui éclata aux Jacobins, porta moins sur la possibilité d'éviter une rupture, que sur l'opportunité d'une guerre immédiate.

La conduite de la cour, dépourvue d'esprit de suite et de franchise, fit croire aux Girondins que la liberté était incompatible avec la forme monarchique, et ils adoptèrent le système agressif comme an moyen de précipiter la crise et de renverser la royauté. Une confiance extrême dans l'énergie du sentiment révolutionnaire les empêchait de douter des résultats définitifs de la lutte.

Les Montagnards ne niaient point que la cour de Vienne eût elle-même, comme le soutenaient les Girondins, enfreint

HiST. DIS BBLGIS, T. U. t

6 HISTOIRE DES BELGES. [i79î]

ralliance qui l'unissait à celle de Versailles % et pris une attitude hostile; mais ils demandaient qu'on persistât à se tenir sur la défensive : tenter une agression avec des ministres vendus à Tétranger, avec des chefs militaires qui complotaient la trahison, c'était, disaient-ils, le comble de Timprudence.

Les partisans de la monarchie constitutionnelle, comprise sous la dénomination de Feuillants *, appuyaient par d'autres motifs Topinion des Montagnards. Le ministre Narbonne avait, il est vrai, montré des dispositions belliqueuses; c'était, dit-on, le résultat d'une intrigue ourdie dans les salons de M""^ de Staël '. Mais les Feuillants en général espéraient encore, à force de ménagements, éloigner une guerre qu'ils prévoyaient devoir livrer le pays aux fureurs réactionnaires ou aux passions anarchiques. Le monarque pensait de même: pour lui, c'était un moyen extrême à invoquer seulement quand se serait évanoui tout autre espoir, et, livré à ses indécisions, il ne se croyait pas irrémissiblement condamné.

Quant au parti de l'émigration, jouet d'illusions étranges, il attendait de Tinvasion étrangère le rétablissement de la monarchie absolue.

Quoiqu'il flattât les inclinations d'un peuple guerrier, le système de Brissol et de ses amis aurait difficilement prévalu, si la diplomatie étrangère avait usé de ménagements; l'appui que l'on voulait prêter au pouvoir royal en faisait un devoir. Le cabinet autrichien, surtout après la mort de Léopold, céda trop aisément aux sollicitations des émigrés et aux provocations du parti qui, en France^ poussait à une rupture. Trompé par la facilité avec laquelle la restauration s'était effectuée à Bruxelles et à Liège, il crut qu'il sufliraii à ses régiments de se montrer, pour amener le même dénoûment à Paris. Les communications de Kaunit2 rendirent

' Conclue en 1756.

* Le danger oommun avait suspendu les divisions entre les partisans d'une ou de deux chambres.

> Mémoires tirés des papiers d'un homme d'État, vol. I, p. 13S. Les sympathies guerrières de M*^ de Staël lui vahirent, de la part des Montagnards, le sobriquet de madame Cawm.

[m] CHAPITRE XIII. 7

ifisoateoable la position dii ministère feoillant, et forcèrent Louis XYI à prendre pour conseillers des Girondins, auxquels il adjoignit Dvmouriez (Mars). La politique de la chancellerie de Vienne avait porté de tels fruits, que dans rassemblée nationale les partis se turent momentanément : le décret qui déclarait la guerre à TAutricbe, sur la proposition du roi, fut rendu à la presque unanimité (» avril).

Doué d'une égale aptitude pour la guerre et pour la diplomatie, IHimouriez avait été élevé à une école que ne recommandait pas sa moralité ^ Étranger aux partis, comme il s'en vante dans ses mémoires ', e*est à dire privé de cette conviction qui fait les martjfrs, doué néanmoins de trop de perspicacité pour conserver des illusions sur l'avenir de la monarchie, il était prêt à se donner à la fraction de Topinion révolutionnaire qui promettait d'occuper son activité prodigieuse, et s'attacha à la Gironde prépondérante alors. Ia supériorité de son intelligence en faisait le chef du nouveau cabinet; ce fut lui qui proposa et fit adopter le plan de campagne contre rAutriche, quoique l'objet ne rentrât point dans les attributions de son département '. Ce plan, qui devait faire payer à la Belgique les fautes de la diplomatie autrichienne, répondait par* faitement aux vues des Girondins. Il consistait à se tenir sur la défensive partout où se présentait une barrière naturelle : la mer, * les Pyrénées, une partie des Alpes et du Rhin ; et à porter la guerre au dehors sur les autres points ^ Les possessions transalpines du roi de Sardaigne ^, celles de quelques petits souverains de la confé-

< Mémoires tirés des pofitrs d^un hommed'ÉUU, vol. I, p. til.

* Vie prn>ée et politique du général Dwmouriez, écrite par UU-même, vol. I, p. 16S. Les'mémoires de Dumouriez forment un ouvrage précieux pour Thistoire de rinvasion française en Belgique ; ils se composent de six volumes en trois parties distinctes : la Vie pricéey les Campagnes, les Mémoires. La Vie privée et les Campagnes ont été publiées à Bambourg ; les Mémoires, à Londres, en 1794.

* Dnmouriez ftit chargé du portefeuille des affaires étrangères , et n'oc»cnpa le ministère de la guerre que pendant quatre jours , après le renvoi de Roland.

* Vie primée, etc., vol. II, p. 51.

* la Savoie et le comté de Nice.

8 HISTOIRE DES BELGES. [l792]

dération gefmanique, étaient, comme les provinces belges, directement menacées; mais l'Empereur se trouvant, pour le moment, seul en guerre avec la France ^ il était naturel que les premiers coups s'adressassent à lui.

Le plan de Dumouriez avait l'avantage d*étre approprié au caractère français, d'attaquer la puissance autrichienne sur son point vulnérable, d'affaiblir et de rendre impossible peut-être la ligue formidable dont les bases avaient été posées à Pilnitz '. Car la coalition était loin encore d'être organisée. Au midi, la cour de Turin, attachée aux Bourbons par des liens de famille, montrait seule une velléité guerrière; cet état voisin était plus dangereux par sa position que par ses ressources. Au nord, l'Angleterre» qui ne combat pas pour des principes, persévérait dans une neutralité dont elle ne devait sortir qu'après la conquête de la Belgique et l'ouverture de l'Escaut; la Suède, qui avait perdu Gustave, rentrait dans son isolement; la Russie promettait d'accéder à la coalition, aussitôt qu'elle aurait soumis la Pologne; la Prusse sans s'être formellement déclarée, était décidément hostile à la France, mais ses troupes ne pouvaient entrer en ligne avant l'été. L'Autriche ainsi restait seule. Son alliance récente avec la Prusse, semblait aux politiques d'alors une sorte de monstruosité, à laquelle les esprits ne s'habituaient que lentement; la position étant neuve, les premières relations devaient être indécises; d'accord sur le but, les deux souverains eux-mêmes n'étaient point aisément parvenus à s'entendre sur les moyens. Avec de l'activité convenable-

1 L'électeur de Trêves s'empressa, quand il vit la guerre imminente, de dissiper les rassemblements d'émigrés, cause principale de la mésintelligence entre rAutriche et la France.

* Voici le langage qu'un écrivain poUtique, d'ordinaire bien informé, prête à Dumouriez pour faire adopter son plan dans le conseil des ministres : « La France, « étant bien sûrement isolée et abandonnée à ses propres forces, ne doit s'acbar- « ner politiquement qu'à un seul ennemi^ qu'à TAutriche, pour lui ravir les Pays- « Bas remplis de mécontents et à la portée de la France; conquête qui, ajou- « tant à ses forces morales et matérielles , formera ainsi le premier nœud de « l'alliance des peuples contre les rois. » Mémoires tirés des papiers d'un homme d'État, vol. I, p. Î79.

[l79S] CHAPITRE UII. 9

ment dirigée, la France pouvait arriver au Rhin sans rencontrer d'obstacles sérieux. Longtemps Léopold avait hésité à prendre la révolution à partie; Tirrésolution le tourmentait encore, quand la mort vint le surprendre; nul prépara tifn^était fait, et les 30,000 hommes qui gardaient la Belgique, suffisaient à peine à y maintenir la tranquillité.

Chez nous Tinsurrection se montrait menaçante, grâce à une politique timide et tortueuse. Le gouvernement de Bruxelles était sans système arrêté, vivant au jour le jour, faisant parfois des concessions k Fopinion que la veille il repoussait avec dédain. Deux hautes influences se combattaient : celle de Tarchiduchesse Marie- Christine, celle du comte de Metternich ; Marie-Christine, frémissant au souvenir des injures reçues, se refusait à toute transaction, tandis que Metternich penchait pour une franche réconciliation avec Topinion aristocratique. Outre l'opposition personnelle de la gouvernante, le ministre avait encore à combattre l'influence du parti joséphiste, également animé contre les États. Ce parti, représenté à Vienne par le chef même de la chancellerie, et à Bruxelles par plusieurs hauts fonctionnaires que dirigeait le comte de Mercy, montrait des dispositions à pactiser avec les démocrates, et s'obstinait à rejeter les ouvertures du parti conservateur. En janvier 1792, une députation des États de Brabant fut envoyée pour informer Tempereur de la véritable situation des choses; on lui refusa l'audience qu'elle sollicitait, et le prince de Kaunitz écrivit au comte de Baillet qui en faisait partie : « Je conseille, en bon ami,

< à messieurs des États de Brabant, d'adopter une fois pour tou- « jours à l'avenir, dans leurs appels de la nation au souverain^

< une méthode plus décente que celle qu'ils ont employée cette

< fois, et qui ne fera jamais fortune auprès de Léopold IL Du

< reste, j'ai déjà eu l'honneur de vous dire que l'accès au trône n'a

< jamais été et ne sera jamais fermé à des sujets fidèles; mais,

< pour se montrer tels, il faut des efiets et non des phrases. » Depuis plusieurs mois, le gouvernement était donc embarrassé

dans ses allures, tiraillé dans tous les sens. Il s'était flatté d'opposer Tune à l'autre les deux grandes fractions de l'opinion publi-

10 HISTOIRE MS BBLGES. [iTtt]

que, et de les faire matmelleinent servir de «oatre-poids : les Vûbokistes avait fini par s'apercevoir qu'on les jouait; leurs adversaires, qu'il n'existait chez les hommes du pouvoir aucun désir d'oublier le passé. Au commencement de 17£â^ le gouvernement se voyait de nouveau délaissé et sans appui dans le peuple* Révoltés de sa duplicité, les deux pariis se retiraient également de lui : les démocraies resserraient les liens qui les unissaient à l'opinion dominante en France, et appelaient la guerre de leurs vœux ^; plus confiants et trompés par Je succès du mouvemeni de 1789| les aristocrates préparaient une seconde insurrection ; ils réunis* saient sur la firontière des corps d'émigrants, et poussaient le gou* vemement à bout en lui refusant les subsides '•

Un changement de système, une politique plus franche pouvait encore amener un rapprochement. Les deux partis s'y seraient prêtés. L'intervention étrangère était un moyen désespéré, dont les Yonckistes modérés semblent avoir instinctivement pressenti le danger '. Le parti conservateur répugnait bien plus encore ï une rupture. La révolution française ne menaçait-elle pas tons les privilégiés I Qu'avaient à gagner à son alliance le clergé et la noblesse? Leur cause au fond n'était-elle pas celle de Tempereiir, et n'avaient-ils pas les mêmes intérêts? Quand on considère avec impartialité la position du gouvernement autrichien à cette époque, on a peine à s'expliquer comment il ne sut pas faire le sacrifice de ses ressentiments, comment il ne sentit pas la nécessité d'entrer dans la voie de franchise et de conciliation que les circonstances lui indiquaient.

Sa politique resta la même : il répondit aux demandes des

* Une lettre de Yonck à VITalckiers, dui3 avril 1792, lui maade que la décla* ration de guerre a produit une joie générale, Corresptmdance de Vonek.

* Ce refus de subsides n^avait eu lieu qu'en Brabant, mais il ne faut pas oubUer que les États de cette province étaient à la tête du parti aristocratique et prenaient l'initiative.

. s Une lettre de Vonok à Van Schelle, datée du 25 mars 1792, prouve que le chef du parti démocratique ne demandait qu'à s'entendre avec le gouvernement, pour introduire dans la constitution les réformes projetées. Cwrespandanee de V9nek.

[fm] CHAPITRE xni. 11

démocrates par de nouYetles défaites, aux avances des aristocrates ]^r 00 redoublement de rigueur dans les poursuites, et finit par s'aliéner ceux mêmes qui s'étaient tenus jusqu'alors en dehors des partis. Il était difficile d'atteindj^e les mécontents réfugiés en pays étranger; toute la colère du pouvoir retomba sur ceux qui n'avaient pas émigré ^ A différentes reprises, des arrestations, opérées avec éclat pendant la nuit, vinrent troubfer le repos des habitants de la capitale.

Au point où les choses en étaient venues, devant un refus de subsides, le gouvernement n'osa pas révoquer les privilèges du firabant, et installer ouvertement le despotisme. L'énergie lui manquait. Il préféra recourir aux négociations p et de nouvelles oavertures furent faîtes aux deux premiers ordres. L'imminence de ia guerre avec la France pouvait conseiller certains ménagements; mais pour amener un rapprochement, le pouvoir eût d'abord dû donner des preuves de sa sincérité, ce qu'il ne fit pas; il eût fallu dépouiller de petites rancunes , et ce sacrifice lui Ait impossible.

Le prince de Ligne accepta le rôle de médiateur. Ses deux lettres aux États de Brabanl, qui venaient d'être convoqués de nouveau pour déclarer s'ils persistaient dans leur détermination, sont de quelques jours postérieures à la mort de Léopold* : le prince s'applique à démontrer aux deux premiers ordres qu'il leur importe d'empêcher le triomphe des idées françaises et vonckistes; une eoti^e réconciliation avec le gouvernement leur en fournit le

* Les lettres de proclamation à charge des contumaces furent rendues parle conseil de Brabant le 97 mars 179i. Elles ont été imprimées en français et en iamaDd, et comprennent 31 pages in-folio. On y trouve peu défaits intéressants. Les individus qui y figurent sont : le comte de Béthune-Charost; son aide de camp, un nommé Dii/ardtn, dit Apsley; A. Verhocht;J. B. Letange, ex-major dans Tarmée du Congrès; C. J. Vankeerherghen; C. J. Vandenberghen; Kennis, droguisteè Aurers. Les personnes indiquées comme arrêtées à cette occasion, sont : Greust, tanneur à Namur ; Letéttier, médecin à Diest; A, F. de Marck, rentière à Bruxelles.

* Elles sont datées de Vienne, le S et le 13 mars 179%. Nous en avons trouvé «M copie dans la correspondance inédite de Yonck ; nous ne croyons pas qu'elles aient été publiées.

IS HISTOIKE DES BELGES. [l792]

moyen, et ravéoement d'un nouveau souverain, ToccasioD ; qu'ils en profitent , et lui prouvent leur désir en accordant les subsides; le refusdu tiers état n'est à craindre que si eux-mêmes n'y mettent pas de bonne volonté. Le clei^é et la noblesse savaient qu'en réalité on ne cherchait pas à se rapprocher d'eux; néanmoins ils parurent céder aux exhortations du médiateur, et votèrent le subside. C'était de leur part un calcul peu honorable : ils voulaient rejeter sur d'autres la responsabilité d'un refus qu'ils espéraient, que peut-être ils provoquaient sous main. Le tiers état ne démentit pas son énergie révolutionnaire. C'était k lui surtout que la cour s'attaquait; c'était lui qui pâtissait de ses ressentiments; c'était dans ses rangs qu'elle avait été choisir ses victimes, et non parmi les révérends pères en Dieu^ nobles^ chers et bien-amés ^ Aussi, quand la bourgeoisie de Bruxelles fut convoquée pour donner au vote des prélats et des nobles l'assentiment indispensable (26 avril), sa réponse fut négative. La décision prise par les deux premiers ordres tombait à néant.

Par la force même des choses, le gouvernement était donc poussé à exagérer toujours davantage les mesures arbitraires. D'abord il s'attacha à isoler le Brabant : l'amnistie promise par le traité de La Haye fut publiée dans les diverses capitales de nos provinces, et pas à Bruxelles; la question des indemnités dues soit au souverain, soit aux particuliers, fut résolue dans toutes les provinces, excepté le Brabant où elle restait un glaive suspendu sur la tête des plus chauds patriotes. Puis de nouvelles arrestations survinrent, et on redoubla de sévérité dans les dispositions prises pour empêcher l'explosion du mécontentement: une proclamation du maréchal Bender(29 avril) menaçait d'exécution' militaire tous ceux qui , « méconnaissant ce qu'ils doivent à leur souverain et à « la patrie, seraient assez mal conseillés à oser faire ou entamer « quelques tentatives contraires à l'autorité souveraine et légi- « time, qui les protège et les défend par son armée; à exciter

< Formule usitée dans les relations entre le gouvernement et les deux premiers ordres des États.

[i79S] CHAPITRE Xin. 13

c quelques troubles contre les sujets attachés an souverain , soit c par devoir, soit par emploi ; et généralement à échauffer les c esprits, soit par des propos ou autrement, et ainsi à tvoubler « Tordre public. » Les citoyens arrêtés en vertu de cette proclamation, dont les expressions vagues prêtaient à l'arbitraire, perdaient le droit de réclamer leurs juges naturels, et devenaient justiciables de commissions militaires aux formes plus expéfiitives.

Ce ne furent point de vaines menaces , et plus d'une occasion s'offrit d'en faire l'application. La bastonnade était le mode de répression, auquel on recourait le plus volontiers. Les archives communales de Louvain, la ville aristocratique par excellence, citent plusieurs cas de punition semblable ^ Â Liège, les mesures de police étaient non moins rigoureuses; là aussi elles donnaient la mesure des haines que le pouvoir excitait contre lui.

La proclamation du maréchal Bender devint, pour les États de firabant, un sujet de critique acerbe; une représentation faite par eux en signale toute l'inconstitutionnalité (li mai) : c Cette 8 ordonnance, disaient-ils, captieuse dans ses dispositions, est a injuste en ce qu'elle prête au militaire tous les moyens possibles € d*assonvir impunément, contre le civil, des haines et des ven-

< geances personnelles. » Le mémoire énumère à l'appui de cette assertion plusieurs faits qu'il importe de connaître : c Dès le soir c même de sa publication, la loi martiale a servi de prétexte pour c fomenter un malheureux esprit de parti, et cela dans un temps

< où toute la ville (Bruxelles) jouissait du plus grand calme, et où

< il n'y avait pas la moindre apparence de tumulte ni d'attroupéc ment. Des militaires ont parcouru les estaminets le sabre à la « main, ont cassé des vitres, ont maltraité et sabré de paisibles c citoyens, contre lesquels il n'y avait d'autres griefs que d'avoir

< témoigné leur adhésion à la constitution du pays. Le lende-

1 Nous y avons trouvé la mention faite de deux bourgeois impliqués dans un attroupement, qui reçurent, de ce chef, chacun quarante coups de bâton sur les fesses!

HISTOmS DBS BELGES.

Page 1