HT. DIS BILGIS, T. II
Wè HISTOIRE 989 BSMES. [l78S]
sion religieuse» et préveii» quel<{uasriiDft dea abo» des. vœu monastiques'.
Et quel moment choisissait le parti,, pour porier à ee point ses exigences? Celui où ses propres rangs se dégarnissaient, où tom* bait en ruine la discipline qui jadis avait fait sa force. Car ce n*écait plus cette masse si compacte auK jours de la lutte avec Joseph II ; le mouvement en arrière , qiue le clergé et la noblesse eussent voulu restreindre aux réformes religieuses, n*était pas en* tendu de même par tous. Le tiers état voulait aussi reculer, mais reculer à son gré» et c*est ce que faisaient les métiers de Bruxelles et d'Anvers, en demandant labrogation de règlements qui avaient restreint leurs prérogatives ^. Ces corporations si renommées jusque-là par leur esprit conservateur» si rétrogrades quand il s'agissait du maintien de leur monopole, ne subissaient-elles pas, en faisant décréter Tabolition des exemptions, Tinlluence de ce qu*on appelait les idées françaises , c*est à dire des principes d'égalité contre lesquels leurs mémoires fulminaient l'anathème '•
Dans cet exposé de la situation de notre pays, il n*a pas été question de l'opinion démocratique. Elle existât encore, quoique fort amoindrie par les dernierjs événements et les divisions qui en avaient été la suite. Les Vonckistes proprement dits ne figuraient
1 Les moyens allégués pour le rapport de l'édil sur les vœux monastiques, sont énumérés dans un Mémoire présenté par les États de Flandre à Sa Majesté Vemperewr et roi, en faveur des eounents^ 11 commence ainsi : i La secte impie et
• audacieuse qui a décoré sa fausse sagesse du nom de philosophie est enfin
• démasquée. » La pièce porte la date du 30 juillet 1793.
' A Anvers, le règlement de 1659^; à Bruxelles, celui de 1700 qui avait été la cause indirecte de la mort d'Agneessens. Voir un pamphlet flamand que nous avons déjà cité : Brief van emgn deken van Anuoerpen, oe» egnen dÀen van BfussH, et une autre pièce flamande intitulée : Besktyi von de negen natien dur stad BrussA, overgfkveri aen myntf heeren van het fiuHrislf ad» dm 1K8 dêcem^ Ur 1793.
' il est curieux de voir Feller se démener contre TaboUtion des exemptions; c*est pour lui le renversement de la Constitution, et même la ruine des idées reUgieuseSi Jowmal historique elHttéraire, 1793, t. Il, p. 807. LMrrltation l'emporte au point de traiter d'imbéelleftleibeurgeois deMalines, qui avaient pris rinitiative à cet égard. Ibid.. p. 465.
r*WR3 CHAPITRE XXI. fy-
pta« à rétat d«r parti. La fraction qui, à la suite du chef, avait iifserirsuirsétt'dk^a^eau : Pirogris et indépendance nationale, pfofoû^dément découragée par le maiheureut essai qu'elle avait fait de Tàssistance étrangère, se tenait à Fécart ou se rapprochait des coûservateufs modérés; elle attendait avec résignation le sort que M réservaient les événements de la guerre. Une auti'e fraction, la plus nombreuse, celle qui d'abord avait pactisé avec l'Autriche, entrevoyant dans cette union la réalisation probable de ses espérances, s'était unie aux Joséphistes; les circonstances qui avaient momentanément séparé des hommes, dont les doctrines au fond différaient peu, n'existaient plus, et le mouvement rétrograde allait compter pour adversaires tous ceux qui voulaient le triomphe des idées progressives, sans le faire dépendre de la réunion à la France. Les Jacobins réunionistes formaient une autre branche de l'opinion démocratique ; ils complotaient dans Tombre, entravant les opérations du gouvernement, et la France avait recueilli ceux d'entre eux qui s'étaient compromis par leurs excès.
Il importe de rassembler, pour en faire un corps, les renseignements peu nombreux et parfois obscure ou incomplets, que renferment sur ces réfugiés les documents de cette époque. Rappelons d'abord qu'à Liège seulement, la réunion à la France avait été franchement votée; non que la majorité des patriotes y flit en principe favorable, mais parce que c'était leur seule ressource contre un gouvernement qui ne montrait ni raison, ni pitié. Partout ailleurs, la fraude et la violence avaient extorqué le vote; partout ailleurs aussi, à peu d'exceptions près, les assemblées de villes et de province s'étaient montrées favorables à la restauration ; les représentants mêmes de Bruxelles, quoique choisis en dehors du parti conservateur, avaient généreusement résisté à la Convention. Ennemi des réactions, recherchant surtout le calme après l'orage, le gouvernement autrichien n'augmenta point, par d'imprudentes poursuites, le nombre de ceux qui crurent nécessaire de chercher un refuge à l'étranger. L'exil, et un exil tout volontaire, ne frappa ainsi qd'un nombre proportionnellement
180 HISTOIRE DES BELGES. [l795]
peu considérable d'individus % signalés par leurs motions dans les sociétés populaires, ou par l'appui spontané qu'ils avaient prêté aux agents de la France. A cette catégorie appartenaient les administrateurs de Mons. Ce fut, pour les Pays-Bas autrichiens, la seule assemblée qui abandonna la patrie, qui conserva son organisation en France et y forma corp^, tandis que les autres réfugiés belges végétaient] dépourvus de centre qui pût imprimer de l'unité à leurs démarches.
Il en fut différemment à Liège, où la restauration continuait à se montrer implacable *. Une amnistie y avait aussi été publiée, mais avec des restrictions si nombreuses qu'elles la rendaient dérisoire. Elle ne s'appliquait pas : < 1"* à ceux qui avaient pro-
< voqué et sollicité l'invasion des Français dans le pays de Liège,
< qui les avaient invités à y propager les impies et coupables c principes de leur système anarchique, qui les y avaient intro- « duits...; ^ aux membres composant les comités militaires, de a recherche et de surveillance, ainsi qu'aux membres des clubs..., « et généralement à tous les motionnaires et auteurs d'écrits « publics, sacrilèges, impies et séditieux; Z*" aux missionnaires « qui avaient parcouru les villes et le pays, pour provoquer les c habitants à se soulever et à se réunir au système rèvolutiona naire français; à ceux qui avaient hautement prêché les prina cipes anarchiques, principalement dans les places publiques et « dans les églises; à ceux qui avaient excité et décrété la des- « truction de celles-ci, qui les avaient souillées par des profanaa tions, et en avaient pillé et volé les vases sacrés, comme aussi a à ceux qui leur avaient fourni des moyens, tant pour opérer ces a missions, que pour exécuter ces crimes; 4"* enfin à ceux qui, « ayant été particulièrement aggradés par le feu prince, avaient « récidivé dans la dernière rébellion. » Après avoir mis ce cruel
> Nous ne parions pas ici des militaires qui avaient, en assez grand nombre, déserté les drapeaux de 1* Autriche.
> Un fait surtout excita un vif sentiment d'iiorreur, ce fut Inexécution de Grégoire Ghapuis de Yerviers, qui avait accepté les fonctions d*ofBcier municipal, et fortement appuyé le vote de réunion à la France.
langage dans la bouche d\in prélat crédule, comment ses conseillers osaient-ils encore parler de ses intentions bienfaisantes et de son amour paternel!
Ainsi, quoique le pouvoir à Liège eût passé en d'autres mains, le système qui avait signalé Tadministralion de Févèque Hoens< broech continua sous celle du prince de Méan, son successeur % et, comme précédemment, il amena de nombreuses émigrations. Les administrateurs, choisis tous dans les rangs d'une opinion hostile au souverain, quittèrent en masse une patrie où leur vie était menacée, et les réfugiés liégeois conservèrent ainsi à Tétranger une organisation, dont nous allons exposer les transformations successives.
Dès leur arrivée à Paris, les membres de l'administration provinciale, réunis aux ofGciers municipaux de Liège, envoyèrent une députation au conseil général de la commune (iO avril), pour lui demander un local où ils pussent déposer leurs archives, « et « s'occuper des intérêts de leur infortunée patrie, jusqu'à ce que € l'arbre de la liberté, abattu par le féroce Autrichien, y fût « relevé par les mains victorieuses des braves et généreux Fran- « çais. » Le discours valut de vifs applaudissements à l'orateur ', et le conseil s'empressa d'accorder aux Liégeois l'objet de leur demande. Il décréta en outre que ce jour figurerait désormais dans c le calendrier des hommes libres, > sous le nom de jour de thospitaliti^ et que le dimanche suivant, à l'occasion de la trans-
^ Les poursuites prirent parfois un caractère assez ridicule. Une correspondance de Liège, du 21 novembre 1793, porte : « Silence perpétuel vient d'être « imposé au célèbre Matbieu Laensberg, Toracle liégeois. Le conseil privé de « Son Allesse, averti sans doute de quelque prophétie téméraire dans celles
• qu'il destinait pour 1794, chargea maieur et sergent d'enlever l'édition
• entière chez la veuve Bourguignon. Quatre traîneaux ont été chargés du
■ butin, et probablement les prophéties seront brûlées! On assure que
« Mathieu Laensberg a bien mérité sa disgrâce : il s'est avisé d'insérer, parmi « ses prédictions, un verset du Magnificat qui prédit la chute des potentats et « Félévation des peuples. L^évëque de Liège, qui se croit un potentat, tant que « les Français sont loin de lui, s*est vengé en prince. » Moniiewr, n* 71, do 1" décembre 1793.
• P. F. Soleure.
^ HISTOIRE DES BSLGES. [m&]
Jatioa de ces archives, on célébrerait une fête à laq.aeUe toutes les autorités seraient invitées^.
Elle eut lieu au jour fixé (14 avril). Les autorités^ parjodi lesquelles se trouvait une dépulation de la Convention, se rendirent de la place de Grève > la porte Saint-Martin, où les attendaiesl les Liégeois, c Tels que les anciens Troyens, obligés de fuir leur € patrie, ils étaient munis de leurs archives plus* respectables que A les effigies des faux dieux '. » Les citoyen$ de Paris < saluèrent « leurs infortunés concitoyens de Liège, et leur dowèreat le « baiser fraternel^ 9 puis Le cortège se oiit en marche, faisani entendre des chants patriotiques, dont plusieurs avaient été com* posés à cette occasion. Les officiers municipaux de Liège, dée0iés de leurs écharpes, marchaient en avant d'un cliariot € portant
< J'arcbe qui renfermait leurs archives* » Quand le cortège fut arrivé 4ans la salle des séances du conseil de la commune, et que ces archives eurent été déposées sur le bureau, un officier munijcipal de Liège « monta à la tribune, et, dans un discours fort « bien fait, il exprima la reconnaissance et rattachement de ses « infortunés concitoyens pour la ville de Paris, qui sait punir les « .despotes et consoler leurs malheureuses victimes. » Le président de la députation envoyée par la Conventioi» « prononça aussi € un discours, où respiraient Tamour de la liberté, de Tégaliléet « Tenthousiasme du républicain; » puis vint le tour du procureur de la commune ', qui, dans son allocution, s'écria : c II faut qae c maintenant Liège soit dans Paris, et bientôt Paris sera dans
j( Liège. »
« Un vieillard modes4e se cachait dans la foule, ajoute le Jfom-
< teur où nous puisons une partie de ces détails; c'est un respec- « table Liégeois, nommé Duperron, qui fut longtemps I9 viem time des tyrans de l'Allemagne, et qui a longtemps gémi dans
1 Monii^wr, W lOS, du 15 avril 17^9.
* Nous composons ce récit de la Féf^ 4e Vho9fiUaUU 4*après U% déUils qnt nous fournissent le Moniteur (no 107, du 17 avril 1793) et les BévoUmam de Hht <vol. XVI, p. 162).
s Chaumette.
c les cachots da despotisme. Le procoreur de la commune Tap-
< pelle, le conduit, rinvite à monter devant le fauteuil du pré- « sident. Des acclamations universelles Ty accompagnent, il
< reçoit des mains du présideni une oouronne civique; il remer-
< de Tassemlblée par des larmes, et en fait couler de tous les yeux.
< D'autres Liégeois, 'victimes comme lui de la tyrannie autri- « chienne, sont désignés à haute voix, et reçoivent des Parisiens « Taccueil le plus fraternel et les plus doux embrassements. Une « femme liégeoise, la citoyenne Ransonnet S a montré dans « toutes les révolutions de sa patrie une force d'âme au dessus de % son sexe. Elle a bravé les menaces des despotes; elle a même « affronté leurs écfaafauds. Elle assistait à cette fêle, oà elle a reçu « les témoignages les pitts vifs de Tadmiration publique. »
L'assemUée des réfugiés liégeois, ainsi constituée, se renforça en appelant à elle les membres des aaires niunicipaliiés du pays, qui avaient aussi cherché un asile en France. Une première séance eut lieu cinq jours après la fête (19 avril) '. On y communiqua une lettre du ministre des affaires étrangères, Lebrun, annonçant que le conseil exécutif prenait sous sa protection les réfugiés belges et liégeois, et présenterait à la Convention un projet de décret pour fournir des secours à ceux d'entre eux qui n'obtiendraient pas des emplois civils ou militaires '. Effective^ ment, on vota bienlôt après, pour cet objet, une somme de 50,000 livres '.
Dans cette première séance , les réfugiés discutèrent aussi la marche à suivre pour faire accepter par la Convention la réunion
^ Nous aurons occasion plus tard de signaler les services que 11*' Ransonnet rendit à ses compatriotes.
* Ce lieu des séances fut une salle du Valais Cardinal, Vieille rue du Temple. Nous ignorons pour quel motif rassemblée ne siégea pas à lliôtel d« ville, dans te Mlle ie FtgaUié, que le conseil de la commune lui avait assignée. Le secré* taire qu'elle se choisit fut /. P. Uhen, secrétaire de la municipalité iiégeols^^ élue trois mois auparavant.
s Cette lettre de Lebrun est dans le MûnHeur, n* 116, du tS avril 1793.
« Une semblable somme avait déjà été votée précédemment, et distribuée aux Liégeois à Bruxelles même. /. iV. Bassenge de Uége à P. Chttunard, p. %t, et irontleur, nMlS, du 28 avril 1793.
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volée par le pays de Liège, car le temps avait manqué pour terminer cette affaire avant l'évacuation de la Belgique '. Une commission * fut chargée de rédiger et de présenter une adresse à la Convention (8 mai)» qui en écouta la lecture avec un intérêt marqué : « Notre unique soin en partant, y disait-on entre autres, fut c d'arracher aux tigres qui venaient de nouveau déchirer notre « patrie, les preuves des sentiments du peuple, de sa volonté « absolue d'être libre. Les procès-verbaux de ces assemblées pri- « maires que nous déposons sur le bureau, voilà le seul bien qui « nous reste, après la perte de la liberté : c'était la seule qui pût c exciter nos regrets. Législateurs, vous y verrez le vœu des Lié- < geois ; jamais vœu ne fut émis d'une manière plus libre '. > Cette pièce ne mentionne nullement les réserves faites sur les recommandations du conseil municipal de Liège. L'administration provinciale avait déjà résolu de ne faire qu'une pétition, et d'envoyer une demande de réunion pure et simple *. L'adresse a été publiée en entier dans le Moniteur; pour le reste on Ht seulement que la Convention, sur la proposition de Legendre, décréta la réunion du pays de Liège à la république française.
L'union, si jamais elle exista entre ces réfugiés, ce dont il est permis de douter, ne fut pas de longue durée. On a vu que les véritables chefs de la révolution liégeoise avaient, en 1790, sollicité Tappui de la Prusse, puis tenté de fléchir FAutriche, qui venait d'accepter le rôle d'exécuteur des sentences de Wetziaer. Cela ne s'était pas fait sans exciter la colère des avancés, avec qui on était déjà en désaccord sur les principes d'administration intérieure. L'adversité vint ensuite, et les récriminations reprirent
1 Voir à ce sujet ce que nous avons dit précédemment, p. SOI.
* Elle se composait de Henkart, Hyacinthe Fabry, Brixhe et Bassenge aîné. Quand, pour les premiers mois du séjour des réfugiés à Paris, nous n'indiquons pas nos sources, les renseignements sont puisés dans des extraits de procèsverbaux de rassemblée liégeoise, pubUés par un anonyme, sous les initiales XXXX, dans le Journal de la province de liège, n* 58 de 1837.
s Moniteur, n' 130, du 10 mai 1793. L'adresse est de Bassenge aîné, et Henkart lut Torateur. J. N. Bassenge de LUgeà P. Chaussard, p. 27.
« i&t(i.,p.94etl07.
[l795] CHAPITRE XXI. 265
avec un surcroit de violence. Elles ne portaient pas sur les fautes réelles des infortunés qu'on poursuivait» leurs [accusateurs étant plutôt disposés à leur en faire un mérite , mais sur la prudence et la circonspection qu'ils montrèrent souvent dans la gestion des affaires publiques» et qui recommandent leur nom à la postérité. On les accusa donc du redoutable crime de modéranlismey et leurs intentions» leurs démarches furent incriminées de la façon la plus odieuse par des compatriotes égarés. La restauration» qui ne leur avait laissé que Texil et la misère» fut présentée comme un événement qu'il dépendait d'eux d'empêcher : < Oui» la fatale contre- « révolution du mois de janvier 1791» lit-on dans un pamphlet c composé contre Lesoinne» est son ouvrage et celui de ses com- « plices; et depuis» que n'ont-ils pas fait encore? Au lieu de tour- « ner toutes leurs espérances du côté de la France, n'ont-ils pas « continué à composer avec le despotisme» écrit des volumes « adressés à S. M. rEmpereur^ où ils imploraient et sa bonté et « sa justice? Ne sont-ce pas là des outrages faits à un peuple qui « veut la vraie liberté? Et ces mêmes outrages ne sont-ils pas « faits à la fois au peuple français» puisqu'ils ont été conçus et c produits sur la terre qui accordait protection et hospitalité à « leurs coupables auteurs? Mais voyez-les donc» ces caméléons» « se retourner en tous sens pour colorer leur conduite politique» c et se disculper des justes reproches que tout bon patriote leur « fait! Les perfides! les lâches! lis ont beau dire» beau faire» ils « n'auront plus dorénavant que des aristocrates pour partisans» « et ils ne tromperont plus que des imbéciles ^ » A Liège» le mépris public eût fait justice d'une semblable accusation ; mais à Paris les faits n'étaient pas connus, et le langage soumis de 1790, si l'on ne tenait compte des circonstances» constituait» en 1793»
. > y. une pièce adressée Aux républicains français; eUe forme un in-8* de 16 pages, publiée Paris en 1798, et nous a été communiquée, avec trois autres où se trouvent des extraits de procès-verbaux de l*assemblée des réfugiés, par feu M. Scbayes. Toutes quatre, elles sont d'une excessive rareté, et nous ne les avons rencontrées dans aucune des grandes collections de brocbures qu'il nous a été donné de consulter, notamment à la bibliothèque royale et & celle de la TUle de Bruxelles.
1W HISTOIRE ns BELGES. l[l9B5]
un erroné 4e lèse-iiâlion ^ Les falriote&, «i cruôlleiDeivl poorsoî- 'YÎs, étaient aussi les furomoieiirs des réserves ajoutées au vole de réuaion, et ces réserves^ envisagées fiar les oommissaires de la Convention comme injurieuses pour la France, ajouiaieni aui dangers de leur position.
Les députés du pays de FranchiinoDt doonàrent le signal du schisme, en venant réclamer du conseil de h cemmune (17 mai), qui raccorda avec empressemeaU un local pour y dâièérer à part *. On sait que ce district avait voté la néunion sans réserve, et que plusieurs de ses représentants se feisaieiii remarquer par l'eKaltation de leurs opinions. Dès lors il y eut deux assemblées ' x)béissant à des tendances différentes, et présentaat en petit le tableau des convulsions palitiques qui agitaient la Convention : parmi les Liégeois, dominaient les idées de la Gironde ; parmi les Francbimontois, celles de la Montagne.
Ces dissentiments, qui ne s'étaient encore divulgués que par des querelles particulières et par des dénonciations dans les journaux ^ firent explosion lors des événements des 31 mai et â juin. Les Liégeois éprouvèrent le contre-coup de la proscription qui frappa les Girondins, leurs amis, et un acte généreux, suggéré par Heokart, vint aggraver leurs prétendus torts. Lebraii, ministre des affaires étrangères, se trouvait au nombre des proscrits. Lebrun avait rendu des services de toute espèce aux Li^eois, au milieu desquels il avait vécu plusieurs années *. Il était, dans la
> Bassenge, dans sa brocbure : /• N, Bttssngt de UégeéP, Channsard^ p. 14€ et 149, montre parfaitement Tabsurdité de Taccusation dont loi et ses amie étaient l'objet. Voir surtout, p. 140, la vertueuse chaleur quMl met a défendre le respectable bourgmestre Fabry, accusé d*être un agent de La Haye et de BeriM,
> Moniteur, n* 140, du 20 mai 1798.
' Elles siégeaient Tune et l'autre au Palais Cardinal.
« La feuille de Marat, ouverte à tous les dénonciateurs, avait atUqoé les liégeoiis qui lui répoiMlirent. Nous lisons à ce sujet, dans le procès-yerfatl di 90 avril : < L'assemblée agrée la lettre qui a été lue par Bassenge cadet, adressés « au citoyen Marat, pour lui donner des explications sur un DaJt erroné, avancé < dans une lettre insérée dans son numéro du i9 de ce mois. »
■ 11 avait même épousé une Liégeoise, 6t« pour se dérober aux redierclftes. il portait quand il fut arrêté le nom de Brassew, lÀégeoû,
[ll9S| (»[AKITKB XXI. 187
GonjoDcture^ fort dangereux de prendre sa défense, mais l'assemblée liégeoise n'hésita pas; elle adopta une lettre qui fut publiée, et qui portait témoignage en faveur du patriotisme de Taceusé * : Celui qui, en i789« disait-elle, fut atteint d'un décret de prise de corps par le gouvernement général des Pays-Bas, pour avok propagé les principes de la révolution française; qui, en 1790, fut proscrit par le Congrès belgique, pour avoir soutenu la démocratie brabançonne; qui fut décrété par la chambre deWetzlaer, lorsqu'il consacrait son talent et ses veilles à la défense des malheureux Liégeois toujours idolâtres de la liberté, toujours victimes du despotisme; celui que le collège électoral de TEmpire, assemblé à Francfort pour le couronnement de Léopold, bannit de toute f Allemagne, parce qu'il avait constamment travaillé à en bannir la servitude; celui enfin que la commission impériale, établie à Liège lors de la rentrée de l'évéque, dévoua à l'écbafaud, celui-là sans doute, élevé par la république française au poste de son ministre, n'a pu ni la tromper ni la trahir... »
Cette lettre fut publiée, et devint pour la montagne liégeoise une eccasion de redoubler ses attaques. D'abord les Franchimontois se transportèrent au conseil général révolutionnaire organisé à J'eecasion des derniers événements (iO juin), pour c protester de € leur entière adhésion aux principes des citoyens de Paris *. »
* Nous «vons trouvé cette lettre dans le naméro 88 du Jonmoi de Paris. Elle fiorte la date du € juin, et elle est. signée : • Les administrateurs et ofliciers • municipaux de Liège, assemblés au ci-devant Palais Cardinal. F. F André, M président de la séance; /. P. Liben, secrétaire. • M. flyac. Fabry nous apprend 4|u*eUe est de Henkart. Réponse aux différentes observations puhUées dans la ^mtettê r^olute'omnatre de Uége^ etc., brocbure que nous aurons encore plus é^une occasion de citer.
' « Des députés des autorités constituées de Franchimont, Starelot et « Logne..., assurent le conseil de leur attachement inviolable à la république K française, à laquelle ils se sont réunis les premiers; ils protestent de leur M enUère adhésion aux princli^es révolutionnaires des citoyens de Paris. lie ,t «onseil témoigne le plaisir qu^il ressent de voir dans son sein ces braves M citoyens, auxquels on donne le nom de CordéUers du pays de Uége. > Monilewr, n* 164, du 13 juin 1793. Yoiel l'Adresse adoptée à cette ooeasion par les Franohi*
268 HISTOIKE DES BELGES. [1795]
Cinq jours après (i5 juin), une députation des sans-culottes de Uége — indicalioD qui peut conveuir indistinctement à une fraction de rassemblée liégeoise ou à l'assemblée franchimontoise — y parut encore pour faire la même déclaration , et désavouer la lettre à Lebrun ^ Cette lâche attaque contre un homme proscrit par un parti politique à qui la pitié était inconnue, mettait aussi en danger ceux qui avaient si généreusement embrassé sa défense, et dès lors les modérés, c*est à dire les hommes les plus mar-
montois, telle qu^eUe a été insérée dans le Journal des débats et de la correspondance des Jacobins de Paris (n* du 13 juin 1793); elle est caractérîsUque : « Lorsque nos concitoyens, opprimés dans leurs foyers ou combattant aux « frontières, ne peuvent faire entendre leurs vœux ni exercer leurs autres « droits politiques, nous, leurs mandataires, qui connaissons intimement ces « vœux, qui sommes chargés de leur confiance, et qui venons d'être les témoins « impartiaux des événements qui se sont passés dans cette vaste cité, le ber- « ceau, le boulevard de la liberté, nous regardons comme un devoir sacré poor c nous d'élever la voix dans la conjoncture orageuse où se trouve la république. « Nous déclarons donc avec franchise et vérité, à tous les citoyens de la France, i que le calme, la fermeté, Tunion, Tordre et la sagesse que le peuple de Paris « vient de montrer en se levant en masse contre l'oppression, sont de nouveaux « titres à l'admiration des hommes et à la reconnaissance de toute la répa- « blique. Nous déclarons que les principes révolutionnaires, les sentiments « républicains de nos concitoyens sont entièrement conformes à ceux des sec- « tions, des autorités constituées, des sociétés populaires, et en général de tous « les citoyens du département de Paris, et que nous adhérons en leur nom aux « mesures sages et vigoureuses que la Convention nationale s'est engagée à « prendre, pour faire marcher à grands pas la révolution à son but, et pré- « senter incessamment une constitution digne des Français, qui fonde Tunilé « et l'indivisibilité de la république, la liberté, l'égalité et le bonheur du « peuple, non sur de vains mots, mais sur des bases réelles et inébranlables. « Arrêtons d'adresser cette déclaration à la Convention nationale, et de la com- « muniquer aux autorités constituées et aux sociétés populaires de la cité de « Paris. /. F, Jehin, président; Malhieu Colson, secrétaire. » Ce président Jehin était un prêtre défroqué qui avait du reste le cerveau malade, ce qui peut loi servir d'excuse.
< « Une députation des sans-culottes de Liège vient lire une adresse contre * « l'aristocratie des richesses et contre les aristocrates de toute espèce. Elle « applaudit au patriotisme des sans-culottes de Paris, qu'elle regarde comme « ses frères; elle désavoue la lettre écrite par des Liégeois au ministre Lebrun, « et déclare n'avoir aucune connaissance de cette lettre. Mention civique aa « procès-verbal. » Moniteur, n* 169, du 18 Juin 1793.
[l79Sj CHAPITRE XXI. 269
qaants de réniigpration liégeoise, voyant leur liberté, leur existence même compromises, cherchèrent une retraite où ils pussent se faire oublier; quelques-uns s'enrôlèrent dans la compagnie de volontaires belges qui partit pour la Vendée \ ou quittèrent Paris pour s'établir aux environs '. On lit encore le nom de Bassenge aîné dans le procès-verbal d'une séance, du 7 juillet, où les réfugiés, convoqués extraordinairement déclarèrent accepter la constitution qui venait d'être décrétée ' ; Bassenge lui-même nous apprend * qu'il rédigea le discours prononcé à la barre de la Convention, et qu'il refusa la présidence pour la faire déférer à un vrai sans-cidoUe ^. Mais peu de jours après, s'acheva le mouvement montagnard qui, depuis trois mois, se préparait parmi les réfugiés, et qui assura la prépondérance aux avancés du pays de Franchimont.
Dans l'assemblée liégeoise, la retraite des modérés les plus capables avait laissé le champ libre à leurs adversaires, qui en profitèrent pour faire prévaloir leurs idées, et pour donner cours à leura rancunes; car les timides, comme toujours, crurent se faire de leur condescendance un moyen, d'échapper aux dangers dont étaient menacés ceux qui ne se ralliaient pas à la Montagne. On commença par désavouer la lettre à Lebrun (11 juillet), c Sur la « proposition d'un membre, lit-on dans le procès-verbal, l'assem- « blée déclare que ceux des administrateurs et officiers munici-
< paux de Liège qui ont écrit la lettre à l'ex-ministre Lebrifti, ont « perdu la «onfiance des Liégeois. En conséquence, elle en
< déclare les auteurs et adhérents complices de la fraction giron- « dine et brissotine, anéantie par la Convention nationale lors
Entre autres, Bassenge cadet.
Fabry et Henkarl allèrent habiter Versailles.
* Le procès-verbal» où cette acceptation est consignée, est écrit en entier de la main de Bassenge aîné. L'acceptation de la Constitution de 1793 par les Liégeois fut portée à la connaissance de la Convention le 9 juillet, et à celle de la commune le 11. Voir le Moniteur, n*' 199 et 196, des 11 et U Juillet 1793.
* J. N. Bassenge de Liège à P. Chaussard, p. 109. » Ubert.
SVO HISTOIM VE& «BUES. [m]
# des jotH^né^ méoïwMeè des 31 mai, 1^% 2 et 5 jaio^deraier^» Comme si ce n'était pas assez â*Qii désaveu qui, fait en dis tels termes, pourvait devenir un arrêt de proscription ', on aggrava encore Todieux de ce procédé, en décidant qu'on enverrait b liste des signataires aux sociétés populaires ' et aux autorités. Ensuite on décréta que les Franchi mon tois seraient invités à se réunir aux Liégeois. En temps de troubles, il est dans la nature des opinions exaltées, comme plus énergiques, de déterminer autour d'elles un mouvement d'absorption qui entraine avec une force irrésistible, et l'assemblée franchimontoise imposait ses tendances. L'offre ne pouvait manquer d'étne accueillie; les Franchimontois demandèrent seulement qu'on arrét&t les bases sur lesquelles s'effectuerait la réunion. Des commissaires furent nonimés des deux paits (iS juiliel) \ et on finit par convenir c de se former en assemblée générale, € qui prendrait la dénomination Rassemblée populaire composée « des citoyens sans-culottes des ci-devant pays de Liège, Franc chimont, Stavelot et Logne, dans laquelle on délibérerait à la c majorité des sufArages sur les grands intérêts de la république, « en ce qni pourrait intéresser et concerner l'assemblée. »
La réunion effectuée, on adopta la profession de foi civique imposée aux membres de l'assemblée (15 juillet); elle était destinée c à distinguer les bons patriotes de ceux qui ne l'étaient pas, >
1 Les extraits des procès-verbaax publiés dans le JowwA de la provimee de Liège s'arrêtent au 7 juillet 1793. Les détails que nous donnerons sur les séances postérieures à cette date, sont puisés dans les quatre brochures de M. Schayes que nous avons précédemment signalées.
* Si cela n'eut pas lieu, on en fut eni grande partie redevable à l'épouse du général Ransonnet Cette dame, qui est morte à Liège en 1S42, dans un âge fort avancé, utilisa en faveur de ses compatriotes le crédit dont elle jouissait auprès de plusieurs membres fort influents du comité de salut public. Bassenge notamment, qui fut arrêté à trois reprises différentes, dut la vie à son infatigable intervention.
* Nous avouons toutefbis ne pas trop comprendre ce que le procès-verbal entend par la litte dès signataires, car la lettre à Lebrun, telle du moins que Vt publiée le Jottmal de Paris, ne porte que la signature du président et ceUe do secrétaire. y
* Ce furent, pour les Franchimontois : Deikier, BrùcKe, JMn et PeiUbois; pour les Liégeois : J. F, J, Briarî, F. S, Comesse et P. T. J, WHmotte.
eC déeréiajft coBWie principes les points suivants : c 1<> la réunion « pare et sitnpfe des pays de Liège, Francfaimont, Stavelot et « Logoe à lat républîqiie française, une et indivisible ; 2* i'adhéc sion au principes de la Montagne de la Convention, et de la c société des Jacobtus de Paris; S"" l'adhésion à la révolution des « 31 mai, f, 2 et 3 juin; 4"" la soumission entière aux décrets « émanés de la Convention nationale, depuis ces mémorables « journées; tV" le ralliement à cette assemblée, comme au vrai « centre de réunion de tous les patriotes français; 6" Facceptation « de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et de « Tacte cooatiiMtionnel présenté par la Convention au peuple « français, et déjà accepté par une très grande partie du peuple « souverain '. » « Nous déclarons même, ajoutaient les signa- « taires^. de ne plus considérer que comme de faut frères, comme « des hommes indignes de la confiance de nos concitoyens, tous < ceux qui seraient prouvés, depuis noire retraite dans Tinlé- « rieur de la république, avoir professé ou professer, dé propos c délibéré, des principes contraires aux points ci-dessus que nous « regardons comme des conditions essentielles de notre réunion « en assemblée générale, promettons de les dénoncer tous indis- « tinctement, comme nous avons déjà commencé, à mesure qu'ils c nous seront connus. »
Le lendemain du jour où Ton décréta cette profession de foi civique (16 juillet), une députation fut chargée de se rendre au conseil général de la commune , pour lui donner connaissance de la réunion: qui venait de s'effectuer, et pour provoquer l'apposition des scellés sur l'appartement occupé par le secrétaire de rassemblée liégeoise ', ainsi que la translation des archives à
1 À la date du tl-auût 1799, près de deuï cents réfugiés avaient appesé leur signature à cette pièce. La liste alphabétique s'en trouve à la fin du volume, note VI (1" édition).
' Liben. Le MonUewr rend ainsi compte de cette députation : • Une députation « des citoyens réfugiés à l^aris de Franehimont, Stavelot et Liège, se présente « au conseil, et annonce que la ligne de démarcation formée ^tre quelques- • uns d'entre eux n'existe plus ; que le» amis de Brissot, qui Tavaient excitée,
Î72 HISTOIRE DES BELGES. [l793]
rhôtel de ville, où elles avaient d'abord été déposées; cette double demande fat accordée. On réclama aussi du conseil le refus de passeport à tout réfugié, qui ne présenterait pas un certificat de civisme délivré par rassemblée des Liégeois et des Francbimontois réunis ^ La profession de foi fut ensuite présentée aux Jacobins (19 juillet), et Taffiliation demandée et obtenue ^ Elle fut aussi présentée à la Convention (6 août), c C'est l'expression
< simple et fidèle, disait l'adresse qui fut lue à la barre, des sen- « timents dont tout vrai Français doit être animé; c'est le syroc bole qui doit faire. exactement distinguer la grande foule des « Liégeois qui aiment h respirer l'^ir de la montagne, du petil « nombre de ceux qui pourraient se plaire encore à ramper dans
< la fange impure des insectes du marais '. »
Les hommes dénoncés avec tant d'animosité, cette Gironde liégeoise * comme disaient leurs ennemis, se défendirent, et des
« avaient été dénoncés à Topinlon publique, et que maintenant ils sont toas « réunis. » Monitewr, n* iOI, du 20 juillet 1798.
1 Les procès-verbaux du mois de juillet sont signés : T. J. Jekm président; M. Colson, J. G. Nahon, J. F. J. Briart, secrétaires.
* On lit dans le Journal des débats et delà correspondance des Jacobins de Paris, séance du 19 juillet : « Une députa tion de la société révolutionnaire des citoyens
• de Liège, Franchimont, Stavelot et autres lieux, réfugiée maintenant en
• France, séante au ci-devant Palais-Cardinal, vient demander Tafflliation; c elle fait sa profession de foi civique, qui est accueillie par de nombreux
• applaudissements. Comme la société des Liégeois réfugiés a aussi son côté ' « droit, elle la propose à tous ses membres, et ce sera le signe auquel ils
< reconnaîtront ceux de leurs concitoyens qui seront vraiment patriotes. > Suit le texte entier de la pièce dont nous avons donné plus haut quelques fragments.
* L*orateur fut Brixhe, et le rédacteur de l'adresse, Dethier, Les procès-verbaux du mois d'aoflt sont signés : Louis Pondavy, président; J. B. Briart, secrétaire ; M. Cdson, secrétaire-archiviste.
* C'est une expression que renferme une adresse Aux répubUeains français adoptée dans la séance du 1" septembre. La pensée crueUe qui avait dicté c«ite pièce se révèle dans la phrase suivante : « 0 les honnêtes gens ! Nous les avons « vus chez Gensonné, Brissot, Guadet, Vergniaud et semblables, aviser aux
< moyens de sauver leur pays , c'est à dire la France leur nouvelle patrie. « Comme ils vous arrangeaient ces factieux, ces brigands, ces anarchistes, ces t sans-culottes, en un mot ces scélérats de jacobins ! » Le procès-verbal de la séance du 1** septembre est signé : P. F, Bekr, président; /. G. Bemari, J. F. Charlier, et G. Marîigny, secrétaires.
[i793] CHAPITRE XXI. 273
aflSche^ collées aux mars de Paris associèrent le public à ces querelles; plus d*une fois aussi des dénonciations arrivèrent à la barre du conseil général de la commune et à la tribune des Jacobins ^
Les administrateurs de Mons, avons-nous dit, conservèrent aussi leur organisation en France, avec le titre d'Administrateurs du département de Jemmapes. Leur président et leur orateur habituel était l'avocat Delneufcourt, phrasier insipide et inintelligible, qui plus tard fit partie de l'administration centrale belge. Les renseignements nous manquent sur les deux premiers mois de leur séjour en France, mais à Tépoque de la proscription des Girondins, on les voit se présenter au conseil général de la commune (i6 juin), « pour jurer union et fraternité aux citoyens de « Paris, et donner leur adhésion » aux événements des 31 mai et S juin. Ils reçurent les Télicitations d'Hébert, qui proposa de leur accorder un local pour se réunir, et cette motion fut adoptée '. Onze jours après, ils se présentèrent à la barre de la Convention, pour la féliciter de l'achèvement de la constitution (â7 juin), et pour solliciter le droit d'avoir des représentants dans cette assemblée, « afin que leur département fit, de fait, partie de « la république, quoique son territoire fût occupé par l'ennemi ^ » La demande était fondée en droit, puisque le Hainaut avait été
> Le journai de cette société fameuse est fort mal fait. Nous croyons qu'il s'agit des querelles entre les Liégeois, dans ce passage de la séance du 28 juillet : « Un Beige raconte ses malheurs à fa société, et dénonce son oppres- « seur, qui cherche à le devenir de la nation entière, par ses manœuvres à « Paris, où il s'est immiscé jusque dans les administrations les plus impor- « tantes de la république. Au moment de le nommer, la société rengage à taire c son nom, pour qu^on ne l'avertisse point, et à poser sa dénonciation sur le « bureau, afin qu'on en tire ie parti dont elle est susceptible. • Dans la séance du 31, on lit encore: « Une députation de Belges vient se plaindre des calomnies « inventées contre eux par les Belges venus dernièrement à la société. Elie « demande que des commissaires soient nommés pour examiner, avec eux et « les plaignants, les délits que ces derniers reprochent, et si quelqu'un est « coupable, ils s'empresseront de le chasser de leur sein. >
• Moniteur, n* 170, du 19 juin 1793.
^ Ibid., n- 181, du 30 juin 1793. ^
UST. DBS BELOKS, T. H. 18
27i HISTOIRE DBS BELGES. [vm]
transformé en département français; mais elle contrariait les projets de la Convention sur notre pays, et elle alla se perdre dans les cartons du comité de salut public.
La décision prise sur la motion d^Hébert avait éprouvé sans doute des difficullcs d'exécution, car, dans le mois de septembre (le 8), les mêmes administrateurs reparurent à la barre du conseil général de la commune, demandant qu*on appuyât la pétition adressée par eux au ministre de Tintérieur pour en obtenir un local ^ Ensuite ils remirent une adresse à la Convention (18 septembre), peur rengager à ne pas gouverner militairement la Belgique, comme la proposition en avait été faite, mais à prendre seulement des précautions contre les intrigues du clergé et de la noblesse '. Duhem, qui était indirectement attaqué', récrimina violemment contre un des signataires S et fit décréter sa comparution devant le comité de sûreté générale.
Les autres provinces belges ne paraissent pas avoir fourni on grand nombre de réfugiés; nous en avons dit la cause, et nous avons dit aussi comment, h la difierence du Hainaut et du pays de Liège, il ne s'y trouva pas d'administration qui dût émigrer. Le Mouileury dont la rédaction est fort négligée, signale des réfugiés bdges demandant un local à la commune ', adhérant à la constitution de 1793 S figurant à la fête du 14 juillet ' et à celle du iO août, où ils marchèrent traînant dans la boue une aigle impériale ^; le Journal des Jacobins parle de patriotes belges admis dans la société ', d'autres qui lui sont dénoncés comme de faux
< Moniiewr, n* %&%, du 9 septembre 1798.
* La pièce se trouve dans le iournai des débats et de la œnespondanei en Jacobins de Paris, n" du 19 vendémiaire an il.
' Nous dirons plus tard le langage qn'il avait tenu, peu de lonrs auparavant, à la Convention et aux Jacobins. i
* GkiUengien (GuUlemingen), dit le Moniiewr, n* i64, du 91 sepienbfel?». ' ifomieuf , ur liO, du 30 avril 1793.
• Ibid., n- 193, du 12 juUlel 1798.
^ Ibid., n- 190, du lSiuin€tl793.
• Ibid., n* 224, du 11 août 1793.
' Journal des débals et de la correspondance des Jacobins de Paria^ séanoea des 15, 20, 29 avril et 3 mai 1793.
[1795] CHA]^ltAÉ XXI. 275
frères S d'une société de Brabançons qui transmet des nouvelles alarmantes ^; mais ces notions sont vagues, et ne contiennent rien qui fasse supposer une organisation '.
La Convention accorda des secours pécuniaires aux réfugiés, qui ne purent être placés dans les administrations ou dans l'armée; mais ils furent insuffisants et mal distribués *. Au mois de juillet, époque où une somme de 150,000 livres fut votée sur la proposition du comité des finances (le 18), 120,000 livres avaient déjà été consacrées à un semblable usage ^; quatre mois après (29 novembre), on accorda une nouvelle somme de 1S0,000 livres.
On a peu de renseignements aussi sur Torganisation militaire des réfugiés belges. Au mois d'août, Duhem fit décréter Tannulation de tous les brevets d'officier délivrés par. le comité que Dumouriez avait établi à Bruxelles; seulement, à la demande de Merlin de Douai, on admit une exception en faveur des Belges qui avaient fait la campagne de 1792 ^. Parmi ces officiers se trouvaient des hommes qui contribuèrent puissamment aux succès militaires de la France; Dumonceau, Ransonnet et Jardon ^ sont cités avec éloge dans plusieurs rapports transmis à ' la Convention. Un autre Belge, Albert Legros, parvenu déjà alors au grade de chef de brigade, était aussi destiné à parcourir une brillante carrière, quand il tomba au pouvoir des Autrichiens et
< Joumai des Débats, etc., séance du 20 septembre 1793.
* Ihid., séance du 9 octobre 1793.
s C'est dans les procès-verbaux des réfugiés Uégeois que nous'avons trouvé le renseignement le plus précis. A la séance du 24 avril 1793, il fut arrêté de choisir, pour distribuer les secours accordés par la Convention, une commission formée de vingt-quatre individus, moitié Belges, moitié liégeois. Le procèsverbal donne les noms des commissaires liégeois, mais non ceux des autres.
* Bassenge nous apprend qu'il ne reçut que 300 liv. en dix mois de temps. > Voir le rapport de Real. Moniteur, n» 202, du 21 juillet 1793.
* Moniteur, n* 211, du 2 août 1798.
' Voir; sur Dumonceau, une notice de M. le baron de Stassart, dans les BuUetins de VAcadémie royale des sciences et heUes-lettres de Bruxdles (vol. III, p. 472), et sur Jardon et Ransonnet, des articles de M. F. Van Hulst, dans la Revue b^e (vol. II, p. 6, et vol. m, p. 411)^
276 HISTOIRE DES BELGES. [l793]
fu^t exécuté comme déserteur (17 août). Le Moniteur nous fournit, sur ce malheureux officier, des détails qui excitèrent dans la Convention un vif intérêt; en voici lanalyse : Albert Legrôs, né à Corbais près de Wavre, émigra en 1789, avec un grand nombre de ses jeunes compatriotes, obtint le grade de major dans Tarmée du Congrès belge, et fut ensuite mis en prison à cause de sou attachement à Van der Mersch. La restauration le rendit à la liberté, et à l'époque de la première invasion il obtint du comité militaire de Bruxelles, avec le grade de colonel, la mission d*orgauiser un régiment. Lors de l'évacuation de la Belgique, il fut chargé du commandement de Saint-Quentin, et fait chef de brigade peu de temps après. Il commandait en cette qualité aux avant- postes de Tarmée du Nord, quand, le 17 août 1793, il fut entouré dans la forêt de Mormal par des forces supérieures, fait prisonnier et conduit devant le généralissime de Farmée autrichienne, qui le condamna a être fusillé; ce fut sans doute à titre de déserteur, ce qui nous fait supposer, quoique les pièces n'en disent rien, qu il prit service, en 1791, dans Farmée autrichienne. Legros, conduit au lieu du supplice, refusa de se laisser bander les yeux, en disant qu'un républicain savait braver la mort. Les soldats chargés de le fusiller hésitaient à exécuter un ordre aussi barbare; il leur dit de ne pas trembler, et ses dernières paroles furent : « Je « meurs pour la liberté, mais^ les Français vengeront ma mort. » Sa veuve, Ursule d'Âubremez, présenta une requête à la Convention, qui lui accorda un secours provisoire de 1,000 livres, et ordonna Tinscriptibn du nom d'Albert Legros sur la colonne du Panthéon destinée à perpétuer le souvenir des citoyens qui avaient bien mérité de la république ^
D'après ce qui a été dit plus haut, on voit que le décret de la Convention, qui prescrivait l'incorporation dans l'armée française des bataillons formés par le comité militaire de Bruxelles à l'époque de la première invasion ', n'avait pas été exécuté. Il exis-
1 Voir le MoniUwr, n** 32 et 89, des 23 octobre et 19 décembre 1794. * Sur ce décret, daté du 26 janvier 1793, voir plus haut, p. 192.
[l795] CHAPITRE \XI. 277
tait efiectivement encore un noyau d*armée belge, qui fut réorganisé huit mois après la retraite de Dumouriez. Le iO novembre» Gossuin présenta à ce sujet un rapport au nom des comités de salut public et de guerre. < Il y a, dit-il , sur les frontières du « nord, des régiments étrangers qui sont tous incomplets; il y < en a même qui ne sont composés que de treize soldats, et où c Ton compte vingt-six officiers. Cela vient de ce qu'on remplace t les officiers aussitôt qu*ils sont tués, et qu'on ne recrute pas c pour remplacer les soldats. » Ces régiments se composaient de Hollandais, de Belges et de Liégeois, pour la plupart déserteurs des régiments autrichiens, et le projet, qui fut adopté, ordonnait de les réunir h Péronne, pour en former des bataillons sur le mode adopté dans Tarmée française : il était prescrit de soumettre à un examen rigoureux les brevets et les opinions politiques de ceux qui en étaient pourvus; les officiers, qui ne pourraient trouver place dans la réorganisation, devaient continuer, jusqu'à ce qu'il y eut des emplois vacants, h y faire le service comme adjoints, en conservant leur grade et le traitement qui y était attaché ^ Ces nouveaux bataillons prirent le nom de bataittons de tirailleurs. Si Ton peut ajouter foi à plusieurs documents de l'époque, les Belges et les Liégeois y fournirent un total d'environ 20,000 hommes *. Â la fin de i793, une partie de ces soldats étaient en garnison à Amiens '.
* MofUteur, n« 52, du 12 novembre 1793.
* Comparez un discours prononcé par Michiels aîné, de Bruxelles, avec une adresse de l'administration centrale belge (Recueû des arrêtés et proclamations des rejprésentants du peuple français, vol. 111, p. 10, et vol. IV, p. 150), et avec une adresse des Gantois. (Moniteur, n' 34S, du 4 septembre 1795.)
* On lit dans un rapport d'André Dumont, du 29 décembre : « Huit mille « Belges bien armés sont, depuis un mois ou cinq semaines, à Amiens ; ils « avaient à leur suite environ huit cents femmes qu'ils faisaient loger avec ■ eux, et à cause desquelles il arrivait chaque jour des scènes. Le grand éroé- « tique national a balayé ces corps. » Moniteur, n* 104, du 3 Janv. 1794.
La France à l'époque de la défeotîon de Dumouriez. — Principaux éTénements de la campagne de 1793. — La Belgique au commencement de 1794. — Effet des concessions du gouvernement autrichien. — Dons patriotiques. — François II en Belgique. -^ Détails sur sa réception et sur son inauguration à Bruxelles. — Ouverture de la campagne de 1794. — Accueil fait en Belgique aux demandes de renforts du gouvernement. — La légion de r archiduc Charles. — L'abandon de la Belgique décidé. — Les réfugiés belges en France. — Bataille de Fleuras.
A. aucune époque, la révolution française ne fut dans une situa* tion si difficile que pendant les trois mois qui suivirent la défec* tion de Dumouriez : les frontières envahies sur tous les points, la division au sein de la Convention, l'anarchie dans le gouveroement, TOuest en feu , le drapeau blanc victorieux promené en dehors des limites de la Vendée, les Anglais dans Toulon, Lyon soulevé contre les Jacobins, et la moitié des départements insuif es en faveur des députés proscrits par la Montagne; qu*il fallut d'audace pour affronter de tels périls, de sacrifices pour les surmonter! Par la vigueur avec laquelle elle défendit le territoire national, la Convention a bien mérité de la France, et on ne ravale ni sa gloire ni ses services, en rappelant les'dispositioos maladroites d'une coalition qui comprenait la plupart des États de TEurope, d'une coalition plus formidable que celle qui avait
[1793] CHAPITRE XXn. 279
menacé Louis XIV, et à laquelle il mauquait seulement un chef militaire comme Eugène ou Marlborough.
Quatre puissances à la fois attaquaient la France au nord et à Test. L'énergie du sentiment révolutionnaire s'était révélée et Texpérience avait profité aux alliés. Ce n'était plus, comme en 1792, une armée peu nombreuse, croyant, dans sa présomption, n'avoir qu'une promenade militaire à faire jusqu'à Paris. Des montagnes de la Suisse à l'Océan, près de 300,000 hommes % Autrichiens, Prussiens, Hollandais, Anglais, Hanovriens et Hessois, s'apprêtaient à passer la frontière; à elle seule l'Autriche en avait fourni le tiers. Mais cet immense déploiement de forces allait se briser contre la formidable unité imprimée par la Convention à ses mesures de défense.
La défection de Dumouriez laissait à découvert la partie vulnérable du territoire français. Pour défendre le département du Nord menacé par 80,000 ennemis, Dampierre n'avait qu'une armée de âO,000 hommes, démoralisée par ses revers et par la fuite de ses meilleurs officiers. Nul obstacle sérieux n'étaij. à craindre. En douze jours de marche, les alliés auraient pu arriver sous les murs de Paris '; il ne fallait pour cela que de l'activité et de la résolution. On explique l'inaction du généralissime de l'armée impériale, pendant les dix-huit premiers jours qui suivirent la bataille de Neerwinden, par la nécessité d'observer la convention conclue avec Dumouriez ; mais cette inaction, continuée après que larmée française eut rompu avec son chef, n'a pas d'excuse. Au lieu de pousser vivement le cours de ses succès, le prince de Saxe-Cobourg se rendit au congrès d'Anvers, où une déclaration lui fut prescrite (5 avril) qui révoquait celle que précédenimeut il avait publiée de concert avec Dumouriez. L'Autriche
> Mémoires tirés des papiers d*Wi fumme d'État, II, Î68.
* Ibid, II, 5^23. Dans la discussion sur le décret du 9 vendémiaire an iv, Merlin fit aussi cet aveu : « Si les Autrichiens D*ont pas pris Douai, qui n'avait pas « pour quinze jours de vivres, et Cambrai, qui était reconnu ne pouvoir pas « tenir huit Jours, si enfin ils ne sont pa» venus droit à Paris, à qui le devons- < nous, si ce n'est à un miracle du génie de la liberté? •
280 HISTOIRE DES BELGES. [i783]
ne renonçait plus à faire des conquêtes, engagement qui d*abord avait été pris en son nom ^ ; ses projets, couverts encore d*un léger voile, ne devaient pas larder à se manifester.
Cinq jours avaient été perdus; trois autres le furent encore, et quand les Impériaux s'avancèrent enfin (13 avril), toujours avec une excessive circonspection, Dampierre avait eu le temps de rétablir Tordre parmi ses soldats, et de leur rendre quelque confiance. Cette lenteur dans les mouvements annonçait Tintention de faire une guerre méthodique. On ne voulut pas pénétrer trop avant dans le nord de la France, avant que les Prussiens se fussent rendus maîtres de Mayence, et on se contenta de gagner nue forte position sur FEscaut. Après une résistance vigoureuse» Coudé et Valenciennes capitulèrent à quelques jours d'intervalle (juillet) ^. Cobourg déclara prendre possession de ces deux villes au nom de Tempereur. Une jointe, instituée par un commissaire venu de Bruxelles, prit Tadministratiou du pays conquis, et commença par y rétablir Tancien régime; quelques mois plus tard» une déclaration impériale y attribua juridiction au conseil de Hainaut. Les projets de la coalition venaient au jour : ce n'était plus à la révolution, mais à la France telle que Pavait laissée Louis XIV, qu'elle entendait faire la guerre. Le cabinet de Vienne voulait — prétention bien légitime après tout — recouvrer ce
1 La première déclaration du prince portait que, s'il joignait ses troupes à celles de Dumouriez, ce n'était que « pour coopérer en amis et en compagnons
• d'armes, dignes de s'estimer réciproquement, à rendre à la France son roi
• constitutionnel, la constitution qu'elle s'était donnée, et par conséquent les « moyens de la rectifier si la nation la trouvait imparfaite, et ramener ainsi en « France, comme dans le reste de l'Europe, la paix, la confiance, la tranquillité « et le bonheur. » Le prince déclarait encore < qu'il ne venait pas sur le terri-
• toire français pour y faire des conquêtes, et qu'il regarderait comme un d^pôl « sacré les places fortes qui lui seraient remises. • La seconde déclaration révoquait la première, et rétal>Ussait l'état de guerre entre rAutriche et la France.
' Gondé capitula le IS juillet; Valenciennes, le 28. Un journal de l'époque dit que la garnison de cette dernière ville comprenait environ 300 réfugiés belges et liégeois qu'on se proposait « de conduire dans l'intérieur du pays, sans « que Ton sût quel sort leur était destiné. • Esprit des gazeius, 1793, II, 115.
[l793] CHAPITRE XXII. 281
qu'il avait perdu moins d*an siècle auparavant ' dans le Hainaui et dans la Flandre , et la cour de Londres espérait s'indemniser par la possession de Dunkerqué, objet de sa longue convoitise.
Cet empressement porta malheur. Il exaspéra les Français de toutes les opinions, et sous les yeux mêmes du gouvernement, les murs de Bruxelles se couvrirent de proclamations qui appelaient les émigrés « à prendre les armes pour empêcher le démembre- « ment de leur malheureuse patrie. » Dumouriez, soupçonné d*étre Tauteur de ces publications, quitta précipitamment la Belgique, et plusieurs des officiers qui avaient pris part à sa défection furent arrêtés. La conduite du ministère autrichien fournit aussi un prétexte de retraite au cabinet de Berlin, qui s'était engagé à contre-cœur dans cette nouvelle campagne contre la France, et qui, entrevoyant plus d'avantages réels pour lui à diriger ses armées vers la Pologne, où il comptait bien obtenir sa part dans un nouveau démembrement, observa une neutralité de fait immédiatement après la reddition de Mayence (24 juillet) *. Ainsi le concours d'un de ses principaux membres fut perdu pour la coalition, précisément vers l'époque où la bataille de Hondschoote dégagea Dunkerque (8 septembre). Peu de jours après, le Quesnoi, où se trouvaient des réfugiés et dont la garnison avait même un Belge pour commandant (11 septembre), fut obligé de se rendre à Clerfayt; mais les soldats français avaient retrouvé leur assurance, et le prouvèrent à Wattignies, où ils livrèrent un combat qui força les Impériaux à lever le siège de Maubeuge (16 octobre). Â la fin d'une campagne si brillamment commencée, l'Âulriche n'avait obtenu, pour tout résultat, qu'une position douteuse sur la partie supérieure de l'Escaut.'
Quaud la guerre recommença Tannée suivante, la Vendée était
1 Le traité d'Utrecht seul (1713) avait donné aux conquêtes de Louis XIV en Belgique la sanction du droit.
* La Convention avait de singuUers ennemis dans ces officiers prussiens, qui se montraient aussi enthousiastes de la MaruHlaiu que les Français eux-mêmes. Mémoires tirés des papiers d'un homme d'État, II, S47.
sas HISTOIRE MSS BELGES. [l794]
domptée, Toulon repris, le mouveoneat fédéraliste comprimé, les Espagnols et les Piémontais tenus en échec anx Pyrénées etaui Alpes, et plus de 300,000 hommes, remplis d'un patriotique enthousiasme, s'apprêtaient à délivrer le territoire national au nord et à Test, comme il Tétait déjà sur les autres points. La suppression récente du conseil exécutif concentrait tous les pouvoirs dans la Convention, ou plutôt dans ce terrible comité de salut public dont la volonté puissante allait ouvrir pour la France une longue suite de succès militaires.
La Belgique était condamnée à servir encore une fois de champ de bataille. Son attitude la montrait résignée à accepter le sort que lui préparaient les événements, le maitre que lui réservait la victoire. La condescendance extrême du gouvernement autrichieo ne lui profitait pas plus que jadis ne Tavaient fait ses rigueurs, et ceux à qui s'adressaient ses concessions les déclaraient insuffisautes et peu sincères. Une dépêche récente avait ordonné de reprendre, avec les députés des provinces, la liquidation des dettes de la révolution (24 janvier) ; au lieu d'attribuer les retards de cette liquidation aux nombreuses difficultés qu'elle soulevait, on ne voulut y voir que les effets de la mauvaise volonté des hommes du pouvoir; on consentait à rendre justice aux bonnes intentions de l'Empereur, du gouverneur général, du ministre même, sans leur tenir compte des embarras qui en entravaient l'exécution '; il eût fallu la solution immédiate de toutes les difficultés. L'irritation était si grande que, dans une jointe tenue en présence de l'archi-
1 « On voit, disait Feller, que si Tempereur et son illustre frère ne perdent « pas de vue les intérêts de la Belgique, leur excellente volonté est entravée « par des obstacles toujours renaissants. Car cette liquidation, acceptée avec
• tant d'empressement par les États de Brabant, est restée pendant plusieurs
• mois dans une sorte d'abandon et d'oubli, par les restrictions, modifications,
• tournures et formules que voulaient lui donner ceux pour qui elle était une « espèce de défaite et pouvait être encore un aliment de division. Les autres
• projets que la justice du prince, de concert avec le lèle des bons citoyens,
• avait conçus, sont également restés dans un état de suspension, et de tous « les vœux publics, il n'en est aucun qui arrive à sa pleine consommation. » Journal historique et littéraire, 1794, 1, SOIS.
[rtSé] CHAPITRE XXn. 985
duc Charles, le comte de Limminghe, Torgaoe le plus fougueux du parti conservateur, s'écria qu'il préférait aux vexations actuelles le système des carmagnoks ^ Ces concessions, si peu goûtées des partisans des États, avaient d*autre part irrité les Joséphistes qui en pâtissaient, et avec eux une fraction considérable de l'opinion démocratique. Le gouvernement restait ainsi livré à de conti* nuelles incertitudes, sans appui réel dans le pays, ne trouvant qu'indifférence chez les uns. et mépris chez les autres. Il n'y avait pas apparence d'insurrection, mais insouciance et découragement, ce qui était pire.
Pour donner une idée juste de cette situation, il suffit de signaler le résultat d'un appel adressé aux particuliers, pour les engager à contribuer volontairement aux frais de la guerre avec la France. Une souscription ouverte dès les premiers mois de la restauration n'avait encore obtenu qu'un fort petit nombre de signatures % quand parvint aux États des provinces une dépêche qui les engageait à prêcher d'exemple. « L'Empereur, y disait<on, a fait sans doute de grands et continuels sacrifices, et ne cessera d'en faire ; mais dans le temps que les autres États et provinces de sa vaste monarchie, moins intéressés cependant que les Pays- Bas aux succès des armes de Sa Majesté dans la présente gtferre, lui donnent aussi de leur côté des preuves réitérées de dévouement à la cause générale, et concourent très activement à ses succès par des fournissements d'hommes et d'argent, nous croirions manquer à la confiance que nous inspirent les bons et loyaux habitants de ces provinces, si nous ne leur offrions point maintenant l'occasion de déployer individuellement, par des dons volontaires et patriotiques, ainsi que beaucoup de personnes en ont déjà témoigné le désir, leur zèle pour la cause
< Voir une lettre de Tarchlduc Charles aux États de Brabanl, publiée par M. Schayes, dans le Mesioger d€8 scùnces historiques de BélgiqWy 1839, p. 83.
' Cela est si vrai, qu*entre le ministre plénipotentiaire qui ouvre la première liste, et la communauté de Genappe qui vient immédiatement après, Il y a un intervalle de deux mois. Soixante-trois souscripteurs seulement s'étaient pr^ sentes quand parut la dépêche aux Etats des provinces.
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€ commune de tous les peuples attachés à leur religion, et qui « comptent pour quelque chose les mœurs, la justice, la sûreté « des personnes et des propriétés ^ »
Les Etats des provinces montrèrent en général peu d'empressement, malgré Tardeur qu'ils affectaient dans leurs exhortations*. Quatre comités s'établirent à Gand, à Mons, à Tournai et à Namur, pour recevoir les dons, et les transmettre au comité central de Bruxelles. Afin de stimuler le zèle ^ on annonça qu'il serait, tous les quinze jours, publié une liste destinée à passer sous les yeux du monarque. Ces listes étaient divisées en trois catégories : dons absolus; engagements annuels ^ pour la durée de la guerre ou pour un temps déterminé; sommes prêtées sans intérêt, également pour la durée de la guerre ou pour un temps déterminé, soit en numéraire, soit en naatières d'or et d'argent. Dans la position où se trouvait le gouvernement, il ne pouvait espérer nn grand succès. Les partis extrêmes se réunirent contre lai : il savait, disait-on, qu'il lui était impossible de se maintenir en Belgique, et il voulait, avant de l'abandonner, en tirer jusqu'au
1 Cette dépêche, qui porte la date du SO novembre 1798, se trouve dans la plupart des journaux du temps.
' M Priez, exhortez, sollicitez, disaient les États de Limbourg, dans une cir- « culaire aux communautés de la province ; n*épargnez ni soins ni peiifes, le « salut de la patrie Texlge, le maintien de notre constitution actuelle et de la « religion, cette base unique des mœurs et du bon ordre, ce gage de rétemité « en dépend ; la conservation de nos propriétés et de nos personnes nous y « engage. Tout est perdu« tout est renversé, tout est anéanti, tout sera dans la « confusion et dans la dévastation, tout sera en feu et en flammes, si Tenragé « Jacobin parvient encore à pénétrer dans ce pays. • Les Étals de Namur, pour engager les particuliers à porter à la Monnaie les objets précieux dont ils pouvaient se passer, disaient que c^était, « pour les personnes exposées aux « excursions des brigands français, le moyen de soustraire à leur cupidité • leurs argenteries qu'elles ne pouvaient souvent cacher qu'en terre, res- « source qui était devenue tout à fait inutile, d'après les exemples récents qui « prouvaient que rien n'échappait aux recherches de ces brigands. »
> Une exhortation des États de Hainaut avouait ingénument que ces listes étaient faites pour y avoir recours au besoin.
* Pour être tout à fait exact, il faudrait dire qu'il y eut aussi des engagements limités à moins d'une année; mais ils furent en trop petit nombre poor qu'on doive en tenir compte.
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dernier écu \ Jacobins réunionistes et conservateurs exaltés s'entendirent pour faire naître des obstacles, et la souscription Yolontaire avait, à la veille de Pouvertui^e de la nouvelle campagne, produit pour tout résultat moins d*un million de florins en dons absolus, à peu près 200,000 florins d'engagement annuels, la plupart pour la durée de la guerre, et etifin le prêt d*un capital produisant un intérêt de 75,000 florins environ. Le tiers élat contribua peu ' ; la noblesse aussi , à part quelques familles en relation avec la cour. Le clergé montra meilleure volonté; il souscrivit, non pour des dons absolus ', mais pour des capitaux prêtés sans intérêt. Et dans quelle proportion encore! La plus riche abbaye du Brabant, celle de Tongerloo, qui avait mis 300,000 florins à la disposition de Tinsurrection contre Joseph II, en trouva à peine 40,000 * pour défendre la cause du pelil-fils de Marie-Thérèse. Cette indiflerence du clergé, dans une lutte oii il
1 Voir à ce sujet, dans le sens du parti conservateur, une pièce flamande adressée Aen de Nederlanders, et dirigée contre l'avare, l'implacable^ la sanguin naire maison d'Autriche et contre son archidiabolique gouvernement. On trouve des détails sur les menées des Jacobins, dans un discours que contient le quatrième volume (p. 150) du Recueil des proclamations et arrêtés des représentants du peuple français.
' Pour donner un exemple frappant, nous paraît-il, de la faible part que prit à ces dons volontaires le peuple proprement dit, nous citerons le total des dons absolus recueillis par le comité central. Ce total s'élève à la somme de 766,066 florins. Qu*on en déduise les souscriptions des membres du clergé et des fonctionnaires, il ne restera que SI 5,058, et seulement 152,992, si on déduit encore les souscriptions du comte de Mérode et du comte de Lannoy (40,000 et 13,066). La note VU, à la fln du volume (1" édition), contient les relevés de ces listes, et différents calculs qui nous paraissent présenter de l'intérêt.
s Parmi les souscripteurs pour dons absolus, nous n'avons remarqué que cinq abbayes : Cambron, Saint-Maximin, Lobbes, Saint-Grépin et Saint-Hubert.
* Dans cette catégorie, il n'est qu'une souscription plus forte, celle du chapitre Saint-Vincent de Soignies . Cette parcimonie du clergé, mise en rapport avec les dépenses qu'il s'était volontairement imposées quatre ans auparavant, provoqua d'un Voncklste de Gand cette boutade : « L'aveuglement et le décou- « ragement pour la patrie étaient au plus haut degré, tandis que, pendant les « troubles, la générosité contre la patrie ne connaissait pas de bornes. » Jaer^ boeken der oostenryksche Nederlaném van 1780 tôt 1814 , opgesield éoor eenen tydgenoot, p. 254. Ce contemporain est l'avocat Verhaeghe, cité à la page 119 de ce volume.
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ne pouvait se dissimuler que son existence fût en jeu, prouve Faversion profonde qu'avait vouée à la domination autrichienne celle fraction importante du parti consenratenr.
Frustré dans l'espoir qu*il fondait sur les dons volontaires , le gouvernement fatigua les États des provinces de demandes de secours extraordinaires, et ne fit qu'accroître son impopularité. On crut que la présence du jeune Empereur en Belgique amenderait ces dispositions, rallumerait quelque étincelle de Tenthousiasme dont son aïeule jadis avait été Tobjet ; on crut aussi qu'elle imprimerait une énergie nouvelle aux opérations militaires, et ranimerait le courage des troupes alliées, au début d'une campagne que la Convention' entendait rendre décisive. L'archiduc Charles partit pour Vienne, laissant les esprits incertains sur le motif de cette subite résolution, et il parvint à convaincre son frère de la nécessité du voyage.
Pour engager le parti conservateur à bien accueillir le monarque, on publia une ordonnance contre ks fauteurs du système français (4 avril). « Résolu, disait l'Empereur, de maintenir inva-
< riablement la religion et la constitution qui, depuis des siècles,
< font le bonheur des florissantes provinces belgiques, nous c avons trouvé qu'il était de notre sollicitude de seconder et c d'appuyer, par une loi sévère, le vœu public si fortement et a € généralement prononcé par l'horreur que le pays entier a € montré pour le système des Français , et dTempécher que des c factieux, ennemis de l'État et de leur patrie, émissaires ou com- € plices de ceux qui ont usurpé en France tous les pouvoirs, « n'iniroduisent ou ne répandent dans ce pays, par des complots c ou des menées criminelles, les principes du système révolution' « naire français. » Il y avait peine de mort contre ceux qui propageraient ce système en Belgique, et les précautions les plus minutieuses étaient prises pour surveiller les associations de toute espèce *.
1 Une mesure semblable était parfaitement du goûl de Feller ; aussi cette fois n'a-t-U que des approbations : « Cette pièce, dit-il, honore la vigilance pater* f nelle de Tempereur et son lèle pour la défense des bons principes, pour le
[nu] GHAPITAE X%ÎU SB9T
François Ily accompagné de ses deux frères les archiducs Charlea et Joseph, du baron de Thugut et du comte de Trauttmansdorff, prit donc la route de la Belgique. A la frontière du duché de Brabant, il trouva (9 atril) une députation chargée de lui témoigner, au nom des Étals de cetle province, « leur reconnaissance de c tous les bienfaits dont il avait comblé la nation, et de lui porter € les hommages de leurs sentiments d*obéissance, de fidélité,
< d*attachement envers sa personne sacrée. » « Voire Majesté, « lui disait-on, a rétabli le règne de la confiance, ce beau règne qui c lui assure à jamais les cœurs de ses sujets belges, et, par leurs
< cœurs, leurs biens et leur fortune. Sire, ces cœurs sont à vous^ « vous les avez conquis, vous régnez sur eux et ils sont prêts à « tout sacrifier pour le maintien de votre domination. Votre c Majesté va cimenter ce règne de confiance, en donnant à ses c sujets belges la satisfaction de recevoir de sa bouche les assuc rances solennelles que leur constitution, leurs droits et leurs c privilèges seront maintenus intacts. »
A Bruxelles, où l'Empereur arriva le même jour, des précautions extraordinaires avaient été prises pour interdire l'entrée de la ville aux étrangers non munis de passeports, et surtout aux Français qui n'avaient pas obtenu les permis de résidence exigés par un édit de Tannée précédente. Le magistrat attendait à la porte de la ville, pour en offrir, selon la coutume» les clefs au souverain. Son discours représente comme complet le rétablissement de Tunion des sujets et du prince : « Le peuple reconnaissant c n'oublira jamais que Votre Majesté avait su apprécier les vrais c sentiments des Belges, et que, lorsque les ennemis de la nation c se plaisaient à en calomnier les intentions, vous lui avez renda
< la justice de ne pas douter de sa loyauté, de sa fidélité et de c son attachement inviolable aux intérêts de Faugnste maison
< d'Autriche; vous avez saisi le vrai caractère de la nation, en c comptant sur sa fidélité, et en estimant qu'elle ne pouvait être
« maintien des loU et du peuple Belgique. » JowtmI historique et littéraire, 1794, II, 1S«.
« heureuse qu'en cooservant sa constiUilioo... Pénétrée de vos « bienfaits, la nation vient vous offrir le tribut de sa reconnais- « sance, vous jurer une fidélité à toute épreuve, et cet amour reste pectueux et tendre qui attache des enfants soumis à un bon
* père; vous êtes vraiment le père du peuple; c'est avec ce litre « glorieux, si justement mérité , que le nom de l'empereur « François II passera à la postérité... » Le discours se terminait par ce trait d'une incroyable exagération : c Daignez , sire, en « y entrant, prendre sous votre protection la bonne ville de « Bruxelles; agréez-en les clefs , que ce soit l'emblème de la clef « des cœurs de tous les habitants; ils vous sont acquis. Sire, le « Belge reconnaissant respecte et aime jusqu'à l'adoration le t monarque auguste à qui il doit tout son honneur, i
Conformément à un usage ancien dont les gens sensés commençaient à sentir l'inconvenance \ les chevaux furent dételés, et l'on vit une troupe d'enfants décorés d'une écharpe blanche * faire l'office de bêtes de somme, et traîner la voilure jusqu'au portail de Sainte-Gudule où Tévéque d'Anvers, à la tète du clergé, complimenta le monarque. Après le Te Deum, le cortège se rendit à l'hôtel de ville, et le magistrat, en présentant à l'empereur les corporations bourgeoises armées, lui dit entre autres choses : « Ces « compagnies^ sire, formaient dans des temps plus reculés la « garde du dnc de Brabant, et l'accompagnaient à la guerre; nous « nous ferons toujours un devoir de partager les dangers de « Votre Majesté, si elle pouvait y être exposée; mais nous osons « espérer, sire, qu'elle n'exposera pas des jours aussi précieux « que les siens au sort des combats. » À la soirée, François I! se rendit au spectacle. Au milieu de la pièce, les acteurs chantèrent
> Voir notamment ce que dit Feller, Journal historique et littéraire, 1791, U, 111. 11 est curieux de l'entendre qualifler cet usage ûHnvention jacobine.
> « Les jeunes étudiants, Tespérance et Famour de Bruxelles, depuis Fâge de « huit ans jusqu'à quatorze, décorés d'écharpes blanches, symbole de leur
• candeur, traînaient la voiture précieuse qui renfermait notre souverain, « notre gouverneur chéri, et Tarchiduc Joseph leur auguste frère. Quel heu- « reux assemblage, et combien il a causé d'émotion! • Jouffuif de BnatUei,
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des couplets de circonstance « dans lesquels l'auteur eut le bonc beur de rendre, quoique bien faiblement, les sentiments de la c nation belge pour son auguste souverain *. »
Le quatrième jour (13 avril), se fit avec les mêmes circon- ^nces ridiculement prétentieuses la présentation des vins d*honneur, et, pendant une semaine entière, ce fut un déluge véritable de harangues laudatives ' et de pièces de vers, dont quelquesunes seulement ont le mérite de n'être que médiocres. L'empereur reçut les députations des États des autres provinces; leurs adresses contiennent force protestations de dévouement, dont lexagération devait faire suspecter la sincérité '. Un seul de ces discours, celui
1 Journal de Bruxelles, 1794, II, 79. Ces couplets étaient de la façon de Robineau, dit Beaunoir, devenu royaliste et rédacteur du Journal de Bruxelles. Il flt aussi une adresse pour encourager les dons volontaires. Le ministre ne pouvait choisir un plus ignoble avocat.
* Feller avait trop d'esprit pour ne pas sentir le ridicule de ces discours. II saisit cette occasion pour fulminer Tanathème contre la mémoire de Marc- Aurèle , de Trajan et de Titus , qui faisaient principalement les frais des métaphores en faveur de François II : « Les souverains, dit-il, doivent se défier « de ces comparaisons avec un empereur romain, froid moraliste, faux esprit, • tyran persécuteur ; et avec cet autre, fameux par sa lubricité contre la nature « et son inconséquente cruauté envers les chrétiens; même avec celui qui avait « micore trois ans à attendre pour être aussi longtemps bon que Néron. • Jou/mal kiitorique et littéraire, 1794, II, 111.
s Nous avons surtout remarqué le discours de la députation des États de Namur*, on y lit : « Nous venons déposer respectueusement aux pieds de Votre sacrée Majesté Tamour le plus pur, une soumission sans bornes et la fidélité la moins équivoque... Nous nous trouvons réduits au silence respectueux de la confusion, par Texcès de votre inépuisable bonté... Vous avez voulu nous donner des marques d'amour et de générosité qui n'ont point d'exemple dans rhistoire des meilleurs rois ; la saison la plus pénible ne peut arrêter vos désirs ; la plus aimable des reines, plus grande encore par ses vertus et sa religion que par son rang et sa haute naissance, dont Tâme bienfaisante embellit toutes les grâces, ne peut vous retenir auprès d'elle, quand son état ajoute encore davantage aux sentiments de l'inquiétude, de l'amour et de la tendresse : la cause de Dieu triomphe sur celle de l'enfant qu'elle porte dans son sein; le salut des Belges l'intéresse, et vous partez!... » Nous lisons atiëslt dans le discours prononcé au nom des États de Hainaut : « L'imagination la plus étendue ne peut atteindre le terme où notre bonheur, notre reconnaissance et notre amour seront portés. »
UlST. DES ULOIt, T. H. 19